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vendredi 11 juillet 2014
La communauté des sœurs Salésiennes Missionnaires de

jeudi 27 juin 2013
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PROGRAMME DU VOYAGE DU PAPE BENOIT XVI AU BENIN : 18 au 20 NOVEMBRE 2011
  • Vendredi 18 novembre 2011

9h  : Départ en avion de l’aéroport de Rome Fiumicino pour Cotonou

15h : Cérémonie de bienvenue à l’aéroport international « Cardinal Bernardin Gantin » de Cotonou. Discours du pape.

16h30 : Visite à la cathédrale de Cotonou. Discours du pape.

  • Samedi 19 novembre 2011

7h30 : Messe privée dans la chapelle de la Nonciature apostolique de Cotonou

9h  : Rencontre avec les membres du gouvernement, les représentants des institutions de la République, le corps diplomatique et les représentants des principales religions au Palais présidentiel de Cotonou. Discours du pape.

9h50 : Visite de courtoisie au président de la République dans le Palais présidentiel de Cotonou.

11h15 : Visite sur la tombe du cardinal Bernardin Gantin dans la chapelle du séminaire S. Gall à Ouidah.

Rencontre avec les prêtres, les séminaristes, les religieux et les fidèles laïcs au séminaire S. Gall à Ouidah. Discours du pape.

12h15 : Visite à la basilique de l’Immaculée Conception de Marie de Ouidah et signature de l’exhortation apostolique post-synodale. Discours du pape.

17h : Visite au Foyer « Paix et Joie » des Missionnaires de la Charité à la paroisse S. Rita de Cotonou. Discours du pape.

Rencontre avec les enfants à la paroisse S. Rita de Cotonou.

18h45 : Rencontre avec les évêques du Bénin à la nonciature apostolique de Cotonou. Discours du pape.

19h30 : Dîner avec les évêques du Bénin et la suite papale à la nonciature apostolique de Cotonou.

  • Dimanche 20 novembre 2011

9h00  : Messe et remise de l’exhortation apostolique post-synodale aux évêques d’Afrique au « Stade de l’Amitié » de Cotonou. Homélie du pape.

Récitation de l’Angélus. Paroles du pape.

12h15 : Déjeuner avec les membres du Conseil spécial pour l’Afrique de la Secrétairerie générale du Synode des évêques et avec la suite papale à la nonciature apostolique de Cotonou.

16h00 : Cérémonie de départ à l’aéroport international « Cardinal Bernardin Gantin » de Cotonou. Discours du pape.

16h30 : Départ en avion pour Rome de l’aéroport international « Cardinal Bernardin Gantin » de Cotonou.

22h00 : Arrivée à l’aéroport de Rome Ciampino.

Source : Zénith.

POUR LES PRETRES CONCELEBRANTS LORS DE LA VISITE DU PAPE

La Conférence Épiscopale du Bénin (CEB) demande à tous les prêtres qui veulent concélébrer avec le Saint-Père de se munir d’une aube digne (aube-coule ou une autre aube) qui s’ajuste bien à la taille et qui cache parfaitement le cou (voir les photos des modèles proposés). L’étole sera offerte sur place. Nul ne sera admis à concélébrer en portant l’étole sur la seule soutane ou l’habit religieux ordinaire. Cette concélébration exige le port d’un badge nominal fourni par la CEB. Pour l’obtenir, il faut :

* 1-S’inscrire auprès de son Délégué diocésain de l’UCB (Union du Clergé béninois) ou de son supérieur hiérarchique (pour les ordres religieux) qui transmettra au secrétariat de l’évêché propre ; c’est le secrétariat de la curie diocésaine (ou de l’ordre religieux) qui transmettra la liste visée au Secrétariat de la CEB, avec les documents et renseignements suivants :

* 2- Une photo d’identité (Nom et prénoms au verso)

* 3- Nom et prénom du prêtre

* 4- Date et lieu de Naissance

* 5- Date d’ordination

* 6- Diocèse d’origine et diocèse de mission

* 7- Pays

* 8- Celebret (pour les prêtres non béninois)

Les listes doivent être envoyées au Secrétariat de la CEB au plus tard le 15 octobre 2011 pour les prêtres qui viennent de l’étranger, et le 20 septembre 2011 pour les prêtres béninois.

- les badges seront remis à chaque concélébrant sur présentation d’une pièce d’identité en cours de validité, par le comité diocésain au collège Aupiais à Cotonou à partir du Lundi 14 novembre 2011 à 9h jusqu’au samedi 19 novembre 2011 minuit.

Autres informations : Tous les prêtres, religieux et religieuses, séminaristes et novices sont conviés à la rencontre du Saint-Père au grand séminaire Saint Gall de Ouidah le samedi 19 novembre 2011 ; ils seront munis du billet d’entrée sécurisé qui leur sera donné ; la mise en place sera terminée pour 10h00.

PRIERE POUR LA VENUE DU PAPE AU BENIN ET POUR L’AFRIQUE

Dieu notre Père,

Tu as créé l’homme et la femme

à ton image et à ta ressemblance.

Par l’intercession de ton Fils Jésus-Christ,

tu les as couronnés de gloire et d’honneur

dans la puissance de l’Esprit Saint.

Mais ils s’éloignent de Toi sans cesse

par leurs divisions tribales et ethniques,

leurs violences et leurs guerres...

Que la visite du Pape Benoît XVI

suscite davantage en nous le désir de nous réconcilier avec Toi,

avec nous-mêmes et avec nos frères et sœurs.

Que ton Esprit l’assiste, dans sa mission universelle

de réconciliation, de justice et de paix

afin que les peuples d’Afrique soient

"le sel de la terre et la lumière du monde"

pour une Afrique nouvelle dans un monde nouveau.

Amen.

HOMELIE DU NONCE APOSTOLIQUE A ABOMEY LE 23 OCTOBRE 2011.

Cathédrale saint Pierre et Paul d’Abomey, 23 octobre 2011, journée mondiale de la mission, les évêques du Bénin, le clergé d’Abomey, les fidèles laïcs entourent le nonce apostolique pour la messe du lancement officiel de la préparation de la prochaine visite du pape Benoit XVI au Bénin. Et voici l’homélie que prononça le nonce.

Dans quatre semaines, nous aurons déjà terminé la célébration de la visite du Saint-Père, qui sera parti pour Rome ensemble avec son entourage. Au moment où nous regarderons son avion qui monte au ciel, nous pourrons aussi nous rappeler de la scène de l’Ascension du Seigneur, où ses disciples regardaient les cieux et écoutaient le message de l’ange : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? » Il leur dit en effet de ne pas oublier ce que Jésus leur avait promis : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »

Ce message de l’Ange est aussi pour nous. Au départ du Saint-Père, après avoir regardé les cieux, nous devons tenir compte que la grande tâche missionnaire sera de nouveau remise dans nos mains. Les extrémités de la terre ont soif de la Parole de Dieu, et elles sont souvent déçues par tant d’autres paroles et messages privés de la foi et de l’espérance qui les bombardent vingt-quatre heures par jour. Ces extrémités se trouvent non seulement sur d’autres continents et dans d’autres pays mais aussi parmi nous, dans les quartiers de nos grandes villes, dans les villages lointains et isolés et souvent envahis par des sectes ainsi que dans les réalités obscures de nos cultures et de nos sociétés qui n’ont pas été touchées par la révélation chrétienne. Elles ont besoin du Dieu qui est amour.

Qui leur portera le message, la force de l’Esprit-Saint et le témoignage de la vie en Christ, un témoignage qui est plus important que des mots éloquents. La célébration d’aujourd’hui nous invite à y réfléchir au sérieux, à faire des décisions et à les mettre en œuvre. Le Synode des Evêques d’octobre 2009 a de nouveau souligné l’importance de l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, de l’évangélisation dont la réconciliation, la justice et la paix sont partie intégrante. Le même Synode a aussi insisté sur le rôle indispensable des fidèles laïcs dans cette mission, en répétant la parole de Jésus-Christ à ses disciples : « Vous êtes la lumière du monde … Vous êtes le sel de la terre. » Il ne s’agit pas simplement d’un message mais d’un message qui vit par la force de l’Esprit de Jésus qui est en œuvre dans les personnes et dans les communautés qui le proclament. Dans les lectures bibliques que nous venons d’entendre, l’Esprit-Saint nous guide à mieux comprendre et à réaliser la mission d’évangélisation que chacun de nous a reçue en vertu de notre baptême. C’est le même Esprit qui nous donne le courage et la sagesse nécessaires pour partager la grâce précieuse de la foi. San Mathieu présente Jésus au début de sa mission publique, juste après son baptême en annonçant : « Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée, toi le carrefour des païens : sur le peuple qui habitait dans le pays de l’ombre et de la mort, une lumière s’est levée. » C’est Galilée, « le carrefour des païens » (ou des nations), qui nous rappelle que le ministère de Jésus était déjà à son début missionnaire parce qu’en lui « une lumière s’est levée » « sur ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre et de la mort. Les noms des nations, nous les connaissons de la Bible : les Phéniciens, les Syriens, les Babyloniens et tant d’autres nations qui n’étaient pas loin de Galilée, et leurs habitants passaient librement par la terre où Jésus habitait. Ces peuples avaient leurs dieux, leurs mythes, leurs religions et leurs cérémonies. Pourtant, au milieu de tant de divinités de toutes sortes, Jésus proclamait et proclame toujours qu’il n’y a qu’un seul Dieu que tu aimeras « de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. » Aucune autre divinité ne mérite cet amour total, parce qu’aucune divinité ne s’est donnée à l’homme comme le Dieu de Jésus Christ. Le vrai et seul Dieu a tout donné en envoyant son Fils dans le monde, son Fils fidèle et obéissant jusqu’à la mort sur la croix.

En effet, les dieux des païens ne demandaient pas l’amour, mais des gestes formels, des honneurs, des sacrifices d’animaux et parfois des êtres humains mais rarement un changement de cœur ou, plus profondément, un cœur nouveau. Ils avaient l’habitude d’inspirer plus la crainte que l’amour. C’est pourquoi Saint Paul, dans la deuxième lecture, parle de ses efforts de détourner les Thessaloniciens « des idoles, afin de servir le Dieu vivant et véritable, et afin d’attendre des cieux son Fils qu’il a ressuscité d’entre les morts. Le Dieu de Jésus-Christ, à la différence des dieux et des divinités des nations, il faut l’aimer « de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit », parce qu’il est amour. C’est lui que Jésus manifestait en paroles et par action, lui qui aime les hommes et les femmes, jusqu’à la croix, et il attend cet amour de tous ceux qui croient en lui : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Le Dieu d’amour n’est pas un dieu qui demande des formalités civiques ou traditionnelles mais l’amour en action. La première lecture nous enseigne que ce Dieu d’amour aime les étrangers, les veuves et les orphelins, c’est-à-dire, les pauvres d’esprit que Jésus appelle « heureux ». Parmi les nations païennes qui entouraient la Galilée, il n’y a pas eu tant d’amour pour ces petits de la terre. Mais pour Jésus, ils étaient ses préférés, qui chantaient avec le psaume d’aujourd’hui : « Je t’aime, Seigneur, Dieu qui me rends fort ! » non pas selon le monde mais par la parole de sa promesse. Ceux qui devaient craindre le Dieu de Jésus étaient ceux qui méprisaient les petits de la terre, ceux qui profitaient de leur pauvreté.

Ceux qui aiment Dieu et leur prochain peuvent dire avec Saint Paul, dans la deuxième lecture, « Vous savez comment nous nous sommes comportés chez vous pour votre bien. » Voici le témoignage, la religion qui n’est pas simplement une affaire de parole, la religion vivante où on peut toucher l’amour du Dieu vivant, la religion qui invite d’autres à imiter le bon exemple des croyants en Jésus-Christ. L’amour inspire l’amour et devient un modèle pour tous les croyants. Voici le sens des paroles de Jésus dans le thème du Synode pour l’Afrique : « Vous êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la terre ». Voici les éléments essentiels pour l’évangélisation jusqu’aux extrémités de la terre : le seul Dieu vivant qui nous aime et donne tout dans son Fils Jésus-Christ, notre amour de Dieu et de tous ceux pour qui Jésus a donné sa vie et le témoignage de la vie, même au milieu des épreuves, qui attire nos frères et sœurs qui ne connaissent pas bien Jésus. Voici ce qui rend crédible l’évangile que nous annonçons et partageons avec une joie profonde qui est le fruit de la foi, l’espérance et la charité. Tout cela fait partie intégrante de la « Civilisation d’amour » à laquelle nos vies chrétiennes contribuent par la grâce de l’Esprit-Saint. En Afrique, les urgences de l’amour se concrétisent dans le titre du Synode pour l’Afrique : « L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. » Ces mots sont beaux mais souvent malentendus ou même déformés. Il faut les comprendre dans la lumière de leurs origines bibliques et chrétiennes, sans lesquelles ils seraient inutiles et même destructifs. Pour vérifier ce constat, il suffit de demander combien de conférences nationales et internationales à tous niveaux ont été organisées pour parler de la réconciliation, la justice et la paix depuis le début de ce millenium. Regardez les pauvres fruits qu’elles ont portés, surtout en Afrique. On a tout essayé, mais rarement avec la foi en Jésus-Christ. C’est la foi « au service » de ces profonds désirs de l’humanité. « Au service » - cela ne veut pas dire établir une autre organisation ou essayer une autre technique psychologique ou politique. « Au service » - c’est le chemin du Christ Serviteur qui a donné sa vie pour nous, un service auquel nous sommes tous appelés, un service du cœur quotidiennement purifié du « vieil homme » et transformé par Jésus-Christ. Voici ce qui évangélise, ce qui est la Bonne Nouvelle. « Réconciliation » : Christ a réconcilié le monde par le sang de sa croix. Cette réalité de l’histoire de l’humanité doit être au cœur de tous les efforts de réunir les peuples divisés, parce que sans la transformation du cœur par le Christ qui est la vérité, les plans humains de réconciliation, même les mieux organisés, seront vains. « La justice » : la justice est le minimum d’amour dont parle Jésus dans l’Evangile, sans lequel la justice peut devenir un terrible dictateur, par exemple, quand elle oublie le pardon. La justice ne doit jamais se satisfaire d’un minimum parce que l’amour demande toujours un plus grand amour, la croissance d’amour qui n’est pas possible en ignorant Dieu. Il faut promouvoir la justice ensemble avec l’amour, avec Dieu qui est amour. « La paix » : ce n’est pas la paix créée par l’équilibre d’armes ni le manque de conflit ni la paix du cimetière. C’est le don de Jésus-Christ qui nous anime à vivre dans des relations humaines et sociales qui développent le bien commun de tous, qui prennent soin des plus faibles et qui rendent possible le pardon. Renouveler « l’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix », voici l’évangélisation à laquelle nous sommes appelés. Au Bénin, il y a la belle coutume de donner à un visiteur comme le Saint-Père un joli cadeau. Pendant sa visite, il y en aura. Mais quel est le cadeau que chacun de nous peut lui donner, même si nous n’avons pas de grands moyens économiques ? Est-ce qu’il y a un cadeau qui dure et que le Saint-Père apprécierait comme un très beau souvenir de sa visite ? Je voudrais vous en proposer un : notre engagement missionnaire dans le cadre du thème du Synode, « L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. » Prenons le temps nécessaire, avant l’arrivée du Saint-Père, pour y réfléchir et prier dans nos familles, nos paroisses et nos associations. C’est un cadeau que nous devons préparer à partir de ce moment, un vrai don spirituel, l’action de l’Esprit-Saint dans les cœurs de ceux qui l’invoquent et demandent son intercession. Voici le don que nous pouvons préparer, chacun y apportant sa contribution. Voici le don qui sera toujours une grande consolation pour le Saint-Père : que cette visite porte de fruit de l’évangélisation – de nouvelles communautés, de personnes qui découvrent ou redécouvrent le Christ, comblées de joie, une joie qui attire et dit avec toute amitié : Voici notre Sauveur, Jésus-Christ qui nous aime.

COMPTE A REBOURS : JOUR J - 1 / OU EN ES-TU ?

A vrai dire le compte à rebours doit avoir commencé dans toutes les commissions chargées de l’organisation de la visite du Pape Benoît XVI au Bénin, qu’elles soient étatiques ou catholiques. On ne peut plus compter en mois ni en semaines ; mais en jours : un (1) seul jour. Mais là aussi. Nous avons entamé les chiffres d’une lettre. Et les cinq doigts d’une main sont largement suffisants pour le compte.

Où en es-tu de ta préparation personnelle ?

Pour accueillir un invité chez nous, à la maison, après avoir aménagé la maison et assuré la restauration, on s’apprête soi-même. Une bonne douche, peut-être ; mais sûrement un vêtement commode et approprié.

Où en es-tu de ta préparation personnelle ?

Pour accueillir cet événement de foi, il convient aussi, après toutes les préparations extérieures si nous avons réussi à y prendre part, de nous disposer intérieurement à accueillir les flots de grâce qui se déverseront sur notre pays et sur l’Afrique.

Où en es-tu de ta préparation personnelle ?

Pour accueillir des flots de grâce, il convient de se mettre en état de grâce. Je t’invite alors à prier, beaucoup prier à l’intention de cette visite du pape. Pourquoi ne pas jeûner ? La portée de l’événement le réclame bien. Mais surtout faire une bonne confession avant ces jours. Personne n’en est dispensé : que tu sois réellement sur les lieux ou pas, tu bénéficieras de ces grâces. Alors mets-toi dans de bonnes dispositions.

Où en es-tu de ta préparation personnelle ?

Après avoir accueilli la grâce, il convient de se mettre en action de grâce. Et on doit s’y préparer aussi. Quand le Pape sera reparti au soir du dimanche 20, au lieu de critiquer ceci ou cela qui n’aurait pas marché (à votre goût), il vaudrait mieux rendre grâce pour toutes ces grâces que Dieu aura gracieusement déversées sur le Bénin, l’Afrique et le Monde.

Chers frères, Prenons la main que Dieu nous tend ! Car il vient le temps de grâces et d’action de grâces.

Aumônerie de la Jeunesse

PARCOURS DU PAPE BENOIT XVI AU BENIN

Du 18 au 20 novembre 2011, sa sainteté Benoit XVI est au Bénin. Et voici le détail de son parcours tel que défini par le comité d’organisation.

  • A. Vendredi 18 novembre après-midi

• Aéroport-Place des martyrs-Bon Pasteur-Archevêché-Champ de foire-devant CNHU-Tourner vers l’ancienne maison de la radio-Bourse de travail-Saint Michel -Nouveau pont (ralentir pour voir les piroguiers) –AKPAKPA-Carrefour La béninoise-Troisième pont (ralentir pour saluer les chrétiens lacustres)-Sous l’échangeur –Cathédrale.

• RETOUR : Notre-Dame-Boulevard-Loterie Nationale-Marina-Nonciature.

  • B. Samedi 19 novembre Matinée

Nonciature-Présidence-BonPasteur-Vèdoko-Stade-Godomey-Ouidah en limousine-Saint Gall en papa mobile, Banderole +haie vivante à partie de carrefour Vassèho à Ouidah. Saint Gall-Gbèna-Fort Français-Basilique.

  • C. Samedi après –midi

• Nonciature-Boulevard Marina-Hôtel du port-Carrefour Soneb-Bourse du travail-Unafrica-Saint Jean-Etoile rouge (ralentissement vers Vèdoko)-Centre QIC-Carrefour la mort ou la vie –sens interdit-Sainte Rita.

• RETOUR, Sortie par la gauche-Wologuèdè-Carrefour Marina-Marché Saint Michel-Devant bourse de travail-Ancienne maison de la radio-Hôtel du port-Marina-Nonciature.

BENOIT XVI DEMANDE DE PRIER POUR SON VOYAGE AU BENIN.

Benoît XVI demande aux catholiques de prier pour son voyage et son séjour de trois jours au Bénin (18-20 novembre 2011).

Après la prière de l’angélus de midi, le dimanche 13 novembre, place Saint-Pierre, et sous un soleil resplendissant, le pape a en effet dit en français : « Je confie à votre prière ce voyage et les habitants du cher continent africain, particulièrement ceux qui connaissent l’insécurité et la violence ».

Le pape a rappelé que son voyage sera l’occasion de remettre aux peuples d’Afrique son exhortation apostolique post-synodale sur le thème du deuxième synode des évêques pour l’Afrique qui s’est tenu à Rome du 4 au 25 octobre 2009 : « L’Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. ’Vous êtes le sel de la terre ... Vous êtes la lumière du monde’ (Mt 5, 13.14)".

« Le Seigneur nous invite aujourd’hui à reconnaître les dons qu’il nous a faits, a souligné Benoît XVI en commentant la Parabole des talents. Il confie à chacun la responsabilité de les faire fructifier pour qu’il soit le sel de la terre et la lumière du monde. Cette parole du Christ a guidé les travaux de la Deuxième assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques. Je souhaite la donner à tous alors que je vais me rendre au Bénin pour affermir la foi et l’espérance des chrétiens d’Afrique et des Iles adjacentes. »

« Que Notre Dame d’Afrique accompagne et soutienne les efforts de toutes les personnes qui œuvrent pour la réconciliation, la justice et la paix ! », a conclu le pape.

Source : Zenit.org

SYMPOSIUM A COTONOU AVANT LA PUBLICATION DE L’EXHORTATION POST-SYNODALE.

Après le colloque d’octobre 2011 au Chant d’oiseaux à Cotonou sur le jubilé des 150 ans d’évangélisation du Bénin par les SMA, c’est un symposium qui a démarré au même lieu ce lundi 14 novembre. Son thème est : dialogue entre les Eglises sœurs d’Europe, d’Afrique au service de la Réconciliation, de la Justice et de la Paix. Cela se comprend aisément quand on est au parfum de l’actualité religieuse au Bénin, en Afrique et dans le monde. En effet, dans le cadre de clôturer ce jubilé des 150 ans, sa sainteté se rend au Bénin dans quelques jours : du 18 au 20 novembre prochain. Il y a donné rendez-vous aux conférences épiscopales d’Afriques, de Madagascar et des Îles pour le remettre l’exhortation post-synodale, fruits des propositions qui lui ont été faites à l’issue du 2nd Synode pour l’Afrique tenu à Rome il y a deux ans (2009).

Après l’accueil et le mot d’ouverture de Mgr Eugène-Cyrille HOUNDEKON, évêque de Porto-Novo, la matinée s’est déroulée sous la direction de Mr Pierre METINHOUE, comme modérateur. La 1ère communication est délivrée par le Père Julien-Efoé PENOUKOUN et a eu pour thème : Du colloque au Symposium : fondamentaux d’une thématique.

La 2nde communication qui avait pour thème : Christianisme et Islam : Comment vivre ensemble ? revenait à Mgr Vincent LANDEL, évêque de Rabat au Maroc. Empêché il n’a pu venir ; cependant il a envoyé sa communication qui fut alors présentée par le père André CHAUVIN. Pour conclure la matinée, les participants ont prêté attention à l’intervention de Mgr Benoit AWOLONOU, évêque de Kpalimé dans le Togo voisin pour livrer l’expérience de l’Eglise sœur du Togo dans le processus de réconciliation en cours au Togo. Il va sans dire que chaque communication est toujours suivie de débats enrichissants.

C’est sous la houlette du Père Nicolas HAZOUNME, recteur du grand séminaire philosophât St Paul de Djimè, que l’après-midi s’est passée.C’est d’abord Mr Léon OKIOH, professeur de son état à l’université de Calavi au Bénin et membre actif du Renouveau Charismatique. "Rôle des laïcs dans la mise en œuvre de la réconciliation, la justice et la paix" en est le thème.

Les travaux de la 1ère journée du symposium ont pris fin avec la conférence du Père Philippe KINKPON, recteur de l’Institut Jean-Paul II pour la famille. Et comme cela s’entend c’est de la place de la famille dans la réconciliation qu’il a traité.

Le secrétariat de ce 1er jour a été assuré par les pères Théophile AKOHA et François GNONHOSSOU. les intervenants et les participants sont de divers horizons : Bénin, Afrique, Europe, francophones et anglophones, prêtres, religieux et religieuses, fidèles laïcs, jeunes, pères et mères de famille.

Voici le rapport qu’ils en ont donné.

LES GRANDES ETAPES DE LA VISITE DU PAPE AU BENIN

Le Père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège a rappelé aujourd’hui pour la presse, le film de ces prochains événements, importants pour tout le continent africain, que le pape vient « encourager », a-t-il souligné. Le Bénin sera le troisième pays d’Afrique à recevoir le pape Benoît XVI, après le Cameroun et l’Angola en mars 2009. Ce sera le 22ème voyage international du pape, qui est âgé de 84 ans, et qui a célébré en avril dernier également ses 6 ans de pontificat.

Cette visite de trois jours (18-20 novembre) sera pour le pape l’occasion de remettre aux représentants des 35 conférences épiscopales africaines nationales et aux 7 conférences régionales, l’exhortation apostolique post-synodale sur l’Afrique, « Africae munus », au cours de la messe qu’il présidera au « Stade de l’amitié » de Cotonou, le 20 novembre.

Les forces vives de la nation

Dès le premier jour de son arrivée, vendredi après-midi, le pape prononcera un discours lors de la cérémonie de bienvenue à l’aéroport cardinal Gantin, où il sera accueilli par le président de la République, M. Thomas Boni Yayi. Il se rendra ensuite à la cathédrale Notre-Dame de la Miséricorde, temps marial et temps eucharistique, temps aussi pour rendre hommage à deux grand évêques qui y reposent : Mgr Isidore de Sousa (1990 – 1999) ancien archevêque de Cotonou et, entre 1990 et 1993, président de la Conférence nationale puis du Haut Conseil de la République pour négocier la transition du régime marxiste-léniniste à la démocratie et à des élections (la « Conférence » fera école en Afrique), et Mgr Christophe Adimou (1971 – 1990), son prédécesseur. On y chantera un Te Deum d’action de grâce.

Le deuxième jour, le pape prononcera un important discours au palais présidentiel devant les forces vives de la nation, et les représentants de différentes religions, en présence du Corps diplomatique. La salle peut contenir quelque 3.000 personnes. Le discours concernera l’Afrique dans son ensemble. Le pape aura ensuite une rencontre privée avec le président.

La pépinière de Ouidah

Le pape se rendra ensuite à quelque 40 km de Cotonou, à Ouidah, sur la côte. Il se rendra au grand séminaire et à la chapelle sur les tombes du cardinal Gantin et son prédécesseur et maître spirituel, MgrLouis Parisot, vicaire apostolique du Dahomey et de Ouidah, premier archevêque de Cotonou (1935 – 1955),auprès duquel il a voulu reposer. Lorsque le cardinal Gantin a été ordonné évêque, la Société des missions africaines - fondée par l’archevêque de Lyon, Mgr Melchior de Marion Brésillac (1813-1859), qui appelait de ses vœux la formation d’une hiérarchie africaine -, lui ont remis l’anneau épiscopal de leur fondateur dont le vœu était réalisé.

Benoît XVI rencontrera les prêtres, les séminaristes, les religieux au séminaire Saint-Gall, le plus ancien d’Afrique, et qui porte le nom du diocèse suisse qui l’a fait naître, et accueille plus de 200 grands séminaristes : la « vitalité de l’Eglise du Bénin » se manifeste aussi dans le nombre de vocations au sacerdoce et à la vie consacrée, a souligné le P. Lombardi. Le séminaire de Ouidah, réputé pour l’excellence de la formation, a été une pépinière pour les évêques de plusieurs pays d’Afrique, et le Bénin lui-même – y compris de cadre d’organisations internationales – a été appelé le « Quartier latin de l’Afrique ».

Les enfants du continent

Le pape se rendra ensuite à la basilique-cathédrale de l’Immaculée Conception de Marie, la première d’Afrique de l’Ouest, pour y signer son exhortation apostolique, en présence de Mgr Eterovic. Le pape signera quatre exemplaires : 3 dans les langues principales d’Afrique – français, anglais, portugais – et une en italien. Il reviendra ensuite à Cotonou où il fera deux visites importantes, accompagné de l’archevêque, Mgr Antoine Ganyé : au foyer Paix et Joie des missionnaires de la Charité, et à la paroisse Sainte-Rita pour y rencontrer plusieurs centaines d’enfants, richesse du continent. La rencontre sera certainement une des plus touchantes, des plus « originales », « significatives », et « belles » de ce voyage, a souligné le P. Lombardi : des enfants s’adresseront au pape avant de l’écouter.

Le pape sera accueilli par Mgr René-Marie Ehuzu, évêque de Porto Novo.

Le soir, à la nonciature, le pape rencontrera les évêques du Bénin (une dizaine).

Pour toute l’Afrique

Le lendemain, dimanche du Christ Roi, on attend le deuxième grand texte du pape : son homélie lors de la messe au stade de l’amitié, avec la remise de l’exhortation apostolique à toute l’Afrique en la personne des évêques représentant des conférences épiscopales du continent (l’homélie sera prononcée dans les trois langues principales du continent).

Le pape déjeunera avec les 15 membres du conseil post-synodal. La cérémonie d’adieu aura lieu à 16 h à l’aéroport cardinal Bernardin Gantin, dont la cause de béatification pourrait être introduite.

Mais pour tout ce voyage, le P. Lombardi a surtout insisté sur la tonalité « d’espérance » et « d’encouragement », les « perspectives positives », et « l’engagement » de l’Eglise en faveur du « développement intégral de l’homme ».

Le P. Lombardi a aussi présenté le concert du vendredi soir, et le CD pour une annonce de la paix, de la justice et de la réconciliation en Afrique aussi en musique.

Source : Zenit.org

"AFRICAE MUNUS" : L’EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE

Il ne fait plus l’ombre d’aucun doute. pour son 2nd voyage en Afrique en tant que souverain pontiofe, Benoït XVI visite le Bénin. En 2009 il avait visité le Cameroun et l’Angola. Le Bénin devient donc le 3ème pays africains qu’il visite.

A cette occasion, des représentants des 35 conférences épiscopales africaines nationales et des 7 conférences régionales y sont conviés. Au cours de cette visite de trois jours (18-20 novembre) le pape leur remettra l’exhortation apostolique post-synodale sur l’Afrique, « Africae munus », lors de la grand-messe qu’il présidera au « Stade de l’amitié » de Cotonou, le 20 novembre.

A la basilique-cathédrale de l’Immaculée Conception de Marie, la première d’Afrique de l’Ouest, il aura signé le dit document le 19 novembre en présence de Mgr Eterovic.

Le pape signera quatre exemplaires : 3 dans les langues principales d’Afrique – français, anglais, portugais – et une en italien.

Père V. Frumence

45 questions-réponses sur le Pape !

45 questions sur le Pape

En attendant la venue l’arrivée du Pape Benoit XVI, voici un petit "Quizz papal " !

1- Qu’est ce que le Pape ?

2- Que dit la Bible sur le Pape ?

3- Quelle est l’origine du mot pape ?

4- Pourquoi le Pape est t-il habillé en blanc ?

5- Pourquoi le Pape porte des chaussures rouges ?

6- Quelle est l’effigie représentée sur l’anneau papal ?

7- Quels sont les différents noms donnés au Pape ?

8- Quelles sont les 4 fonctions du pape ?

9- Quels sont les devoirs du Pape ?

10- Quels sont les Pouvoirs du Pape ?

11- Le Pape peut-il se tromper en matière de doctrine et de morale ?

12- Quels sont les devoirs des Pasteurs ( : Évêques et Prêtres) et des Fidèles envers le Pape ?

13- Quelle est l’image représentée sur l’insigne des papes ?

14- Pourquoi le Pape porte t-il une tiare ?

15- Que porte le pape sur la tête quand il ne met pas la tiare ?

16- Qu’est ce que le Saint Siège ?

17- Les papes ont-ils toujours vécu en Italie ?

18- Pour combien d’années le Pape est-il élu ?

19- Quelles sont les couleurs de la papauté ?

20- Qui a lancé les premières JMJ ?

21- Où a lieu l’élection du Pape ?

22- Qu’est ce qu’une visite ad limina ?

23- Quels sacrements le Pape peut-il donner ?

24- A quel âge Benoît XVI a t-il été élu Pape ?

25- Comment s’appellent les ambassadeurs du Pape ?

26- Qu’est ce qu’un Conseil Pontifical ?

27- Comment s’appelle le journal officiel du St Siège ?

28- Qu’est ce qu’un Garde Suisse ?

29- Quel est le nom du secrétaire particulier du Pape Benoit XVI, son homme de confiance ?

30- Combien y-a-t-il eu de papes dans l’Histoire avant le Pape Benoit XVI ?

31- Quels sont les noms des 5 derniers prédécesseurs de Benoit XVI ?

32- Pourquoi le Pape Benoit XVI a-t-il choisi ce nom ?

33- Comment s’appelait le Pape Benoit XVI avant d’être nommé pape ?

34- Quelle est la nationalité du Pape Benoit XVI ?

35- Comment s’appelle la voiture du Pape ?

36- Quel est le numéro de téléphone du Pape ? "

37- Comment se déroule la journée du Pape Benoit XVI ?

38- Comment le Pape sait-il que Dieu existe ? 39- Que fait le Pape, quand il ne sait pas comment résoudre un problème ? 40- Qu’est ce qu’une bénédiction Urbi et Orbi ?

41- Est-ce que le Pape est un prêtre ?

42- Quelle est la couleur de la fumée pour l’élection d’un pape ?

43- Quelle était la fonction de Benoit XVII avant de devenir pape ?

44- Pourquoi appeler le Pape « vicaire du Christ ?

45- Que se passe t-il juste après l’élection du Pape ?

Questions sur le Pape : les réponses ! 1- Le Pape est le successeur de Saint Pierre ; le représentant de Jésus-Christ sur la terre, et le Chef suprême de l’Église visible. Le Concile Vatican II en a parlé de façon remarquable dans la Constitution dogmatique sur l’Eglise : « L’Evêque de l’Eglise de Rome, en qui demeure la charge que le Seigneur a donnée d’une manière singulière à Pierre, premier des Apôtres, et qui doit être transmise à ces successeurs, est le chef du Collège des Evêques, Vicaire du Christ et Pasteur de l’Eglise toute entière sur cette terre ; c’est pourquoi il possède dans l’Eglise, en vertu de sa charge, le pouvoir ordinaire, suprême, plénier, immédiat et universel qu’il peut toujours exercer librement »

2- Jésus Christ s’adressant à Pierre dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ; et les puissances de la mort ne l’emporteront pas sur elle. Je te donne les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » (Mt 16,17-19) Depuis, les papes continuent le travail de Pierre

3- Le mot pape vient du grec « pappas » qui signifie papa.

4- Les symbolistes du Moyen-âge comparent l’Eglise à la colombe aux pattes rouges Cela rappelle que l’Eglise, toute sainte dans son fondateur et par la grâce qui l’anime (le blanc) avance dans le siècle dans le sang des martyrs (le rouge).

5- C’est en relation avec les pratiques liturgiques de l’Eglise, avec les différentes couleurs des chasubles que le prêtre revêt lors de la Sainte messe. Cette couleur change selon les occasions et les périodes liturgiques de l’année. Autrefois, chez le Pape, la couleur des chaussures variait et était assortie à celle des chasubles. Si la chasuble était verte, le Pape portait aussi des chaussures vertes, si elle était rouge, les chaussures étaient rouges. Donc, chaussures et chasuble avaient la même couleur. Avec le temps, la couleur rouge s’était imposée pour les chaussures, et c’est ainsi que depuis lors, le Pape porte des chaussures rouge sombre.

6- L’effigie de l’anneau papal représente saint Pierre pêchant au filet dans sa barque. « L’anneau du pécheur » est en réalité une ’bague à sceller’, avec laquelle, autrefois, les documents importants et les archives étaient marqués d’un sceau, c’est-à-dire identifiés. Cependant, à l’origine, l’anneau du pécheur est inspiré d’un beau passage de l’Evangile, dans lequel Jésus commande à Pierre et aux apôtres de devenir des pécheurs d’hommes, "Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras" (Luc, 5). Par là, Jésus veut dire qu’ils doivent guider les hommes vers Lui. Cette bague doit ainsi renforcer sa fidélité au Christ, et lui rappeler sa responsabilité au sein de l’Eglise. L’anneau sera brisé au jour de la mort du Pontife.

7- St Père, Sa Sainteté, Souverain Pontife, Vicaire du Christ. L’un des premiers titres des papes était « celui qui préside à la charité », à la révélation de l’amour de Dieu sur la terre. 8- Le Pape est Evêque de Rome, Patriarche d’Occident, Pasteur de l’Eglise Universelle et Chef de la Cité du Vatican.

9- Les devoirs du Pape sont d’enseigner, de gouverner et de sanctifier tous les membres de l’Église visible.

10- Dans la limite de ses devoirs, les pouvoirs du Pape sont absolus sur tous les membres de l’Église visible : Évêques, Prêtres et Fidèles.

11- Non, en matière de doctrine et de morale, le Pape ne peut pas se tromper, lorsqu’il engage son infaillibilité en tant que successeur de St. Pierre.

12- Les devoirs des Pasteurs et des Fidèles envers le Pape sont de l’aimer comme un père et de lui obéir en tout ce qu’il commande au nom de Jésus-Christ. 13- Les clés de saint Pierre. Jésus a voulu montrer à Pierre qu’il lui donnait l’autorité sur son Eglise. Il en a fait en quelque sorte le maître de maison. Il lui a dit : "Je te donnerai les clés du Royaume des cieux." C’est pour cela que l’insigne des papes représente deux clés croisées.

14- La tiare est devenue l’emblème du St-Siège ; la tiare est remise au pape lors de son couronnement : « Recevez la tiare ornée de 3 couronnes et sachez que vous êtes le père des princes et des rois, recteur de l’Univers et sur Terre vicaire de Jésus-Christ notre Sauveur. » Elle symbolise aussi la triple royauté du pape sur l’Église universelle (militante, souffrante, triomphante).

15- Une calotte blanche ou "barette", du latin « pileolus » ; elle ne sera ôtée que devant le Tout-Puissant. Notez que le Saint-Père a d’innombrables calottes à sa disposition car le vent les projette souvent au loin… !

16- Le Saint Siège est l’État de la Cité du Vatican qui constitue le plus petit État du monde. Il est situé à Rome en Italie. Son rôle n’est ni politique ni économique. Par son indépendance, le Vatican permet au pape d’assurer l’unité spirituelle de toute l’église catholique.

17- Non, les papes ont aussi vécu à Avignon, en France, dite la Cité des Papes.

18- Jusqu’à sa mort.

19- Jaune et blanc

20- Le Pape Jean-Paul II en 1984

21- Dans la Chapelle Sixtine

22- Une rencontre Pape-évêques d’un même pays

23- Tous les sacrements

24- A 78 ans

25- Les nonces apostoliques 26- Un conseil pontifical est une organisation de la curie romaine destiné à répondre aux besoins de chaque époque. Les Conseils pontificaux sont actuellement au nombre de onze : Conseil pontifical pour les laïcs Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens Conseil pontifical pour la famille Conseil pontifical « Justice et Paix » Conseil pontifical « Cor unum » pour la promotion humaine et chrétienne Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé Conseil pontifical pour les textes législatifs Conseil pontifical pour le dialogue inter religieux Conseil pontifical pour la culture Conseil pontifical pour les communications sociales

27- l’Osservatore Romano

28- Un garde suisse est un protecteur du Pape. La garde suisse pontificale est une force militaire chargée de veiller à la sécurité du pape. Elle est la dernière Garde suisse encore existante (des détachements de mercenaires suisses qui servaient de garde rapprochée et protocolaire dans différentes cours européennes à partir du XVe siècle). Il s’agit également de la plus vieille et la plus petite armée du monde existant aujourd’hui.

29- Mgr Gänswein , appelé familièrement Don Giorgio par les italiens.

30- Benoît XVI est le 265e pape et le 264e successeur de Pierre.

31- PIE XII (1939-1958) Jean XXIII (1958-1963) Paul VI (1963-1978) Jean-Paul Ier (1978-1978) Jean-Paul II (1978-2005)

32- Au cours de l’audience générale du mercredi 27 avril 2005, le pape a expliqué, en français, les raisons de son choix : « J’ai choisi le nom de Benoît en référence à Benoît XV, qui a guidé l’Église dans la période difficile de la Première Guerre mondiale. Sur ses traces, je désire participer à la réconciliation et à l’harmonie entre les hommes et entre les peuples. » Mais Benoît XVI se réfère également à saint Benoît de Nursie, patron de l’Europe, fondateur de l’ordre des Bénédictins : « Le nom de Benoît évoque aussi le père du monachisme occidental, co-patron de l’Europe, particulièrement vénéré dans mon pays et surtout en Bavière. Saint Benoît de Nursie avait inscrit dans sa règle de ne rien mettre au-dessus du Christ. Nous lui demanderons donc de nous aider à rester le regard fixé sur le Christ. »

33- Joseph Alois Ratzinger

34- Il est de nationalité allemande, né le 16 avril 1927 à Marktl, dans le Land de Bavière, en Allemagne,

35- La papamobile !

36- Ca, on ne vous le dira pas ! Car dit Mgr Gänswein, l’homme de confiance du Pape : « si je le communiquais, le téléphone du pape sonnerait jour et nuit, et le Saint-Père n’aurait plus du tout le temps de se reposer".

37- Mgr Gänswein nous explique : « La journée du pape commence à 7h du matin avec la messe, avant la prière du bréviaire et un moment de contemplation, en silence, devant le Seigneur. Puis, nous prenons notre petit-déjeuner ensemble, et je commence le travail de la journée en préparant le courrier, en consultant les lettres qui arrivent chaque jour en grand nombre ». Ensuite le pape et Georg Gänswein prennent leurs petits déjeuners ensemble, et commencent à travailler, en commençant par la correspondance du pape. Il accompagne le pape pour ses audiences du matin et ensuite il présente au pape les documents qui exigent sa signature, son étude ou son approbation.

38- Parce que Dieu s’est lui-même révélé et manifesté. Par son fils Jésus-Christ, il nous a parlé. Par la prière, le Saint-Père, comme chaque Chrétien, reste en contact permanent avec Dieu.(réponse de Mgr Gänswein à un enfant).

39- Pour tous les problèmes difficiles, le Saint-Père consulte ses collaborateurs. Toutes les peines, tous les soucis, il les confie à Dieu dans ses prières, et Lui demande aide et assistance. Après consultation et prière, il prend alors une décision.

40- C’est une bénédiction solennelle donnée par le Pape du haut du balcon de la basilique Saint-Pierre, dans l’état du Vatican, les jours de Pâques, de Noël et à de rares autres occasions exceptionnelles.

41- Oui !

42- Blanche. Le feu est traditionnellement un feu de paille. Celle-ci est mouillée quand il faut produire une fumée blanche.

43- Le 25 novembre 1981, quatre ans et demi après leur première rencontre, Jean-Paul II nomme le cardinal Ratzinger préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, l’un des dicastères de la curie romaine. « La tâche propre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est de promouvoir et de protéger la doctrine et les mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique : tout ce qui, de quelque manière, concerne ce domaine relève donc de sa compétence » (J.P II)

44- Le terme "vicaire" vient du mot latin vicarius, qui signifie "au lieu de". Dans l’Eglise catholique, le vicaire est le représentant d’un responsable de rang plus élevé, qui est donc revêtu de l’autorité et des pouvoirs de ce dernier. En appelant le pape "vicaire du Christ," cela implique qu’il possède le même pouvoir et la même autorité que ceux que Christ avait sur l’église. Ce titre est dérivé du texte de Jean 21:16-17, où Jésus disait à Pierre, "pais mes agneaux… . Pais mes brebis." Selon le raisonnement catholique, cela définit Pierre comme le prince des apôtres, le premier pape, et constitue un accomplissement des paroles de Jésus dans Matthieu 16:18-19 (Pierre est la pierre sur laquelle Jésus construira Son église).

45- Le consentement acquis, le nom choisi, le Pape élu est vraiment Pape. Aussitôt les cérémoniaires abattent tous les baldaquins, à l’exception de celui du nouveau Souverain Pontife, lequel est conduit dans la sacristie de la chapelle Sixtine. Trois soutanes blanches l’y attendent, de grande, moyenne et petite taille, pour être prêt à toute éventualité. Aidé de ses conclavistes et de son valet de chambre, il revêt celle qui lui convient, puis le rochet de dentelle et le camail rouge. On lui passe les bas blancs et les mules rouges. Il rentre alors dans la chapelle Sixtine, va prendre place sur les marches de l’autel, du côté de l’Évangile, dans un fauteuil tourné vers l’assistance. Il y reçoit la première obédience des cardinaux, ses anciens collègues qui, Doyen en tête, viennent l’un après l’autre s’agenouiller devant lui, et baiser successivement son pied, sa main et sa joue.

Puis, le secrétaire du conclave présente au Pape, sur un coussin, la calotte blanche. Le Pape accomplit enfin son premier acte de juridiction en nommant un nouveau camerlingue, ou confirmant l’ancien dans ses fonctions ; et ce camerlingue, aussitôt, passe au doigt du Pape l’anneau du pêcheur qui sera brisé au jour de la mort du Pontife. Cet anneau lui est presque immédiatement retiré pour qu’y soit gravé le nom de celui que l’Église vient d’acquérir comme chef. Ce nom, le premier cardinal diacre, précédé de la croix papale, va le jeter à la foule impatiente qui se presse sur la place Saint-Pierre. S’avançant dans la loggia extérieure de Saint-Pierre, d’où l’on a déroulé une longue draperie de satin blanc bordée de velours rouge, d’une voix forte, en latin, il crie : Je vous annonce une grande joie : nous avons comme Pontife l’Eminentissime cardinal N... qui a pris comme nom X...

Les cloches sonnent à toute volée. Les acclamations crépitent, les hourras montent, les mouchoirs s’agitent, les chapeaux se lèvent. Et la station radiotélégraphique du Vatican, en diffusant à travers l’espace cette cérémonie, lance cette nouvelle à travers le monde. Les Esquimaux catholiques de l’Amérique du Nord et les Chrétiens de l’Afrique du Sud peuvent désormais se réjouir de cet événement en même temps que le peuple de Rome, — jadis privilégié, lorsqu’il fallait de nombreux mois avant que le nom du nouveau Pape fût connu dans toutes les parties du globe où vivait une âme chrétienne. De nos jours, grâce à la T. S. F., les cloches de toutes les églises du monde peuvent, au même instant, faire écho aux cloches de Rome, et avec elles lancer vers le ciel l’Alléluia de Pâques et le Te Deum d’action de grâces.

On laisse au Pape quelques instants de repos et de recueillement qu’il prend dans sa modeste cellule. Mais le peuple chrétien, il le sait, est pressé de le voir, de l’acclamer, de recevoir sa première bénédiction. L’homme blanc bientôt paraît donc au balcon de la loggia extérieure, au-dessus du portail central de Saint-Pierre. Il est accueilli par une explosion de cris, d’applaudissements et de vivats sans fin.

Les soldats pontificaux et Italiens présentent les armes. Le Souverain Pontife chante les formules liturgiques de la bénédiction pontificale, et, d’un geste large, trace urbi et orbi une triple bénédiction que les ondes télégraphiques portent, par delà les monts et les mers, jusqu’aux extrémités de la terre.

P.Nestor ATTOMATOUN, Communauté de l’Emmanuel

POINT DE PRESSE DU PERE LOMBARDI SUR LE 22ème VOYAGE DE BENOIT XVI

Présentation aux journalistes du prochain voyage du Pape au Bénin

La salle de presse du Vatican a été en fin de matinée, le lundi 14 novembre 2011, le cadre du briefing sur le 22ème voyage apostolique de Benoît XVI, prévu pour se tenir du 18 au 20 novembre prochain au Bénin. Comme de tradition en pareille circonstance, le Père Lombardi, directeur de la salle de presse du Vatican, a présenté aux journalistes les motifs de ce retour du Pape sur le continent africain après le voyage au Cameroun et en Angola en 2009. Ce voyage sera principalement marqué par la signature de l’Exhortation Apostolique Post-synodale de la seconde Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des évêques.

Présentant le Bénin, le P. Lombardi a souligné sa petitesse du point de vue géographique mais sa grandeur du point de vue spirituel, ayant été un point de départ pour l’évangélisation des pays voisins, Togo, Ghana et Niger. L’église locale s’apprête d’ailleurs à célébrer avec le Pape, les 150 ans de l’arrivée des premiers missionnaires. C’est dire donc que le voyage se déroulera dans une atmosphère de fort encouragement de l’Eglise à toute l’Afrique ; un encouragement qui tienne compte des problèmes certes mais qui pousse l’Afrique à s’engager sur le chemin de la réconciliation, de la justice, de la paix et en faveur d’un développement intégral de l’homme et de l’annonce de l’Evangile comme développement intégral de l’homme.

Le troisième objectif, a-t-il poursuivi, est l’hommage au Cardinal Gantin considéré comme l’un des pères et des héros de la patrie par les Béninois, et qui a été très proche de Benoit XVI.

Puis le P. Lombardi a passé en revue tout le programme du voyage avec les journalistes en insistant sur les points forts comme la signature et la remise de l’Exhortation apostolique Africae Munus mais aussi en relevant des aspects non moins importants comme les activités culturelles, le concert des grands artistes du continent Papa Wemba, Bonga e Fifito, alias Filomeno Lopes sur le thème du synode, la rencontre du Pape avec les enfants.

Il faut dire que les journalistes ont manifesté, en général, un vif intérèt pour ce voyage. C’est le cas de Silvia Castello, journaliste vaticaniste de la revue “Politica internazionale” qui , rappelant les deux précédents voyages du Bienheureux Jean-Paul II au Bénin, s’est exprimée en ces termes : « Je crois que le premier voyage du Bienheureux Jean-Paul II au Bénin, en 1982 a été ce qui a entamé l’effritement de l’opposition qu’il y avait à l’époque contre l’Eglise catholique, fortement persécutée. Le second voyage, en 1992, fut, au contraire le témoignage de ce processus de démocratisation que le Bénin avait vécu avec la conférence nationale. Je souhaite maintenant que ce troisième voyage du Pape Benoît XVI soit l’occasion pour le Bénin de reprendre conscience de la vivacité de sa foi et du don de la paix que le Seigneur lui a fait. »

Son collège allemand Troendle, correspondant à Rome de la Radio allemande ARD1, s’intéresse fortement à l’accueil chaleureux qui sera réservé au Pape : « C’est mon premier voyage avec le Pape en Afrique ; par conséquent, je m’attends qu’il soit accueilli d’une manière diverse qu’en Europe. L’Eglise catholique est plus forte sur ce continent qu’en Allemagne par exemple. En Afrique, l’Eglise est en phase de croissance alors qu’ici en Europe, elle est en train de diminuer. Je suis alors intéressé de voir comment il sera accueilli. Je suis aussi intéressé de voir comme ce peuple assez mixte (catholiques, musulmans, adeptes de religions traditionnelles) s’unira pour accueillir le Pape et les événements culturels prévus, le concert et la rencontre avec les enfants. Naturellement, je n’oublie pas le message de l’exhortation post-synodale, objectif principal du voyage qui reste très important pour tout le continent africain. »

P. Eric Oloudé OKPEITCHA depuis la Ville sainte.

RAPPORT DU 1ER JOUR DU SYMPOSIUM

La journée d’hier a été le tout premier jour de notre symposium sur le dialogue entre les Eglises-Sœurs d’Europe et d’Afrique au service de la réconciliation, la justice et la paix. Après la cérémonie d’ouverture, présidée par Monseigneur Eugène Houndekon, secrétaire et représentant de la Conférence Episcopale du Bénin, nous avons enregistré une série d’interventions assurées par cinq conférenciers : Père Julien Penoukou, Mgr Vincent Landel, représenté par le Père André Chauvin, Monseigneur Benoît Alowonou, Evêque de Kpalimè, Monsieur Léon Okioh et le Père Philippe Kinkpon. Le présent rapport voudrait en faire le compte rendu en mettant l’accent sur les principales articulations. Et nous commençons par le mot de Monseigneur Eugène Houndekon.

Dans son adresse aux participants de la cérémonie d’ouverture, il exprima sa joie de pouvoir les accueillir et les saluer au nom de toute la Conférence Episcopale du Bénin. Il remercia ensuite la conférence épiscopale allemande de son aide financière à la tenue de ce symposium, sans oublier les membres du gouvernement d’avoir bien voulu s’associer à cet événement de grande importance pour toute l’Eglise du Bénin. Il définit enfin le cadre de notre rassemblement qui est celui des 150 ans de notre évangélisation et de la visite du Pape Benoît XVI au Bénin pour la signature de l’exhortation post-synodale pour la réconciliation, la justice et la paix en Afrique. Dans un tel contexte, un symposium de dialogue entre les Eglises Sœurs d’Europe et d’Afrique sur la réconciliation, la justice et la paix ne peut qu’être bienvenu. Après le colloque de l’an passé sur l’invitation des chrétiens à être bâtisseurs de l’avenir à partir de l’expression de l’espérance chrétienne qui est en eux, ce présent symposium apparaît sous le signe de la maturité et de la mission. Cette mission n’est pas celle liée à la seule initiative des prêtres, mais de toute l’Eglise d’Afrique, Famille de Dieu, convoquée à prendre l’engagement concret d’être sel de la terre et la lumière du monde. Ce faisant, le chrétien participe à la mission de l’Eglise à la suite des premiers bâtisseurs qui sont les Pères SMA. Monseigneur Eugène Houndekon a saisi l’occasion pour les remercier spécialement pour le grain qu’ils ont jeté dans notre terre africaine et engagea de nouveau tous les participants du symposium à être de dignes héritiers. Ils ne peuvent le faire sans partir du passé. La parole fut donnée au Père Julien Penoukou pour nous faire l’historique de ce passé, en parlant d’abord de l’évaluation des 150 ans d’évangélisation dont le colloque de l’an dernier a tracé les traits saillants en 17 thèmes de conférence. Sans vouloir s’étendre sur les détails, il nota que, malgré la largesse de la semence des missionnaires, des poches de résistance existent encore et constituent des défis nouveaux pour notre temps : problème de foi, problème de culture, problème de réconciliation entre la Parole de Dieu et les aspirations profondes des chrétiens du Bénin. Il est alors impérieux de redéfinir la mission qui nous attend à la lumière de la mystique de la réconciliation, source de la justice et de la paix. Mais qu’est-ce que la réconciliation ? C’est avant tout la récapitulation et le renouvellement de notre vie dans le Christ, justice et paix de Dieu. En retournant à lui, nous faisons non seulement l’expérience salvatrice de l’amour de Dieu, mais nous découvrons aussi le vrai contenu de la justice et de la paix pour en être à notre tour les témoins. La découverte de la justice et de la paix en Dieu à travers la personne de Jésus est le préalable de notre vraie réconciliation. Cet effort de retournement et de conversion profonde dans le Christ n’épargne personne. Il concerne tous les chrétiens dans la variété de leur état de vie. Nous sommes tous invités à faire le lien entre la foi et la vie chrétienne, entre les valeurs chrétiennes et l’exigence politique. Ce faisant, nous pouvons parvenir à être porteurs de sens dans un monde affamé de sens et victime d’une récession de foi. Notre horizon de vie s’éclaircira pour un chemin d’épanouissement en nous-mêmes et de communion avec les autres. En somme, la justice et la paix viennent de la réconciliation avec Dieu dans le Christ pour une réconciliation avec soi-même et avec les autres. L’essentiel de tout ce qui vient d’être dit est contenu dans les concepts de conversion, de dialogue et d’amour. La conversion ordonne à conformer la vie personnelle à celle du Christ ; le dialogue ouvre un chemin de reconnaissance et d’accueil de l’autre dans sa différence ; l’amour porte des fruits de paix, de justice et de joie. C’est tout cela qu’on retrouvera dans la vie d’un chrétien qui veut témoigner de l’espérance qui est en lui. Ce témoignage de l’espérance chrétienne se vivra non seulement dans le cadre de la cité en général, mais aussi dans la relation avec les frères qui ne connaissent pas le Christ. L’une des entités à privilégier, est la religion musulmane.

A la question de savoir comment le christianisme et l’Islam peuvent-ils vivre ensemble, Monseigneur Vincent Landel, par la bouche du Père André Chauvin, donna une réponse en partant de son expérience de pasteur et d’homme de terrain. Il fit d’abord remarquer que la vie chrétienne sur une terre musulmane est difficile pour des raisons liées à un problème de vision de la foi, de vision de l’homme et de mobilité des chrétiens eux-mêmes. Au Maroc, ils sont au nombre de 30.000 sur 35.000.000 d’habitants. Mais chaque année, il y a la mobilité du tiers. Ce qui ne permet pas un rapport profond. Par ailleurs, les musulmans eux-mêmes expriment ce rapport en termes de tolérance, d’accueil et d’intention de prière les uns pour les autres. Mais on peut l’intensifier en s’inspirant du décret conciliaire Nostra Aetate et en mettant l’accent sur cinq réalités : la rencontre, l’estime réciproque, l’unité autour des projets de vie, le témoignage de la charité et le souci de construire l’Eglise. En tout cela, les fidèles laïcs doivent être en première ligne. C’est par eux que l’Eglise peut se rendre visible à travers la cité. Pour parvenir à leur fin, ils feront preuve d’ouverture, d’humilité et d’amitié. L’ouverture ouvre l’espace du cœur à l’altérité qui devient une richesse pour soi. L’humilité est une vertu qui permet de ne pas se prendre comme le centre du monde, d’accueillir l’autre dans sa différence et de savoir qu’on peut beaucoup apprendre de lui. L’amitié dans la vie sociale ou dans les quartiers permet de faire une partie du chemin de vie ensemble pour poser, au travers des réalités politiques, économiques, ethniques, intellectuelles et religieuses, des bases communes de justice, de paix, d’amour et de développement. L’important en tout cela n’est pas de se demander ce que l’autre peut faire pour soi, mais ce que nous pouvons faire pour lui. Mais bien des fois, ce que nous faisons peut aussi être une semence dans un champ d’incertitude. C’est ici que prend sens le discours du pape Jean-Paul II qui, au moment de sa visite au Maroc en 1989, s’adressait aux chrétiens en ces termes : Tout ce que vous faites continuera ou ne continuera pas, mais ce qui restera, c’est tout l’amour que vous aurez vécu dans ce pays. Cela pour dire que le dialogue interreligieux est une expérience gratuite d’amour. C’est toujours sur la même note d’amour qu’il faut bâtir le témoignage du chrétien en toute cité. Monseigneur Benoît Alowonou, évêque de Kpalimé, nous a, dans ce sens, parlé de l’expérience que vit actuellement l’Eglise du Togo, dans sa quête de justice et de paix sociale à travers la réconciliation. Après avoir montré les nombreuses embuches dues au soupçon de complicité porté sur l’autorité ecclésiastique, aux blessures des cœurs et à une démocratie qui cherche et recherche encore ses marques, il a insisté sur la mission essentielle de l’Eglise. Elle consiste à définir la vision de l’homme, de sa nature et de son agir. Elle se traduit aussi par un prophétisme qui dénonce le mal, défend la dignité de la personne humaine et détermine des lignes d’action pour la résolution des problèmes de société. Les nombreuses lettres pastorales écrites par les Evêques et l’accompagnement actuel du processus de justice, de vérité et de réconciliation dans le pays en témoignent. Les pasteurs n’oublient pas non plus de mettre en mouvement pour la même cause tous les diocèses, toutes les paroisses et tous les mouvements d’action catholique. Par ailleurs, les homélies sont centrées sur la réconciliation, la justice et la paix, avec la possibilité offerte pour des espaces d’écoute, la prière, le soutien psychologique des blessés et l’accompagnement pour un processus de conversion et de transformation positive. Voilà la grande contribution que donnent les pasteurs de l’Eglise catholique du Togo pour la réconciliation, la justice et la paix.

Mais si les pasteurs se dévouent tant pour cette cause, en quoi le laïcat peut-il servir d’allié nécessaire ? Monsieur Léon Okioh s’est chargé de répondre à cette question en parlant spécifiquement du rôle des laïcs dans la mise en œuvre de la réconciliation, la justice et la paix. Refusant de localiser l’apport des laïcs dans la sphère des responsabilités d’Etat ou de gouvernement, il le situe plus particulièrement dans les domaines sociaux, techniques et professionnels où le chrétien est appelé à rendre visible l’Eglise en faisant des choix qui témoignent de son appartenance au Christ. La vie dans la foi a déjà une dimension politique. Elle permet d’être lumière du monde en donnant à la terre le goût du ciel. L’essentiel de la mission du laïc au cœur de la cité consiste à revenir aux engagements de son baptême pour se réconcilier avec Dieu afin de vivre sa réconciliation avec le prochain. On ne peut être en paix avec l’autre sans être en paix avec Dieu rencontré et accueilli dans la personne du Christ. En somme, parler de la réconciliation, de la justice et de la paix revient à parler de la vie avec le Christ. Car tout part de lui et converge vers un agir éthique rendu possible grâce l’infusion dans l’Esprit Saint. Avec lui, nous pouvons porter des fruits à la mesure de la charité du Christ. C’est avec l’Esprit du Père et du Fils que le chrétien laïc doit avancer en eau profonde au cœur de la cité. Cependant si son action est attendue dans cette cité, c’est d’abord dans la famille qu’elle commencera. C’est ici qu’il faut être initié à la culture de la réconciliation, de la justice et de la paix. Le Père Philippe Kinkpon, qui a développé cette mission de la famille dans la dynamique de la réconciliation, n’a pas manqué de souligner d’abord les nombreux lieux et milieux de conversion : la jalousie, le parasitisme, la haine héréditaire, la culture de la rivalité et la culture de l’ethnicisme. Il a ensuite parlé de la culture de l’amour et de la paix au travers d’une éducation parentale qui amène l’enfant à rencontrer le Christ pour apprendre à le connaître, à se connaître à travers lui et à l’imiter. Il y a en cela de petites actions indispensables : la vie de prière à la maison, la lecture de la parole de Dieu, l’habilitation à l’amitié avec le Christ. En somme, il s’agit ici d’une approche expérientielle du Christ qui finit par devenir un centre de rayonnement qui, après avoir garanti l’harmonie de la vie en famille, assure la vitalité de la société dans le sens du bien. Dans cette perspective, on n’oubliera jamais la conviction du Pape Jean-Paul II : l’avenir de la société et de l’Eglise passe par la famille. Le pape Benoît XVI ajoute qu’elle est le sanctuaire où l’enfant apprend les valeurs de solidarité et de communion. Pour la justice et la paix sociale, la famille chrétienne doit donc répondre à son identité et à sa mission. Voilà ce que nous pouvons retenir succinctement de l’intervention du Père Philippe après la série des autres interventions. Pour finir, notons qu’elles ont été toutes suivies de riches débats qui les ont fait gagner en approfondissement et en qualité. Nous espérons les mêmes atouts pour les conférences de ce jour.

Merci.

Pères Théophile AKOHA & François GNONHOSSOU

45 QUESTIONS/REPONSES SUR LE PAPE

Une personnalité qui suscite mille et une interrogations. Il est chef d’Etat, il est chef religieux. Il dirige l’un des plus petits États du monde. Il a des droits et des devoirs. Il porte plusieurs titres qu’il doit honorer. Il est accueilli partout même si son message est contredit et même rejeté par certains.

1- Qu’est ce que le Pape ?

2- Que dit la Bible sur le Pape ?

3- Quelle est l’origine du mot pape ?

4- Pourquoi le Pape est t-il habillé en blanc ?

5- Pourquoi le Pape porte des chaussures rouges ?

6- Quelle est l’effigie représentée sur l’anneau papal ?

7- Quels sont les différents noms donnés au Pape ?

8- Quelles sont les 4 fonctions du pape ?

9- Quels sont les devoirs du Pape ?

10- Quels sont les Pouvoirs du Pape ?

11- Le Pape peut-il se tromper en matière de doctrine et de morale ?

12- Quels sont les devoirs du Clergé et des Fidèles envers le Pape ?

13- Quelle est l’image représentée sur l’insigne des papes ?

14- Pourquoi le Pape porte t-il une tiare ?

15- Que porte le pape sur la tête quand il ne met pas la tiare ?

16- Qu’est ce que le Saint Siège ?

17- Les papes ont-ils toujours vécu en Italie ?

18- Pour combien d’années le Pape est-il élu ?

19- Quelles sont les couleurs de la papauté ?

20- Qui a lancé les premières JMJ ?

A suivre

COKTAIL D’OPINIONS D’ETUDIANTS AFRICAINS A ROME SUR LA VISITE DU PAPE AU BENIN.

A propos du voyage du Pape au Bénin, ils ont dit… « Ils », ce sont des prêtres, des religieux et religieuses, des laïcs africains étudiant à Rome. A leur manière, ils vivent la fièvre de cet événement que tout le continent africain attend et qui ne manquera pas d’impacter son présent mais surtout son avenir. Aux détours d’un couloir ou d’une pause entre deux cours, ils ont bien voulu se prononcer sur l’événement :

« Le voyage du Pape est, pour moi, un motif de grande joie, car nous sommes tous conscients de l’urgence de l’enracinement de la culture de la paix sur le continent africain. Mon souhait est que nous nous laissions tous interpeller par le message que nous adressera le Saint-Père ; que ce message, grâce au dévouement des uns et des autres sous la responsabilité de nos Pères Evêques africains, atteigne toutes les couches sociales africaines. Car la vraie paix, fruit de la réconciliation et de la justice, demeure toujours un défi à relever. Le Congo, mon pays gagnera beaucoup à mettre en place les structures dynamiques pour la diffusion de ce message.  »

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Sr Guilène Andréa L. MIAMBANZILA Soeur Servante de Cana (RDC)

MISSIONARY TRIP TO AFRICA : “The trip of Pope Benedict XVI to Benin on the 18th of Nov 2011 is indeed a missionary trip to and for Africa. It is a trip of special mission for Reconciliation, Justice, and Peace for Africa which recently, has been witnessing violence, provoked by injustice and which has contributed to her stunted development. As I wish His Holiness a fruitful missionary trip to Africa, I call on Africans especially my country Nigeria to pay heed to the message of His Holiness for the establishment of the reign of peace that would enhance the development of Africa. Africa "a hope of Catholic Church" has rich cultural and catholic values to offer to the ’catholic world’. Let us embrace peace and unity, a necessary instrument of transmission of our values. Long live Pope Benedict XVI, Long live the Catholic Church in Africa, Long Live the Catholic Church in Nigeria.”

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Rev Fr Valentine Obinna Onwunjiogu. Catholic Diocese of Aba / Abia State- (Nigeria)

Sa Sainteté le Pape Benoit XVI en Afrique, est une bonne nouvelle pour le continent qui reste encore marqué par une instabilité et une paix précaire. Savoir que le Pape abordera la grande question de Réconciliation, Justice et Paix dans un contexte international de récession économique où l’Afrique est en quête d’une formule juste, est une lueur d’espoir pour des pays en sortie progressive de crise comme le Burkina Faso, engagé dans un vaste mouvement de réformes. Je crois que nous avons besoin d’être encouragés et rassurés. Que le Grand Messager de la Paix nous donne son message de réconfort sur ce difficile chemin de la Réconciliation afin que nos résolutions et différentes contributions lors du dernier Synode des Evêques pour l’Afrique portent des fruits, grâce à l’implication réelle et effective de tous.

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Abbé ROGER SEOGO Diocèse de Banfora, (Burkina-Faso)

La prochaine visite du Pape Benoît XVI au Bénin pour toute l’Afrique me remplit de joie car, de mon point de vue, c’est un signe de la Providence divine qui n’oublie aucune de ses créatures. Ainsi malgré les événements douloureux qui la frappent par endroits, l’Afrique, portée par l’espérance qui l’a toujours caractérisée, accueillera, dans la joie et les chants, le messager et le message de la réconciliation, de la justice et de la paix dont il est porteur. Mon souhait le plus profond est qu’au-delà de l’enthousiasme – que j’aurais souhaité vivre au Bénin, mais hélas ! – cet événement soit l’aurore d’un jour nouveau, l’aube d’une ère nouvelle sur le continent, une ère de réconciliation, de justice et de paix, gage d’un vrai développement.

Sr Rose Mélodie AYOLA, Providence de saint Paul, Diocèse de Kara (Togo)

Penço que serà muito importante a visita do Santo Padre Bento XVI, na Republica do Benin. E sou orgulhoso de saber que o Padre e Pastore da Maẽ Igreja vai ao continente Africano como pastore que visita o seu rebanho, isto è a sua “Igreja”, para reforçar e unir os laços de fè dos Cristãos. Una vez que a Africa è o continente na mira de tantas guerra e numerosas calamidades, a presença do sucessor de São Pedro, atenua as dores, achuga as làgrimas cançadas de guerra, da descriminação. Etc… E penço que se nao estou em erros, o motivo principal da visita Apostolica è a publicação da Esortação Apostolica Post Sinodal da assembeia do Senodos do Bispos pela Africa, que tinha como lema central “Reconciliaçao, justiça e Paz. Espero e felicito que esta messagem seja aplicado no continente africano conhecido como :“Novo continente”, tȇm necessidade de sentir estas palava do seu Pastor.

Antonio João Tchissingui. Diocese de Luanda (Angola)

Le Pape se rend au Bénin pour présenter aux Pères Évêques d’Afrique les fruits du Synode des Évêques tenu en 2009 à Rome. Nous souhaitons que ce voyage du Saint-Père, en même temps que l’exhortation apostolique post-synodale qui en sortira , soit une opportunité pour que l’Église d’Afrique se mette réellement « au service de la réconciliation, de la justice et de la paix ». Aussi, de manière particulière, pour mon pays, la République Démocratique du Congo qui se prépare pour aller aux urnes ce 28 novembre, nous souhaitons que l’Église locale s’implique – selon les vues du synode – pour des élections justes et pacifiques. Aucune nation ne peut prospérer sans la paix.

P. Placide-Honoré BAUNDU République démocratique du Congo

The Pope’s visit in Africa that brings Him to the Republic of Benin this week, is truly an occasion for the Church in Africa to come together with the successor of Peter to pray for the people of Africa, to reflect and evaluate the strategies of inculturating the various cultures of Africa and the challenges posed by poverty disease and civil wars affecting the continent. It is my hope therefore that this visit and the fruits of the second synod for Africa in 2009 the Pope brings with him to Africa, will bring to Africa true reconciliation, justice and peace.

Fr. George Bodyo, Dodoma Diocese ( Tanzania)

Le moins que l’on puisse dire est que ce voyage du Saint-Père en Afrique, de même que l’Exhortation apostolique qui en résultera, nourrit un grand espoir dans les cœurs des fils et filles de l’Eglise d’Afrique ici à Rome. Que l’Esprit comble ses attentes en vue d’une Pentecôte nouvelle de l’Eglise d’Afrique.

P. Eric Oloudé OKPEITCHA

DISCOURS D’ACCUEIL DU PRESIDENT YAYI BONI A SA SAINTETE

Très Saint-Père,

C’est un immense privilège pour l’Afrique, en général, et pour le Bénin, en particulier de vous accueillir sur son sol hospitalier ce jour, vendredi 18 novembre 2011.

La visite de votre Sainteté est un insigne honneur pour notre pays.

Votre présence parmi nous raffermit la foi des croyants du Bénin et de ceux venus de divers horizons d’Afrique.

La République du Bénin, anciennement appelée Dahomey, est un Etat côtier du golfe de Guinée, en Afrique de l’Ouest. Elle a la forme d’une main jaillie de l’Océan Atlantique qui s’ouvre au cœur de l’Afrique Occidentale entre les Etats frontaliers frères du Nigeria, du Togo, du Niger et du Burkina Faso.

A la suite de la Conférence Nationale des Forces Vives de février 1990, la Constitution béninoise du 11 décembre de la même année, qui régit le fonctionnement de la République, crée les conditions du dialogue interreligieux, de la démocratie, de la stabilité politique et institutionnelle, de la sécurité et du développement harmonieux de la personne humaine dans toutes ses dimensions.

En effet, le Bénin est un pays laïc, de tolérance religieuse, où cohabitent, en parfaite intelligence et en toute harmonie, différentes croyances et confessions religieuses. Cette occasion me paraît appropriée pour souligner le rôle déterminant que jouent les religions dans l’édification progressive d’une Nation digne et prospère.

Très Saint-Père,

Le Bénin, mon pays, a accueilli les premiers missionnaires catholiques, les pères de la Société des Missions Africaines de Lyon, le 18 avril 1861.

Tous les Béninois, les fidèles de l’Eglise catholique en particulier, sont heureux de Vous accueillir dans le cadre du Jubilé des 150 ans d’Evangélisation au Bénin.

La célébration de ce Jubilé a permis certainement à l’Eglise de se donner de nouvelles missions pastorales.

La Conférence Episcopale du Bénin a voulu faire de ce jubilé un recours aux sources qui permette un rebondissement vers l’avenir en le mettant sous le thème évocateur : "Héritiers et bâtisseurs d’avenir, chrétien, rends compte de ton espérance".

Au cours des cent cinquante dernières années, l’Eglise catholique a apporté aux populations de notre pays, sans aucune distinction, une assistance multiforme unanimement reconnue.

Ainsi, à peine installés à Ouidah, les premiers missionnaires y ont-ils ouvert une école primaire dans laquelle furent accueillis de nombreux enfants en âge d’être scolarisés et plus tard, sur l’ensemble du territoire national, d’autres écoles primaires et des collèges de renom.

Dans le domaine de la santé, c’est l’Eglise catholique qui a créé et géré à Ouidah, la toute première pouponnière de notre pays pour la prise en charge des orphelins et une léproserie dans la même ville bien des années avant que l’Etat ne commence à dispenser des soins aux lépreux.

Aujourd’hui encore, l’Eglise accueille de nombreux malades à moindre coût dans les centres de santé qui lui appartiennent dans toutes les régions du Bénin.

Très Saint Père,

La terre béninoise que vos pieds foulent maintenant a accueilli la semence de l’amour et du sacrifice de nombreux missionnaires à qui de nombreuses religieuses, des prêtres dévoués et des prélats prestigieux béninois ont emboîté le pas. Parmi eux, avec tout le peuple béninois, je voudrais rendre à nouveau un hommage exceptionnel bien mérité à notre bien-aimé patriarche, le regretté Cardinal Bernardin GANTIN.

Bien qu’il ait exercé au sein de la hiérarchie vaticane les plus éminentes fonctions, nous retenons d’abord de lui sa grande humilité et son sens élevé du service.

Dans votre discours du 28 mai 2010 au premier Ambassadeur du Bénin avec résidence à Rome, Vous aviez souligné que, je cite : « cet homme d’Eglise remarquable n’a pas été uniquement un noble fils de votre Nation, mais également un authentique constructeur de ponts entre les cultures et les continents ». fin de citation.

C’est d’ailleurs pour pérenniser sa mémoire que le Gouvernement du Bénin a décidé de baptiser l’aéroport où nous nous trouvons actuellement : « Aéroport International Cardinal Bernardin GANTIN de Cadjèhoun ».

Très Saint-Père,

Vous avez décidé de faire de cette visite l’occasion de la signature et de la remise de l’Exhortation Apostolique post synodale, fruit de la deuxième Assemblée du synode des Evêques de 2009 pour l’Afrique, sur le thème je cite : « l’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix », « Vous êtes le sel de la terre ; Vous êtes la lumière du monde ». fin de citation.

En cela, Votre visite est principalement pastorale et elle offre l’opportunité pour le renforcement de la paix, de la laïcité et du dialogue interreligieux au Bénin et en Afrique.

Votre présence au Bénin honore particulièrement notre patrie qui reçoit un Souverain Pontife pour la troisième fois de son histoire, après les visites du Bienheureux Pape Jean Paul II en 1982 et en 1993.

Au nom du Peuple et du Gouvernement béninois et en mon nom personnel, je voudrais à nouveau souhaiter à Vous-même, à Votre délégation et à toutes les délégations d’Afrique venues Vous rencontrer la bienvenue et un très bon séjour sur cette terre africaine du Bénin. Très Saint Père,

Que le Seigneur Vous bénisse et Vous accorde une robuste santé.

Je Vous remercie.

BENOIT XVI FOULE LE SOL BENINOIS POUR LA 1ERE FOIS DE SON PONTIFICAT

L’histoire retiendra que ce 18 novembre 2011, le pape Benoit XVI a foulé pour la 1ère fois la terre béninoise en tant que souverain pontife. C’est son 3ème voyage en terre africaine depuis son accession sur le siège de saint Pierre. Il a parcouru près de 6000 km en 6H de vol dans 4000 km dans un A330 de l’Alitalia.

Il allait sonner 15H en heure locale, soit 14H en TU quand l’avion qui transportait le saint Père et sa délégation s’immobilisa sur le macadam de l’aéroport international Cardinal Bernardin GANTIN de Cotonou. Ce sont les autorités religieuses catholique qui sont les 1ères à l’accueillir.

Au salon d’honneur du dit aéroport c’est le président de la république, Thomas Boni Yayi qui le reçut et fit le discours d’accueil auquel répond par un autre, le 1er d’une série de 8 qu’il aura à prononcer durant son séjour de 48 heures.

Ensuite il parcourut la ville en papamobile. Le long des artères, c’est une foule à nulle autre pareille qui le saluait et l’ovationnait. Cette foule constituée des délégations de plusieurs nationalités : Togo et Burkina Faso, Egypte et Côte d’Ivoire, Cameroun et Rwanda, Zambie et Nigéria, Sao Tome et Gabon et j’en passe.

Le second temps fort de ce 1er jour s’est déroulé à la Cathédrale Notre Dames des Miséricordes de Cotonou où s’était massée et l’attendait une foule impressionnante : religieux et religieuses, évêques et prêtres, fidèles et simples citoyens, tant du Bénin que d’ailleurs. Il le fallait bien, car le saint Père est là pour tout le continent. Tu es sacerdos in aeternum clamaient des centaines de voix.

A tous Seigneur, tout honneur. Entrée dans cette masjestueuse église cathédrale où reposent deux grands archevêques, le souverain pontife se met à sur un prie Dieu et se recueille quelques instants devant le tabernacle.

D’autres hymnes et cantiques résonneront avant que l’archevêque de Cotonou et président de la CEB ne prononce au non de l’Eglise d’Afrique le mot de bienvenue. En réponse à ce mot de bienvenue, le pape Benoit XVI prononça son 2dn discours de la journée. On chanta le Pater, il fit don à la cathédrale d’un calice pour les célébrations eucharistiques, donna la bénédiction avant de se retirer sous les ovations, vivats et hourras de la foule. Voir le pape et mourir murmuraient plus d’un. NON ! Plutôt Voir le pape et Vivre !

DISCOURS DU PAPE A L’AEROPORT A SON ARRIVEE AU BENIN.

Monsieur le Président de la République,

Messieurs les Cardinaux,

Monsieur le Président de la Conférence Épiscopale du Bénin,

Autorités civiles, ecclésiales et religieuses présentes,

Chers amis,

Je vous remercie, Monsieur le Président, pour vos chaleureuses paroles d’accueil. Vous savez l’affection que je porte à votre continent et à votre pays. Je désirais revenir en Afrique, et une triple motivation m’a été fournie pour réaliser ce voyage apostolique. Il y a tout d’abord, Monsieur le Président, votre aimable invitation à visiter votre pays. Votre initiative est allée de pair avec celle de la Conférence épiscopale du Bénin. Elles sont heureuses, car elles se situent dans l’année où le Bénin célèbre le 40ème anniversaire de l’établissement de ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège, ainsi que le 150ème anniversaire de son évangélisation. Étant parmi vous, j’aurai l’occasion de faire d’innombrables rencontres. Je m’en réjouis. Elles seront toutes différentes et elles culmineront dans l’Eucharistie que je célébrerai avant mon départ.

Se réalise également mon désir de remettre sur le sol africain l’Exhortation apostolique post-synodale Africae munus. Ses réflexions guideront l’action pastorale de nombreuses communautés chrétiennes durant les prochaines années. Ce document pourra y germer, y grandir et y porter du fruit « à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un », comme le dit Jésus-Christ (Mt 13, 23).

Enfin, il existe une troisième raison qui est plus personnelle ou plus sentimentale. J’ai toujours tenu en haute estime un fils de ce pays, le Cardinal Bernardin Gantin. Durant d’innombrables années, nous avons tous les deux œuvré, chacun selon ses compétences propres, au service de la même Vigne. Nous avons aidé au mieux mon prédécesseur, le bienheureux Jean-Paul II, à exercer son ministère pétrinien. Nous avons eu l’occasion de nous rencontrer bien des fois, de discuter profondément et de prier ensemble. Le Cardinal Gantin s’était gagné le respect et l’affection de beaucoup. Il m’a donc semblé juste de venir dans son pays natal pour prier sur sa tombe et pour remercier le Bénin d’avoir donné à l’Église ce fils éminent.

Le Bénin est une terre d’anciennes et de nobles traditions. Son histoire est prestigieuse. Je voudrais profiter de cette occasion pour saluer les Chefs traditionnels. Leur contribution est importante pour construire le futur de ce pays. Je désire les encourager à contribuer par leur sagesse et leur intelligence des coutumes, au délicat passage qui s’opère actuellement entre la tradition et la modernité.

La modernité ne doit pas faire peur, mais elle ne peut se construire sur l’oubli du passé. Elle doit être accompagnée avec prudence pour le bien de tous en évitant les écueils qui existent sur le continent africain et ailleurs, par exemple la soumission inconditionnelle aux lois du marché ou de la finance, le nationalisme ou le tribalisme exacerbé et stérile qui peuvent devenir meurtriers, la politisation extrême des tensions interreligieuses au détriment du bien commun, ou enfin l’effritement des valeurs humaines, culturelles, éthiques et religieuses. Le passage à la modernité doit être guidé par des critères sûrs qui se basent sur des vertus reconnues, celles qu’énumère votre devise nationale, mais également celles qui s’ancrent dans la dignité de la personne, la grandeur de la famille et le respect de la vie. Toutes ces valeurs sont en vue du bien commun qui seul doit primer, et qui seul doit constituer la préoccupation majeure de tout responsable. Dieu fait confiance à l’homme et il désire son bien. C’est à nous de Lui répondre avec honnêteté et justice à la hauteur de sa confiance.

L’Église, pour sa part, apporte sa contribution spécifique. Par sa présence, sa prière et ses différentes œuvres de miséricorde, spécialement dans le domaine éducatif et sanitaire, elle souhaite donner ce qu’elle a de meilleur. Elle veut se montrer proche de celui qui est dans le besoin, de celui qui cherche Dieu. Elle désire faire comprendre que Dieu n’est pas inexistant ou inutile comme on cherche à le faire croire, mais qu’Il est l’ami de l’homme. C’est dans cet esprit d’amitié et de fraternité que je viens dans votre pays, Monsieur le Président.

En langue fon, le pape a ajouté :

ACE MAWU TON NI KON DO BENIN TO O BI JI. (Que Dieu bénisse le Bénin !)

DISCOURS DU SAINT PERE A LA CATHEDRALE DE COTONOU

La « double expression de la miséricorde divine »

Messieurs les Cardinaux, Monseigneur l’Archevêque et chers frères dans l’Épiscopat, Monsieur le Recteur de la cathédrale, Chers frères et sœurs,

L’hymne antique, le Te Deum, que nous venons de chanter exprime notre louange au Dieu trois fois saint qui nous rassemble dans cette belle cathédrale Notre-Dame de la Miséricorde. Nous rendons hommage avec reconnaissance aux anciens archevêques qui y reposent : Monseigneur Christophe Adimou et Monseigneur Isidore de Sousa. Ils ont été de valeureux ouvriers dans la Vigne du Seigneur, et leur mémoire reste encore vivante dans le cœur des catholiques et de nombreux Béninois. Ces deux Prélats étaient, chacun à sa manière, des pasteurs pleins de zèle et de charité. Ils se sont dépensés sans compter au service de l’Évangile et du peuple de Dieu, surtout des personnes les plus vulnérables. Vous savez tous que Monseigneur de Sousa a été un ami de la vérité et qu’il a joué un rôle déterminant dans la transition démocratique de votre pays.

Alors que nous louons Dieu pour les merveilles dont il ne cesse de combler l’humanité, je vous invite à méditer un instant sur sa miséricorde infinie. Cette cathédrale s’y prête providentiellement. L’Histoire du Salut, qui culmine dans l’Incarnation de Jésus et trouve son accomplissement plénier dans le Mystère pascal, est une révélation éclatante de la miséricorde de Dieu. Dans le Fils est rendu visible le « Père des miséricordes » (2 Co 1, 3), qui, toujours fidèle à sa paternité, « se penche sur chaque enfant prodigue, sur chaque misère humaine, et surtout sur chaque misère morale, sur le péché » (Jean-Paul II, Dives in misericordia, n. 6). La miséricorde divine ne consiste pas seulement en la rémission de nos péchés ; elle consiste aussi dans le fait que Dieu, notre Père, nous ramène, parfois non sans douleur ni affliction ni crainte de notre part, sur le chemin de la vérité et de la lumière, car il ne veut pas que nous nous perdions (cf. Mt 18, 14 ; Jn 3, 16). Cette double expression de la miséricorde divine montre combien Dieu est fidèle à l’alliance scellée avec chaque chrétien dans le baptême. En relisant l’histoire personnelle de chacun et celle de l’évangélisation de nos pays, nous pouvons dire à la suite du psalmiste : « Je chanterai sans fin les miséricordes du Seigneur » (Ps 89 [88], 2).

La Vierge Marie a expérimenté au plus haut point le mystère de l’amour divin : « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » (Lc 1, 50), s’exclame-t-elle dans son Magnificat. Par son OUI à l’appel de Dieu, elle a contribué à la manifestation de l’amour divin parmi les hommes. En ce sens, elle est Mère de Miséricorde par participation à la mission de son Fils ; elle a reçu le privilège de pouvoir nous secourir toujours et partout. « Par son intercession répétée, elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. Son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, ou qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la patrie bienheureuse » (Lumen gentium 62). Sous l’abri de sa miséricorde, les cœurs meurtris guérissent, les pièges du Malin sont déjoués et les ennemis se réconcilient. En Marie, nous avons non seulement un modèle de perfection, mais aussi une aide pour réaliser la communion avec Dieu et avec nos frères et nos sœurs. Mère de miséricorde, elle est un guide sûr des disciples de son Fils qui veulent être au service de la justice, de la réconciliation et de la paix. Elle nous indique, avec simplicité et avec un cœur maternel, la seule Lumière et la seule Vérité : son Fils, le Christ Jésus qui conduit l’humanité vers sa pleine réalisation dans son Père. N’ayons pas peur d’invoquer avec confiance celle qui ne cesse de dispenser à ses enfants les grâces divines :

Ô Mère de Miséricorde, Nous te saluons, Mère du Rédempteur ; Nous te saluons, Vierge glorieuse ; Nous te saluons, notre Reine !

Ô Reine de l’espérance, Montre-nous le visage de ton divin Fils ; Guide-nous sur les chemins de la sainteté ; Donne-nous la joie de ceux qui savent dire Oui à Dieu !

Ô Reine de la paix, Comble les plus nobles aspirations des jeunes d’Afrique ; Comble les cœurs assoiffés de justice, de paix et de réconciliation ; Comble les espoirs des enfants victimes de la faim et de la guerre !

Ô Reine de la justice, Obtiens-nous l’amour filial et fraternel ; Obtiens-nous d’être amis des pauvres et des petits ; Obtiens pour les peuples de la terre l’esprit de fraternité !

Ô Notre Dame d’Afrique, Obtiens de ton divin Fils la guérison pour les malades, la consolation pour les affligés, le pardon pour les pécheurs ; Intercède pour l’Afrique auprès de ton divin Fils ; et obtiens pour toute l’humanité le salut et la paix ! Amen.

DISCOURS DU SAINT PERE AU GRAND SEMINAIRE SAINT GALL A OUIDAH

Messieurs les Cardinaux, Monseigneur N’Koué, responsable de la formation sacerdotale, chers frères dans l’épiscopat et le sacerdoce, chers religieux et religieuses, chers séminaristes et chers fidèles laïcs,

Merci Monseigneur N’Koué pour vos belles paroles, et merci cher séminariste pour les vôtres qui sont si accueillantes et déférentes. C’est une grande joie pour moi de me retrouver au milieu de vous ici, à Ouidah, et plus particulièrement dans ce séminaire mis sous la protection de sainte Jeanne d’Arc et dédié à saint Gall, homme aux vertus éclatantes, moine désireux de perfection, pasteur plein de douceur et d’humilité. Quoi de plus noble que d’avoir comme modèle sa figure, ainsi que celle de Monseigneur Louis Parisot, apôtre infatigable des pauvres et promoteur du clergé local, celle du Père Thomas Moulero, premier prêtre du Dahomey d’antan, et celle du Cardinal Bernardin Gantin, fils éminent de votre terre et humble serviteur de l’Église ?

Notre rencontre de ce matin me donne l’occasion de vous exprimer directement ma gratitude pour votre engagement pastoral. Je rends grâce à Dieu pour votre zèle, malgré les conditions parfois difficiles dans lesquelles vous êtes appelés à témoigner de son amour. Je le remercie pour tant d’hommes et de femmes qui ont annoncé l’Évangile en terre béninoise, comme dans toute l’Afrique.

Tout à l’heure, je vais signer l’Exhortation apostolique post-synodale Africae munus. Il y sera question de paix, de justice et de réconciliation. Ces trois valeurs s’imposent comme un idéal évangélique fondamental à la vie baptismale et elles requièrent une saine acceptation de votre identité de prêtre, de personne consacrée et de fidèle laïc.

Chers prêtres, la responsabilité de la promotion de la paix, de la justice et de la réconciliation, vous incombe d’une manière toute particulière. À cause de l’Ordre sacré reçu et des Sacrements célébrés, vous êtes appelés en effet à être des hommes de communion. De même que le cristal ne retient pas la lumière, mais la réfléchit et la redonne, de même le prêtre doit laisser transparaître ce qu’il célèbre et ce qu’il reçoit. Je vous encourage donc à laisser transparaître le Christ dans votre vie par une vraie communion avec l’Évêque, par une réelle bonté pour vos confrères, par une profonde sollicitude pour chaque baptisé et par une grande attention pour toute personne. En vous laissant modeler par le Christ, vous ne substituerez jamais à la beauté de votre être sacerdotal des réalités éphémères parfois malsaines que la mentalité contemporaine tente d’imposer à toutes les cultures. Je vous exhorte, chers prêtres, à ne pas sous-estimer la grandeur insondable de la grâce divine déposée en vous et qui vous habilite à vivre au service de la paix, de la justice et de la réconciliation.

Chers religieux et religieuses, de vie active ou contemplative, la vie consacrée est une suite radicale de Jésus. Que votre choix inconditionnel du Christ vous conduise à un amour sans frontière pour le prochain ! La pauvreté et la chasteté vous rendent vraiment libres pour obéir inconditionnellement au seul Amour qui, quand il vous saisit, vous porte à le répandre partout. Pauvreté, obéissance et chasteté creusent en vous la soif de Dieu et la faim de sa Parole, qui, en grandissant, se muent en faim et soif pour servir le prochain en mal de justice, de paix et de réconciliation. Fidèlement vécus, les conseils évangéliques vous transforment en frère universel ou en sœur de tous, et vous aident à marcher résolument sur la voie de la sainteté. Vous y arriverez si, convaincus que, pour vous, vivre, c’est le Christ (cf. Ph 1, 21), vous faites de vos communautés des reflets de la gloire de Dieu et des lieux où vous n’avez de dettes envers personne, sinon celle de l’amour mutuel (cf. Rm 13, 8). Par vos charismes propres vécus avec un esprit d’ouverture à la catholicité de l’Église, vous pourrez contribuer à une expression harmonieuse de l’immensité des dons divins au service de toute l’humanité !

M’adressant maintenant à vous, chers séminaristes, je vous encourage à vous mettre à l’école du Christ pour acquérir les vertus qui vous aideront à vivre le sacerdoce ministériel comme le lieu de votre sanctification. Sans la logique de la sainteté, le ministère n’est qu’une simple fonction sociale. La qualité de votre vie future dépend de la qualité de votre relation personnelle avec Dieu en Jésus-Christ, de vos sacrifices, de l’heureuse intégration des exigences de votre formation actuelle. Face aux défis de l’existence humaine, le prêtre d’aujourd’hui comme celui de demain - s’il veut être un témoin crédible au service de la paix, de la justice et de la réconciliation - doit être un homme humble et équilibré, sage et magnanime. Après 60 ans de vie sacerdotale, je peux vous confier, chers séminaristes, que vous ne regretterez pas d’avoir accumulé durant votre formation des trésors intellectuels, spirituels et pastoraux.

Quant à vous, chers fidèles laïcs qui, au cœur des réalités quotidiennes de la vie, êtes appelés à être le sel de la terre et la lumière du monde, je vous exhorte à renouveler vous aussi votre engagement pour la justice, la paix et la réconciliation. Cette mission requiert d’abord une foi en la famille bâtie selon le dessein de Dieu et une fidélité à l’essence même du mariage chrétien. Elle exige aussi que vos familles soient comme de véritables « églises domestiques ». Grâce à la force de la prière, « la vie personnelle et familiale se transforme et s’améliore, le dialogue s’enrichit, la foi se transmet aux enfants, la joie d’être ensemble s’amplifie, le foyer se rassemble et se consolide sans cesse » (Message pour la rencontre mondiale des familles à Mexico, le 17 janvier 2009, n. 3). En faisant régner dans vos familles l’amour et le pardon, vous contribuerez à l’édification d’une Église belle et forte, et à l’avènement de plus de justice et de paix dans la société entière. En ce sens, je vous encourage, chers parents, à avoir un respect profond pour la vie et à témoigner devant vos enfants de valeurs humaines et spirituelles. Et il me plaît de rappeler ici que, voici 10 ans, le Pape Jean-Paul II a fondé à Cotonou une section pour l’Afrique francophone de l’Institut qui porte son nom, afin de contribuer à la réflexion théologique et pastorale sur le mariage et la famille. Enfin, j’exhorte spécialement les catéchistes, ces vaillants missionnaires au cœur des réalités les plus humbles, à offrir toujours, avec une espérance et une détermination indéfectibles, leur aide singulière et absolument nécessaire à l’expansion de la foi dans la fidélité à l’enseignement de l’Église (cf. Ad gentes, n. 17).

Pour conclure mon entretien avec vous, je voudrais vous exhorter tous à une foi authentique et vivante, fondement inébranlable d’une vie chrétienne sainte et au service de l’édification d’un monde nouveau. L’amour pour le Dieu révélé et pour sa Parole, l’amour pour les sacrements et pour l’Église, sont un antidote efficace contre des syncrétismes qui égarent. Cet amour favorise une juste intégration des valeurs authentiques des cultures dans la foi chrétienne. Il libère de l’occultisme et vainc les esprits maléfiques, car il est mû par la puissance même de la Sainte Trinité. Vécu profondément, cet amour est aussi un ferment de communion qui brise toute barrière, favorisant ainsi l’édification d’une Église dans laquelle il n’y a pas de ségrégation entre les baptisés, car tous ne font qu’un dans le Christ Jésus (cf. Ga 3, 28). Avec grande confiance, je compte sur chacun de vous, prêtres, religieux et religieuses, séminaristes et fidèles laïcs, pour faire vivre une telle Église. En gage de ma proximité spirituelle et paternelle, et vous confiant à la Vierge Marie, j’invoque sur vous tous, sur vos familles, les jeunes et les malades, l’abondance des Bénédictions divines !

EXHORTATION APOSTOLIQUE DE BENOIT XVI

EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE

AFRICAE MUNUS

DU PAPE BENOÎT XVI

À L’ÉPISCOPAT, AU CLERGÉ,

AUX PERSONNES CONSACRÉES ET AUX FIDÈLES LAÏCS

SUR L’ÉGLISE EN AFRIQUE AU SERVICE DE LA RÉCONCILIATION, DE LA JUSTICE ET DE LA PAIX

« Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13.14)

INTRODUCTION 1. L’engagement de l’Afrique pour le Seigneur Jésus-Christ est un trésor précieux que je confie, en ce début de troisième millénaire, aux Évêques, aux prêtres, aux diacres permanents, aux personnes consacrées, aux catéchistes et aux laïcs de ce cher continent et des îles voisines. Cette mission porte l’Afrique à approfondir la vocation chrétienne. Elle l’invite à vivre, au nom de Jésus, la réconciliation entre les personnes et les communautés, et à promouvoir pour tous la paix et la justice dans la vérité.

2. J’ai désiré que la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques qui s’est déroulée du 4 au 25 octobre 2009, se situe dans la continuité de l’Assemblée de 1994 qui s’est « voulue une manifestation d’espérance et de résurrection, au moment même où les événements semblaient pousser l’Afrique au découragement et au désespoir ». L’Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Africa de mon prédécesseur, le bienheureux Jean-Paul II, recueillait les orientations et les options pastorales des Pères synodaux pour une nouvelle évangélisation du continent africain. Il convenait, au terme de la première décennie de ce troisième millénaire, que se fassent vives notre foi et notre espérance pour contribuer à construire une Afrique réconciliée, par les voies de la vérité et de la justice, de l’amour et de la paix (cf. Ps 85, 11) ! Avec les Pères synodaux, je rappelle que « si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les bâtisseurs » (Ps 127, 1).

3. Une vitalité ecclésiale exceptionnelle et le développement théologique de l’Église comme Famille de Dieu, ont été les résultats les plus visibles du Synode de 1994. Pour donner à l’Église de Dieu se trouvant sur le continent africain et dans les îles adjacentes, une impulsion nouvelle chargée d’espérance et de charité évangéliques, il m’a semblé nécessaire de convoquer une seconde Assemblée synodale. Soutenues par l’invocation quotidienne de l’Esprit Saint et la prière d’innombrables fidèles, les sessions synodales ont produit des fruits que je souhaiterais transmettre par ce document à l’Église universelle, et particulièrement à l’Église en Afrique, afin qu’elle soit véritablement « sel de la terre » et « lumière du monde » (cf. Mt 5, 13.14). Animée par une « foi opérant par la charité » (cf. Ga 5, 6), l’Église désire apporter des fruits de charité : la réconciliation, la paix et la justice (cf. 1 Co 13, 4-7). C’est là sa mission spécifique.

4. La qualité des interventions des Pères synodaux et des autres personnes qui sont intervenues durant les assises, m’a impressionné. Le réalisme et la clairvoyance de leur contribution ont démontré la maturité chrétienne du continent. Ils n’ont pas eu peur d’affronter la vérité et ils ont cherché sincèrement à réfléchir à des solutions possibles aux problèmes qu’affrontent leurs Églises particulières, et même l’Église universelle. Ils ont constaté aussi que les bénédictions de Dieu, Père de tous, sont innombrables. Dieu n’abandonne jamais son peuple. Il ne me semble pas nécessaire de m’appesantir sur les différentes situations sociopolitiques, ethniques, économiques ou écologiques que vivent quotidiennement les Africains et qui ne peuvent être ignorées. Les Africains savent mieux que quiconque combien, trop souvent malheureusement, ces situations sont difficiles, troublées voire même tragiques. Je rends hommage aux Africains et à tous les chrétiens de ce continent qui les affrontent avec courage et dignité. Ils désirent, avec raison, que cette dignité soit reconnue et respectée. Je puis les assurer que l’Église respecte et aime l’Afrique.

5. Face aux nombreux défis que l’Afrique souhaite relever pour devenir toujours plus une terre de promesses, l’Église pourrait être tentée, comme Israël, par le découragement, mais nos ancêtres dans la foi nous ont montré la juste attitude à avoir. Ainsi Moïse, le serviteur du Seigneur, « par la foi … comme s’il voyait l’Invisible, tint ferme » (Hb 11, 27). L’auteur de la Lettre aux Hébreux nous le rappelle : « La foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas » (11, 1). J’exhorte donc l’Église entière à poser sur l’Afrique ce regard de foi et d’espérance. Jésus-Christ, qui nous a invités à être « le sel de la terre » et « la lumière du monde » (Mt 5, 13. 14), nous offre la puissance de l’Esprit pour réaliser toujours mieux cet idéal.

6. Dans ma pensée, la Parole du Christ : « Vous êtes le sel de la terre [… ] vous êtes la lumière du monde », devait être le fil conducteur du Synode et aussi celui de la période post-synodale. En m’adressant à Yaoundé à l’ensemble des fidèles africains, j’avais dit :« À travers Jésus, il y a deux mille ans déjà, Dieu a apporté lui-même le sel et la lumière à l’Afrique. Depuis lors, la semence de sa présence est enfouie dans les profondeurs des cœurs de ce cher continent et elle germe peu à peu au-delà et à travers les aléas de l’histoire humaine de votre continent ».

7. L’Exhortation Ecclesia in Africa a fait sienne « l’idée-force de l’Église-Famille de Dieu », et les Pères synodaux « y ont vu une expression particulièrement appropriée de la nature de l’Église pour l’Afrique. L’image, en effet, met l’accent sur l’attention à l’autre, la solidarité, la chaleur des relations, l’accueil, le dialogue et la confiance ». L’Exhortation invite les familles chrétiennes africaines à devenir des « églises domestiques » pour aider leurs communautés respectives à reconnaître qu’elles appartiennent à un seul et même Corps. Cette image est importante non seulement pour l’Église en Afrique, mais aussi pour l’Église universelle, à l’heure où la famille est menacée par ceux qui veulent une vie sans Dieu. Priver de Dieu le continent africain, ce serait le faire mourir peu à peu en lui enlevant son âme.

8. Dans la tradition vivante de l’Église, en réponse à la sollicitation de l’Exhortation Ecclesia in Africa, voir l’Église comme une famille et une fraternité, c’est restaurer un aspect de son patrimoine. Dans cette réalité où Jésus-Christ, « l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8, 29), a réconcilié tous les hommes avec le Dieu Père (cf. Ep 2, 14-18) et a donné le Saint-Esprit (cf. Jn 20, 22), l’Église devient à son tour porteuse de cette Bonne Nouvelle de la filiation divine de toute personne humaine. Elle est appelée à la transmettre à toute l’humanité, en proclamant le salut réalisé pour nous par le Christ, en célébrant la communion avec Dieu et en vivant la fraternité dans la solidarité.

9. La mémoire de l’Afrique garde le souvenir douloureux des cicatrices laissées par les luttes fratricides entre les ethnies, par l’esclavage et par la colonisation. Aujourd’hui encore, le continent est confronté à des rivalités, à des formes d’esclavage et de colonisation nouvelles. La première Assemblée Spéciale l’avait comparé à la victime des bandits, laissée moribonde au bord du chemin (cf. Lc 10, 25-37). C’est pourquoi on a pu parler de la « marginalisation » de l’Afrique. Une tradition née sur cette terre africaine identifie le bon Samaritain au Seigneur Jésus lui-même et invite à l’espérance. Clément d’Alexandrie écrivait en effet : « Qui, plus que lui, a eu pitié de nous, qui étions pour ainsi dire mis à mort par les puissances du monde des ténèbres, accablés d’une multitude de blessures, de craintes, de désirs, de colères, de chagrins, de mensonges et de plaisirs ? L’unique médecin de ces blessures, c’est Jésus ». Il y a alors de nombreux motifs d’espérance et d’action de grâce. Ainsi par exemple, malgré les grandes pandémies – comme le paludisme, le sida, la tuberculose, etc.- qui déciment sa population et que la médecine cherche toujours plus efficacement à éradiquer, l’Afrique maintient sa joie de vivre, de célébrer la vie qui provient du Créateur dans l’accueil des naissances pour que s’agrandisse le cercle de la famille et de la communauté humaine. Je vois également un motif d’espérance dans le riche patrimoine intellectuel, culturel et religieux dont l’Afrique est dépositaire. Elle désire le préserver, l’explorer davantage et le faire connaître au monde. Il s’agit là d’un apport essentiel et positif.

10. La deuxième Assemblée synodale pour l’Afrique s’est penchée sur le thème de la réconciliation, de la justice et de la paix. La riche documentation qui m’a été remise après les Assises – les Lineamenta, l’Instrumentum laboris, les rapports rédigés avant et après les discussions, les interventions et les comptes rendus des groupes de travail –, invite à « transformer la théologie […] en pastorale, c’est-à-dire en un ministère pastoral très concret, dans lequel les grandes visions de l’Écriture Sainte et de la Tradition sont appliquées à l’œuvre des évêques et des prêtres à un moment et en un lieu déterminés ».

11. C’est donc par souci paternel et pastoral que j’adresse ce document à l’Afrique d’aujourd’hui qui a connu les traumatismes et les conflits que nous savons. L’homme est pétri par son passé, mais il vit et chemine aujourd’hui. Il regarde l’avenir. Comme le reste du monde, l’Afrique vit un choc culturel qui porte atteinte aux fondements millénaires de la vie sociale et rend parfois difficile la rencontre avec la modernité. Dans cette crise anthropologique à laquelle le continent africain est confronté, il pourra trouver des chemins d’espérance en instaurant un dialogue entre les membres des composantes religieuses, sociales, politiques, économiques, culturelles et scientifiques. Il lui faudra alors retrouver et promouvoir une conception de la personne et de son rapport à la réalité fondée sur un renouveau spirituel profond.

12. Dans l’Exhortation Ecclesia in Africa, Jean-Paul II faisait remarquer qu’« en dépit de la civilisation contemporaine du “village global”, en Afrique comme ailleurs dans le monde, l’esprit de dialogue, de paix et de réconciliation est loin d’habiter le cœur de tous les hommes. Les guerres, les conflits, les attitudes racistes et xénophobes dominent encore trop le monde des relations humaines ». L’espérance qui caractérise la vie authentiquement chrétienne, rappelle que l’Esprit Saint est à l’œuvre partout, sur le continent africain aussi, et que les forces de vie, qui naissent de l’amour, l’emportent toujours sur les forces de la mort (cf. Ct 8, 6-7). C’est pourquoi, les Pères synodaux ont vu que les difficultés rencontrées par les pays respectifs et les Églises particulières en Afrique, ne représentaient pas des obstacles empêchant d’avancer, mais défiaient plutôt ce qu’il y a de meilleur en nous : notre imagination, notre intelligence, notre vocation à suivre sans concession les pas de Jésus-Christ, à rechercher Dieu, « Amour éternel et Vérité absolue ». Avec tous les acteurs de la société africaine, l’Église se sent donc appelée à relever ces défis. C’est, en quelque sorte, comme un impératif de l’Évangile.

13. Par ce document, je désire donner les fruits et les encouragements du Synode, et j’invite tous les hommes de bonne volonté à poser sur l’Afrique un regard de foi et de charité, pour l’aider à devenir par le Christ et par l’Esprit Saint, lumière du monde et sel de la terre (cf. Mt 5, 13. 14). Un précieux trésor est présent dans l’âme de l’Afrique où je perçois « le poumon spirituel pour une humanité qui semble en crise de foi et d’espérance », grâce aux richesses humaines et spirituelles inouïes de ses enfants, de ses cultures aux multiples couleurs, de son sol et de son sous-sol aux immenses ressources. Cependant, pour se tenir debout avec dignité, l’Afrique a besoin d’entendre la voix du Christ qui proclame aujourd’hui l’amour de l’autre, même de l’ennemi, jusqu’au don de sa propre vie, et qui prie aujourd’hui pour l’unité et la communion de tous les hommes en Dieu (cf. Jn 17, 20-21).

PREMIÈRE PARTIE

« VOICI, JE FAIS L’UNIVERS NOUVEAU » (Ap 21, 5) 14. Le Synode a permis de discerner les axes majeurs de la mission pour une Afrique désireuse de réconciliation, de justice et de paix. Il revient aux Églises particulières de traduire ces axes en « fermes propos et en lignes d’action concrètes ». En effet, c’est « dans les Églises locales que peuvent se fixer les éléments concrets d’un programme – objectifs et méthodes de travail, formation et valorisation du personnel, recherche des moyens nécessaires – qui permette à l’annonce du Christ d’atteindre les personnes, de vivifier les communautés, et d’agir en profondeur par le témoignage des valeurs évangéliques sur la société et sur la culture » africaines.

CHAPITRE I AU SERVICE DE LA RÉCONCILIATION ET DE LA PAIX I. AUTHENTIQUES SERVITEURS DE LA PAROLE DE DIEU 15. Une Afrique qui avance, joyeuse et vivante, manifeste la louange de Dieu. « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » comme le faisait remarquer saint Irénée, mais il continue : « La vie de l’homme, c’est la vision de Dieu ». C’est pourquoi, aujourd’hui encore, une des tâches essentielles de l’Église est de porter le message de l’Évangile au cœur des sociétés africaines, de conduire vers la vision de Dieu. Comme le sel donne goût aux aliments, ce message fait des personnes qui en vivent, d’authentiques témoins. Tous ceux qui grandissent de cette manière deviennent capables de se réconcilier en Jésus-Christ. Ils deviennent des lumières pour leurs frères. Ainsi, avec les Pères du Synode, j’invite « l’Église […] en Afrique à être témoin dans le service de la réconciliation, de la justice et de la paix, comme “sel de la terre” et “lumière du monde” », pour que sa vie réponde à cet appel : « Lève-toi, Église en Afrique, famille de Dieu, parce que le Père céleste t’appelle ! ».

16. Il est heureux que Dieu ait permis que le deuxième Synode pour l’Afrique soit célébré juste après celui qui a été consacré à la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église. Ce Synode a rappelé l’impérieux devoir du disciple d’écouter le Christ qui appelle à travers sa Parole. Par elle, les fidèles apprennent à entendre le Christ et à se laisser orienter par l’Esprit Saint qui nous révèle le sens de toutes choses (cf. Jn 16, 13). En effet, la « lecture et la méditation de la Parole de Dieu nous enracinent plus profondément dans le Christ et orientent notre ministère de serviteurs de la réconciliation, de la justice et de la paix ». Comme le rappelait ce Synode, « pour devenir ses frères et sœurs, il faut être de “ceux qui écoutent la Parole de Dieu et la mettent en pratique” (Lc 8, 21). Écouter authentiquement, c’est obéir et œuvrer ; faire naître dans la vie la justice et l’amour ; offrir dans l’existence et dans la société, un témoignage conforme à l’appel des prophètes – qui unissait sans cesse Parole de Dieu et vie, foi et rectitude, culte et engagement social ». Écouter et méditer la Parole de Dieu, c’est désirer la laisser pénétrer et former notre vie pour nous réconcilier avec Dieu, pour permettre à Dieu de nous conduire à une réconciliation avec le prochain, chemin nécessaire pour la construction d’une communauté de personnes et de peuples. Sur nos visages et dans nos vies, que la Parole de Dieu prenne vraiment chair !

II. LE CHRIST AU CŒUR DES RÉALITÉS AFRICAINES : SOURCE DE RÉCONCILIATION DE JUSTICE ET DE PAIX 17. Les trois concepts principaux du thème synodal, à savoir la réconciliation, la justice et la paix, ont mis le Synode face à sa « responsabilité théologique et sociale », et ont permis de s’interroger aussi sur le rôle public de l’Église et sa place dans l’espace africain d’aujourd’hui. « On pourrait dire que réconciliation et justice sont les deux présupposés essentiels de la paix et qu’ils définissent également dans une certaine mesure sa nature ». La tâche qu’il nous faut préciser, n’est pas aisée, car elle se situe entre l’engagement immédiat en politique – qui ne relève pas de la compétence directe de l’Église – et le repli ou l’évasion possible dans des théories théologiques et spirituelles ; celles-ci risquant de constituer une fuite face à une responsabilité concrète dans l’histoire humaine. 18. « Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne », dit le Seigneur, qui ajoute « non pas comme le monde la donne » (Jn 14, 27). La paix des hommes qui s’obtient sans la justice est illusoire et éphémère. La justice des hommes qui ne prend pas sa source dans la réconciliation par la « vérité de l’amour » (Ep 4, 15) demeure inachevée ; elle n’est pas authentiquement justice. C’est l’amour de la vérité, – « la vérité tout entière » à laquelle l’Esprit seul peut nous conduire (cf. Jn 16, 13) –, qui trace le chemin que toute justice humaine doit emprunter pour aboutir à la restauration des liens de fraternité dans la « famille humaine, communauté de paix », réconciliée avec Dieu par le Christ. La justice n’est pas désincarnée. Elle s’ancre nécessairement dans la cohérence humaine. Une charité qui ne respecte pas la justice et le droit de tous, est erronée. J’encourage donc les chrétiens à devenir exemplaires en matière de justice et de charité (Mt 5, 19-20).

A. « LAISSEZ-VOUS RÉCONCILIER AVEC DIEU » (2 Co 5, 20b) 19. « La réconciliation est un concept et une réalité pré-politiques, qui précisément pour cette raison, est de la plus grande importance pour la tâche politique elle-même. Si l’on ne crée pas dans les cœurs la force de la réconciliation, le présupposé intérieur manque à l’engagement politique pour la paix. Les membres du Synode se sont engagés en vue de cette purification intérieure de l’homme qui constitue la condition préliminaire essentielle à l’édification de la justice et de la paix. Mais cette purification et cette maturation intérieure vers une véritable humanité ne peuvent exister sans Dieu ». 20. En effet, c’est la grâce de Dieu qui nous donne un cœur nouveau et qui nous réconcilie avec lui et avec les autres. C’est le Christ qui a rétabli l’humanité dans l’amour du Père. La réconciliation prend donc sa source dans cet amour ; elle naît de l’initiative du Père de renouer la relation avec l’humanité, relation rompue par le péché de l’homme. En Jésus-Christ, « dans sa vie et dans son ministère, mais, spécialement, dans sa mort et sa résurrection, l’Apôtre Paul avait vu Dieu réconcilier le monde (toutes les choses sous le ciel et sur la terre) avec lui-même, ne tenant plus compte des fautes des hommes (cf. 2 Co 5, 19 ; Rm 5, 10 ; Col 1, 21-22). L’Apôtre avait vu Dieu réconcilier les Juifs et les Gentils avec lui-même, créant un homme nouveau à la place des deux peuples (cf. Ep 2, 15 ; 3, 6). Ainsi, l’expérience de la réconciliation établit la communion à deux niveaux  : d’une part la communion entre Dieu et les hommes, et d’autre part, du fait que l’expérience de réconciliation nous fait aussi (nous, l’humanité réconciliée) “ambassadeurs de réconciliation”, elle rétablit également la communion entre les hommes ». « Ainsi, la réconciliation ne se limite pas au dessein de Dieu de ramener à lui dans le Christ l’humanité séparée et souillée par le péché, à travers le pardon des fautes et par amour. C’est aussi la restauration des relations entre les hommes au moyen de la résolution des différends et la suppression des obstacles à leurs relations grâce à leur expérience de l’amour de Dieu ». La parabole de l’enfant prodigue l’illustre quand l’Évangéliste nous présente dans le retour du fils cadet, c’est-à-dire dans sa conversion, le besoin de se réconcilier, d’un côté, avec son père et, de l’autre, avec son frère aîné par la médiation du père (cf. Lc 15, 11-32). Des témoignages émouvants de fidèles d’Afrique, « des témoignages de souffrance et de réconciliation concrète dans les tragédies de l’histoire récente du continent » ont montré la puissance de l’Esprit qui transforme les cœurs des victimes et de leurs bourreaux pour rétablir la fraternité.

21. De fait, seule une authentique réconciliation engendre une paix durable dans la société. Ses protagonistes sont certes les Autorités gouvernementales et les Chefs traditionnels, mais également les simples citoyens. Après un conflit, la réconciliation souvent menée et accomplie dans le silence et la discrétion restaure l’union des cœurs et la coexistence sereine. Grâce à elle, après de longues périodes de guerre, des nations retrouvent la paix, des sociétés profondément blessées par la guerre civile ou le génocide reconstruisent leur unité. C’est en donnant et en accueillant le pardon que les mémoires blessées des personnes ou des communautés ont pu guérir et que des familles jadis divisées ont retrouvé l’harmonie. « La réconciliation surmonte les crises, restaure la dignité des personnes et ouvre la voie au développement et à la paix durable entre les peuples à tous les niveaux », ont tenu à souligner les Pères du Synode. Pour devenir effective, cette réconciliation devra être accompagnée par un acte courageux et honnête : la recherche des responsables de ces conflits, de ceux qui ont commandité les crimes et qui se livrent à toutes sortes de trafics, et la détermination de leur responsabilité. Les victimes ont droit à la vérité et à la justice. Il est important actuellement et pour l’avenir de purifier la mémoire afin de construire une société meilleure où de telles tragédies ne se répètent plus.

B. DEVENIR JUSTES ET CONSTRUIRE UN ORDRE SOCIAL JUSTE 22. Il ne fait pas de doute que la construction d’un ordre social juste relève de la compétence de la sphère politique. Cependant, une des tâches de l’Église en Afrique consiste à former des consciences droites et réceptives aux exigences de la justice pour que grandissent des hommes et des femmes soucieux et capables de réaliser cet ordre social juste par leur conduite responsable. Le modèle par excellence à partir duquel l’Église pense et raisonne, et qu’elle propose à tous, c’est le Christ. Selon sa doctrine sociale, « l’Église n’a pas de solutions techniques à offrir et ne prétend “aucunement s’immiscer dans la politique des États”. Elle a toutefois une mission de vérité à remplir […] une mission impérative. Sa doctrine sociale est un aspect particulier de cette annonce : c’est un service rendu à la vérité qui libère ».

23. Grâce aux Commissions Justice et Paix, l’Église s’est engagée dans la formation civique des citoyens et dans l’accompagnement du processus électoral en différents pays. Elle contribue ainsi à l’éducation des populations et à l’éveil de leur conscience et de leur responsabilité civiques. Ce rôle éducatif particulier est apprécié par un grand nombre de pays qui reconnaissent l’Église comme un artisan de paix, un agent de réconciliation, et un héraut de la justice. Il est bon de répéter que, tout en distinguant le rôle des Pasteurs et celui des fidèles laïcs, la mission de l’Église n’est pas d’ordre politique. Sa fonction est d’éduquer le monde au sens religieux en proclamant le Christ. L’Église désire être le signe et la sauvegarde de la transcendance de la personne humaine. Elle doit aussi éduquer les hommes à rechercher la vérité suprême face à ce qu’ils sont et à leurs interrogations pour trouver des solutions justes à leurs problèmes.

1. VIVRE DE LA JUSTICE DU CHRIST 24. Sur le plan social, la conscience humaine est interpellée par de graves injustices existant dans notre monde, en général, et à l’intérieur de l’Afrique, en particulier. La confiscation des biens de la terre par une minorité au détriment de peuples entiers, est inacceptable parce qu’immorale. La justice oblige à « donner à chacun son bien propre » – ius suum unicuique tribuere. Il s’agit donc de rendre justice aux peuples. L’Afrique est capable d’assurer à tous les individus et à toutes les nations du continent les conditions élémentaires qui permettent de participer au développement. Les Africains pourront ainsi mettre les talents et les richesses que Dieu leur a donnés au service de leur terre et de leurs frères. La justice, vécue dans toutes les dimensions de la vie, privée et publique, économique et sociale, a besoin d’être soutenue par la subsidiarité et la solidarité, et encore plus d’être animée par la charité. « Selon le principe de subsidiarité, ni l’État ni aucune société plus vaste ne doivent se substituer à l’initiative et à la responsabilité des personnes et des corps intermédiaires ». La solidarité est garante de la justice et de la paix, de l’unité donc, de sorte que « l’abondance des uns supplée au manque des autres ». Et la charité qui assure le lien avec Dieu, va plus loin que la justice distributive. Car si « la justice est la vertu qui distribue à chacun son bien propre […] ce n’est pas la justice de l’homme celle qui soustrait l’homme au vrai Dieu ».

25. Dieu lui-même nous montre la véritable justice quand, par exemple, nous voyons Jésus entrer dans la vie de Zachée et offrir ainsi au pécheur la grâce de sa présence (cf. Lc 19, 1-10). Quelle est donc cette justice du Christ ? Les témoins de cette rencontre avec Zachée observent Jésus (cf. Lc 19, 7) ; leur murmure désapprobateur se veut une expression de l’amour de la justice. Ils ignorent cependant la justice de l’amour qui s’ouvre jusqu’à l’extrême, jusqu’à faire passer en soi la « malédiction » due aux humains, pour qu’ils reçoivent en échange la « bénédiction » qui est le don de Dieu (cf. Ga 3, 13-14). La justice divine offre à la justice humaine, toujours limitée et imparfaite, l’horizon vers lequel elle doit tendre pour s’accomplir. Elle nous fait prendre conscience en outre, de notre propre indigence, de l’exigence du pardon et de l’amitié de Dieu. C’est ce que nous vivons dans les sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie qui découlent de l’action du Christ. Cette action nous introduit dans une justice où nous recevons bien plus que nous n’étions en droit d’attendre car, dans le Christ, la charité est le résumé de la Loi (cf. Rm 13, 8-10). Par le Christ, unique modèle, le juste est invité à entrer dans l’ordre de l’amour-agapê.

2. CRÉER UN ORDRE JUSTE DANS LA LOGIQUE DES BÉATITUDES 26. Le disciple du Christ, uni à son Maître, doit contribuer à former une société juste où tous pourront participer activement avec leurs propres talents à la vie sociale et économique. Ils pourront donc gagner ce qui leur est nécessaire pour vivre selon leur dignité humaine dans une société où la justice sera vivifiée par l’amour. Le Christ ne propose pas une révolution de type social ou politique, mais celle de l’amour, réalisée dans le don total de sa personne par sa mort sur la Croix et sa Résurrection. Sur cette révolution de l’amour se fondent les Béatitudes (Mt 5, 3-12). Elles fournissent un nouvel horizon de justice inauguré dans le mystère pascal et grâce auquel nous pouvons devenir justes et construire un monde meilleur. La justice de Dieu, que nous révèlent les Béatitudes, élève les humbles et abaisse ceux qui s’élèvent. Elle se réalise en plénitude, il est vrai, dans le Royaume de Dieu qui se réalisera à la fin des temps. Mais la justice de Dieu se manifeste, d’ores et déjà, là où les pauvres sont consolés et admis au festin de la vie.

27. Selon la logique des Béatitudes, une attention préférentielle doit être portée au pauvre, à l’affamé, au malade – par exemple du sida, de la tuberculose ou du paludisme –, à l’étranger, à l’humilié, au prisonnier, au migrant méprisé, au réfugié ou au déplacé, etc. – (cf. Mt 25, 31-46). La réponse à leurs besoins dans la justice et la charité dépend de tous. L’Afrique attend cette attention de toute la famille humaine comme d’elle-même. Elle devra cependant commencer par introduire en son propre sein, de manière résolue, la justice politique, sociale et administrative, éléments de la culture politique nécessaire au développement et à la paix. Pour sa part, l’Église apportera sa contribution spécifique s’appuyant sur l’enseignement des Béatitudes.

C. L’AMOUR DANS LA VÉRITÉ : SOURCE DE PAIX 28. La perspective sociale qu’illustre l’agir du Christ, fondé sur l’amour, transcende le minimum qu’exige la justice humaine : c’est-à-dire que l’on donne à l’autre ce qui lui revient. La logique interne de l’amour dépasse cette justice et va jusqu’à donner ce que l’on possède : « N’aimons ni de mots ni de langue, mais en actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). À l’image de son Maître, le disciple du Christ ira plus loin encore, jusqu’au don de lui-même pour ses frères (cf. 1 Jn 3, 16). C’est le prix de la paix authentique en Dieu (cf. Ep 2, 14).

1. SERVICE FRATERNEL CONCRET 29. Aucune société, même développée, ne peut se passer du service fraternel animé par l’amour. « Celui qui veut s’affranchir de l’amour se prépare à s’affranchir de l’homme en tant qu’homme. Il y aura toujours de la souffrance, qui réclame consolation et aide. Il y aura toujours de la solitude. De même, il y aura toujours des situations de nécessité matérielle, pour lesquelles une aide est indispensable, dans le sens d’un amour concret pour le prochain ». C’est l’amour qui apaise les cœurs blessés, esseulés, abandonnés. C’est l’amour qui engendre la paix ou la rétablit dans le cœur humain et l’instaure entre les hommes.

2. L’ÉGLISE COMME UNE SENTINELLE 30. Dans la situation actuelle de l’Afrique, l’Église est appelée à faire entendre la voix du Christ. Elle désire suivre la recommandation de Jésus à Nicodème qui s’interrogeait sur la possibilité de renaître : « Il vous faut naître d’en-haut » (Jn 3, 7). Les missionnaires ont proposé aux Africains cette nouvelle naissance « d’eau et d’esprit » (Jn 3, 5), une Bonne Nouvelle que toute personne a le droit d’entendre afin de réaliser pleinement sa vocation. L’Église en Afrique vit de cet héritage. À cause du Christ et par fidélité à sa leçon de vie, elle se sent poussée à être présente là où l’humanité connaît la souffrance et à se faire l’écho du cri silencieux des innocents persécutés, ou des peuples dont des gouvernants hypothèquent le présent et l’avenir au nom d’intérêts personnels. Par sa capacité à reconnaître le visage du Christ dans celui de l’enfant, du malade, du souffrant ou du nécessiteux, l’Église contribue à forger lentement mais sûrement l’Afrique nouvelle. Dans son rôle prophétique, chaque fois que les peuples crient vers elle : « Veilleur, où en est la nuit ? » (Is 21, 11), l’Église désire être prête à rendre raison de l’espérance qu’elle porte en elle (cf. 1 P 3, 15) car une aube nouvelle pointe à l’horizon (cf. Ap 22, 5). Seul le refus de la déshumanisation de l’homme, et de la compromission – par crainte de l’épreuve ou du martyre – servira la cause de l’Évangile de vérité. « Dans le monde, dit le Christ, vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde ! » (Jn 16, 33). La paix authentique vient du Christ (cf. Jn 14, 27). Elle n’est donc pas comparable à celle du monde. Elle n’est pas le fruit de négociations et d’accords diplomatiques fondés sur des intérêts. C’est la paix de l’humanité réconciliée avec elle-même en Dieu et dont l’Église est le sacrement.

CHAPITRE II

LES CHANTIERS POUR LA RÉCONCILIATION, LA JUSTICE ET LA PAIX 31. À ce point, je souhaite indiquer quelques chantiers que les Pères du Synode ont identifiés pour la mission actuelle de l’Église dans son souci d’aider l’Afrique à s’émanciper des forces qui la paralysent. Le Christ n’a-t-il pas dit tout d’abord au paralytique : « Tes péchés te sont remis » et puis « Lève toi ! » (Lc 5, 20. 24) ?

I. L’ATTENTION À LA PERSONNE HUMAINE A. LA METANOIA : UNE AUTHENTIQUE CONVERSION 32. La préoccupation majeure des membres du Synode, face à la situation du continent, a été de chercher comment mettre dans le cœur des Africains disciples du Christ la volonté de s’engager effectivement à vivre l’Évangile dans leur vie et dans la société. Le Christ appelle constamment à la metanoia, à la conversion. Les chrétiens sont marqués par l’esprit et les habitudes de leur époque et de leur milieu. Mais par la grâce de leur baptême, ils sont invités à renoncer aux tendances nocives dominantes et à aller à contre-courant. Un tel témoignage exige un engagement résolu dans « une conversion continue vers le Père, source de toute vraie vie, l’unique capable de nous délivrer du mal, de toute tentation et de nous maintenir dans son Esprit, au sein même du combat contre les forces du mal ». Cette conversion n’est possible qu’en s’appuyant sur des convictions de foi consolidées par une catéchèse authentique. Il convient donc de « maintenir un lien vivant entre le catéchisme mémorisé et la catéchèse vécue, pour conduire à une conversion de vie profonde et permanente ». La conversion se vit de manière particulière dans le Sacrement de la Réconciliation auquel une attention singulière sera accordée pour en faire une véritable « école du cœur ». À cette école, le disciple du Christ se forge, peu à peu, une vie chrétienne adulte, attentive aux dimensions théologales et morales de ses actes, et il devient ainsi capable de « faire face aux difficultés de la vie sociale, politique, économique et culturelle » par une vie empreinte de l’esprit évangélique. La contribution des chrétiens en Afrique ne sera décisive que si l’intelligence de la foi aboutit à l’intelligence de la réalité. Pour cela, l’éducation à la foi est indispensable, sinon le Christ ne sera qu’un nom supplémentaire accolé à nos théories. La parole et le témoignage de vie vont de pair. Mais le témoignage seul ne suffit pas non plus, car « le plus beau témoignage se révélera à la longue impuissant s’il n’est pas éclairé, justifié – ce que Pierre appelait donner “les raisons de son espérance” (1 P 3, 15) –, explicité par une annonce claire, sans équivoque, du Seigneur Jésus ».

B. VIVRE LA VÉRITÉ DU SACREMENT DE LA PÉNITENCE ET DE LA RÉCONCILIATION 33. Les membres du Synode ont, en outre, souligné qu’un grand nombre de chrétiens en Afrique adoptent une attitude ambiguë face à la célébration du Sacrement de la Réconciliation, alors que ces mêmes chrétiens sont souvent très scrupuleux dans l’application des rites traditionnels de réconciliation. Pour aider le fidèle catholique à vivre une authentique démarche de metanoia dans la célébration de ce Sacrement, où la mentalité tout entière se réoriente vers la rencontre avec le Christ, il serait bon que les Évêques fassent étudier sérieusement les cérémonies traditionnelles africaines de réconciliation pour en évaluer les aspects positifs et les limites. Car ces médiations pédagogiques traditionnelles ne peuvent, en aucun cas, remplacer le Sacrement. L’Exhortation apostolique post-synodale Reconciliatio et Paenitentia du Bienheureux Pape Jean-Paul II a clairement rappelé quels étaient le ministre et les formes du Sacrement de la Pénitence et de la Réconciliation. Ces médiations pédagogiques traditionnelles peuvent uniquement contribuer à réduire la déchirure ressentie et vécue par certains fidèles en les aidant à s’ouvrir avec plus de profondeur et de vérité au Christ, l’Unique grand Médiateur, pour recevoir la grâce du Sacrement de Pénitence. Célébré dans la foi, ce Sacrement est suffisant pour nous réconcilier avec Dieu et avec le prochain. C’est en définitive Dieu qui, en son Fils, nous réconcilie avec Lui et avec les autres.

C. UNE SPIRITUALITÉ DE COMMUNION 34. La réconciliation n’est pas un acte isolé mais un long processus grâce auquel chacun se voit rétabli dans l’amour, un amour qui guérit par l’action de la Parole de Dieu. Elle devient alors une manière de vivre, en même temps qu’une mission. Pour réussir une véritable réconciliation, et mettre en œuvre la spiritualité de communion par la réconciliation, l’Église a besoin de témoins qui soient profondément enracinés dans le Christ, et qui se nourrissent de sa Parole et des Sacrements. Ainsi, tendus vers la sainteté, ces témoins sont capables de s’investir dans l’œuvre de communion de la Famille de Dieu en communiquant au monde, au besoin jusqu’au martyre, l’esprit de réconciliation, de justice et de paix, à l’exemple du Christ.

35. Je voudrais rappeler ce que le Pape Jean-Paul II proposait à toute l’Église comme conditions d’une spiritualité de communion :être capable de percevoir la lumière du mystère de la Trinitésur le visage des frères qui sont à nos côtés ; se montrer attentif, « dans l’unité profonde du Corps mystique, à son frère dans la foi, le considérant donc comme “l’un des nôtres”, pour partager ses joies et ses souffrances, pour deviner ses désirs et répondre à ses besoins, pour lui offrir une amitié vraie et profonde » ;être capable en outre de reconnaître ce qu’il y a de positif dans l’autre pour l’accueillir et le valoriser comme un don que Dieu me fait à travers celui qui l’a reçu, bien au-delà de sa personne qui devient alors un intendant des grâces divines ; enfin « savoir “donner une place” à son frère, en portant “les fardeaux les uns des autres” (Ga 6, 2) et en repoussant les tentations égoïstes qui continuellement nous tendent des pièges et qui provoquent compétition, carriérisme, défiance, jalousies ». Ainsi mûrissent des hommes et des femmes de foi et de communion faisant preuve de courage dans la vérité et l’abnégation, et illuminés par la joie. Ils donnent alors un témoignage prophétique d’une vie cohérente avec leur foi. Marie, Mère de l’Église, qui a su accueillir la Parole de Dieu, est leur modèle : par son écoute de la Parole, elle a su entendre les besoins des hommes et intercéder pour eux dans sa compassion.

D. L’INCULTURATION DE L’ÉVANGILE ET L’ÉVANGÉLISATION DE LA CULTURE 36. Pour réaliser cette communion, il serait bon de revenir sur une nécessité évoquée lors de la première Assemblée synodale pour l’Afrique : une étude approfondie des traditions et des cultures africaines. Les membres du Synode ont constaté l’existence d’une dichotomie entre certaines pratiques traditionnelles des cultures africaines et les exigences spécifiques du message du Christ. Le souci de la pertinence et de la crédibilité impose à l’Église un discernement approfondi pour identifier les aspects de la culture qui font obstacle à l’incarnation des valeurs de l’Évangile, tout comme ceux qui les promeuvent.

37. Cependant, il ne faut pas oublier que l’Esprit Saint est l’authentique protagoniste de l’inculturation, « c’est lui qui préside de manière féconde au dialogue entre la Parole de Dieu, qui s’est révélée dans le Christ, et les requêtes les plus profondes qui jaillissent de la multiplicité des hommes et des cultures. Ainsi se poursuit dans l’histoire, dans l’unité d’une même et unique foi, l’événement de la Pentecôte, qui s’enrichit à travers la diversité des langages et des cultures ». L’Esprit Saint fait que l’Évangile soit capable d’imprégner toutes les cultures, sans se laisser asservir par aucune. Les Évêques auront à cœur de veiller à cette exigence d’inculturation dans le respect des normes fixées par l’Église. Discerner quels éléments culturels et quelles traditions sont contraires à l’Évangile permettra de pouvoir séparer le bon grain de l’ivraie (cf. Mt 13, 26). Tout en restant pleinement lui-même, dans l’absolue fidélité à l’annonce évangélique et à la tradition ecclésiale, le christianisme revêtira ainsi le visage des innombrables cultures et des peuples où il est accueilli et enraciné. L’Église deviendra alors une icône de l’avenir que l’Esprit de Dieu nous prépare, icône à laquelle l’Afrique apportera sa contribution propre. Dans cette œuvre d’inculturation, il ne convient pas d’oublier la tâche, elle aussi essentielle, de l’évangélisation du monde de la culture contemporaine africaine.

38. Les initiatives de l’Église dans l’appréciation positive et la sauvegarde des cultures africaines sont connues. Il est très important de poursuivre cette tâche, à l’heure où le brassage des peuples, tout en constituant un enrichissement, fragilise souvent les cultures et les sociétés. L’identité des communautés africaines se joue dans ces rencontres interculturelles. Il faut donc s’engager à transmettre les valeurs que le Créateur a insufflées dans les cœurs des Africains depuis la nuit des temps. Elles ont servi de matrice pour façonner des sociétés vivant dans une certaine harmonie, car portant en leur sein des modes traditionnels de régulation pour une coexistence pacifique. Il s’agit donc de mettre en valeur ces éléments positifs, en les illuminant de l’intérieur (cf. Jn 8, 12) pour que le chrétien soit effectivement rejoint par le message du Christ, et pour qu’ainsi la lumière de Dieu puisse briller aux yeux des hommes. Alors, voyant les bonnes actions des chrétiens, les hommes et les femmes pourront glorifier « le Père qui est dans les cieux » (Mt 5, 16).

E. LE DON DU CHRIST : L’EUCHARISTIE ET LA PAROLE DE DIEU 39. Au-delà des différences d’origine ou de culture, le grand défi qui nous attend tous, est de discerner dans la personne humaine, aimée de Dieu, le fondement d’une communion qui respecte et intègre les contributions particulières des diverses cultures. Nous « devons ouvrir réellement ces frontières entre tribus, ethnies, religions à l’universalité de l’amour de Dieu ». Des hommes et des femmes différents par l’origine, la culture, la langue ou la religion, peuvent vivre ensemble harmonieusement.

40. En effet, le Fils de Dieu a dressé sa tente parmi nous ; il a versé son Sang pour nous. Conformément à sa promesse d’être avec nous jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 28, 20), il se donne à nous chaque jour comme nourriture dans l’Eucharistie et dans les Écritures. J’ai écrit dans l’Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini, que « la Parole et l’Eucharistie sont corrélées intimement au point de ne pouvoir être comprises l’une sans l’autre : la Parole de Dieu se fait chair sacramentelle dans l’événement eucharistique. L’Eucharistie nous ouvre à l’intelligence de la Sainte Écriture, comme la Sainte Écriture illumine et explique à son tour le Mystère eucharistique ». 41. L’Écriture Sainte atteste en effet que le Sang versé du Christ devient, par le baptême, le principe et le lien d’une nouvelle fraternité. Celle-ci est à l’opposé de la division, du tribalisme, du racisme, de l’ethnocentrisme, etc. (cf. Ga 3, 26-28). L’Eucharistie est la force qui rassemble les enfants de Dieu dispersés et les maintient dans la communion, « puisque dans nos veines circule le même Sang du Christ, qui fait de nous les fils de Dieu, membres de la Famille de Dieu ». Recevant Jésus dans l’Eucharistie et l’Écriture, nous sommes renvoyés au monde pour lui offrir le Christ en nous mettant au service des autres (cf. Jn 13, 15 ; 1 Jn 3, 16).

II. VIVRE ENSEMBLE A. LA FAMILLE 42. La famille est le « sanctuaire de la vie » et une cellule vitale de la société et de l’Église. C’est en elle que « se modèle de manière primordiale le visage d’un peuple ; c’est là que ses membres reçoivent les acquis fondamentaux ; ils apprennent à aimer en étant aimés gratuitement ; ils apprennent le respect de toute autre personne en étant respectés ; ils apprennent à connaître le visage de Dieu en en recevant la première révélation d’un père et d’une mère pleins d’attentions. Chaque fois que ces expériences fondatrices font défaut, c’est l’ensemble de la société qui souffre violence et qui engendre à son tour de multiples violences ».

43. La famille est bien le lieu propice pour l’apprentissage et la pratique de la culture du pardon, de la paix et de la réconciliation. « Dans une saine vie familiale, on fait l’expérience de certaines composantes fondamentales de la paix : la justice et l’amour entre frères et sœurs, la fonction d’autorité manifestée par les parents, le service affectueux envers les membres les plus faibles parce que petits, malades ou âgés, l’aide mutuelle devant les nécessités de la vie, la disponibilité à accueillir l’autre et, si nécessaire, à lui pardonner. C’est pourquoi, la famille est la première et irremplaçable éducatrice à la paix ». En raison de son importance capitale et des menaces qui pèsent sur cette institution – la distorsion de la notion de mariage et de famille elle-même, la dévaluation de la maternité et la banalisation de l’avortement, la facilitation du divorce et le relativisme d’une « nouvelle éthique » – la famille a besoin d’être protégée et défendue, pour qu’elle rende à la société le service qu’elle attend d’elle, c’est-à-dire lui donner des hommes et des femmes capables d’édifier un tissu social de paix et d’harmonie.

44. J’encourage donc vivement les familles à puiser inspiration et force dans le Sacrement de l’Eucharistie, afin de vivre la nouveauté radicale apportée par le Christ au cœur des conditions communes de l’existence, amenant chacun à être un témoin rayonnant dans son milieu de travail et dans la société tout entière. « L’amour entre l’homme et la femme, l’accueil de la vie, la tâche éducative, se révèlent être des lieux privilégiés où l’Eucharistie peut manifester sa capacité de transformer et de porter l’existence à sa plénitude de sens ». Il apparaît clairement que participer à l’Eucharistie dominicale est requis par la conscience chrétienne et en même temps forme celle-ci. 45. Par ailleurs, donner en famille toute sa place à la prière, personnelle et communautaire, signifie respecter un principe essentiel de la vision chrétienne de la vie : le primat de la grâce. La prière nous rappelle constamment le primat du Christ, et, en lien avec lui, le primat de la vie intérieure et de la sainteté. Le dialogue avec Dieu ouvre le cœur au flot de la grâce et permet à la Parole du Christ de passer à travers nous avec toute sa force ! Pour cela, l’écoute assidue et la lecture attentive de l’Écriture Sainte au sein des familles sont nécessaires.

46. De plus « la mission éducative de la famille chrétienne [est] un vrai ministère, grâce auquel l’Évangile est transmis et diffusé, à tel point que la vie familiale dans son ensemble devient chemin de foi et en quelque sorte initiation chrétienne ou école de vie à la suite du Christ. Dans la famille, consciente d’un tel don, comme l’a écrit Paul VI, “tous les membres de la famille évangélisent et sont évangélisés”. En vertu de ce ministère d’éducation, les parents, à travers leur témoignage de vie, sont les premiers hérauts de l’Évangile auprès de leurs enfants. […]Ils deviennent pleinement parents en ce sens qu’ils engendrent non seulement à la vie selon la chair mais aussi à celle qui, à travers la renaissance dans l’Esprit, jaillit de la Croix et de la Résurrection du Christ ».

B. LES PERSONNES ÂGÉES 47. En Afrique, les personnes âgées sont entourées d’une vénération particulière. Elles ne sont pas bannies des familles ou marginalisées comme dans d’autres cultures. Au contraire, elles sont estimées et parfaitement intégrées dans leur famille dont elles constituent le sommet. Cette belle réalité africaine devrait inspirer les sociétés occidentales afin qu’elles accueillent la vieillesse avec plus de dignité. La Sainte Écriture parle des personnes âgées avec fréquence. « La couronne des vieillards, c’est une riche expérience, leur fierté, c’est la crainte de Dieu » (Eccl. 25, 6). La vieillesse, malgré la fragilité qui semble la caractériser, est un don qu’il convient de vivre quotidiennement dans la disponibilité sereine envers Dieu et le prochain. C’est aussi le temps de la sagesse, car le temps vécu a appris la grandeur et la précarité de la vie. Et, en homme de foi, le vieillard Siméon proclame avec enthousiasme et sagesse non pas un adieu angoissé à la vie, mais une action de grâce au Sauveur du monde (cf. Lc 2, 25-32).

48. C’est à cause de cette sagesse, parfois chèrement acquise, que les personnes âgées peuvent agir sur la famille de diverses manières. Leur expérience les conduit naturellement non seulement à combler le fossé intergénérationnel, mais encore à affirmer la nécessité de l’interdépendance humaine. Elles sont un trésor pour toutes les composantes de la famille, surtout pour les jeunes couples et les enfants qui trouvent chez elles compréhension et amour. N’ayant pas uniquement transmis la vie, elles contribuent par leur comportement à consolider leur famille (cf. Tt 2, 2-5) et, par leur prière et leur vie de foi, à enrichir spirituellement tous les membres de leur famille et la communauté.

49. Très souvent encore en Afrique, la stabilité et l’ordre social sont confiés à un conseil d’anciens ou à des Chefs traditionnels. Les personnes âgées peuvent contribuer par ce biais de manière efficace à l’édification d’une société plus juste qui va de l’avant, non pas grâce à des expériences, parfois hasardeuses, mais graduellement et avec un équilibre prudent. Les personnes âgées pourront ainsi participer à la réconciliation des personnes et des communautés par leur sagesse et leur expérience.

50. L’Église regarde les personnes âgées avec grande estime. Avec le bienheureux Jean-Paul II, je désire vous redire : « L’Église a besoin de vous, mais la société civile a besoin de vous, elle aussi ! […] Sachez employer généreusement le temps dont vous disposez et les talents que Dieu vous a accordés […] Contribuez à annoncer l’Évangile […] Consacrez du temps et de l’énergie à la prière […] ».

C. LES HOMMES 51. Dans la famille, les hommes ont une mission particulière à remplir. De par leur rôle d’époux et de père, ils exercent la noble responsabilité de donner à la société les valeurs dont elle a besoin à travers la relation conjugale et l’éducation des enfants.

52. Avec les Pères du Synode, j’encourage les hommes catholiques à contribuer vraiment dans leur famille à l’éducation humaine et chrétienne des enfants, à l’accueil et à la protection de la vie dès le moment de sa conception. Je les invite à instaurer un style chrétien de vie, enraciné et fondé dans l’amour (cf. Ep 3, 17). Avec saint Paul, je leur redis : « Aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église ; il s’est livré pour elle […] ; les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Aimer sa femme, c’est s’aimer soi-même. Car nul n’a jamais haï sa propre chair […] on en prend soin. C’est justement ce que le Christ fait pour l’Église » (Ep 5, 25-29). N’ayez pas peur de rendre visible et tangible qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime (cf. Jn 15, 13), c’est-à-dire en premier lieu sa femme et ses enfants. Cultivez une joie sereine dans votre foyer ! Le mariage est un « don du Seigneur », disait saint Fulgence de Ruspe. Votre témoignage rendu à la dignité inviolable de chaque personne humaine sera un antidote efficace pour lutter contre des pratiques traditionnelles qui sont contraires à l’Évangile et qui oppriment particulièrement les femmes.

53. En manifestant et en vivant sur terre la paternité même de Dieu (cf. Ep 3, 15), vous êtes appelés à garantir le développement personnel de tous les membres de la famille, berceau et moyen le plus efficace pour humaniser la société, lieu de rencontre de plusieurs générations. Par la dynamique créatrice de la Parole de Dieu même, que grandisse votre sens des responsabilités, jusqu’à vous engager concrètement dans l’Église ! Celle-ci a besoin de témoins convaincus et efficaces de la foi qui promeuvent la réconciliation, la justice et la paix et apportent leur contribution enthousiaste et courageuse à la transformation du milieu de vie et de la société dans son ensemble. Vous êtes ces témoins par votre travail qui permet d’assurer habituellement votre subsistance et celle de votre famille. Bien plus, par l’hommage de ce travail à Dieu, vous êtes associés à l’œuvre rédemptrice de Jésus-Christ qui a donné au travail une dignité éminente en œuvrant de ses propres mains à Nazareth.

54. La qualité et le rayonnement de votre vie chrétienne dépendent d’une vie de prière profonde, nourrie de la Parole de Dieu et des Sacrements. Soyez donc vigilants à maintenir vivante cette dimension essentielle de votre engagement chrétien ; votre témoignage de foi dans les tâches quotidiennes, votre participation aux mouvements ecclésiaux y trouvent la source de leur dynamisme ! Ce faisant, vous devenez aussi des modèles que les jeunes gens voudront imiter, et vous pouvez ainsi les aider à entrer dans une vie adulte responsable. N’ayez pas peur de leur parler de Dieu et de les introduire, par votre exemple, à la vie de foi et à l’engagement dans les activités sociales ou caritatives, les amenant à découvrir en vérité qu’ils sont créés à l’image et à la ressemblance de Dieu : « Les signes de cette image divine en l’homme peuvent être reconnus, non dans la forme du corps qui se corrompt, mais dans la prudence de l’intelligence, dans la justice, la modération, le courage, la sagesse, l’instruction ».

D. LES FEMMES 55. Les femmes en Afrique apportent une grande contribution à la famille, à la société et à l’Église avec leurs nombreux talents et leurs dons irremplaçables. Comme le disait Jean-Paul II : « La femme est celle en qui l’ordre de l’amour dans le monde créé des personnes trouve le lieu de son premier enracinement ». L’Église et la société ont besoin que les femmes aient toute leur place dans le monde « afin que l’être humain puisse y vivre sans se déshumaniser complètement ».

56. S’il est indéniable que des progrès ont été accomplis pour favoriser l’épanouissement et l’éducation de la femme dans certains pays africains, il reste cependant que, dans l’ensemble, sa dignité, ses droits ainsi que son apport essentiel à la famille et à la société ne sont pas pleinement reconnus ni appréciés. Ainsi la promotion des jeunes filles et des femmes est-elle souvent moins favorisée que celle des garçons et des hommes. Trop nombreuses sont encore les pratiques qui humilient les femmes, les avilissent au nom de la tradition ancestrale. Avec les Pères synodaux, j’invite instamment les disciples du Christ à combattre tous les actes de violence contre les femmes, à les dénoncer et à les condamner. Dans ce contexte, il conviendrait que les comportements à l’intérieur même de l’Église soient un modèle pour l’ensemble de la société.

57. Lorsque je me suis rendu en terre africaine, j’ai rappelé fortement qu’il « faut reconnaître, affirmer et défendre l’égale dignité de l’homme et de la femme : tous les deux sont des personnes, à la différence de tout autre être vivant dans le monde autour d’eux ». L’évolution des mentalités en ce domaine est hélas trop lente. L’Église se doit de contribuer à cette reconnaissance et à cette libération de la femme en suivant l’exemple donné par le Christ qui la valorisait (cf. Mt 15, 21-28 ; Lc 7, 36-50 ; 8, 1-3 ; 10, 38-42 ; Jn 4, 7-42). Créer pour elle un espace de prise de parole et d’expression de ses talents par des initiatives qui affermissent sa valeur, son estime de soi et sa spécificité, lui permettrait alors d’occuper dans la société une place égale à celle de l’homme – sans confusion ni nivellement de la spécificité de chacun –, car ils sont tous les deux « image » du Créateur (cf. Gn 1, 27). Puissent les Évêques encourager et promouvoir la formation des femmes pour qu’elles assument « leur propre part de responsabilité et de participation dans la vie communautaire de la société et […] de l’Église ». Elles contribueront ainsi à l’humanisation de la société.

58. Vous, les femmes catholiques, vous vous inscrivez dans la tradition évangélique des femmes qui assistaient Jésus et les apôtres (cf. Lc 8, 3) ! Vous êtes pour les Églises locales comme leur « colonne vertébrale », car votre nombre, votre présence active et vos organisations sont d’un grand soutien pour l’apostolat de l’Église. Quand la paix est menacée et la justice bafouée, quand la pauvreté est grandissante, vous êtes debout pour défendre la dignité humaine, la famille et les valeurs de la religion. Puisse l’Esprit Saint susciter sans cesse dans l’Église des femmes saintes et courageuses qui apportent leur précieuse contribution spirituelle à la croissance de nos communautés !

59. Chères filles de l’Église, mettez-vous constamment à l’école du Christ comme Marie de Béthanie pour savoir reconnaître sa Parole (cf. Lc 10, 39). Formez-vous au catéchisme et à la Doctrine sociale de l’Église pour vous doter des principes qui vous aideront à agir en véritables disciples. Ainsi vous pourrez vous engager avec discernement dans les différents projets relatifs aux femmes. Continuez de défendre la vie car Dieu vous a constituées réceptacles de la vie. L’Église sera toujours votre soutien. Aidez par vos conseils et votre exemple les jeunes filles afin qu’elles abordent sereinement la vie adulte. Soutenez-vous mutuellement ! Vénérez les plus âgées d’entre vous. L’Église compte sur vous pour créer une « écologie humaine » par l’amour et la tendresse, l’accueil et la délicatesse, et enfin la miséricorde, valeurs que vous savez inculquer aux enfants et dont le monde a tant besoin. Ainsi, par la richesse de vos dons proprement féminins, vous favoriserez la réconciliation des hommes et des communautés.

E. LES JEUNES 60. Les jeunes constituent en Afrique la majorité de la population. Cette jeunesse est un don et un trésor de Dieu dont toute l’Église est reconnaissante au Maître de la vie. Il faut aimer cette jeunesse, l’estimer et la respecter. Elle « aspire profondément, malgré de possibles ambiguïtés, aux valeurs authentiques qui ont dans le Christ leur plénitude. Le Christ n’est-il pas le secret de la vraie liberté et de la joie profonde du cœur ? Le Christ n’est-il pas l’ami suprême et en même temps l’éducateur de toute amitié authentique ? Si le Christ est présenté aux jeunes avec son vrai visage, ils le voient comme une réponse convaincante et ils sont capables de recevoir son message, même s’il est exigeant et marqué par la Croix ».

61. En pensant aux jeunes, j’avais écrit dans l’Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini : « C’est durant la période de la jeunesse qu’émergent de façon irrépressible et sincère les questions sur le sens de la vie personnelle et sur l’orientation à donner à sa propre existence. Seul Dieu sait apporter une véritable réponse à ces questions. Cette attention au monde des jeunes implique le courage d’une annonce claire ; nous devons aider les jeunes à acquérir l’intimité et la familiarité avec les Saintes Écritures, pour qu’elle soit comme une boussole qui leur indique la route à suivre. C’est pourquoi ils ont besoin de témoins et de maîtres, qui marchent avec eux et qui les forment à aimer et à communiquer à leur tour l’Évangile surtout aux jeunes de leur âge, devenant ainsi eux-mêmes des annonciateurs authentiques et crédibles ».

62. Dans sa Règle, saint Benoît demande à l’abbé du monastère, d’écouter les plus jeunes, en disant : « Souvent le Seigneur inspire à un plus jeune un avis meilleur ». N’omettons donc pas d’impliquer directement la jeunesse dans la vie de la société et de l’Église, afin qu’elle ne s’abandonne pas à des sentiments de frustration et de rejet devant l’impossibilité de prendre en mains son avenir, particulièrement dans les situations où la jeunesse est rendue vulnérable par le manque de formation, le chômage, l’exploitation politique et toutes sortes d’addictions …

63. Chers jeunes, des sollicitations de toutes sortes : idéologies, sectes, argent, drogue, sexe facile, violences…, peuvent vous tenter. Soyez vigilants : ceux qui vous font ces propositions veulent détruire votre futur ! En dépit des difficultés, ne vous laissez pas décourager et ne renoncez pas à vos idéaux, à votre application et à votre assiduité dans la formation humaine, intellectuelle et spirituelle ! Pour acquérir le discernement, la force nécessaire et la liberté de résister à ces pressions, je vous encourage à mettre Jésus-Christ au centre de toute votre vie par la prière, mais aussi par l’étude des Saintes Écritures, la pratique des Sacrements, la formation à la Doctrine sociale de l’Église, ainsi que par votre participation active et enthousiaste aux rassemblements et aux mouvements ecclésiaux. Cultivez en vous l’aspiration vers la fraternité, la justice et la paix. L’avenir est entre les mains de ceux qui savent trouver de fortes raisons de vivre et d’espérer. Si vous le voulez, l’avenir est entre vos mains, car les dons que le Seigneur a déposés en chacun de vous, façonnés par la rencontre avec le Christ, peuvent apporter une espérance authentique au monde !

64. Quand il s’agit de vous orienter dans votre choix de vie, quand la question d’une consécration totale se pose à vous – par le sacerdoce ministériel ou la vie consacrée –, appuyez-vous sur le Christ, prenez-le pour modèle, écoutez sa Parole en la méditant régulièrement. Durant l’homélie de la messe inaugurale de mon pontificat, je vous ai exhortés par ces paroles qu’il me semble bon de vous redire car elles sont toujours actuelles : « Celui qui fait entrer le Christ dans sa vie, ne perd rien, rien – absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande. Non ! Dans cette amitié seulement s’ouvrent largement les portes de la vie. Dans cette amitié seulement, se libèrent réellement les grandes potentialités de la condition humaine. […] Chers jeunes : n’ayez pas peur du Christ ! Il n’enlève rien, et il donne tout. Celui qui se donne à lui, reçoit le centuple. Oui, ouvrez, ouvrez tout grand les portes au Christ – et vous trouverez la vraie vie ».

F. LES ENFANTS 65. Tout comme la jeunesse, les enfants sont un don de Dieu à l’humanité, ils doivent donc être l’objet d’un soin particulier de la part de leurs familles, de l’Église, de la société et des gouvernements car ils sont une source d’espérance et de renouvellement dans la vie. Dieu leur est particulièrement proche, et leur vie est précieuse à ses yeux, même lorsque les circonstances semblent contraires ou impossibles (cf. Gn 17, 17-18 ; 18, 12 ; Mt 18, 10). 66. En effet, « en ce qui concerne le droit à la vie, tout être humain innocent est absolument égal à tous les autres. Cette égalité est la base de tous les rapports sociaux authentiques qui, pour être vraiment tels, ne peuvent qu’être fondés sur la vérité et sur la justice, reconnaissant et défendant chaque enfant, chaque homme et chaque femme, comme une personne et non comme une chose dont on peut disposer ».

67. Comment alors ne pas déplorer et dénoncer avec force les traitements intolérables infligés en Afrique à tant d’enfants ? L’Église est Mère et ne saurait les abandonner, quels qu’ils soient. Il nous revient de projeter sur eux la lumière du Christ en leur offrant son amour afin qu’ils s’entendent dire : « Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime » (Is 43, 4). Dieu veut le bonheur et le sourire de tout enfant et sa faveur est avec lui « car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu » (Mc 10, 14). 68. Le Christ Jésus a toujours manifesté sa préférence envers les plus petits (cf. Mc 10, 13-16). L’Évangile lui-même est traversé en profondeur par la vérité sur l’enfant. Que veut dire en effet : « Si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n’entrerez point dans le Royaume des cieux » (Mt 18, 3) ? Jésus ne fait-il pas de l’enfant un modèle, même pour les adultes ? Chez l’enfant, il y a quelque chose qui ne doit jamais faire défaut à celui qui veut entrer dans le Royaume des cieux. Le ciel est promis à tous ceux qui sont simples comme les enfants, à tous ceux qui, comme eux, sont remplis d’un esprit d’abandon dans la confiance, purs et riches de bonté. Eux seuls peuvent trouver en Dieu un Père et devenir, grâce à Jésus, des fils de Dieu. Fils et filles de nos parents, Dieu veut que nous soyons tous ses fils adoptifs par grâce !

III. LA VISION AFRICAINE DE LA VIE Dans la vision africaine du monde, la vie est perçue comme une réalité qui 69. englobe et inclut les ancêtres, les vivants et les enfants à naître, toute la création et tous les êtres : ceux qui parlent et ceux qui sont muets, ceux qui pensent et ceux qui n’ont point de pensée. L’univers visible et invisible y est considéré comme un espace de vie des hommes, mais aussi comme un espace de communion où des générations passées côtoient invisiblement les générations présentes, elles-mêmes mères des générations à venir. Cette ample ouverture du cœur et de l’esprit de la tradition africaine vous prédispose, chers frères et sœurs, à entendre et à recevoir le message du Christ et comprendre le mystère de l’Église pour donner toute sa valeur à la vie humaine et aux conditions de son épanouissement.

A. LA PROTECTION DE LA VIE 70. Au nombre des dispositions visant à protéger la vie humaine sur le continent africain, les membres du Synode ont pris en considération les efforts déployés par les institutions internationales en faveur de certains aspects du développement. Ils ont noté toutefois avec préoccupation l’existence d’un manque de clarté éthique lors des rencontres internationales, voire d’un langage confus véhiculant des valeurs contraires à la morale catholique. L’Église cultive le souci constant du développement intégral de « tout homme et de tout l’homme », comme disait le Pape Paul VI. C’est pourquoi, les Pères synodaux ont tenu à souligner les aspects discutables de certains documents émanant d’organismes internationaux : en particulier ceux concernant la santé reproductive des femmes. La position de l’Église ne souffre aucune ambiguïté quant à l’avortement. L’enfant dans le sein maternel est une vie humaine à protéger. L’avortement, qui consiste à supprimer un innocent non-né, est contraire à la volonté de Dieu, car la valeur et la dignité de la vie humaine doivent être protégées depuis la conception jusqu’à la mort naturelle. L’Église en Afrique et dans les Îles voisines doit s’engager à aider et à accompagner les femmes et les couples tentés par l’avortement, et à être proche de ceux qui en ont fait la triste expérience afin de les éduquer au respect de la vie. Elle salue le courage des gouvernements qui ont légiféré contre la culture de mort, dont l’avortement est une expression dramatique, au bénéfice de la culture de la vie.

71. L’Église sait que nombreux sont ceux – individus, associations, bureaux spécialisés ou États – qui rejettent une doctrine saine à ce sujet. « Nous ne devons pas craindre l’hostilité ou l’impopularité mais refuser tout compromis et toute ambiguïté qui nous conformeraient à la mentalité de ce monde (cf. Rm 12, 2). Nous devons être dans le monde mais non du monde (cf. Jn 15, 19 ; 17, 16), avec la force qui nous vient du Christ, vainqueur du monde par sa mort et sa résurrection (cf. Jn 16, 33) ». 72. Sur la vie humaine en Afrique pèsent de lourdes menaces. Il faut déplorer, comme ailleurs, les ravages de la drogue et les abus de l’alcool qui détruisent le potentiel humain du continent et affligent surtout les jeunes. Le paludisme, ainsi que la tuberculose et le sida, déciment les populations africaines et compromettent gravement leur vie socio-économique. Le problème du sida, en particulier, exige certes une réponse médicale et pharmaceutique. Celle-ci est cependant insuffisante car le problème est plus profond. Il est avant tout éthique. Le changement de comportement qu’il requiert – par exemple : l’abstinence sexuelle, le refus de la promiscuité sexuelle, la fidélité dans le mariage –, pose en dernière analyse la question du développement intégral qui demande une approche et une réponse globales de l’Église. Car pour être effective, la prévention du sida doit s’appuyer sur une éducation sexuelle elle-même fondée sur une anthropologie ancrée dans le droit naturel, et illuminée par la Parole de Dieu et l’enseignement de l’Église.

73. Au nom de la vie – qu’il est du devoir de l’Église de défendre et de protéger – et en union avec les Pères synodaux, je renouvelle mon soutien et je m’adresse à toutes les institutions et à tous les mouvements d’Église qui travaillent dans le domaine de la santé et spécialement du sida. Vous réalisez un travail merveilleux et important. Je demande aux agences internationales de vous reconnaître et de vous aider dans le respect de votre spécificité et dans un esprit de collaboration. J’encourage vivement de nouveau les instituts et les programmes de recherches thérapeutiques et pharmaceutiques en cours pour éradiquer les pandémies. N’épargnez pas vos fatigues pour aboutir au plus vite à des résultats, par amour pour le don précieux de la vie. Puissiez-vous trouver des solutions et rendre accessibles à tous les traitements et les médicaments tenant compte des situations de précarité ! L’Église plaide depuis longtemps pour un traitement médical de haute qualité et au moindre coût pour toutes les personnes concernées.

74. La défense de la vie comporte également l’éradication de l’ignorance par l’alphabétisation des populations et par une éducation qualifiée qui englobe toute la personne. Au long de son histoire, l’Église catholique a prêté une attention particulière à l’éducation. Elle a toujours sensibilisé, encouragé et aidé les parents à vivre leur responsabilité de premiers éducateurs de vie et de foi de leurs enfants. En Afrique, ses établissements – comme les écoles, les collèges, les lycées, les écoles professionnelles, les universités – mettent à la disposition de la population des outils pour accéder au savoir, sans discrimination d’origine, de fortune ou de religion. L’Église apporte sa contribution pour permettre de valoriser et faire fructifier les talents que Dieu a mis dans le cœur de tout homme. De nombreuses Congrégations religieuses sont nées dans ce but. D’innombrables saints et saintes ont compris que sanctifier l’homme signifiait avant tout promouvoir sa dignité par l’éducation.

75. Les membres du Synode ont constaté que l’Afrique connaît, tout comme le reste du monde d’ailleurs, une crise de l’éducation. Ils ont souligné la nécessité d’un programme éducatif qui allie la foi et la raison pour préparer les enfants et les jeunes à la vie adulte. Des bases et de sains jalons ainsi posés leur permettraient d’affronter les choix quotidiens caractérisant toute vie adulte sur le plan affectif, social, professionnel et politique.

76. L’analphabétisme représente l’un des freins majeurs au développement. C’est un fléau égal à celui des pandémies. Certes, il ne tue pas directement, mais il contribue activement à la marginalisation de la personne – qui est une forme de mort sociale –, et lui rend impossible d’accéder à la connaissance. Alphabétiser l’individu, c’est en faire un membre à part entière de la res publica, à la construction de laquelle il pourra contribuer, et c’est permettre au chrétien d’accéder au trésor inestimable des Saintes Écritures qui alimentent sa vie de foi.

77. J’invite les communautés et les institutions catholiques à répondre généreusement à ce grand défi, qui est un réel laboratoire d’humanisation, et à intensifier leurs efforts, selon leurs moyens, pour développer, seules ou en collaboration avec d’autres organisations, des programmes efficaces et adaptés aux populations. Les communautés et les institutions catholiques ne relèveront ce défi qu’en maintenant leur identité ecclésiale et en demeurant jalousement fidèles au message évangélique et au charisme de leur fondateur. L’identité chrétienne est un bien précieux qu’il faut savoir préserver et entretenir de crainte que le sel ne s’affadisse et ne finisse par être foulé aux pieds (cf. Mt 5, 13).

78. Il convient, certainement, de sensibiliser les gouvernements afin qu’ils accroissent leur aide en faveur de la scolarisation. L’Église reconnaît et respecte le rôle de l’État dans le domaine éducatif. Elle affirme cependant son droit légitime à y participer en y apportant sa contribution particulière. Et il peut être bon de rappeler à l’État que l’Église a le droit d’éduquer selon ses règles propres et dans ses édifices. Il s’agit là d’un droit qui se situe dans la liberté d’action « dont elle a besoin pour veiller au salut des hommes ». De nombreux États africains reconnaissent le rôle éminent et désintéressé que joue l’Église, à travers ses structures éducatives, dans l’édification de leur nation. J’encourage donc vivement les gouvernants dans leurs efforts pour appuyer cette œuvre éducative.

B. LE RESPECT DE LA CRÉATION ET DE L’ÉCOSYSTÈME 79. Avec les Pères du Synode, j’invite tous les membres de l’Église à œuvrer et à plaider en faveur d’une économie soucieuse des pauvres et résolument opposée à un ordre injuste qui, sous prétexte de réduire la pauvreté, a souvent contribué à l’aggraver. Dieu a donné à l’Afrique d’importantes ressources naturelles. Face à la pauvreté chronique de ses populations, victimes d’exploitation et de malversations locales et étrangères, l’opulence de certains groupes choque la conscience humaine. Edifiés pour la création de richesses dans leurs propres nations et souvent avec la complicité de ceux qui exercent le pouvoir en Afrique, ces groupes assurent trop souvent leur propre fonctionnement au détriment du bien-être des populations locales. Agissant en collaboration avec toutes les autres composantes de la société civile, l’Église doit dénoncer l’ordre injuste qui empêche les peuples africains de consolider leurs économies et « de se développer selon leurs caractéristiques culturelles ». Il est, en outre, du devoir de l’Église de lutter pour « que chaque peuple puisse être lui-même le principal artisan de son progrès économique et social[…] et puisse prendre part à la réalisation du bien commun universel comme membre actif et responsable de la société humaine, sur un plan d’égalité avec les autres peuples ».

80. Des hommes et des femmes d’affaires, des gouvernements, des groupes économiques s’engagent dans des programmes d’exploitation, qui polluent l’environnement et causent une désertification sans précédent. De graves atteintes sont portées à la nature et aux forêts, à la flore et à la faune, et d’innombrables espèces risquent de disparaître à tout jamais. Tout cela menace l’écosystème tout entier et, par conséquence la survie de l’humanité. J’exhorte l’Église en Afrique à encourager les gouvernants à protéger les biens fondamentaux que sont la terre et l’eau, pour la vie humaine des générations présentes et futures et pour la paix entre les populations.

C. LA BONNE GOUVERNANCE DES ÉTATS 81. Un instrument majeur au service de la réconciliation, de la justice et de la paix, peut être l’institution politique dont le devoir essentiel est la mise en place et la gestion de l’ordre juste. Cet ordre est à son tour au service de la « vocation à la communion des personnes ». Pour concrétiser un tel idéal, l’Église en Afrique doit contribuer à édifier la société en collaboration avec les autorités gouvernementales et les institutions publiques et privées engagées dans l’édification du bien commun. Les Chefs traditionnels peuvent contribuer de manière très positive à la bonne gouvernance. L’Église, pour sa part, s’engage à promouvoir en son sein et dans la société une culture soucieuse de la primauté du droit. À titre d’exemple, les élections constituent un lieu d’expression du choix politique d’un peuple et sont un signe de la légitimité pour l’exercice du pouvoir. Elles sont le moment privilégié pour un débat politique public sain et serein, caractérisé par le respect des différentes opinions et des différents groupes politiques. Favoriser un bon déroulement des élections, suscitera et encouragera une participation réelle et active des citoyens à la vie politique et sociale. Le non respect de la Constitution nationale, de la loi ou du verdict des urnes, là où les élections ont été libres, équitables et transparentes, manifesterait une défaillance grave dans la gouvernance et signifierait un manque de compétence dans la gestion de la chose publique.

82. Aujourd’hui de nombreux décideurs, tant politiques qu’économiques, prétendent ne rien devoir à personne, si ce n’est à eux-mêmes. « Ils estiment n’être détenteurs que de droits et ils éprouvent souvent de grandes difficultés à grandir dans la responsabilité à l’égard de leur développement personnel intégral et de celui des autres. C’est pourquoi il est important de susciter une réflexion sur le fait que les droits supposent des devoirs sans lesquels ils deviennent arbitraires ».

83. La croissance du taux de la criminalité dans les sociétés de plus en plus urbaines est un grand sujet de préoccupation pour tous les responsables et pour les gouvernants. Il est urgent que soient donc mis en place des systèmes judiciaires et carcéraux indépendants, pour rétablir la justice et pour rééduquer les coupables. Il faut aussi bannir les cas d’erreurs de justice et les mauvais traitements des prisonniers,les nombreuses occasions de non application de la loi qui correspondent à une violation des droits humains et les incarcérations qui n’aboutissent que tardivement ou jamais à un procès. « L’Église en Afrique […] reconnaît sa mission prophétique vis-à-vis de tous ceux et celles qui sont touchés par la criminalité et leur besoin de réconciliation, de justice et de paix ». Les prisonniers sont des personnes humaines qui méritent, malgré leur crime, d’être traitées avec respect et dignité. Ils ont besoin de notre sollicitude. Pour cela, l’Église doit organiser la pastorale du monde carcéral pour le bien matériel et spirituel des prisonniers. Cette activité pastorale est un service réel que l’Église offre à la société et que l’État doit favoriser pour le bien commun. Avec les membres du Synode, j’attire l’attention des responsables de la société sur la nécessité de faire tout ce qui est possible pour arriver à l’élimination de la peine capitale, ainsi que sur la réforme du système pénal pour que la dignité humaine du prisonnier soit respectée. Aux agents pastoraux revient la tâche d’étudier et de proposer la justice restaurative comme un moyen et un processus pour favoriser la réconciliation, la justice et la paix, et la réinsertion dans les communautés des victimes et des offenseurs.

D. LES MIGRANTS, DÉPLACÉS ET RÉFUGIÉS 84. Des millions de migrants, déplacés ou réfugiés, cherchent une patrie et une terre de paix en Afrique ou sur d’autres continents. Les dimensions de cet exode, qui touche tous les pays, révèlent l’ampleur cachée des diverses pauvretés souvent engendrées par des défaillances dans la gestion publique. Des milliers de personnes ont essayé et essayent encore de traverser les déserts et les mers à la recherche d’oasis de paix et de prospérité, d’une meilleure formation et d’une plus grande liberté. Malheureusement, de nombreux réfugiés ou déplacés rencontrent toutes sortes de violence et d’exploitation, voire la prison ou trop souvent la mort. Certains États ont répondu à ce drame par une législation répressive. La situation de précarité de ces pauvres devrait susciter la compassion et la solidarité généreuse de tous ; au contraire, elle fait naître souvent la peur et l’anxiété. Car beaucoup considèrent les migrants comme un fardeau, les regardent avec suspicion ne voyant en eux que danger, insécurité et menace. Cette perception provoque des réactions d’intolérance, de xénophobie et de racisme. Tandis que ces migrants eux-mêmes sont contraints, à cause de la précarité de leur situation, à effectuer des travaux mal rémunérés souvent illégaux, humiliants ou dégradants. La conscience humaine ne peut que s’indigner de ces situations. La migration à l’intérieur et à l’extérieur du continent devient ainsi un drame multidimensionnel, qui affecte sérieusement le capital humain de l’Afrique, provoquant la déstabilisation ou la destruction des familles.

85. L’Église se souvient que l’Afrique fut une terre de refuge pour la Sainte Famille qui fuyait le pouvoir politique sanguinaire d’Hérode en quête d’une terre qui leur promettait la sécurité et la paix. L’Église continuera de faire entendre sa voix et de s’investir pour défendre toutes les personnes.

E. LA MONDIALISATION ET L’AIDE INTERNATIONALE 86. Les Pères du Synode ont exprimé leur perplexité et leur préoccupation face à la mondialisation. J’ai déjà attiré l’attention sur cette réalité, comme un défi à relever. « La vérité de la mondialisation comme processus et sa nature éthique fondamentale dérivent de l’unité de la famille humaine et de son développement dans le bien. Il faut donc travailler sans cesse afin de favoriser une orientation culturelle personnaliste et communautaire, ouverte à la transcendance, du processus d’intégration planétaire ». L’Église souhaite que la mondialisation de la solidarité aille jusqu’à inscrire « dans les relations marchandes le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité », évitant la tentation de la pensée unique sur la vie, la culture, la politique, l’économie, au profit du respect éthique et constant des diverses réalités humaines pour une solidarité effective.

87. Cette mondialisation de la solidarité se manifeste déjà dans une certaine mesure par l’aide internationale. Aujourd’hui la nouvelle d’une catastrophe fait rapidement le tour de la planète et elle suscite bien souvent un mouvement de compassion et des actes concrets de générosité. L’Église rend un service de grande charité en défendant les besoins réels du destinataire. Au nom du droit des nécessiteux et des sans-voix, et au nom du respect et de la solidarité qu’il faut leur apporter, elle demande que « les organismes internationaux et les Organisations non gouvernementales s’engagent à œuvrer dans la pleine transparence ».

IV. LE DIALOGUE ET LA COMMUNION ENTRE LES CROYANTS 88. Comme nous le révèlent de nombreux mouvements sociaux, les relations interreligieuses conditionnent la paix en Afrique comme ailleurs. Dès lors, il importe que l’Église promeuve le dialogue comme attitude spirituelle afin que les croyants apprennent à travailler ensemble, par exemple dans des associations orientées vers la paix et la justice, dans un esprit de confiance et d’entraide. Les familles doivent être éduquées à l’écoute, à la fraternité et au respect sans crainte de l’autre. Une seule chose est nécessaire (cf. Lc 10, 42) et capable d’assouvir la soif d’éternité de tout être humain et le désir d’unité de toute l’humanité : l’amour et la contemplation de Celui devant qui saint Augustin s’est écrié : « O éternelle vérité, vraie charité, chère éternité ! ».

A. LE DIALOGUE ŒCUMÉNIQUE ET LE DÉFI DES NOUVEAUX MOUVEMENTS RELIGIEUX 89. En invitant à participer à l’Assemblée synodale nos frères chrétiens orthodoxes, coptes orthodoxes, luthériens, anglicans et méthodistes – et en particulier Sa Sainteté Abuna Paulos, Patriarche de l’Église orthodoxe Tewahedo d’Éthiopie, une des plus anciennes communautés chrétiennes du continent africain – j’ai voulu signifier que le chemin vers la réconciliation passe d’abord par la communion des disciples du Christ. Un christianisme divisé demeure un scandale puisqu’il contredit de facto la volonté du Divin Maître (cf. Jn 17, 21). Le dialogue œcuménique vise donc à orienter notre marche commune vers l’unité des chrétiens, en étant assidus à l’écoute de la Parole de Dieu, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières (cf. Ac 2,42). J’exhorte toute la famille ecclésiale – les Églises locales, les Instituts de vie consacrée et les associations et mouvements de laïcs – à poursuivre ce chemin de façon plus résolue, dans l’esprit et sur la base des indications du Directoire œcuménique, et à travers les diverses associations œcuméniques existantes. J’invite par ailleurs à en former de nouvelles là où cela peut représenter une aide pour la mission. Puissions-nous entreprendre ensemble des œuvres de charité et protéger les patrimoines religieux grâce auxquels les disciples du Christ trouvent les forces spirituelles dont ils ont besoin pour l’édification de la famille humaine !

90. Au long de ces dernières décennies, l’Église en Afrique s’est interrogée avec insistance sur la naissance et l’expansion de communautés non-catholiques appelées parfois aussi autochtones africaines (African Independent Churches). Souvent, elles dérivent d’Églises et de communautés ecclésiales chrétiennes traditionnelles et elles adoptent des aspects des cultures traditionnelles africaines. Ces groupes ont récemment fait leur apparition dans le panorama œcuménique. Les pasteurs de l’Église catholique devront tenir compte de cette nouvelle réalité pour la promotion de l’unité des chrétiens en Afrique et ils devront, par conséquent, trouver une réponse adaptée au contexte en vue d’une évangélisation plus profonde pour faire parvenir de manière efficace la Vérité du Christ aux Africains.

91. De nombreux mouvements syncrétistes et des sectes ont aussi vu le jour en Afrique au cours de ces dernières décennies. Il est parfois difficile de discerner s’ils sont d’inspiration authentiquement chrétienne ou s’ils sont simplement le fruit d’un engouement pour un leader prétendant avoir des dons exceptionnels. Leur dénomination et leur vocabulaire prêtent facilement à confusion, ils peuvent égarer des fidèles de bonne foi. Profitant de structures étatiques en élaboration, de l’effritement des solidarités familiales traditionnelles et d’une catéchèse insuffisante, ces nombreuses sectes exploitent la crédulité et offrent une caution religieuse à des croyances multiformes et hétérodoxes non-chrétiennes. Elles détruisent la paix des couples et des familles à cause de fausses prophéties ou visions. Elles séduisent même des responsables politiques. La théologie et la pastorale de l’Église doivent déterminer les origines de ce phénomène non seulement pour endiguer « l’hémorragie » des fidèles des paroisses vers celles-ci, mais aussi pour constituer les bases d’une réponse pastorale appropriée face à l’attraction que ces mouvements et ces sectes exercent sur eux. Ce qui signifie encore une fois : évangéliser en profondeur l’âme africaine.

B. LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX 1. LES RELIGIONS TRADITIONNELLES AFRICAINES 92.L’Église vit chaque jour avec les adeptes des religions traditionnelles africaines. Ces religions qui se réfèrent aux ancêtres et à une forme de médiation entre l’homme et l’Immanence, sont le terreau culturel et spirituel d’où viennent la plupart des chrétiens convertis, et avec lequel ils gardent un contact quotidien. Parmi les convertis, il convient de discerner des personnes biens informées pour qu’elles deviennent pour l’Église des guides dans la connaissance toujours plus profonde et précise des traditions, de la culture et des religions traditionnelles. Le repérage des véritables points de rupture en deviendra plus aisé. On parviendra aussi à la distinction nécessaire entre le culturel et le cultuel et l’on écartera les éléments magiques, causes d’éclatement et de ruine pour les familles et les sociétés. Le Concile Vatican II a précisé, dans ce sens, que l’Église « exhorte ses fils, pour qu’à travers le dialogue et la collaboration avec les adeptes des autres religions, menés avec prudence et amour et, en témoins de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et promeuvent les choses bonnes, spirituelles et morales, ainsi que les valeurs socioculturelles découvertes chez ces personnes ». Afin que les trésors de la vie sacramentelle et de la spiritualité de l’Église puissent être découverts dans toute leur profondeur et mieux transmis dans la catéchèse, l’Église pourrait examiner, dans une étude théologique, certains éléments des cultures traditionnelles africaines qui sont conformes à l’enseignement du Christ.

93. S’appuyant sur les religions traditionnelles, la sorcellerie connaît actuellement une certaine recrudescence. Des peurs renaissent et créent des liens de sujétion paralysants. Les préoccupations concernant la santé, le bien-être, les enfants, le climat, la protection contre les esprits mauvais, conduisent de temps à autre à recourir à des pratiques des religions traditionnelles africaines qui sont en désaccord avec l’enseignement chrétien. Le problème de la « double appartenance », au christianisme et aux religions traditionnelles africaines demeure un défi. Pour l’Église qui est en Afrique, il est nécessaire, à travers une catéchèse et une inculturation profonde, de guider les personnes vers la découverte de la plénitude des valeurs de l’Évangile. Il convient de déterminer la signification profonde de ces pratiques de sorcellerie en identifiant les enjeux théologiques, sociaux et pastoraux qui sont véhiculés par ce fléau.

2. L’ISLAM 94. Les Pères du Synode ont mis en évidence la complexité de la réalité musulmane sur le continent africain. Dans certains pays, une bonne entente règne entre chrétiens et musulmans ; en d’autres, les chrétiens locaux n’ont qu’une citoyenneté de second rang et des catholiques étrangers, religieux ou laïcs, ont du mal à obtenir visas et permis de séjour ; en d’autres, les éléments religieux et politiques ne sont pas suffisamment distingués, en d’autres enfin l’agressivité existe. J’exhorte l’Église, dans toute situation, à persévérer dans l’estime des « musulmans, qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes ». Si nous tous, croyants en Dieu, désirons servir la réconciliation, la justice et la paix, nous devons œuvrer ensemble pour bannir toutes les formes de discrimination, d’intolérance et de fondamentalisme confessionnel. Dans son œuvre sociale, l’Église ne fait pas de distinction religieuse. Elle aide qui est dans le besoin, qu’il soit chrétien, musulman ou animiste. Elle témoigne ainsi de l’amour de Dieu, créateur de tous et encourage les adeptes d’autres religions à une attitude respectueuse et à une réciprocité dans l’estime. J’invite toute l’Église à chercher, par un patient dialogue avec les musulmans, la reconnaissance juridique et pratique de la liberté religieuse, de telle sorte qu’en Afrique chaque citoyen jouisse, non seulement du droit au choix libre de sa religion et à l’exercice du culte, mais aussi du droit à la liberté de conscience. La liberté religieuse est la voie de la paix.

C. DEVENIR « SEL DE LA TERRE » ET « LUMIÈRE DU MONDE » 95. La mission d’évangélisation de l’Église en Afrique puise à plusieurs sources : les Saintes Écritures, la Tradition et la vie sacramentelle. Comme un grand nombre de Pères synodaux l’ont fait remarquer, le ministère de l’Église s’appuie efficacement sur le Catéchisme de l’Église catholique. Par ailleurs, le Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, est un guide pour la mission de l’Église comme « Mère et Éducatrice » dans le monde et la société, et par là-même un outil pastoral de premier ordre. Un chrétien qui s’alimente à la source authentique, le Christ, est transformé par Lui en « lumière du monde » (Mt 5, 14), et il transmet Celui qui est « la lumière du monde » (Jn 8, 12). Sa connaissance doit être animée par la charité. En effet, le savoir, « s’il veut être une sagesse capable de guider l’homme à la lumière des principes premiers et de ses fins dernières, doit être “relevé” avec le ‘sel’ de la charité ».

96. Pour réaliser la tâche que nous sommes appelés à accomplir, faisons nôtre l’exhortation même de saint Paul : « Tenez-vous donc debout, avec la vérité pour ceinture, la justice pour cuirasse, et pour chaussures le zèle à propager l’évangile de la paix ; ayez toujours en main le bouclier de la foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la Parole de Dieu. Vivez dans la prière et les supplications ; priez en tout temps, dans l’Esprit » (Ep 6,14-18).

DEUXIÈME PARTIE

« À CHACUN LA MANIFESTATION DE L’ESPRIT EST DONNÉE EN VUE DU BIEN COMMUN » (1 Co 12, 7) 97. Les orientations de la mission que je viens d’indiquer ne deviendront réalité que si l’Église agit, d’une part, sous la conduite de l’Esprit Saint, et, d’autre part, comme un seul corps, pour reprendre l’image de saint Paul qui présente ces deux conditions de manière articulée. En effet, dans une Afrique marquée par des contrastes, l’Église doit indiquer clairement le chemin vers le Christ. Elle doit montrer comment se vit, dans la fidélité au Christ Jésus, l’unité dans la diversité enseignée par l’Apôtre : « Il y a, certes, diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit ; diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais c’est le même Dieu qui opère tout en tous. À chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun » (1 Co 12, 4-7). En exhortant chaque membre de la famille ecclésiale à être « le sel de la terre » et « la lumière du monde » (Mt 5, 13.14), j’entends insister sur cet “être” qui, par l’Esprit, devrait agir en vue du bien commun. On n’est jamais chrétien tout seul. Les dons faits par le Seigneur à chacun– évêques, prêtres, diacres, religieux et religieuses, catéchistes, laïcs – doivent contribuer à l’harmonie, à la communion et à la paix dans l’Église elle-même et dans la société.

98. Nous connaissons bien l’épisode de l’homme paralysé que l’on porte à Jésus pour qu’il le guérisse (cf. Mc 2, 1-12). Pour nous aujourd’hui, cet homme symbolise tous nos frères et sœurs d’Afrique et d’ailleurs, paralysés de diverses manières, et hélas, souvent dans une profonde détresse. Face aux défis que j’ai esquissés fort brièvement à la suite des communications des Pères synodaux, méditons sur l’attitude des porteurs du paralysé. Ce dernier n’a pu accéder à Jésus qu’avec l’aide de ces quatre personnes de foi, qui ont bravé l’obstacle physique de la foule en faisant preuve de solidarité et de confiance absolue en Jésus. Le Christ « voit leur foi ». Il ôte alors l’obstacle spirituel en disant au paralysé : « Tes péchés te sont pardonnés ». Il ôte ce qui empêche l’homme de se relever. Cet exemple nous enjoint de grandir dans la foi et de faire preuve, nous aussi, de solidarité et de créativité pour soulager ceux qui portent de lourds fardeaux, en les ouvrant ainsi à la plénitude de la vie dans le Christ (cf. Mt 11, 28). Face aux obstacles tant physiques que spirituels qui se dressent devant nous, mobilisons les énergies spirituelles et les ressources matérielles du corps entier qui est l’Église, sûrs que le Christ agira par l’Esprit Saint en chacun de ses membres.

CHAPITRE I LES MEMBRES DE L’ÉGLISE 99. Chers fils et filles de l’Église, et vous en particulier chers fidèles d’Afrique, l’amour de Dieu vous a comblés de toutes sortes de bénédictions et il vous a rendus capables d’agir comme le sel de la terre. Vous tous, comme membres de l’Église, vous devez être conscients que la paix et la justice naissent d’abord de la réconciliation de l’être humain avec lui-même et avec Dieu. C’est le Christ seul qui est le vrai et l’unique « Prince de la paix ». Sa naissance est le gage de la paix messianique telle qu’elle a été annoncée par les prophètes (cf. Is 9, 5-6 ; 57, 19 ; Mi 5, 4 ; Ep 2, 14-17). Cette paix ne vient pas des hommes, mais de Dieu. Elle est le don messianique par excellence. Cette paix conduit à la justice du Royaume qu’il convient de chercher à temps et à contretemps dans tout ce qui se fait (cf. Mt 6, 33), afin qu’en toute circonstance la gloire soit rendue à Dieu (cf. Mt 5, 16). Or nous savons que le juste est fidèle à la loi de Dieu car il s’est converti (cf. Lc 15, 7 ; 18, 14). Cette fidélité nouvelle est apportée par le Christ pour nous rendre « irréprochables et purs » (cf. Ph 2, 15).

I. LES ÉVÊQUES 100. Chers frères dans l’épiscopat, la sainteté à laquelle l’Évêque est appelé exige l’exercice des vertus – en premier lieu des vertus théologales – et celui des conseils évangéliques. Votre sainteté personnelle doit rejaillir au bénéfice de ceux qui ont été confiés à votre sollicitude pastorale, et que vous devez servir. Votre vie de prière irriguera de l’intérieur votre apostolat. Un Évêque doit être un amoureux du Christ. Votre autorité morale et votre prestance qui soutiennent l’exercice de votre pouvoir juridique, ne proviendront que de la sainteté de votre vie.

101. Comme le disait saint Cyprien au milieu du IIIe siècle à Carthage : « L’Église repose sur les Évêques, et toute sa conduite obéit à la direction de ces mêmes chefs ». C’est la communion, l’unité et la collaboration avec le presbyterium, qui serviront d’antidote aux germes de divisions et qui vous aideront à vous mettre tous ensemble à l’écoute de l’Esprit Saint. Il vous conduira par le juste chemin (cf. Ps 23, 3). Aimez et respectez vos prêtres ! Ils sont les précieux collaborateurs de votre ministère épiscopal. Imitez le Christ ! Il a créé autour de lui un climat d’amitié, d’affection fraternelle et de communion qu’il a puisé dans les profondeurs du mystère trinitaire. « Je vous invite à rester soucieux d’aider vos prêtres à vivre dans une union intime avec le Christ. Leur vie spirituelle est le fondement de leur vie apostolique. Vous les exhorterez avec douceur à la prière quotidienne et à la célébration digne des Sacrements, surtout de l’Eucharistie et de la Réconciliation, comme le faisait saint François de Sales pour ses prêtres. […]Les prêtres ont besoin de votre affection, de votre encouragement et de votre sollicitude ».

102. Soyez unis au Successeur de Pierre avec vos prêtres et l’ensemble de vos fidèles. Ne gaspillez pas vos énergies humaines et pastorales dans la recherche vaine de réponses à des questions qui ne sont pas de votre compétence directe, ou dans les méandres d’un nationalisme qui peut aveugler. Suivre cette idole, tout comme celle de l’absolutisation de la culture africaine, est plus facile que de suivre les exigences du Christ. Ces idoles sont des leurres. Bien plus elles sont une tentation, celle de croire que, par les seules forces humaines, on peut faire advenir le Royaume du bonheur éternel sur la terre !

103. Votre premier devoir est de porter à tous la Bonne Nouvelle du Salut, et de donner aux fidèles une catéchèse qui contribue à une connaissance plus approfondie de Jésus-Christ. Veillez à donner aux laïcs une vraie conscience de leur mission ecclésiale, et incitez-les à la réaliser avec le sens des responsabilités, envisageant toujours le bien commun. Les programmes de formation permanente des laïcs, en particulier pour les leaders politiques et économiques, devront insister sur la conversion comme condition nécessaire pour transformer le monde. Il est bon de toujours commencer par la prière, puis de poursuivre par la catéchèse qui conduira à agir concrètement. La création de structures viendra après si c’est vraiment nécessaire, car elles ne remplaceront jamais la puissance de la prière.

104. Chers frères dans l’Épiscopat, soyez, à la suite du Christ-bon Pasteur, de bons bergers et des serviteurs du troupeau qui vous est confié, exemplaires par votre vie et votre comportement. La bonne administration de vos diocèses requiert votre présence. Pour que votre message soit crédible, faites que vos diocèses deviennent des modèles quant au comportement des personnes, à la transparence et la bonne gestion financière. Ne craignez pas d’avoir recours à l’expertise des audits comptables pour donner l’exemple aussi bien aux fidèles qu’à la société tout entière. Favorisez le bon fonctionnement des organismes ecclésiaux diocésains et paroissiaux tels qu’ils sont prévus par le droit de l’Église. La recherche de l’unité, de la justice et de la paix vous incombe en tout premier lieu, parce que vous avez la responsabilité des Églises locales.

105. Le Synode a rappelé que « l’Église est une communion qui engendre une solidarité pastorale organique. Les Évêques, en communion avec l’Évêque de Rome, sont les premiers promoteurs de la communion et de la collaboration dans l’apostolat de l’Église ». Les Conférences épiscopales nationales et régionales ont la mission de consolider cette communion ecclésiale et de promouvoir cette solidarité pastorale.

106. Pour une plus grande visibilité, cohérence et efficacité dans la pastorale sociale de l’Église, le Synode a ressenti le besoin d’une action plus solidaire à tous les niveaux. Il serait bon que les Conférences épiscopales régionales et nationales ainsi que l’Assemblée de la Hiérarchie Catholique d’Égypte (A.H.C.E.) renouvellent leur engagement de solidarité collégiale. Cela implique concrètement une participation tangible aux activités de ces structures, aussi bien en ce qui concerne le personnel que les moyens financiers. L’Église témoignera ainsi de l’unité pour laquelle le Christ a prié (cf. Jn 17, 20-21).

107. Il m’apparaît également souhaitable que les Évêques s’engagent davantage à promouvoir à soutenir effectivement et affectivement le Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar (S.C.E.A.M.) comme structure continentale de solidarité et de communion ecclésiale. Il est bon aussi de cultiver de bonnes relations avec la Confédération des Conférences des Supérieurs Majeurs d’Afrique et de Madagascar (CO.S.M.A.M.), les Associations des Universités catholiques et d’autres structures ecclésiales continentales.

II. LES PRÊTRES 108. Collaborateurs proches et indispensables de l’Évêque, les prêtres ont la charge de poursuivre l’œuvre d’évangélisation. La deuxième Assemblée du Synode pour l’Afrique a été célébrée au cours de l’année que j’avais consacrée au sacerdoce, lançant un appel particulier à la sainteté. Chers prêtres, souvenez-vous que votre témoignage de vie pacifique, par-delà les frontières tribales et raciales, peut toucher les cœurs.L’appel à la sainteté nous invite à devenir des pasteurs selon le cœur de Dieu, qui font paître le troupeau avec justice (cf. Ez 34, 16). Céder à la tentation de vous transformer en guides politiques ou en agents sociaux, serait trahir votre mission sacerdotale et desservir la société qui attend de vous des paroles et des gestes prophétiques. Saint Cyprien le disait déjà : « Ceux qui ont l’honneur du divin sacerdoce […] ne doivent prêter leur ministère qu’au sacrifice et à l’autel, et ne vaquer qu’à la prière ».

109. En vous consacrant surtout à ceux que le Seigneur vous confie pour les former aux vertus chrétiennes, et les conduire à la sainteté, non seulement vous les gagnerez à la cause du Christ, mais vous en ferez aussi les protagonistes d’une société africaine renouvelée. Face à la complexité des situations auxquelles vous êtes confrontés, je vous invite à approfondir votre vie de prière et votre formation continue ; que celle-ci soit à la fois spirituelle et intellectuelle. Devenez des familiers des Saintes Écritures, de la Parole de Dieu que vous méditez chaque jour et que vous expliquez aux fidèles. Développez aussi votre connaissance du Catéchisme, des documents du Magistère ainsi que de la Doctrine sociale de l’Église. Vous serez ainsi capables, à votre tour, de former les membres de la communauté chrétienne dont vous êtes les responsables immédiats pour qu’ils deviennent d’authentiques disciples et témoins du Christ.

110. Vivez avec simplicité, humilité et amour filial, votre obéissance à l’Évêque de votre diocèse. « Par respect pour celui qui nous a aimés, il convient d’obéir sans aucune hypocrisie ; car ce n’est pas cet Évêque visible que l’on abuse, mais c’est l’Évêque invisible que l’on cherche à tromper. Car, dans ce cas, ce n’est pas de chair dont il s’agit, mais de Dieu qui connaît les choses cachées ». Dans le cadre de la formation permanente des prêtres, il me semble opportun que soient relus et médités certains documents, comme le Décret conciliaire sur le ministère et la vie des prêtres : Presbyterorum ordinis, ou l’Exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis de 1992, ou le Directoire pour le Ministère et la Vie des prêtres de 1994, ou encore l’Instruction Le prêtre, pasteur et guide de la Communauté paroissiale, de 2002.

111. Édifiez vos communautés chrétiennes par votre exemple en vivant dans la vérité et la joie vos engagements sacerdotaux : le célibat dans la chasteté et le détachement des biens matériels. Vécus avec maturité et sérénité, ces signes qui sont particulièrement conformes au style de vie de Jésus, expriment « le don total et exclusif au Christ, à l’Église et au Règne de Dieu ». Investissez-vous intensément dans la mise en œuvre de la pastorale diocésaine pour la réconciliation, la justice et la paix, notamment par la célébration des sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie, la catéchèse, la formation des laïcs et l’accompagnement des responsables de la société. Tout prêtre doit pouvoir se sentir heureux de servir l’Église.

112. Suivre le Christ sur le chemin du sacerdoce demande à faire des choix. Ils ne sont pas toujours faciles à vivre. Les exigences évangéliques, codifiées au cours des siècles par l’enseignement du Magistère, paraissent radicales aux yeux du monde. Il est difficile parfois de les suivre, mais cela n’est pas impossible. Le Christ nous apprend qu’il n’est pas possible de servir à la fois deux maîtres (cf. Mt 6, 24). Il fait certes référence à l’argent, ce trésor temporel qui peut occuper notre cœur (cf. Lc 12, 34), mais il fait également référence aux innombrables autres biens que nous possédons : notre vie, notre famille, notre éducation, nos relations personnelles par exemple. Il s’agit là de biens précieux et admirables qui sont constitutifs de nos personnes. Mais, le Christ demande à celui qu’il appelle, de s’abandonner totalement à la Providence. Il demande un choix absolu(cf. Mt 7, 13-14) qu’il nous est parfois difficile de comprendre et vivre. Mais, si Dieu est notre trésor véritable – cette perle rare qu’il faut acquérir à tout prix même en effectuant de grands sacrifices (cf. Mt 13, 45-46) – alors nous désirerons que notre cœur et notre corps, que notre esprit et notre intelligence soient pour lui seul. Cet acte de foi nous permettra de voir ce qui nous semble important sous un autre regard, et de vivre notre relation à notre corps et nos relations humaines familiales ou amicales, à la lumière de l’appel de Dieu et de son exigence au service de l’Église. Il convient de réfléchir à cela profondément. Cette réflexion commencera dès le séminaire pour être continuée durant toute la vie sacerdotale. Le Christ, connaissant les forces et les faiblesses de notre cœur, comme pour nous encourager, nous dit : « Cherchez d’abord le Royaume et sa justice, et tout vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 33).

III. LES MISSIONNAIRES 113. Les missionnaires non africains, répondant généreusement à l’appel du Seigneur avec un zèle apostolique ardent, sont venus partager le bonheur de la Révélation. À leur suite, des Africains sont aujourd’hui missionnaires sur d’autres continents. Comment, à ce point, ne pas leur rendre un hommage particulier ? Les missionnaires venus en Afrique – prêtres, religieux, religieuses et laïcs – ont construit des églises, des écoles et des dispensaires, et contribué fortement à la visibilité actuelle des cultures africaines, mais ils ont surtout édifié le Corps du Christ et enrichi la demeure de Dieu. Ils ont su partager la saveur du sel de la Parole et faire resplendir la lumière des Sacrements. Et par-dessus tout, ils ont donné à l’Afrique ce qu’ils possédaient de plus précieux : le Christ. Grâce à eux de nombreuses cultures traditionnelles ont été libérées de peurs ancestrales et d’esprits immondes (cf. Mt 10, 1). Du bon grain qu’ils ont semé (cf. Mt 13, 24), ont surgi de nombreux saints africains qui sont autant de modèles dont il faut s’inspirer davantage. Il serait souhaitable que leur culte soit ravivé et promu. Leur engagement pour la cause de l’Évangile s’est parfois réalisé avec héroïsme, au prix même de leur vie. Une fois encore s’est vérifiée l’affirmation de Tertullien : « Le sang des martyrs est semence de chrétiens ». Je rends grâce au Seigneur pour ces saints et saintes, signes de la vitalité de l’Église en Afrique.

114. J’encourage les Pasteurs des Églises locales à reconnaître parmi les serviteurs africains de l’Évangile, ceux qui pourraient être canonisés, selon les normes de l’Église, non seulement pour augmenter le nombre des saints africains, mais aussi pour obtenir de nouveaux intercesseurs au ciel afin qu’ils accompagnent l’Église dans son pèlerinage terrestre et intercèdent auprès de Dieu pour le continent africain. Je confie à Notre-Dame d’Afrique et aux saints de ce cher continent, l’Église qui s’y trouve.

IV. LES DIACRES PERMANENTS 115. La grandeur de l’appel reçu par les diacres permanents mérite d’être soulignée. Dans la fidélité à la mission reçue il y a des siècles, je les invite à œuvrer avec humilité en étroite collaboration avec les évêques. Avec affection je leur demande de continuer de proposer à la jeunesse ce que nous enseigne le Christ dans l’Évangile : la rigueur dans le travail bien fait, la force morale dans le respect des valeurs, l’honnêteté, le respect de la parole donnée, la joie d’apporter sa pierre à l’édification de la société et de l’Église, la protection de la nature, le sens du bien commun. Chers diacres, aidez la société africaine dans toutes ses composantes à valoriser la responsabilité des hommes en tant qu’époux et pères, à respecter la femme qui est égale à l’homme en dignité, à avoir le souci des enfants livrés à eux-mêmes et sans éducation.

116. Ne manquez pas de prêter une attention particulière aux personnes infirmes mentales ou physiques, à celles qui sont les plus faibles, et aux plus pauvres de vos communautés. Puisse votre charité se faire inventive ! Dans la pastorale paroissiale, souvenez-vous qu’une saine spiritualité permet à l’Esprit du Christ de libérer l’être humain pour qu’il agisse efficacement dans la société. Les Évêques veilleront à parfaire votre formation afin qu’elle contribue à l’exercice de votre charisme. Comme saint Étienne, saint Laurent et saint Vincent, diacres et martyrs, efforcez-vous de reconnaître et de rencontrer le Christ dans l’Eucharistie et dans les pauvres. Ce service de l’autel et de la charité vous fera aimer la rencontre du Seigneur présent sur l’autel et dans le pauvre. Vous serez alors disposés à donner votre vie pour Lui jusqu’à la mort.

V. LES PERSONNES CONSACRÉES 117. Par les vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, la vie des personnes consacrées est devenue un témoignage prophétique. Elles peuvent être ainsi des modèles en matière de réconciliation, de justice et de paix, même dans des circonstances de fortes tensions. La vie communautaire montre qu’il est possible de vivre fraternellement et d’être unis, même là où les origines ethniques ou raciales sont différentes (cf. Ps 133,1). Elle peut et doit donner à voir et à croire qu’aujourd’hui en Afrique, ceux et celles qui suivent le Christ Jésus trouvent en Lui le secret de la joie du vivre ensemble : l’amour mutuel et la communion fraternelle, quotidiennement consolidés par l’Eucharistie et la Liturgie des Heures.

118. Puissiez-vous, chères personnes consacrées, continuer à vivre votre charisme avec un zèle vraiment apostolique dans les différents domaines indiqués par vos fondateurs ! Vous mettrez ainsi plus de soin à garder votre lampe allumée ! Vos fondateurs ont voulu suivre le Christ en vérité en répondant à son appel. Diverses œuvres qui en sont les fruits, sont des joyaux qui ornent l’Église. Il convient donc de les développer en suivant le plus fidèlement possible le charisme de vos fondateurs, leurs pensées et leurs projets. Je voudrais ici souligner la part importante des personnes consacrées dans la vie ecclésiale et missionnaire. Elles sont une aide nécessaire et précieuse à l’activité pastorale mais aussi une manifestation de la nature intime de la vocation chrétienne. C’est pourquoi je vous invite, chères personnes consacrées, à rester en communion étroite avec l’Église locale et son premier responsable, l’Évêque. Je vous invite également à fortifier votre communion avec l’Évêque de Rome.

119. L’Afrique est le berceau de la vie contemplative chrétienne. Toujours présente en Afrique du Nord et particulièrement en Égypte et en Éthiopie, elle a pris racine en Afrique subsaharienne au siècle dernier. Puisse le Seigneur bénir les hommes et les femmes qui ont décidé de Le suivre de manière inconditionnelle ! Leur vie cachée est comme le levain dans la pâte. Leur prière continuelle soutiendra l’effort apostolique des Évêques, des prêtres, des autres personnes consacrées, des catéchistes et de toute l’Église.

120. Les rencontres des différentes Conférences nationales des Supérieurs Majeurs et celles de la CO.S.M.A.M. permettent d’unir les réflexions et les forces non seulement pour assurer les finalités de chacun des Instituts, en préservant toujours leur autonomie, leur caractère et leur esprit propre, mais aussi pour traiter des affaires communes dans un souci de fraternité et de solidarité. Il est bon de cultiver un esprit ecclésial en assurant une saine coordination et une juste coopération avec les Conférences des Évêques.

VI. LES SÉMINARISTES 121. Les Pères synodaux ont accordé une attention particulière aux séminaristes. Sans négliger la formation théologique et spirituelle, évidemment prioritaire, ils ont souligné l’importance de la croissance psychologique et humaine de chaque candidat. Les futurs prêtres doivent développer en eux une juste compréhension de leurs cultures sans s’enfermer dans leurs limites ethniques et culturelles. Ils devront également s’enraciner dans les valeurs évangéliques pour fortifier leur engagement, dans la fidélité et la loyauté envers le Christ. La fécondité de leur future mission dépendra beaucoup de leur profonde union au Christ, de la qualité de leur vie de prière et de leur vie intérieure, des valeurs humaines, spirituelles et morales qu’ils auront assimilées durant leur formation. Puisse chaque séminariste devenir un homme de Dieu en recherchant et en vivant « la justice, la piété, la foi, la charité, la constance, la douceur »(1Tm 6, 11) !

122. « Les séminaristes doivent apprendre la vie communautaire de telle manière que la vie fraternelle entre eux, par la suite, devienne la source d’une authentique expérience du sacerdoce comme intime fraternité sacerdotale ». Les directeurs et les formateurs du séminaire travailleront ensemble, en suivant les indications des Évêques, afin de garantir une formation intégrale aux séminaristes qui leur sont confiés. Dans la sélection des candidats, il faudra procéder à un discernement soigneux et à un accompagnement de qualité afin que ceux qui seront admis au sacerdoce soient de vrais disciples du Christ et d’authentiques serviteurs de l’Église. On aura à cœur de les initier aux innombrables richesses du patrimoine biblique, théologique, spirituel, liturgique, moral et juridique de l’Église.

123. Je me suis adressé aux séminaristes en leur écrivant une Lettre à la suite de l’Année sacerdotale qui s’est achevée en juin 2010. J’y ai insisté sur l’identité, la spiritualité et l’apostolat du prêtre. Je recommande vivement à chaque séminariste de lire et de méditer ce bref document qui lui est destiné personnellement et que les formateurs mettront à sa disposition. Le séminaire est un temps de préparation au sacerdoce, un temps d’étude. C’est un temps de discernement, de formation et de maturation humaine et spirituelle. Puissent les séminaristes utiliser judicieusement ce temps qui leur est offert pour accumuler des réserves spirituelles et humaines dans lesquelles ils pourront puiser durant leur vie sacerdotale.

124. Chers séminaristes, soyez des apôtres auprès des jeunes de votre génération en les invitant à se mettre à la suite du Christ dans la vie sacerdotale. N’ayez pas peur ! La prière de nombreuses personnes vous accompagne et vous soutient (cf. Mt 9, 37-38).

VII. LES CATÉCHISTES 125. Les catéchistes sont de précieux agents pastoraux dans la mission d’évangélisation. Leur rôle a été très important dans la première évangélisation, l’accompagnement catéchuménal, l’animation et le soutien des communautés. « Avec naturel, ils ont opéré une inculturation réussie qui a porté de merveilleux fruits (cf. Mc 4, 20). Ce sont les catéchistes qui ont permis que la ‘lumière brille devant les hommes’ (Mt 5, 16), car en voyant le bien qu’ils font, des populations entières ont pu rendre gloire à Notre Père qui est aux cieux. Ce sont des Africains qui ont évangélisé des Africains ». Ce rôle important dans le passé, reste essentiel pour le présent et le futur de l’Église. Je les remercie pour leur amour de l’Église.

126. J’invite les Évêques et les prêtres à prendre soin de la formation humaine, intellectuelle, doctrinale, morale, spirituelle et pastorale des catéchistes, en prêtant grande attention à leurs conditions de vie pour sauvegarder leur dignité. Qu’ils n’oublient pas leurs légitimes besoins matériels, car l’ouvrier fidèle de la vigne du Seigneur a droit à une juste rétribution (cf. Mt 20, 1-16) en attendant celle que donnera le Seigneur de manière équitable, car c’est lui seul qui est juste et qui connaît les cœurs.

127. Chers catéchistes, souvenez-vous que, pour un grand nombre de communautés, vous êtes le visage concret et immédiat du disciple zélé et le modèle de la vie chrétienne. Je vous encourage à proclamer, par l’exemple, que la vie familiale mérite une très grande considération, que l’éducation chrétienne prépare les enfants à être, dans la société, honnêtes et fiables dans leurs rapports avec autrui. Accueillez quiconque sans discrimination : pauvres et riches, autochtones et étrangers, catholiques et non catholiques (cf. Jc 2, 1). Ne faites acception de personne (cf. Ac 10, 34 ; Rm 2, 11 ; Ga 2, 6 ; Ep 6, 9). En assimilant vous-mêmes les Saintes Écritures et les enseignements du Magistère, vous parviendrez à offrir une catéchèse solide, à animer des groupes de prière et à proposer la lectio divina aux communautés dont vous avez le soin. Votre action deviendra alors cohérente, persévérante et source d’inspiration. En évoquant avec reconnaissance le souvenir glorieux de vos devanciers, je vous salue et je vous encourage à œuvrer aujourd’hui avec la même abnégation, le même courage apostolique et la même foi. En cherchant à être fidèles à votre mission, vous contribuerez aussi non seulement à votre sainteté personnelle, mais aussi efficacement à la construction du Corps Mystique du Christ, l’Église.

VIII. LES LAÏCS 128. Par ses membres laïcs, l’Église se rend présente et active dans la vie du monde. Les laïcs ont un grand rôle à jouer dans l’Église et dans la société. Pour qu’ils puissent bien assumer ce rôle, il convient que des écoles ou des centres de formation biblique, spirituelle, liturgique et pastorale soient organisés dans les diocèses. Je souhaite de tout cœur que les laïcs qui ont des responsabilités d’ordre politique, économique et social, s’arment d’une solide connaissance de la Doctrine sociale de l’Église qui fournit des principes d’action conformes à l’Évangile. En effet, ils sont des « ambassadeurs du Christ » (2 Co 5, 20) dans l’espace public, au cœur du monde. Leur témoignage chrétien ne sera crédible que s’ils sont des professionnels compétents et honnêtes.

129. Les laïcs, hommes et femmes, sont appelés avant tout à la sainteté et à vivre cette sainteté dans le monde. Chers fidèles, cultivez avec soin votre vie intérieure et votre relation à Dieu afin que l’Esprit Saint vous éclaire en toute circonstance. Pour que la personne humaine et le bien commun demeurent effectivement au centre de l’action humaine, politique, économique ou sociale, attachez-vous profondément au Christ pour le connaître et l’aimer, consacrant du temps à Dieu en priant et en recevant les Sacrements. Laissez-vous éclairer et instruire par Dieu et par sa Parole.

130. Je voudrais revenir sur la particularité de la vie professionnelle du chrétien. Brièvement, il s’agit de témoigner du Christ dans le monde en montrant, par l’exemple, que le travail peut être un lieu de réalisation personnelle très positif, et qu’il n’est pas d’abord un moyen de profits. Le travail vous permet de participer à l’œuvre de la création et d’être au service de vos frères et sœurs. En agissant ainsi, vous serez « le sel de la terre » et « la lumière du monde » comme nous le demande le Seigneur. Dans votre vie quotidienne, pratiquez l’option préférentielle pour les pauvres, quelle que soit votre position dans la société, selon l’esprit des Béatitudes (cf. Mt 5, 3-12), pour voir en eux le visage concret de Jésus qui vous appelle à le servir (cf. Mt 25, 31-46).

131. Il peut être utile de vous organiser en associations pour continuer à former votre conscience chrétienne et vous soutenir mutuellement dans la lutte pour la justice et la paix. Les Communautés Ecclésiales Vivantes (CEV) ou les Small Christian Communities (SCC), et les « Communautés nouvelles » sont des cadres porteurs pour entretenir la flamme vivante de votre Baptême. Apportez également vos compétences à l’animation des Universités catholiques qui ne cessent de se développer depuis les recommandations de l’Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Africa. Je voudrais également vous encourager à avoir une présence active et courageuse dans le monde de la politique, de la culture, des arts, des médias et des diverses associations. Que cette présence soit sans complexe ni honte, fière et consciente de la précieuse contribution qu’elle peut apporter au bien commun !

CHAPITRE II PRINCIPAUX CHAMPS D’APOSTOLAT 132. Le Seigneur nous a confié une mission particulière et il ne nous a pas laissés dépourvus de moyens pour l’accomplir. Non seulement il a revêtu chacun de dons personnels pour l’édification de son Corps qu’est l’Église, mais il a confié aussi à toute la communauté ecclésiale des dons particuliers pour lui permettre de continuer sa mission. Le don par excellence, c’est l’Esprit Saint. C’est par lui que nous formons un seul corps et « c’est seulement dans la force de l’Esprit Saint que nous pouvons trouver ce qui est droit et le mettre ensuite en pratique ». Des moyens sont nécessaires pour nous permettre d’agir, mais ils demeurent insuffisants si, à travers « nos capacités de penser, de parler, de sentir, d’agir », ce n’est pas Dieu lui-même qui nous dispose à collaborer à son œuvre de réconciliation. C’est grâce à l’Esprit Saint que nous devenons vraiment « le sel de la terre » et « la lumière du monde » (Mt 5, 13. 14).

I. L’ÉGLISE COMME PRÉSENCE DU CHRIST 133. L’Église est « dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ». En tant que communauté de disciples du Christ, nous pouvons laisser voir et communiquer l’amour de Dieu. L’amour « est la lumière – en réalité l’unique – qui illumine sans cesse à nouveau un monde dans l’obscurité et qui nous donne le courage de vivre et d’agir ». Cette réalité devient manifeste dans l’Église universelle, diocésaine, paroissiale, dans les CEV (SCC), dans les mouvements et les associations, jusque dans la famille chrétienne, « appelée à être ‘une Église domestique’, un lieu de foi, de prière et de souci affectueux pour le bien véritable et durable de chacun de ses membres », une communauté où se vit le geste de paix. Les CEV (SCC), les mouvements et les associations peuvent être des lieux propices, au sein des paroisses, pour accueillir et vivre le don de la réconciliation offert par le Christ, notre paix. Chaque membre de la communauté doit devenir le gardien de l’autre : c’est une des significations du geste de la paix dans la célébration de l’Eucharistie.

II. LE MONDE DE L’ÉDUCATION 134. Les écoles catholiques sont de précieux instruments pour apprendre à tisser dans la société, dès l’enfance, des liens de paix et d’harmonie par l’éducation aux valeurs africaines assumées par celles de l’Évangile. J’encourage les Évêques et les Instituts de personnes consacrées à œuvrer pour que les enfants en âge de scolarisation puissent fréquenter une école : c’est une question de justice pour tout enfant et, bien plus, l’avenir de l’Afrique en dépend. Que les chrétiens, les jeunes en particulier, se dédient aux sciences de l’éducation en vue de transmettre un savoir épris de vérité, un savoir-faire et un savoir-être animés par une conscience chrétienne formée à la lumière de l’enseignement social de l’Église. Il conviendra de veiller également à assurer une rémunération juste au personnel des institutions éducatives de l’Église et à l’ensemble du personnel des structures d’Église pour renforcer la crédibilité de l’Église.

135. Dans le contexte actuel du grand brassage des populations, des cultures et des religions, le rôle des universités et institutions académiques catholiques est essentiel à la recherche patiente, rigoureuse et humble de la lumière qui vient de la Vérité. Seule une vérité qui transcende la mesure humaine, conditionnée par des limites, pacifie les personnes et réconcilie les sociétés entre elles. À cet effet, il convient de créer des universités catholiques nouvelles là où elles n’existent pas encore. Chers frères et sœurs engagés dans les universités et les institutions académiques catholiques, c’est à vous qu’il revient, d’une part, d’éduquer l’intelligence et l’esprit des jeunes générations à la lumière de l’Évangile, et, d’autre part, d’aider les sociétés africaines à mieux comprendre les défis auxquels l’Afrique est confrontée aujourd’hui, en fournissant la lumière nécessaire par vos recherches et vos analyses.

136. La mission confiée par l’Exhortation apostolique Ecclesia in Africa aux institutions universitaires catholiques conserve toute sa pertinence. Mon bienheureux prédécesseur y a écrit : « Les Universités et les Instituts supérieurs catholiques en Afrique ont un rôle important à jouer dans la proclamation de la Parole salvifique de Dieu. Ils sont un signe de la croissance de l’Église dans la mesure où ils intègrent dans leurs recherches les vérités et les expériences de la foi, et aident à les intérioriser. Ils se mettent ainsi au service de l’Église en lui fournissant du personnel bien préparé ; en étudiant des questions théologiques et sociales d’importance ; en développant la théologie africaine ; en promouvant la tâche de l’inculturation […] en publiant des livres et en diffusant la pensée catholique ; en entreprenant toutes les recherches que leur confient les Évêques et en contribuant à une étude scientifique des cultures […]. Les centres culturels catholiques offrent à l’Église des possibilités de présence et d’action dans le domaine des mutations culturelles. Ils constituent, en effet, des forums publics qui permettent de faire connaître très largement, dans un dialogue créatif, les convictions chrétiennes sur l’homme, la femme, la famille, le travail, l’économie, la société, la politique, la vie internationale, l’environnement. Ils sont ainsi des lieux d’écoute, de respect et de tolérance ». Les Évêques veilleront à ce que ces institutions universitaires conservent leur nature catholique, en prenant toujours des orientations fidèles à l’enseignement du Magistère de l’Église.

137. Pour apporter une contribution forte et qualifiée à la société africaine, il est indispensable de proposer aux étudiants une formation à la Doctrine sociale de l’Église. Cela aidera ainsi l’Église en Afrique à préparer, avec sérénité, une pastorale qui rejoint l’être de l’Africain et le réconcilie avec lui-même dans l’adhésion au Christ. Il incombe aux Évêques, encore une fois, de soutenir une pastorale de l’intelligence et de la raison qui crée une habitude de dialogue rationnel et d’analyse critique dans la société et dans l’Église. J’avais dit à Yaoundé : « Ce siècle permettra peut-être, avec la grâce de Dieu, la renaissance, sur votre continent, mais certainement sous une forme différente et nouvelle, de la prestigieuse École d’Alexandrie. Pourquoi ne pas espérer qu’elle puisse fournir aux Africains d’aujourd’hui et à l’Église universelle de grands théologiens et des maîtres spirituels qui contribueraient à la sanctification des habitants de ce continent et de l’Église entière ? ».

138. Il est bon que les Évêques encouragent les aumôneries à l’intérieur des universités et des institutions éducatives de l’Église, et en créent dans les établissements publics. La chapelle de l’aumônerie en sera comme le cœur. Elle permettra à l’étudiant de rencontrer Dieu et de se placer sous son regard. Elle permettra également à l’aumônier qui sera choisi avec soin pour ses vertus sacerdotales, d’exercer son ministère pastoral d’enseignement et de sanctification.

III. LE MONDE DE LA SANTÉ 139. L’Église, de tout temps, s’est préoccupée de la santé. L’exemple vient du Christ lui-même qui, après avoir proclamé la Parole et guéri les malades, a confié à ses disciples la même autorité afin « qu’ils guérissent toute maladie et toute infirmité » (Mt 10, 1 ; cf. 14, 35 ; Mc 1, 32 et 34 ; 6, 13 et 55). C’est ce même souci des malades que l’Église, à travers ses institutions de santé, continue de manifester aux souffrants. Comme l’ont souligné les Pères synodaux, l’Église est résolument engagée dans la lutte contre les infirmités, les maladies et les grandes pandémies.

140. Que les institutions de santé de l’Église et toutes les personnes qui y travaillent à divers titres, s’efforcent de voir en chaque malade un membre souffrant du Corps du Christ. Des difficultés de toute sorte se dressent sur votre chemin : le nombre croissant des malades, l’insuffisance des moyens matériels et financiers, la défection des organismes qui vous ont longtemps soutenus et vous abandonnent, tout cela vous donne parfois l’impression d’un travail sans résultats tangibles. Chers personnels de la santé, soyez les porteurs de l’amour compatissant de Jésus aux personnes qui souffrent ! Soyez patients, soyez forts et gardez courage ! Pour ce qui concerne les pandémies, les moyens financiers et matériels sont indispensables mais attachez-vous aussi sans relâche à informer et à former la population et surtout les jeunes.

141. Il convient que les institutions de santé soient gérées selon les règles éthiques de l’Église, y assurant les services en conformité avec son enseignement et exclusivement en faveur de la vie. Qu’elles ne deviennent pas une source d’enrichissement pour les particuliers. La gestion des fonds octroyés doit viser à la transparence et servir surtout le bien du malade. Enfin, chaque institution de santé devrait avoir une chapelle. Sa présence rappellera au personnel (direction, gestionnaires, médecins et infirmiers ...) et au malade que Dieu seul est le Maître de la vie et de la mort. Il convient également de multiplier, dans la mesure du possible, les petits dispensaires qui assurent des soins de proximité et de premiers secours.

IV. LE MONDE DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION 142. L’Exhortation apostolique Ecclesia in Africa considérait que les médias modernes ne sont pas seulement des instruments de communication, mais aussi un monde à évangéliser. Ils doivent servir une communication authentique qui est une priorité en Afrique, car ils sont un levier important pour le développement du continent et pour l’évangélisation. Les « médias peuvent constituer une aide puissante pour faire grandir la communion de la famille humaine et l’ethos des sociétés, quand ils deviennent des instruments de promotion de la participation de tous à la recherche commune de ce qui est juste ».

143. Nous savons tous que les nouvelles technologies de l’information peuvent devenir de puissants instruments de cohésion et de paix ou bien des promoteurs efficaces de destruction et de division. Ils peuvent servir ou desservir sur le plan moral, propager le vrai comme le faux, proposer le laid comme le beau. La masse de nouvelles ou de contre-nouvelles, ainsi que celle d’images, peut être intéressante tout comme elle peut conduire à une forte manipulation. L’information peut très facilement devenir de la désinformation, et la formation de la déformation. Les médias peuvent promouvoir une humanisation authentique, mais ils peuvent tout autant entraîner une déshumanisation.

144. Les médias éviteront cet écueil s’ils « sont structurés et orientés à la lumière d’une image de la personne et du bien commun qui en respecte les valeurs universelles. Les moyens de communication sociale ne favorisent pas la liberté de tous et n’universalisent pas le développement et la démocratie pour tous simplement parce qu’ils multiplient les possibilités d’interconnexion et de circulation des idées. Pour atteindre de tels objectifs, il faut qu’ils aient pour visée principale la promotion de la dignité des personnes et des peuples, qu’ils soient expressément animés par la charité et mis au service de la vérité, du bien et d’une fraternité naturelle et surnaturelle ».

145. L’Église doit être davantage présente dans les médias afin d’en faire non seulement un instrument de diffusion de l’Évangile mais aussi un outil pour la formation des peuples africains à la réconciliation dans la vérité, à la promotion de la justice et à la paix. Pour cela, une solide formation des journalistes à l’éthique et au respect de la vérité, les aidera à éviter l’attrait du sensationnel, ainsi que la tentation de la manipulation de l’information et de l’argent vite gagné. Que les journalistes chrétiens n’aient pas peur de manifester leur foi ! Qu’ils en soient fiers ! Il est bon également d’encourager la présence et l’activité de fidèles laïcs compétents dans le monde des communications publiques et privées. Tel le levain dans la pâte, ils continueront à témoigner de l’apport positif et constructif que l’enseignement du Christ et de son Église apporte au monde.

146. Aussi, l’option prise par la première Assemblée Spéciale pour l’Afrique de considérer la communication comme un axe majeur de l’évangélisation s’est-elle avérée fructueuse pour le développement des médias catholiques. Il conviendrait, peut-être aussi, de coordonner les structures existantes comme cela se fait déjà dans certains endroits. Améliorer de cette façon l’utilisation des médias contribuera à une plus grande promotion des valeurs défendues par le Synode : la paix, la justice et la réconciliation en Afrique, et permettra à ce continent de participer au développement actuel du monde.

CHAPITRE III

« LÈVE-TOI, PRENDS TON GRABAT ET MARCHE ! » (Jn 5, 8)

I. L’ENSEIGNEMENT DE JÉSUS À LA PISCINE DE BETHESDA 147. Chers frères dans l’épiscopat, chers fils et filles d’Afrique, après avoir fait le tour des principales actions et des quelques moyens proposés par l’Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques pour l’accomplissement de la mission de l’Église, je souhaiterais revenir sur certains points qui ont déjà été abordés auparavant de manière diffuse.

148. L’évangile de saint Jean nous présente au chapitre 5 une scène saisissante, près de la piscine de Bethesda. « Sous ces portiques gisaient une multitude d’infirmes, aveugles, boiteux, impotents, qui attendaient le bouillonnement de l’eau » (v. 3), c’est-à-dire l’occasion de la guérison. Il se trouvait parmi eux « un homme qui était infirme depuis trente-huit ans » (v. 5), mais qui n’avait personne pour l’aider à se plonger dans la piscine. Et voici que Jésus entre dans sa vie. Tout change lorsque Jésus lui dit : « Lève-toi, prends ton grabat et marche ! » (v. 8). « Et aussitôt, dit l’évangéliste, l’homme fut guéri » (v. 9). Il n’avait plus besoin de l’eau de la piscine.

149. L’accueil de Jésus offre à l’Afrique une guérison plus efficace et plus profonde que toute autre. Comme l’apôtre Pierre l’a déclaré dans les Actes des Apôtres (3, 6), je redis que ce n’est ni d’or, ni d’argent que l’Afrique a d’abord besoin ; elle désire se mettre debout comme l’homme de la piscine de Bethesda ; elle désire avoir confiance en elle-même, en sa dignité de peuple aimé par son Dieu. C’est donc cette rencontre avec Jésus que l’Église doit offrir aux cœurs meurtris et blessés, en mal de réconciliation et de paix, assoiffés de justice. Nous devons offrir et annoncer la Parole du Christ qui guérit, libère et réconcilie.

II. LA PAROLE DE DIEU ET LES SACREMENTS A. LES SAINTES ÉCRITURES 150. Selon saint Jérôme, « ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ ». La lecture et la méditation de la Parole de Dieu nous donnent non seulement « la science éminente de Jésus-Christ » (Ph 3, 8), mais encore, elles nous enracinent plus profondément dans le Christ et orientent notre service de la réconciliation, de la justice et de la paix. La célébration de l’Eucharistie dont la première partie est la liturgie de la Parole, en constitue la source et le sommet. Je recommande donc que l’apostolat biblique soit promu dans chaque communauté chrétienne, dans la famille et dans les mouvements ecclésiaux.

151. Que chaque fidèle du Christ prenne l’habitude de la lecture quotidienne de la Bible ! Une lecture attentive de ma récente Exhortation apostolique Verbum Domini, fournira des indications pastorales utiles. On veillera donc à initier les fidèles à la vénérable et fructueuse tradition de la lectio divina. C’est la Parole de Dieu qui peut aider à la connaissance de Jésus Christ et opérer les conversions qui aboutissent à la réconciliation, puisqu’elle passe au crible « les sentiments et les pensées du cœur » (Hb 4, 12). Les Pères du Synode encouragent les communautés chrétiennes paroissiales, les CEV (CCS), les familles et les associations et les mouvements ecclésiaux à des moments de partage de la Parole de Dieu. Ils deviendront ainsi davantage des lieux où la Parole de Dieu qui édifie la communauté des disciples du Christ, est lue ensemble, méditée et célébrée. Cette Parole régénère sans cesse la communion fraternelle (cf. 1 P 1, 22-25).

B. L’EUCHARISTIE 152. Pour bâtir une société réconciliée, juste et pacifique, le moyen le plus efficace est une vie d’intime communion avec Dieu et avec les autres. En effet, autour de la table du Seigneur sont réunis des hommes et des femmes d’origines, de cultures, de races, de langues, et d’ethnies différentes. Ils forment une seule et même unité grâce au Corps et au Sang du Christ. À travers le Christ-Eucharistie, ils deviennent consanguins, et donc authentiquement frères et sœurs, grâce à la Parole, au Corps et au Sang de Jésus-Christ lui-même. Ce lien de fraternité est plus fort que celui de nos familles humaines, celui de nos tribus. « Car ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’Aîné d’une multitude de frères » (Rm 8, 29). L’exemple de Jésus les rend capables de s’aimer, de donner leur vie les uns pour les autres, car l’amour dont chacun est aimé doit se communiquer en acte et en vérité. Il est donc indispensable de célébrer en communauté le dimanche, Jour du Seigneur, comme aussi les fêtes de précepte.

153. Je ne désire pas faire ici un exposé théologique sur l’Eucharistie. Dans l’Exhortation apostolique post-synodale Sacramentum caritatis, j’en ai esquissé les grands traits. J’exhorte, ici, toute l’Église en Afrique à soigner tout particulièrement la célébration de l’Eucharistie, mémorial du Sacrifice du Christ Jésus, signe d’unité et lien de charité, banquet pascal et gage de la vie éternelle. L’Eucharistie doit être célébrée avec dignité et beauté en suivant les normes établies. L’Adoration eucharistique, personnelle et communautaire, permettra d’approfondir ce grand mystère. Dans cette ligne, un Congrès eucharistique continental pourrait être célébré. Il soutiendrait l’effort des chrétiens dans leur souci de témoigner des valeurs fondamentales de communion dans toutes les sociétés africaines.

154. Pour que le mystère eucharistique soit respecté, les Pères synodaux rappellent que les églises et les chapelles sont des lieux sacrés à réserver uniquement aux célébrations liturgiques en évitant, autant que possible, qu’elles deviennent de simples espaces de socialisation ou des espaces culturels. Il convient de promouvoir leur fonction première qui est celle d’être un lieu privilégié de rencontre entre Dieu et son peuple, entre Dieu et sa créature fidèle. Il convient en outre de veiller à ce que l’architecture de ces édifices cultuels soit digne du mystère célébré et conforme à la législation ecclésiastique et au style local. Ces constructions doivent être faites sous la responsabilité des Évêques, après avoir entendu l’avis de personnes compétentes en liturgie et en architecture. Que l’on puisse dire en en franchissant le seuil : « En vérité, le Seigneur Dieu est en ce lieu […] Ce n’est rien de moins qu’une Maison de Dieu et la porte du ciel » (Gn 28, 16-17) ! Ces lieux atteindront également leur finalité s’ils sont une aide à la communauté, régénérée dans l’Eucharistie et les autres Sacrements, pour prolonger leur action dans la vie sociale en perpétuant l’exemple même du Christ (cf. Jn 13, 15). Cette « cohérence eucharistique » interpelle toute conscience chrétienne (cf. 1 Co 11, 17-34).

C. LA RÉCONCILIATION 155. Pour aider les sociétés africaines à guérir des blessures de la division et de la haine, les Pères du Synode invitent l’Église à se souvenir qu’elle porte en son sein les mêmes blessures et amertumes. Dès lors, elle a besoin que le Seigneur l’en guérisse pour qu’elle atteste, de manière crédible, que le Sacrement de la Réconciliation panse et guérit les cœurs meurtris. Ce Sacrement renoue les liens rompus entre la personne humaine et Dieu et restaure les liens dans la société. Il éduque aussi nos cœurs et nos esprits pour que nous apprenions à vivre « en esprit d’union, dans la compassion, l’amour fraternel, la miséricorde, l’esprit d’humilité » (1 P 3, 8).

156. Je rappelle l’importance de la confession individuelle qu’aucun autre acte de réconciliation ou aucune autre paraliturgie ne peut remplacer. J’encourage, donc, tous les fidèles de l’Église, clergé, personnes consacrées et laïcs, à redonner sa place véritable au Sacrement de la Réconciliation dans sa double dimension personnelle et communautaire. Les communautés qui n’ont pas de prêtres, à cause des distances ou pour d’autres raisons, peuvent vivre le caractère ecclésial de la pénitence et de la réconciliation à travers des formes non sacramentelles. Les chrétiens en situation d’irrégularité peuvent se joindre ainsi à la démarche pénitentielle de l’Église. Comme l’ont indiqué les Pères synodaux, la forme non sacramentelle peut être considérée comme un moyen de préparation des fidèles à une réception fructueuse du Sacrement,mais elle ne pourra pas devenir une norme habituelle, et encore moins remplacer le Sacrement lui-même. J’exhorte de tout cœur les prêtres à vivre ce Sacrement personnellement, et à se rendre vraiment disponibles pour sa célébration.

157. Pour encourager la réconciliation, à titre collectif, je recommande vivement, comme l’ont souhaité les Pères synodaux, de célébrer tous les ans dans chaque pays africain « un jour ou une semaine de réconciliation, particulièrement pendant l’Avent ou le Carême ». Le S.C.E.A.M. pourra contribuer à sa réalisation et, en accord avec le Saint-Siège, promouvoir une Année de la réconciliation au niveau continental pour demander à Dieu un pardon spécial pour tous les maux et blessures que les êtres humains se sont infligés les uns aux autres en Afrique, et pour que se réconcilient les personnes et les groupes qui ont été blessés dans l’Église et dans l’ensemble de la société. Il s’agirait d’une Année jubilaire extraordinaire « pendant laquelle l’Église en Afrique et dans les îles adjacentes rend grâce avec l’Église universelle et prie pour recevoir les dons de l’Esprit Saint », spécialement le don de la réconciliation, de la justice et de la paix.

158. Pour de telles célébrations, il sera utile de suivre le conseil des Pères synodaux : « Que la mémoire des grands témoins qui ont donné leur vie au service de l’Évangile et du bien commun ou pour la défense de la vérité et des droits humains soit gardée et fidèlement rappelée ». À cet égard, les saints sont les véritables étoiles de notre vie, eux « qui ont su vivre dans la droiture. Ils sont des lumières d’espérance. Certes, Jésus Christ est la lumière par antonomase, le soleil qui se lève sur toutes les ténèbres de l’histoire. Mais pour arriver jusqu’à Lui nous avons besoin aussi de lumières proches – de personnes qui donnent une lumière en la tirant de sa lumière et qui offrent ainsi une orientation pour notre traversée ».

III. LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION 159. Avant de conclure ce document, je désire revenir à nouveau sur la tâche de l’Église en Afrique qui est celle de s’engager dans l’évangélisation, dans la missio ad gentes, ainsi que dans la nouvelle évangélisation, afin que la physionomie du continent africain se modèle toujours plus sur l’enseignement toujours actuel du Christ, vraie « lumière du monde » et authentique « sel de la terre ».

A. PORTEURS DU CHRIST « LUMIÈRE DU MONDE » 160. L’œuvre urgente de l’évangélisation se réalise de manière différente, selon la diversité des situations de chaque pays. « Au sens propre, il y a la mission ad gentes pour ceux qui ne connaissent pas le Christ. Au sens large, on parle d’ “évangélisation” pour ce qui concerne l’aspect ordinaire de la pastorale, et de la “nouvelle évangélisation” pour ceux qui ne suivent plus une conduite chrétienne ». Seule l’évangélisation qui est animée par la force de l’Esprit-Saint, devient la « loi nouvelle de l’Évangile » et porte des fruits spirituels. Le cœur de toute activité évangélisatrice est l’annonce de la personne de Jésus, le Verbe de Dieu incarné (cf. Jn 1, 14), mort et ressuscité, pour toujours présent dans la communauté des fidèles, dans son Église (cf. Mt 28, 20). Il s’agit d’une tâche urgente non seulement pour l’Afrique, mais pour le monde entier, car la mission que le Christ rédempteur a confiée à son Église n’a pas encore atteint sa pleine réalisation.

161. L’« Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu » (Mc 1, 1) est le chemin sûr pour rencontrer la Personne du Seigneur Jésus. Scruter les Écritures nous permet de découvrir toujours plus le véritable visage de Jésus, révélation de Dieu le Père (cf. Jn 12, 45), et son œuvre de salut. « Redécouvrir la centralité de la Parole divine dans la vie chrétienne nous fait retrouver la signification la plus profonde de ce que le Pape Jean-Paul II a rappelé avec force : poursuivre la missio ad gentes et entreprendre de toutes nos forces la nouvelle évangélisation ».

162. Conduite par l’Esprit-Saint, l’Église en Afrique doit annoncer – en le vivant – le mystère du salut à ceux qui ne le connaissent pas encore. L’Esprit Saint que les chrétiens ont reçu au Baptême est le feu d’amour qui pousse à l’action évangélisatrice. Après la Pentecôte, les disciples « remplis de l’Esprit Saint » (Ac 2, 4) sont sortis du Cénacle, où, par peur, ils s’étaient enfermés, pour proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. L’évènement de la Pentecôte, nous permet de mieux comprendre la mission des chrétiens, « lumière du monde » et « sel de la terre » sur le continent africain. Le propre de la lumière est de se diffuser et d’éclairer de nombreux frères et sœurs qui sont encore dans les ténèbres. La missio ad gentes engage tous les chrétiens d’Afrique. Animés par l’Esprit, ils doivent être porteurs de Jésus-Christ, « lumière du monde », partout sur le continent, dans tous les domaines de la vie personnelle, familiale et sociale. Les Pères synodaux ont souligné « l’urgence et la nécessité de l’évangélisation qui est la mission et la véritable identité de l’Église ».

B. TÉMOINS DU CHRIST RESSUSCITÉ 163. Le Seigneur Jésus exhorte encore aujourd’hui les chrétiens d’Afrique à prêcher en son nom « à tous les peuples, la conversion et le pardon des péchés » (Lc 24, 47). Pour cela, ils sont appelés à être témoins du Seigneur ressuscité (cf. Lc 24, 48). Les Pères synodaux ont souligné que l’évangélisation « consiste essentiellement à rendre témoignage au Christ dans la puissance de l’Esprit par la vie, puis par la parole, dans un esprit d’ouverture aux autres, de respect et de dialogue avec eux, en s’en tenant aux valeurs de l’Évangile ». Pour ce qui est de l’Église en Afrique, ce témoignage doit être au service de la réconciliation, de la justice et de la paix.

164. L’annonce de l’Évangile doit retrouver l’ardeur des débuts de l’évangélisation du continent africain, attribuée à l’évangéliste Marc, suivi par une « foule innombrable de saints, de martyrs, de confesseurs et de vierges ». Avec gratitude, il faut se mettre à l’école de l’enthousiasme de nombreux missionnaires qui, pendant plusieurs siècles, ont sacrifié leur vie pour apporter la Bonne Nouvelle à leurs frères et sœurs africains. Au cours de ces dernières années, l’Église a commémoré en différents pays le centenaire de l’évangélisation. Elle s’est justement engagée à diffuser l’Évangile à ceux qui ne connaissent pas encore le nom de Jésus-Christ.

165. Afin que cet effort devienne toujours plus efficace, la missio ad gentes doit aller de pair avec la nouvelle évangélisation. En Afrique aussi, les situations qui requièrent une nouvelle présentation de l’Évangile, « nouvelle dans son ardeur, dans ses méthodes et dans ses expressions », ne sont pas rares. En particulier, la nouvelle évangélisation doit intégrer la dimension intellectuelle de la foi dans l’expérience vive de la rencontre avec Jésus-Christ présent et agissant dans la communauté ecclésiale. Car à l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. La catéchèse doit donc intégrer la partie théorique, constituée de notions apprises par cœur, à celle pratique, vécue au niveau liturgique, spirituel, ecclésial, culturel et caritatif, afin que la semence de la Parole de Dieu, tombée sur une terre fertile, laisse de profondes racines et puisse grandir et parvenir à maturité.

166. Pour que cela advienne, il est indispensable d’employer de nouvelles méthodes qui sont à notre disposition aujourd’hui. Quand il s’agit des moyens de communication sociale dont j’ai déjà parlé, il ne faut pas oublier ce que j’ai noté récemment dans l’Exhortation apostolique post-synodale Verbum Domini : « Saint Thomas d’Aquin, en mentionnant saint Augustin, insiste avec force : “Même la lettre de l’Évangile tue s’il manque, à l’intérieur de l’homme, la grâce de la foi qui guérit” ». Conscients de cette exigence, il faut aussi toujours se rappeler qu’aucun moyen ne peut ni ne doit se substituer au contact personnel, à l’annonce verbale, ainsi qu’au témoignage d’une vie chrétienne authentique. Ce contact personnel et cette annonce verbale doivent exprimer la foi vive qui engage et transforme l’existence, et l’amour de Dieu qui touche et rejoint chacun tel qu’il est.

C. MISSIONNAIRES À LA SUITE DU CHRIST 167. L’Église qui chemine en Afrique est appelée à contribuer à la nouvelle évangélisation également dans les pays sécularisés, d’où provenaient auparavant de nombreux missionnaires et qui aujourd’hui manquent malheureusement de vocations sacerdotales et à la vie consacrée. Entre-temps, un grand nombre d’Africains et d’Africaines ont accueilli l’invitation du Maître de la moisson (cf. Mt 9, 37-38) à travailler à sa vigne (cf. Mt 20, 1-16). Sans diminuer l’élan missionnaire ad gentes dans les différents pays, et même sur le continent tout entier, les Évêques d’Afrique doivent accueillir avec générosité l’invitation de leurs confrères des pays qui manquent de vocations, et venir en aide aux fidèles privés de prêtres. Cette collaboration, qui doit être réglementée par des accords entre l’Église qui envoie et celle qui reçoit, devient un signe concret de fécondité de la mission ad gentes. Bénie par le Seigneur, Bon Pasteur (cf. Jn 10, 11-18), elle soutient ainsi de façon précieuse la nouvelle évangélisation dans les pays d’ancienne tradition chrétienne.

168. L’annonce de la Bonne Nouvelle fait naître dans l’Église de nouvelles expressions, appropriées aux nécessités du temps, des cultures, et aux attentes des hommes. L’Esprit Saint ne manque pas de susciter aussi en Afrique des hommes et des femmes qui, rassemblés en différentes associations, mouvements, et communautés, consacrent leur vie à la diffusion de l’Évangile de Jésus-Christ. Selon l’exhortation de l’Apôtre des nations – « n’éteignez pas l’Esprit, ne dépréciez pas les dons de prophéties ; mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le ; gardez-vous de toute espèce de mal » (1 Th 5, 19-22) – les Pasteurs ont le devoir de veiller afin que ces nouvelles expressions de la fécondité pérenne de l’Évangile s’insèrent dans l’action pastorale des paroisses et des diocèses.

169. Chers frères et sœurs, à la lumière du thème de la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afri- que, la nouvelle évangélisation concerne, en particulier, le service de l’Église en vue de la réconciliation, de la justice et de la paix. Par conséquent, il est nécessaire d’accueillir la grâce de l’Esprit Saint qui nous invite : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20). Les chrétiens sont donc tous invités à se réconcilier avec Dieu. Alors, vous serez en mesure de devenir des artisans de la réconciliation au sein des communautés ecclésiales et sociales dans lesquelles vous vivez et œuvrez. La nouvelle évangélisation suppose la réconciliation des chrétiens avec Dieu et avec eux-mêmes. Elle exige la réconciliation avec le prochain, le dépassement des barrières de toutes sortes comme celles provenant de la langue, de la culture et de la race. Nous sommes tous fils d’un seul Dieu et Père « qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5, 45).

170. Dieu bénira un cœur réconcilié, en lui accordant sa paix. Le chrétien deviendra ainsi un artisan de paix (cf. Mt 5, 9) dans la mesure où, enraciné dans la grâce divine, il collabore avec son Créateur à la construction et à la promotion du don de la paix. Le fidèle réconcilié deviendra aussi promoteur de la justice en tout lieu, surtout dans les sociétés africaines divisées, en proie à la violence et à la guerre, qui ont faim et soif de la vraie justice. Le Seigneur nous invite : « Cherchez d’abord le Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 33).

171. La nouvelle évangélisation est une tâche urgente pour les chrétiens en Afrique, car eux aussi doivent ranimer leur enthousiasme d’appartenir à l’Église. Sous l’inspiration de l’Esprit du Seigneur ressuscité, ils sont appelés à vivre, au niveau personnel, familial et social, la Bonne Nouvelle et à l’annoncer avec un zèle renouvelé aux personnes proches et lointaines, en employant pour sa diffusion les nouvelles méthodes que la Providence divine met à notre disposition. En louant Dieu le Père pour les merveilles qu’il continue d’accomplir dans son Église en chacun de ses membres, les fidèles sont invités à vivifier leur vocation chrétienne dans la fidélité à la Tradition ecclésiale vivante. Ouverts à l’inspiration de l’Esprit Saint, qui continue de susciter différents charismes dans l’Église, les chrétiens doivent poursuivre ou entreprendre avec détermination le chemin de la sainteté pour devenir toujours plus apôtres de la réconciliation, de la justice et de la paix.

CONCLUSION : « AIE CONFIANCE ! LÈVE-TOI, IL T’APPELLE ! » (Mc 10, 49) 172. Chers frères et sœurs, le dernier mot du Synode a été un appel à l’espérance, lancé à l’Afrique. Un tel appel sera vain s’il ne s’enracine pas dans l’amour trinitaire. De Dieu, Père de tous, nous recevons la mission de transmettre à l’Afrique l’amour dont nous a aimés le Christ, le Fils aîné, afin que notre action, animée par son Esprit Saint, soit portée par l’espérance et devienne, en même temps, source d’espérance. Tout en désirant faciliter la mise en pratique des orientations du Synode sur des sujets aussi brûlants que sont la réconciliation, la justice et la paix, je souhaite que les « théologiens continuent d’explorer la profondeur du mystère trinitaire et sa signification pour le quotidien africain ». Puisque la vocation de tout homme est unique, ne laissons pas s’essouffler en nous l’élan vital de la réconciliation de l’humanité avec Dieu par le mystère de notre salut dans le Christ. La rédemption est la raison de la fiabilité et de la fermeté de notre espérance « en vertu de laquelle nous pouvons affronter notre présent : le présent, même un présent pénible, peut être vécu et accepté s’il conduit vers un terme et si nous pouvons être sûrs de ce terme, si ce terme est si grand qu’il peut justifier les efforts du chemin ».

173. Je le redis à nouveau : « Lève-toi, Église en Afrique […] parce que le Père céleste t’appelle, Lui que tes ancêtres invoquaient comme Créateur, avant d’en connaître la proximité miséricordieuse, révélée dans son Fils unique, Jésus-Christ. Entreprends le chemin d’une nouvelle évangélisation avec le courage qui te vient de l’Esprit Saint ».

174. Le visage de l’évangélisation prend aujourd’hui le nom de réconciliation, « condition indispensable pour instaurer en Afrique des rapports de justice entre les hommes et pour construire une paix équitable et durable dans le respect de chaque individu et de tous les peuples ; une paix qui […] s’ouvre à l’apport de toutes les personnes de bonne volonté au-delà des appartenances religieuses, ethniques, linguistiques, culturelles et sociales respectives ». Que l’Église catholique tout entière accompagne de son affection les frères et sœurs du continent africain ! Que les saints de l’Afrique les soutiennent par leur prière d’intercession !

175. Que « le bon maître de maison, saint Joseph, qui sait bien personnellement ce que signifie réfléchir, dans une attitude de sollicitude et d’espérance, sur les chemins futurs de la famille, [et qui] nous a écoutés avec amour et nous a accompagnés jusqu’au Synode », protège et accompagne l’Église dans sa mission au service de l’Afrique, terre où il trouva, pour la Sainte Famille, refuge et protection (cf. Mt 2, 13-15) ! Que la Bienheureuse Vierge Marie, Mère du Verbe de Dieu et Notre-Dame d’Afrique, continue d’accompagner toute l’Église par son intercession et ses invitations à faire tout ce que nous dira son Fils (cf. Jn 2, 5) ! Que la prière de Marie, Reine de la Paix, dont le cœur est toujours orienté vers la volonté de Dieu, soutienne tout effort de conversion, qu’elle consolide toute initiative de réconciliation, et affermisse tout effort en faveur de la paix dans un monde qui a faim et soif de justice (cf. Mt 5, 6) !

176. Chers frères et sœurs, par la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques, le Seigneur, bon et miséricordieux, vous rappelle de façon pressante que « vous êtes le sel de la terre… la lumière du monde » (Mt 5, 13-14). Que ces paroles vous redisent la dignité de votre vocation d’enfants de Dieu, membres de l’Église une, sainte, catholique et apostolique ! Cette vocation consiste à répandre dans un monde souvent enténébré la clarté de l’Évangile, la splendeur de Jésus-Christ, vraie lumière qui « éclaire tout homme » (Jn 1, 9). En outre, les chrétiens doivent offrir aux hommes le goût de Dieu le Père, la joie de sa présence créatrice dans le monde. Ils sont aussi appelés à collaborer avec la grâce de l’Esprit Saint, afin que le miracle de la Pentecôte se poursuive sur le continent africain, et que chacun devienne toujours plus un apôtre de la réconciliation, de la justice et de la paix.

177. Puisse l’Église catholique en Afrique être toujours un des poumons spirituels de l’humanité, et devenir chaque jour davantage une bénédiction pour le noble continent africain et pour le monde entier !

Donné à Ouidah, au Bénin, le 19 novembre 2011, en la septième année de mon pontificat.

BENEDICTUS PP. XVI

DISCOURS DU SAINT PERE AU PALAIS PRESIDENTIEL LE 19 NOVEMBRE

« Aie confiance, Afrique, et lève toi ! »

Monsieur le Président de la République, Mesdames et Messieurs les représentants des Autorités civiles, politiques et religieuses, Mesdames et Messieurs les Chefs de mission diplomatique, Chers frères dans l’Épiscopat, Mesdames, Messieurs, chers amis,

DOO NUMI ! (salut solennel en fon)

Vous avez désiré, Monsieur le Président, m’offrir l’occasion de cette rencontre devant une assemblée prestigieuse de personnalités. C’est un privilège que je sais apprécier, et je vous remercie de grand cœur pour les aimables paroles que vous venez de m’adresser au nom de l’ensemble du peuple béninois. Je remercie également Monsieur le représentant des Corps Constitués pour ses mots de bienvenue. Je forme les vœux les meilleurs à l’intention de toutes les personnalités présentes qui sont des acteurs de premier ordre, et à différents niveaux, de la vie nationale béninoise.

Souvent, dans mes interventions antérieures, j’ai uni au mot Afrique celui d’espérance. Je l’ai fait à Luanda voici deux ans et déjà dans un contexte synodal. Le mot espérance figure d’ailleurs plusieurs fois dans l’Exhortation apostolique post-synodale Africae munus que je vais signer tout à l’heure. Lorsque je dis que l’Afrique est le continent de l’espérance, je ne fais pas de la rhétorique facile, mais j’exprime tout simplement une conviction personnelle, qui est également celle de l’Église. Trop souvent, notre esprit s’arrête à des préjugés ou à des images qui donnent de la réalité africaine une vision négative, issue d’une analyse chagrine. Il est toujours tentant de ne souligner que ce qui ne va pas ; mieux encore, il est facile de prendre le ton sentencieux du moralisateur ou de l’expert, qui impose ses conclusions et propose, en fin de compte, peu de solutions adaptées. Il est tout aussi tentant d’analyser les réalités africaines à la manière d’un ethnologue curieux ou comme celui qui ne voit en elles qu’un énorme réservoir énergétique, minéral, agricole et humain facilement exploitable pour des intérêts souvent peu nobles. Ce sont là des visions réductrices et irrespectueuses, qui aboutissent à une chosification peu convenable de l’Afrique et de ses habitants.

J’ai conscience que les mots n’ont pas partout le même sens. Mais, celui d’espérance varie peu selon les cultures. Il y a quelques années déjà, j’ai consacré une Lettre encyclique à l’espérance chrétienne. Parler de l’espérance, c’est parler de l’avenir, et donc de Dieu ! L’avenir s’enracine dans le passé et le présent. Le passé, nous le connaissons bien, regrettant ses échecs et saluant ses réalisations positives. Le présent, nous le vivons comme nous le pouvons. Au mieux j’espère, et avec l’aide de Dieu ! C’est sur ce terreau composé de multiples éléments contradictoires et complémentaires qu’il s’agit de construire avec l’aide de Dieu.

Chers amis, je voudrais lire, à la lumière de cette espérance qui doit nous animer, deux réalités africaines qui sont d’actualité. La première se réfère plutôt de manière générale à la vie sociopolitique et économique du continent, la seconde au dialogue interreligieux. Ces réalités nous intéressent tous, car notre siècle semble naître dans la douleur et avoir du mal à faire grandir l’espérance dans ces deux domaines particuliers.

Ces derniers mois, de nombreux peuples ont manifesté leur désir de liberté, leur besoin de sécurité matérielle, et leur volonté de vivre harmonieusement dans la différence des ethnies et des religions. Un nouvel État est même né sur votre continent. Nombreux ont été également les conflits engendrés par l’aveuglement de l’homme, par sa volonté de puissance et par des intérêts politico-économiques qui font fi de la dignité des personnes ou de celle de la nature. La personne humaine aspire à la liberté ; elle veut vivre dignement ; elle veut de bonnes écoles et de la nourriture pour les enfants, des hôpitaux dignes pour soigner les malades ; elle veut être respectée ; elle revendique une gouvernance limpide qui ne confonde pas l’intérêt privé avec l’intérêt général ; et plus que tout, elle veut la paix et la justice. En ce moment, il y a trop de scandales et d’injustices, trop de corruption et d’avidité, trop de mépris et de mensonges, trop de violences qui conduisent à la misère et à la mort. Ces maux affligent certes votre continent, mais également le reste du monde. Chaque peuple veut comprendre les choix politiques et économiques qui sont faits en son nom. Il saisit la manipulation, et sa revanche est parfois violente. Il veut participer à la bonne gouvernance. Nous savons qu’aucun régime politique humain n’est idéal, qu’aucun choix économique n’est neutre. Mais ils doivent toujours servir le bien commun. Nous nous trouvons donc en face d’une revendication légitime qui touche tous les pays, pour plus de dignité, et surtout pour plus d’humanité. L’homme veut que son humanité soit respectée et promue. Les responsables politiques et économiques des pays se trouvent placés devant des décisions déterminantes et des choix qu’ils ne peuvent plus éviter.

De cette tribune, je lance un appel à tous les responsables politiques et économiques des pays africains et du reste du monde. Ne privez pas vos peuples de l’espérance ! Ne les amputez pas de leur avenir en mutilant leur présent ! Ayez une approche éthique courageuse de vos responsabilités et, si vous êtes croyants, priez Dieu de vous accorder la sagesse ! Cette sagesse vous fera comprendre qu’étant les promoteurs de l’avenir de vos peuples, il faut devenir de vrais serviteurs de l’espérance. Il n’est pas facile de vivre la condition de serviteur, de rester intègre parmi les courants d’opinion et les intérêts puissants. Le pouvoir, quel qu’il soit, aveugle avec facilité, surtout lorsque sont en jeu des intérêts privés, familiaux, ethniques ou religieux. Dieu seul purifie les cœurs et les intentions.

L’Église n’apporte aucune solution technique et n’impose aucune solution politique. Elle répète : n’ayez pas peur ! L’humanité n’est pas seule face aux défis du monde. Dieu est présent. C’est là un message d’espérance, une espérance génératrice d’énergie, qui stimule l’intelligence et donne à la volonté tout son dynamisme. Un ancien archevêque de Toulouse, le Cardinal Saliège disait : « Espérer, ce n’est pas abandonner ; c’est redoubler d’activité ». L’Église accompagne l’État dans sa mission ; elle veut être comme l’âme de ce corps en lui indiquant inlassablement l’essentiel : Dieu et l’homme. Elle désire accomplir, ouvertement et sans crainte, cette tâche immense de celle qui éduque et soigne, et surtout de celle qui prie sans cesse (cf. Lc 18, 1), qui montre où est Dieu (cf. Mt 6, 21) et où est l’homme véritable (cf. Mt 20, 26 et Jn 19, 5). Le désespoir est individualiste. L’espérance est communion. N’est-ce pas là une voie splendide qui nous est proposée ? J’y invite tous les responsables politiques, économiques, ainsi que le monde universitaire et celui de la culture. Soyez, vous aussi, des semeurs d’espérance !

Je voudrais maintenant aborder le second point, celui du dialogue interreligieux. Il ne me semble pas nécessaire de rappeler les récents conflits nés au nom de Dieu, et les morts données au nom de Celui qui est la Vie. Toute personne de bon sens comprend qu’il faut toujours promouvoir la coopération sereine et respectueuse des diversités culturelles et religieuses. Le vrai dialogue interreligieux rejette la vérité humainement égocentrique, car la seule et unique vérité est en Dieu. Dieu est la Vérité. De ce fait, aucune religion, aucune culture ne peut justifier l’appel ou le recours à l’intolérance et à la violence. L’agressivité est une forme relationnelle assez archaïque qui fait appel à des instincts faciles et peu nobles. Utiliser les paroles révélées, les Écritures Saintes ou le nom de Dieu, pour justifier nos intérêts, nos politiques si facilement accommodantes, ou nos violences, est une faute très grave.

Je ne peux connaître l’autre que si je me connais moi-même. Je ne peux l’aimer, que si je m’aime moi-même (cf. Mt 22, 39). La connaissance, l’approfondissement et la pratique de sa propre religion sont donc essentielles au vrai dialogue interreligieux. Celui-ci ne peut que commencer par la prière personnelle sincère de celui qui désire dialoguer. Qu’il se retire dans le secret de sa chambre intérieure (cf. Mt 6, 6) pour demander à Dieu la purification du raisonnement et la bénédiction pour la rencontre désirée. Cette prière demande aussi à Dieu le don de voir dans l’autre un frère à aimer, et dans la tradition qu’il vit, un reflet de la vérité qui illumine tous les hommes (Nostra Aetate 2). Il convient donc que chacun se situe en vérité devant Dieu et devant l’autre. Cette vérité n’exclut pas, et elle n’est pas une confusion. Le dialogue interreligieux mal compris conduit à la confusion ou au syncrétisme. Ce n’est pas ce dialogue qui est recherché.

Malgré les efforts accomplis, nous savons aussi que, parfois, le dialogue interreligieux n’est pas facile, ou même qu’il est empêché pour diverses raisons. Cela ne signifie en rien un échec. Les formes du dialogue interreligieux sont multiples. La coopération dans le domaine social ou culturel peut aider les personnes à mieux se comprendre et à vivre ensemble sereinement. Il est aussi bon de savoir qu’on ne dialogue pas par faiblesse, mais qu’on dialogue parce que l’on croit en Dieu. Dialoguer est une manière supplémentaire d’aimer Dieu et le prochain (cf. Mt 22, 37) sans abdiquer ce que l’on est.

Avoir de l’espérance, ce n’est pas être ingénu, mais c’est poser un acte de foi en un avenir meilleur. L’Église catholique met ainsi en œuvre l’une des intuitions du Concile Vatican II, celle de favoriser les relations amicales entre elle et les membres de religions non-chrétiennes. Depuis des décennies, le Conseil Pontifical qui en a la gestion, tisse des liens, multiplie les rencontres, et publie régulièrement des documents pour favoriser un tel dialogue. L’Église tente de la sorte de réparer la confusion des langues et la dispersion des cœurs nées du péché de Babel (cf. Gn 11). Je salue tous les responsables religieux qui ont eu l’amabilité de venir ici me rencontrer. Je veux les assurer, ainsi que ceux des autres pays africains, que le dialogue offert par l’Église catholique vient du cœur. Je les encourage à promouvoir, surtout parmi les jeunes, une pédagogie du dialogue, afin qu’ils découvrent que la conscience de chacun est un sanctuaire à respecter, et que la dimension spirituelle construit la fraternité. La vraie foi conduit invariablement à l’amour. C’est dans cet esprit que je vous invite tous à l’espérance.

Ces considérations générales s’appliquent de façon particulière à l’Afrique. Sur votre continent, nombreuses sont les familles dont les membres professent des croyances différentes, et pourtant les familles restent unies. Cette unité n’est pas seulement voulue par la culture, mais c’est une unité cimentée par l’affection fraternelle. Il y a naturellement parfois des échecs, mais aussi beaucoup de réussites. Dans ce domaine particulier, l’Afrique peut fournir à tous matière à réflexion et être ainsi une source d’espérance.

Pour finir, je voudrais utiliser l’image de la main. Cinq doigts la composent, et ils sont bien différents. Chacun d’eux pourtant est essentiel, et leur unité forme la main. La bonne entente entre les cultures, la considération non condescendante des unes pour les autres, et le respect des droits de chacune sont un devoir vital. Il faut l’enseigner à tous les fidèles des diverses religions. La haine est un échec, l’indifférence une impasse, et le dialogue une ouverture ! N’est-ce pas là un beau terrain où seront semées des graines d’espérance ? Tendre la main signifie espérer pour arriver, dans un second temps, à aimer. Quoi de plus beau qu’une main tendue ? Elle a été voulue par Dieu pour offrir et recevoir. Dieu n’a pas voulu qu’elle tue (cf. Gn 4, 1ss) ou qu’elle fasse souffrir, mais qu’elle soigne et qu’elle aide à vivre. À côté du cœur et de l’intelligence, la main peut devenir, elle aussi, un instrument du dialogue. Elle peut faire fleurir l’espérance, surtout lorsque l’intelligence balbutie et que le cœur trébuche.

Selon les Saintes Écritures, trois symboles décrivent l’espérance pour le chrétien : le casque, car il protège du découragement (cf. 1 Th 5, 8), l’ancre sûre et solide qui fixe en Dieu (cf. He 6, 19), et la lampe qui permet d’attendre l’aurore d’un jour nouveau (cf. Lc 12, 35-36). Avoir peur, douter et craindre, s’installer dans le présent sans Dieu, ou encore n’avoir rien à attendre, sont autant d’attitudes étrangères à la foi chrétienne (cf. saint Jean Chrysostome, Homélie XIV sur l’Epître aux Romains, n. 6, PG 45, 941C) et, je crois, à toute autre croyance en Dieu. La foi vit le présent, mais attend les biens futurs. Dieu est dans notre présent, mais il vient aussi de l’avenir, lieu de l’espérance. La dilatation du cœur est non seulement l’espérance en Dieu, mais aussi l’ouverture au souci des réalités corporelles et temporelles pour glorifier Dieu. À la suite de Pierre dont je suis le successeur, je souhaite que votre foi et votre espérance soient en Dieu (cf. 1 P 1, 21). C’est là le vœu que je formule pour l’Afrique tout entière, elle qui m’est si chère ! Aie confiance, Afrique, et lève toi ! Le Seigneur t’appelle. Que Dieu vous bénisse ! Merci.

PAROLES DE BENOIT XVI PENDANT LE VOYAGE ROME/COTONOU LE 18 NOVEMBRE

La paix, atout du Bénin, un humanisme neuf, atout de l’Afrique

Père Federico Lombardi - Saint Père, ici à bord de l’avion il y a quarante journalistes qui représentent des agences de diffusion variées. A Cotonou, il y a un millier de journalistes qui attendent pour suivre votre visite. Comme d’habitude, je vous poserai quelques questions soumises ces derniers jours par nos collègues.

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Le pape lors de l’interview

Première question - Saint-Père, ce voyage nous amène au Bénin. Mais c’est un voyage très important pour tout le continent africain. Pourquoi avez-vous pensé que le Bénin soit le pays adapté pour un message pour toute l’Afrique d’aujourd’hui et de demain ?

Benoît XVI (en français) - Il y a différentes raisons. La première, le Bénin est un pays en paix, en paix extérieure et intérieure. Il y a des institutions démocratiques qui fonctionnent, qui sont réalisées dans l’esprit de liberté et responsabilité, et donc la justice et le travail pour le bien commun sont possibles et garantis par le fonctionnement des institutions démocratiques et le sens des responsabilités dans la liberté. La deuxième raison, est qu’il y a, comme dans la majeure partie des pays africains, une présence des différentes religions et une coexistence pacifique des religions. Il y a les chrétiens dans leur diversité - pas facile toujours, il y a les musulmans, il y a finalement les religions traditionnelles, ces 3 religions, différentes, vivent ensemble dans le respect réciproque et dans la commune responsabilité pour la paix, pour la réconciliation intérieure et extérieure. Il me semble que cette coexistence des religions, le dialogue interreligieux comme facteur de paix et de liberté est très important et est une partie importante aussi de l’Exhortation apostolique du Synode. Et finalement la troisième raison, est que c’est le pays de mon cher ami, le cardinal Gantin. J’avais toujours le désir de prier, un jour, sur sa tombe. Il est réellement un grand ami - on en parlera à la fin peut-être, et donc visiter le pays du Cardinal Gantin, comme un grand représentant de l’Afrique catholique, de l’Afrique humaine et civilisée, est pour moi aussi une raison d’aller dans ce pays.

Deuxième question - Alors que les Africains souffrent d’un affaiblissement de leurs institutions traditionnelles, l’Eglise catholique est confrontée au succès grandissant des Eglises évangélique et pentecôtiste, qui sont fondées en Afrique. Ils proposent une foi séduisante, avec un message chrétien très simplifié. Ils mettent l’accent sur la guérison et mélangent leur culte avec les pratiques religieuses traditionnelles. Comment est-ce que l’Eglise catholique devrait réagir envers ces communautés, qui sont souvent agressives envers elle ? Comment est-ce que l’Eglise catholique peut se rendre attractive, alors que ces communautés se présentent aussi chaleureuses et inculturées ?

Benoît XVI - Ces communautés sont un phénomène global, sur tous les continents. Naturellement, elles sont présentes surtout, de façon différente, en Amérique latine et en Afrique. Je dirais que leurs éléments caractéristiques sont très peu d’ « institutionnalisation » et peu d’institutions, auxquelles ils donnent peu de poids ; un message qui est simple, facile et compréhensible, et apparemment concret ; et, comme vous avez dit, une liturgie participative exprimant les sentiments de la culture locale, avec une approche quelque peu syncrétique des religions. Tout cela leur garantit, d’un côté, du succès, mais cela implique aussi un manque de stabilité. Nous savons que certains reviennent vers l’Eglise catholique, ou bien bougent d’une communauté à l’autre. Donc, nous n’avons pas besoin d’imiter ces communautés, mais nous devrions nous demander ce que nous pouvons faire pour donner une nouvelle vie à la foi catholique. Je suggèrerais, en premier lieu, un message simple et compréhensible, mais aussi profond. Il est important que le christianisme ne vienne pas comme un système européen difficile, que quelqu’un d’autre ne puisse pas comprendre ou réaliser, mais comme un message universel que Dieu existe, Dieu compte, Dieu nous connaît et nous aime, et que concrètement, la religion engendre collaboration et fraternité. Ainsi un message simple, concret, est très important. Ensuite il est aussi important que nos institutions ne soient pas trop lourdes. Ce qui doit prévaloir est l’initiative de la communauté et de la personne. Finalement, je dirais qu’une liturgie participative est importante, mais elle ne doit pas être sentimentale. Le culte ne doit pas être seulement une expression des sentiments, mais susciter la présence et le mystère de Dieu dans lequel nous entrons et par lequel nous nous laissons façonner. En fin de compte, je dirais au sujet de l’inculturation qu’il est important que nous ne perdions pas l’universalité. Je préfèrerais parler d’“inter-culturation,” plus que d’inculturation. C’est une question de rencontres entre cultures dans la vérité commune de notre être en tant qu’humains, dans notre temps. Ainsi, nous grandissons dans une fraternité universelle. Nous ne devons pas perdre cet élément important du catholicisme, que de tous les coins du monde nous sommes frères et sœurs, nous sommes une famille, où nous nous connaissons les uns les autres et collaborons dans un esprit de fraternité.

Troisième question - Votre Sainteté, durant les récentes décennies il y a eu de nombreuses opérations de ‘maintien de la paix’ sur le sol africain, des conférences pour la reconstruction nationale, des commissions de vérité et réconciliation, avec des résultats qui sont quelquefois bons et quelquefois décevants. Durant le Synode pour l’Afrique, les évêques ont eu des paroles fortes sur la responsabilité des chefs politiques sur le continent. Quel message adresserez-vous aux leaders politiques d’Afrique ? Quelle contribution spécifique l’Eglise peut-elle apporter à la construction d’une paix durable sur le continent ?

Benoît XVI - Le message est contenu dans le texte que je présenterai à l’Eglise d’Afrique, et je ne peux pas le redire maintenant en quelques mots. Cependant, il est vrai qu’il y a eu de nombreuses conférences internationales, pour l’Afrique, pour la fraternité universelle. Ils disent de belles choses, et quelquefois ils font vraiment de très bonnes choses. Nous devons le reconnaître. Pourtant les paroles, les désirs et les bonnes intentions, sont encore plus grands que ce qui a été accompli. Nous devons nous demander pourquoi la réalité ne correspond pas à ces paroles et bonnes intentions. Un facteur fondamental, me semble-t-il, est qu’un renouveau dans le sens d’une fraternité universelle exige du renoncement. Cela exige de dépasser l’égoïsme, d’être pour l’autre. C’est facile à dire mais difficile à accomplir. La personne humaine, après le péché original, veut se posséder – avoir la vie, mais pas donner la vie. Je veux garder ce que je possède. Naturellement avec cette mentalité, ne pas vouloir donner mais recevoir, les choses ne marchent pas. C’est seulement avec amour, et la conscience d’un Dieu qui nous aime et nous donne, que nous pouvons parvenir à la capacité de nous donner. Nous savons, bien sûr, que c’est précisément en donnant que nous recevons vraiment quelque chose. Donc au-delà des détails contenus dans le document du synode, je dirais que c’est une attitude fondamentale – qu’en aimant Dieu et étant en amitié avec ce Dieu qui se donne lui-même à nous, nous aussi pouvons oser et apprendre à donner et nous seulement à avoir, à renoncer à nous-même pour l’autre, et à donner notre vie avec la certitude que c’est justement ainsi que nous la gagnerons.

Quatrième question - Votre sainteté, à l’ouverture du synode sur l’Afrique à Rome, vous avez parlé de l’Afrique comme ‘grand poumon spirituel pour une humanité qui souffre d’une crise de foi et d’espérance.’ En pensant aux grands problèmes de l’Afrique, cette expression peut sembler presque inquiétante. Dans quel sens pensez-vous que la foi et l’espérance pour le monde puisse vraiment venir d’Afrique ? Pensez-vous ici au rôle de l’Afrique dans l’évangélisation du reste du monde ?

Benoît XVI - Naturellement, l’Afrique a de grands problèmes et des difficultés, comme toute l’humanité a de grands problèmes. Quand je pense à ma jeunesse, c’était un monde complètement différent de celui d’aujourd’hui, si différent que parfois je pense vivre sur une autre planète que celle de ma jeunesse ! L’humanité se retrouve dans un processus de transformation toujours plus rapide, et pour l’Afrique ce processus datant de 50-60 ans, qui a évolué de l’indépendance après la colonisation jusqu’à aujourd’hui, a été très exigeant. Naturellement, c’est un processus très difficile avec de grands problèmes qui n’ont pas été encore entièrement résolus. Cependant, il y a en Afrique une fraîcheur, un ‘oui’ à la vie, une jeunesse pleine d’enthousiasme et d’espérance. Il y a un sens de l’humour, une joie. Cela montre une fraîcheur, également au sens religieux. Il y a encore une perception métaphysique de la réalité, dans le sens de la réalité dans sa totalité avec Dieu. Il n’y a pas de positivisme rigide, qui restreint nos vies, les rend un peu arides, et éteint l’espérance. Je dirais qu’il y a un humanisme neuf dans la jeune âme de l’Afrique, malgré tous les problèmes qui y existent. Il y a une réserve de vie et de vitalité pour l’avenir, sur laquelle nous pouvons compter.

Cinquième question - Une dernière question, Votre sainteté. Revenons un instant à un point que vous avez identifié comme l’un des motifs de ce voyage au Bénin. Nous savons que la mémoire du cardinal Gantin a une place importante dans ce voyage. Vous le connaissiez très bien. Il était votre prédécesseur comme doyen du Collège des cardinaux. L’estime universelle qui l’entoure est très profonde. Pouvez-vous nous donner un bref commentaire personnel sur lui ?

Benoît XVI - J’ai vu le cardinal Gantin pour la première fois à mon ordination comme archevêque de Munich en 1977. Il était venu parce que l’un de ses étudiants était un de mes disciples : ainsi, idéalement, il existait déjà entre nous une amitiés, sans que nous ne nous soyons vus. En ce jour important de mon ordination épiscopale, c’était très beau pour moi de rencontrer ce jeune évêque africain rempli de foi, rempli de joie et de courage. Ensuite, nous avons énormément travaillé ensemble, surtout lorsqu’il était le préfet de la Congrégation pour les évêques et puis dans le Collège des cardinaux. Je me suis toujours émerveillé de son intelligence profonde et pratique, de son sens du discernement pour ne pas succomber à des belles phrases idéologiques mais comprendre ce qui est essentiel et ce qui n’a pas de sens. Il avait également un vrai sens de l’humour qui était magnifique. Par-dessus tout, c’était un homme de foi et de prière profondes. Tout cela faisait du cardinal Gantin non seulement un ami, mais un exemple. C’était un grand évêque catholique africain, et je suis vraiment heureux de pouvoir prier sur sa tombe et sentir sa proximité, sa grande foi, qui en fera toujours pour moi un exemple et un ami.

Père Frederico Lombardi

P. Lombardi - Votre sainteté, permettez-moi d’ajouter que le prêtre qui a invité le cardinal Gantin (à votre ordination épiscopale, ndrl) est également présent ici avec nous dans ce voyage, monseigneur [Barthélémy] Adoukonou [Secrétaire du Conseil pontifical de la culture]. Il est donc présent pour cette belle expérience. Nous vous remercions pour le temps que vous nous avez donné. Nous vous souhaitons un bon voyage, et, comme d’habitude, nous essaierons d’assurer une bonne transmission de vos messages pour l’Afrique en ces jours. Merci encore, et à bientôt !

DEMANDEZ A VOS PARENTS DE PRIER AVEC VOUS

Chers enfants,

Je remercie Monseigneur René-Marie Ehuzu, Évêque de Porto Novo et responsable de la Pastorale Sociale de la Conférence Épiscopale du Bénin, pour ses paroles d’accueil. Je dis merci aussi à Monsieur le curé et à Aïcha pour ce qu’ils m’ont dit en votre nom à tous. Après ce beau moment d’adoration, c’est avec une grande joie que je vous salue. Merci d’être venus si nombreux !

Dieu notre Père nous a réunis autour de son Fils et notre Frère, Jésus Christ, présent dans l’hostie consacrée durant la messe. C’est un grand mystère devant lequel on adore et on croit. Jésus, qui nous aime tant, est vraiment présent dans les tabernacles de toutes les églises du monde, dans les tabernacles des églises de vos quartiers et de vos paroisses. Je vous invite à le visiter souvent pour lui dire votre amour.

Certains parmi vous ont déjà fait leur première communion, d’autres s’y préparent. Le jour de ma première communion a été l’un des plus beaux jours de ma vie. Pour vous aussi, n’est-ce pas ? Pourquoi cela ? Ce n’est pas seulement à cause des beaux vêtements ou des cadeaux ou même des repas de fête ! C’est surtout parce que, ce jour-là, nous recevons Jésus-Eucharistie pour la première fois. Quand je communie, Jésus vient habiter en moi. Je dois l’accueillir avec amour et l’écouter attentivement. Au fond de mon cœur, je peux lui dire par exemple : « Jésus, je sais que tu m’aimes. Donne-moi ton amour pour que je t’aime et que j’aime les autres avec ton amour. Je te confie mes joies, mes peines et mon avenir ». N’hésitez pas, chers enfants, à parler de Jésus aux autres. Il est un trésor qu’il faut savoir partager avec générosité. Dans l’histoire de l’Église, l’amour de Jésus a rempli de courage et de force tant de chrétiens et même des enfants comme vous ! Ainsi, saint Kizito, un garçon ougandais, a été mis à mort parce qu’il voulait vivre selon le baptême qu’il venait de recevoir. Kizito priait. Il avait compris que Dieu est non seulement important, mais qu’il est tout.

Qu’est-ce que la prière ? C’est un cri d’amour poussé vers Dieu notre Père avec la volonté d’imiter Jésus notre Frère. Jésus partait à l’écart pour prier. Comme Jésus, je peux moi aussi trouver chaque jour un endroit calme où je me recueille devant une croix ou une image sacrée pour parler à Jésus et l’écouter. Je peux aussi utiliser l’Évangile. Je garde ensuite dans mon cœur un passage qui me touche et va me guider durant la journée. Rester ainsi un peu de temps avec Jésus, lui permet de me remplir de son amour, de sa lumière et de sa vie ! Cet amour que je reçois dans la prière, je suis appelé à le donner à mon tour à mes parents, à mes amis, à tous ceux avec qui je vis, même à ceux qui ne m’aiment pas, et aussi à ceux que je n’apprécie pas beaucoup. Chers enfants, Jésus vous aime ! Demandez aussi à vos parents de prier avec vous ! Parfois, il faut les pousser un peu. N’hésitez pas à le faire. Dieu est si important !

Que la Vierge Marie, sa Mère, vous apprenne à l’aimer toujours plus à travers la prière, le pardon et la charité. Je vous confie tous à Elle ainsi que vos familles et vos éducateurs. Regardez ! Je sors un chapelet de ma poche. Le chapelet est comme un instrument qu’on peut utiliser pour prier. Il est simple de prier le chapelet. Peut-être le savez-vous déjà, sinon demandez à vos parents de vous apprendre. D’ailleurs, chacun de vous recevra un chapelet à la fin de notre rencontre. Lorsque vous l’aurez en main, vous pourrez prier pour le Pape, pour l’Église et pour toutes les intentions importantes. Et maintenant, avant que je vous bénisse tous avec grande affection, prions ensemble un Je vous salue Marie pour les enfants du monde entier, spécialement pour ceux qui souffrent de la maladie, de la faim et de la guerre.

Prions maintenant : Je vous salue Marie, ....

DISCOURS DE SAINT PERE A LA BASILIQUE DE OUIDAH

Messieurs les Cardinaux, Chers frères dans l’épiscopat et dans le sacerdoce, Chers frères et sœurs,

Je remercie vivement le Secrétaire général du Synode des Évêques, Mgr Nikola Eterović, pour ses mots de bienvenue et de présentation, ainsi que tous les membres du Conseil Spécial pour l’Afrique qui ont contribué à rassembler les résultats de l’Assise synodale en vue de la publication de l’Exhortation apostolique post-synodale. Aujourd’hui, avec la signature de l’Exhortation Africae munus, se conclut la célébration de l’événement synodal. Celui-ci a mis en mouvement l’Église catholique en Afrique qui a prié, réfléchi et débattu sur le thème de la réconciliation, de la justice et de la paix. Dans ce processus, il y a eu une singulière proximité entre le Successeur de Pierre et les Églises particulières en Afrique. Des Évêques, mais aussi des experts, des auditeurs, des invités spéciaux et des délégués fraternels, sont venus à Rome pour célébrer cet important événement ecclésial. Je me suis rendu à Yaoundé, pour offrir l’Instrumentum laboris de l’Assise synodale aux Présidents des Conférences épiscopales et montrer ainsi ma sollicitude envers toutes les populations du continent africain et des îles adjacentes. J’ai maintenant la joie de revenir en Afrique, et plus spécialement au Bénin, pour remettre le Document final des travaux où est reprise la réflexion des Pères synodaux, pour en présenter une vision synthétique, avec divers aspects pastoraux. La Deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du Synode des Évêques a bénéficié de l’Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Africa du Bienheureux Jean-Paul II, dans laquelle a été soulignée fortement l’urgence de l’évangélisation du continent, qui ne peut être dissociée de la promotion humaine. Par ailleurs, le concept d’Église-famille de Dieu y a été développé. Ce dernier a produit beaucoup de fruits spirituels pour l’Église catholique et pour l’action d’évangélisation et de promotion humaine qu’elle a mise en oeuvre, pour la société africaine dans son ensemble. En effet, l’Église est appelée à se découvrir toujours plus comme une famille. Pour les chrétiens, il s’agit de la communauté des croyants qui loue Dieu Un et Trine, célèbre les grands mystères de notre foi et anime avec charité les rapports entre les personnes, les groupes et les nations, au-delà des diversités ethniques, culturelles et religieuses. Dans ce service rendu à chaque personne, l’Église est ouverte à la collaboration avec toutes les composantes de la société, en particulier avec les représentants des Églises et des Communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l’Église catholique, tout comme avec les représentants des religions non chrétiennes, surtout ceux des Religions Traditionnelles et de l’Islam. Prenant en compte cet horizon ecclésial, la Deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique s’est concentrée sur le thème de la réconciliation, de la justice et de la paix. Il s’agit de points importants pour le monde en général, mais ils acquièrent une actualité toute particulière en Afrique. Il suffit de rappeler les tensions, les violences, les guerres, les injustices, les abus de toutes sortes, nouveaux et anciens, qui ont marqué cette année. Le thème principal concernait la réconciliation avec Dieu et avec le prochain. Une Église réconciliée en son sein et entre tous ses membres pourra devenir signe prophétique de réconciliation au niveau de la société, de chaque pays et du continent tout entier. Saint Paul écrit : « Tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation » (2 Co 5, 18). Le fondement de cette réconciliation se trouve dans la nature même de l’Église qui est « dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (LG 1). Sur cette assise, l’Église en Afrique est appelée à promouvoir la paix et la justice. La Porte du Non-retour et celle du Pardon nous rappellent ce devoir et nous poussent à dénoncer et à combattre toute forme d’esclavage.

Il ne faut jamais se lasser de chercher les voies de la paix ! La paix est un bien des plus précieux ! Pour l’atteindre, il faut avoir le courage de la réconciliation qui vient du pardon, de la volonté de recommencer la vie commune, de la vision solidaire de l’avenir, de la persévérance pour dépasser les difficultés. Réconciliés et en paix avec Dieu et le prochain, les hommes peuvent œuvrer pour une plus grande justice au sein de la société. Il ne faut pas oublier que la première justice selon l’Évangile est d’accomplir la volonté de Dieu. De cette option de base proviennent d’innombrables initiatives visant à promouvoir la justice en Afrique, et le bien de tous les habitants du continent, surtout de ceux qui sont les plus démunis et qui ont besoin d’emplois, d’écoles et d’hôpitaux. Afrique, terre d’une Nouvelle Pentecôte, aie confiance en Dieu ! Animée par l’Esprit de Jésus-Christ ressuscité, deviens la grande famille de Dieu, généreuse avec tous tes fils et filles, acteurs de réconciliation, de paix et de justice ! Afrique, Bonne Nouvelle pour l’Église, deviens-le pour le monde entier !

JOURNEE DU 19 NOVEMBRE AU BENIN

La deuxième journée du saint Père pour son second voyage apostolique en terre africaine a été marquée de 4 points essentiels : la signature de l’exhortation apostolique post-synodale Africae munus, et la visite au grand séminaire saint Gall à Ouidah, la rencontre des enfants orphelins du foyer Paix et joie tenu par les missionnaires de la Charité, et la rencontre avec les forces vives de la nation au palais présidentielle à Cotonou.

S’il y a un événement de taille qui doit marquer la visite du pape et qui dépasse les frontières du Bénin et même celles du continent africain, c’est bien la signature de l’exhortation post-synodale Africæ munus. C’est la conclusion et le fruit du 2nd synode pour l’Afrique qui s’est déroulé à Rome en octobre 2009. Mais mieux encore, c’est la feuille de route pour l’évangélisation, la nouvelle évangélisation en Afrique, Madagascar et les îles pour les décennies à venir. Et c’est surtout pour cette raison que les 35 conférences épiscopales et les 7 conférences régionales ont été invitées au Bénin pour cette 2nde visite de Benoit XVI en Afrique. Le document a été paraphé par le souverain pontife dans la basilique mineure dédiée à la Vierge, Notre Dame de l’Immaculée Conception à Ouidah, petite ville côtière située à 40 km de Cotonou. C’est aussi à Ouidah que se trouve le Grand séminaire Saint Gall fondé en 1914 par les Pères SMA.

Avant de se rendre à la Basilique de Ouidah pour parapher le document post-synodal, sa Sainteté est allé au grand séminaire Saint Gall de Ouidah pour s’incliner sur la tombe de son « frère d’arme » le cardinal Gantin. C’est là qu’il a donné rendez-vous au prêtres, religieux et religieuses, novices et séminaristes et une foule de laïcs…

Voici le témoignage qu’il a fait du feu cardinal dans l’avion qui l’amenait à Cotonou le vendredi 18 novembre : "J’ai vu le cardinal Gantin pour la première fois à mon ordination comme archevêque de Munich en 1977. Il était venu parce que l’un de ses étudiants était un de mes disciples (Cet étudiant était le Père Adoukonou Barhélémy, aujourd’hui évêque et secrétaire du Conseil Pontifical pour la Culture : Note du rédacteur) ainsi, idéalement, il existait déjà entre nous une amitiés, sans que nous ne nous soyons vus. En ce jour important de mon ordination épiscopale, c’était très beau pour moi de rencontrer ce jeune évêque africain rempli de foi, rempli de joie et de courage. Ensuite, nous avons énormément travaillé ensemble, surtout lorsqu’il était le préfet de la Congrégation pour les évêques et puis dans le Collège des cardinaux. Je me suis toujours émerveillé de son intelligence profonde et pratique, de son sens du discernement pour ne pas succomber à des belles phrases idéologiques mais comprendre ce qui est essentiel et ce qui n’a pas de sens. Il avait également un vrai sens de l’humour qui était magnifique. Par-dessus tout, c’était un homme de foi et de prière profondes. Tout cela faisait du cardinal Gantin non seulement un ami, mais un exemple. C’était un grand évêque catholique africain, et je suis vraiment heureux de pouvoir prier sur sa tombe et sentir sa proximité, sa grande foi, qui en fera toujours pour moi un exemple et un ami."

Dans l’après-midi de ce même jour du 19 novembre 2011, Benoît XVI a rencontré des enfants orphelins au foyer « Paix et joie » des missionnaires de la charité. C’est à la paroisse sainte Rita à Cotonou. Après avoir dit le Pater noster et l’Ave Maria avec eux et béni ces innocentes âmes, le Pape a été encadré par les enfants, puis conduit en procession à l’église de la paroisse pour des échanges de messages. Les enfants habillés aux couleurs du Vatican et de la Vierge Marie rivalisent d’ardeur dans les chants et slogans à la vue du Pape. Il était difficile de les ramener au calme, au silence et le tout dans un décor festif. C’est à Mgr René Marie Ehouzou, évêque de Porto-Novo et président du Commission épiscopale chargée de l’action social (Caritas) qu’est revenu le devoir et l’honneur d’introduire le message des enfants au Saint Père en l’invitant à les écouter.

Dans leur adresse au pape présentée par leur représentante, les enfants expriment leur joie d’être reçu par le Saint Père, signe d’une considération de sa sainteté à leur égard. Et pour matérialiser leur amour au Pape, les enfants lui offrent un tableau-souvenir. Sensible à leur message, le Pape les a invités à aimer aller rencontrer Jésus présent au tabernacle et à prier le rosaire en récitant au quotidien le chapelet. Il les a aussi exhortés à inviter les parents à prier avec eux. Après ce parcours de combattant, le saint a eu à rencontrer à la nonciature apostolique les évêques du Bénin pour des échanges.

Signalons que c’est par le palais présidentiel à Cotonou que sa Sainteté a commencé la journée du samedi. Il y a rencontré les forces vives de la nation, puis il a rendu une visite de courtoisie au président Thomas Yayi Boni avant de se mettre en route pour Ouidah.

Tout le long du parcours ce sont des foules immenses, qui bravant la canicule estivale ce massent de part et d’autres de la voie pour voir, saluer et ovationner le pape au passage.

Père V. Frumence

A COTONOU, L’EGLISE D’AFRIQUE S’ENGAGE A LA RECONCILIATION, A LA JUSTICE ET A LA PAIX

Dimanche 20 novembre 2011, une foule immense, bigarrée, enthousiaste, bravant le soleil, disciplinée et soumise, bref tout un continent était rassemblée dans un stade dit de l’amitié qui l’a contenue comme une coquille d’œuf, mais sans la faire exploser. Il y avait 70.000 personnes, ou un même plus. Tribunes, gradins et pelouse avait été rationnellement, rigoureusement et impeccablement occupées.

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Avant la meese, ils ont récité le chapelet en faisant le tou de la pelouse
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Grands séminaristes retenus pour servir à la messe
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Foule indénombrable
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Sécurité rassurante
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Sécurité rassurante
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Sécurité rassurante

Cotonou était devenue la capitale de tout le continent africain. Cotonou était devenue la Ville Eternelle pour quelques heures pour la messe pontificale présidée par Benoît XVI en présence du Président de la République et des chefs traditionnels. L’Afrique, du Nord au Sud, comme en témoignait la présence du patriarche d’Alexandrie des coptes-catholiques, Antonios Naguib et les diverses délégations. La météo annonçait 28 C°, voilé, mais l’air est chargé de plus de 80 % humidité.

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Les Mass médias ont donné une dimension planétaire à la visite

Des délégations catholiques de toute l’Afrique sont en effet venues s’engager à « la réconciliation, la justice et la paix », en accueillant le message des évêques et du pape, transmis par son exhortation apostolique "L’engagement de l’Afrique" : une feuille de route pour la marche de l’Eglise du continent que Benoît XVI a signée la veille, 19 novembre, à Ouidah, et qu’il remet maintenant à tous les diocèses à travers les 42 évêques et archevêques responsables des 35 conférences épiscopales nationales et les 7 conférences régionales de tout le continent.

Le Bénin leur a réservé un accueil chaleureux qualifié avec gratitude par Benoît XVI "d’africain". La liturgie était catholique au vrai sens du mot : les langues ont été honorées : le Bariba, le Fon, le Mina, le Goun, le Dendi, le Yoruba, le Lingala, aux côtés du latin (le gloria, le credo, le Pater, la prière eucharistique) et d’autres langues occidentales adoptées par l’Afrique : le français, l’anglais et le portugais.

Les chants et les danses rythmées ont fait de la procession d’offrandesune respiration particulièrement joyeuse et significative au cœur de la célébration.

Partout, les imprimés chatoyants, comme une mosaïque immense symbolique du visage des peuples d’Afrique, se balançaient au rythme des percussions sans rien ôter au silence inhabituel pour les foules. Un stade devenu un sanctuaire car l’homme s’y est rendu ce dimanche du Christ Roi pour y rencontrer Dieu et lui offrir ce continent en proie aux démons anciens et modernes afin que ce continent devienne, selon les mots de l’archevêque, Mgr Antoine Ganyé, « le berceau de la réconciliation, de la justice et de la paix ».

Il a vu et vécu sans comprendre

De part et d’autres de l’autel, près de 2000 prêtres. Sur le podium et sur les chasubles des évêques, cet immense logo de la visite du pape : une colombe bleue – sceau marial de Notre Dame d’Afrique – dont les lignes épousent les contours du continent comme prêt à prendre son envol. Il est traversé d’une croix lumineuse. Colombe de paix et message « d’espérance » a insisté le pape.

Voir Benoit XVI et mourir ! Non ! Voir Benoit XVI et vivre !

Père V. Frumence

CE QUI S’EST PASSE DANS L’AIR BUS A 330 QUAND LE PAPE VENAIT AU BENIN

C’est presqu’une tradition que le Pape, au cours de ses voyages, s’adresse, à un moment donné, aux journalistes présents à bord. Le vingt-deuxième voyage apostolique qui l’aura porté au Bénin n’a pas échappé à ce schéma. Retour sur les faits aux quels nous avons pu assister directement. Le 18 novembre 2011, à 9h 10, un Airbus A 330 de la compagnie nationale italienne Alitalia, décolla avec à son bord, le Saint-Père, sa suite et une quarantaine de journalistes provenant des grands médias internationaux et accrédités, pour la plupart, auprès du Vatican.

Peu après 10h30, quelques mouvements de journalistes qui tentaient d’apprêter et de positionner qui sa camera, qui son dictaphone et qui enfin, son appareil photo pour l’interview au Saint-Pèrequi ne tarda d’ailleurs pas à paraître, entourés de quelques prélats dont le Cardinal Bertone secrétaire d’Etat, des cérémoniaires et du Père Lombardi… c’est d’ailleurs à ce dernier qu’il revenait de poser les questions au Saint-Père au nom des journalistes. De cet échange qui aura duré 17 mn, on pourrait faire ressortir 3 points essentiels :

  • Le premier réside dans les motifs du choix du Bénin pour abriter un événement de portée internationale dans la mesure où l’Exhortation Apostolique « Africae Munus » signée et rendue publique, est adressée à tout le continent africain. Dans sa réponse, le Saint-Père a mis en relief trois motifs en faveur du choix du Bénin : d’abord la paix intérieure et extérieure que connaît ce petit pays de l’Afrique occidentale et qui se trouve favorisée par le bon fonctionnement des institutions démocratiques et le sens de la liberté dans la responsabilité ; ensuite la co-existence pacifique entre l’Eglise catholique, l’Islam et les Religions traditionnelles africaines qui fait ces trois religions, dans le respect réciproque et la responsabilité commune, œuvrent pour la paix et la justice. Enfin, poursuit le Saint-Père, la possibilité de se recueillir sur la tombe du Cardinal Gantin avec qui il a longtemps travaillé dans la curie romaine, pour qui il nourrit une grande admiration et à qui il voudrait aussi rendre hommage à travers ce voyage. Ces trois motifs honorent le Bénin et l’encouragent à poursuivre les efforts entrepris sur le chemin de la démocratie, de l’intégration et de la paix sociales. Quant à la figure du Cardinal Gantin, qu’elle continue d’inspirer et serve de modèle à tous les fils et filles du Bénin et de l’Afrique peu importent leur état de vie et leur profession.
  • Le second point essentiel de l’échange avec Benoit XVI prend fait et cause pour le succès non négligeable des sectes sur le continent alors que s’affaiblissent les religions traditionnelles. A ce niveau, le Saint-Père a d’abord fait remarquer que le phénomène des sectes est mondial - et donc pas spécifique à l’Afrique - avant d’en dégager les caractéristiques : message simple et concret, peu d’institutions, liturgie participative avec expression des sentiments personnels, insistance sur la guérison… L’Eglise d’Afrique n’a surtout pas à les imiter mais à se laisser interpeller en rendant son message plus simple, plus concret et accessible à tous, en évitant que le poids de ses institutions n’étouffent l’initiative communautaire et individuelle, en rendant sa liturgie plus participative et non sentimentale afin de mieux pénétrer le sens du mystère célébré. Terminant son développement sur cette question, le Pape a affirmé, en matière d’inculturation, son option pour l’interculturalité, une rencontre des cultures dans la commune vérité de notre être humain. Comme on peut le percevoir, les éléments de cette réponse, méritent chacun un développement qui débouche sur des mesures concrètes. Ce qui ne pourrait ètre fait sans sortir du cadre restreint de ce texte.
  • Le dernier point qui a retenu l’attention est la vision éminemment positive qu’a le Pape de l’Afrique qu’il conçoit comme une « réserve de vitalité pour l’humanité », « un poumon spirituel pour une humanité en crise de foi et d’espérance ». Ces paroles sont fortes et constituent la conviction intime de Benoit XVI qu’il justifie en avançant la jeunesse du continent, le « oui » de l’Afrique à la vie, le feu de l’espérance et de la joie que les difficultés n’arrivent pas à éteindre, la foi en Dieu qui contraste avec le positivisme exacerbé européen. Certes, il n’occulte pas les difficultés réelles du continent, mais garde l’espérance qu’il saura puiser dans ses ressources internes les énergies nécessaire pour les surmonter et apporter sa pierre à l’épanouissement de l’humanité. Cette vision de l’Afrique est à la fois réconfortante et stimulante quand l’on connait « l’opinion publique » européenne qui étend facilement les problèmes d’un pays à tout le continent et qui n’en sait généralement pas plus que ce que publient les médias. C’est ce que disait le Père Lombardi à propos de l’Afrique, dans un entretien accordé à Radio Vatican au terme des trois jours de voyage : « nous sommes trop habitués, surtout dans les autres parties du monde, à voir les aspects négatifs - qui existent, sans doute - les conflits, les souffrances, les maladies, etc… - et à tirer le rideau sur les aspects positifs.

Après les remerciements du P. Lombardi, le Saint-Père prit congé des journalistes et ce fut maintenant le tour des petits cercles de presse pour évaluer à chaud l’entretien, dégager et retenir les axes importants à envoyer aux divers organes : agences, radios, télévisions, journaux via téléphone satellitaire prévu, à cet effet, sur le vol, bref, une véritable ambiance de salle de rédaction. Cette ambiance devait se maintenir avec l’Exhortation Apostolique « sous embargo » distribuée aux journalistes pour lecture et études en vue des divers services médiatiques qui commenceront le samedi 19 novembre, à l’expiration de l’embargo à 13h heure locale. C’est dans ce climat qu’atterrit l’avion papal à l’aéroport international Bernardin Cardinal Gantin de Cotonou à 15h 47 mn donnant ainsi le coup d’envoi de trois jours de visite intenses du Saint-Père en Afrique sur le sol béninois.

P. Eric Oloudé OKPEITCHA