samedi 29 avril 2017

COMMUNIQUE :

Pour redynamiser l’évangélisation des enfants par les enfants sur nos différentes paroisses, son Excellence Mgr Aristide GONSALLO, évêque de Porto-Novo, invite tous les mouvements d’enfants (MADEB, CHORALE DES ENFANTS, SAMUEL, ADS, SAINT ENFANT JESUS, SCOUT ENFANT, LECTEUR JUNIOR, LEGION DE MARIE JUNIOR etc…) à la 8ème édition des Journées Diocésaines de l’Enfance Missionnaire, les 27 et 28 Décembre 2016 sur la paroisse Saint Vincent de Tchaada.

Pour la réussite desdites journées et pour la participation massive de vos enfants, nous comptons, chers parents et chers Pères, sur votre aide et votre sensibilisation.

Le Coordonnateur diocésain de l’EM, Abbé Georges GAYET

Programme des dites journées

50 ans de la paroisse Sacré-Coeur :

En cette année Sainte de la Miséricorde, va se célébrer le jubilé d’or (50 ans) de création de la paroisse SACRE-CŒUR de Ouenlinda (Porto-Novo). A cet effet une grand-messe se célébrera le dimanche 05 Juin 2016 à 10H00, en la dite église. Elle sera présidée par son excellence, Mgr Aristide GONSALLO, évêque de Porto-Novo.

Le reste du programme des manifestations

Concert de la Ressurection : 2016 :

Sous le parrainage de son Excellence Mgr Aristide GONSALLO, évêque de Porto-Novo, l’Aumônerie diocésaine des chorales des jeunes et la Coordination des chorales des jeunes de Porto-Novo

vous invitent à la 6ème édition du CONCERT DE LA RÉSURRECTION.

- Date : dimanches de Pâques, 27 mars 2016
- Heure : 16H00
- Lieu : Stade Charles de Gaulle de Porto-Novo
- Entrée : libre et gratuite

Ce sont plus d’une quinzaine de chorales qui se succèderont.

MERCI DE LES SOUTENIR



A c t u a l i t é s
mardi 18 avril 2017
« Le Seigneur est vraiment ressuscité, comme il (...)

mercredi 5 avril 2017
" Le Puissant fit pour moi des merveilles" (...)

mercredi 5 avril 2017
« Je désire … que les familles aient l’occasion (...)

mercredi 22 mars 2017
La ville de Natitingou a abrité, les 11 et 12 (...)


En vrac !
mardi 21 février 2017
Ils étaient tous au rendez-vous, les mouvements et

jeudi 2 février 2017
Chers frères et sœurs, bonjour ! Dans les (...)

lundi 2 janvier 2017
Cher frère, Aujourd’hui, jour des Saints (...)

dimanche 25 décembre 2016
« La grâce de Dieu s’est manifestée pour le (...)

mardi 20 décembre 2016
Frères et sœurs en Christ, L’annonce à Zacharie (...)

mardi 20 décembre 2016
Frères et sœurs en Christ, Fils et filles (...)

jeudi 15 décembre 2016
Émerveillement pour tout ce que Dieu accomplit (...)

vendredi 9 décembre 2016
Frères et sœurs en Christ, En ce temps de (...)

mercredi 7 décembre 2016
Ni hypocrites ni rigides, ayant le sens de la (...)

dimanche 20 novembre 2016
Le passage de l’Évangile que nous venons (...)


V a c a n c e s
vendredi 11 juillet 2014
La communauté des sœurs Salésiennes Missionnaires de

jeudi 27 juin 2013
Pour marquer l’Année de la foi, l’aumônerie (...)

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13 Mars 2011 : 1er dimanche de Carême Année A

Lectures de la messe

    1. 1ère lecture : Gn 2,7-9 ; 3,1-7a
    2. 2ème lecture : Rm 5,12-19
    3. Evangile : Mt 4,1-11

Mercredi dernier nous avons reçu les cendres et sommes ainsi entrés dans le temps liturgique du carême de cette année. Temps marqué par le jeûne, la prière et l’aumône, ce temps nous rappelle notre fragilité humaine en tant que pécheur mais aussi la grâce infinie de l’amour du Seigneur. Donc si le carême est un temps de conversion, il est aussi un temps de grâce. Aujourd’hui premier dimanche de carême, l’Eglise dans sa sagesse nous présente la tentation du Seigneur Jésus. Elle semble nous prévenir que notre cheminement sera pareil à celui du maitre qui a été tenté au désert. Le désert, lieu d’épreuves, milieu hostile où habitent les animaux sauvages, est le lieu où Satan le tentateur éprouve Jésus. C’est la même chose pour nous qui vivons la tentation dans le désert de la vie et surtout du temps de carême. Qu’elle soit portée sur le pouvoir temporel ou spirituel, la tentation dans la vie de l’homme a plusieurs visages. Elle est surtout causée par l’ennemi du bien de l’homme, Satan ici symbolisé par le serpent dans la première lecture qui d’ailleurs montre et explique bien le processus de toute tentation. D’abord un état d’entente parfaite avec le Seigneur, entente basée sur le respect librement consenti des clauses de l’Alliance notamment ici la défense de manger le fruit d’un arbre. Ensuite tentative répétée de dénigrement de Dieu par le diable dans le cœur de l’homme : le diable subtil et fin sophiste part d’une question banale, une affirmation générale qui déjà met Dieu en cause : "Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez le fruit d’aucun arbre du jardin ?’’ et comme le diable devait s’y attendre, la femme défendra naturellement le Seigneur Dieu. Et ce faisant, elle ne sera pas moins reconnaissante pour l’attention que le diable lui porte. Il n’a pas choisi la femme au hasard. N’est-elle pas plus naturellement ouverte et réceptive que l’homme qui toujours sur le qui vive, prend tout un peu trop vite au sérieux sans pour autant être plus rationnel et raisonnable ? C’est ainsi que le diable passe par des chemins insoupçonnés pour pousser l’homme dans le péché. C’est pourquoi en matière de tentation, il faut autant, sinon plus, se méfier de la faiblesse que de la force. La suite du récit montre que c’est le diable qui mène le jeu et tire les ficelles. Il amène la femme par la réponse qu’elle lui donne, à préciser sa question et arriver ainsi sur l’objet même de la tentation : le fruit défendu. S’il y allait directement, cela mettrait trop vite la puce à l’oreille de la femme. Il fait doucement, procède par petites étapes et finit par montrer à la femme que Dieu les trompe elle et son mari et mieux elle lui montre que le fruit est savoureux. Ce dont la femme subjuguée se compte alors qu’elle a toujours vu le fruit sans le trouver ainsi auparavant. Enfin la suite est facile. Il amène la femme à manger le fruit donc à désobéir et le reste se fait naturellement : la femme le donne à l’homme. Chose curieuse, le serpent qui les a poussé à manger le fruit n’en mange mais mieux il disparait. Le texte ne parle plus de lui, la suite du texte ne le voit pas non plus être questionné par le Seigneur avec l’homme et la femme. Il ne les défend pas non plus. Voila comment le diable nous tente : il nous fait soupçonner Dieu en nous montrant à quel point le péché est beau. Il insiste doucement mais fermement et sans se décourager. Quand nous mordons l’appât, il disparait et nous laisse devant notre responsabilité. Et là nous nous voyons nus comme Adam et Ève. Oui ! céder à la tentation nous dénude et nous fait ressembler à un enfant que sa mère vient de parer de beaux habits mais qui fait ses besoins dedans. Il faut résister à la tentation non en présumant de ses forces mais en comptant sur le Seigneur. Lui ne nous abandonne jamais. Dans l’évangile, la présence du tentateur est contrebalancée par celui de Dieu qui, par le service des anges dit sa proximité à l’homme tenté. A chacun de savoir discerner et se convaincre que dans la tentation la plus grande, Dieu qui respecte la liberté humaine, reste quelque part toujours proche de nous. La tentation est un temps d’épreuves qui nous permet de donner la preuve de notre amour pour Dieu. Chers frères et sœurs, notre cheminement spirituel dans la vie de tous les jours et surtout en ce temps de carême sera confronté à la tentation. Nous disons dans la prière du ‘’ Notre Père’’ ‘’ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre nous du mal’’. Demandons au Seigneur de ne pas permettre que nous soyons tentés au-delà de nos forces. Qu’il soit toujours à nos cotés pour que nous ne succombi ons pas à la tentation ou au cas où cela arriverait, qu’il nous aide à ne pas être des chrétiens couchés, mais que nous sachions vite nous relever et continuer la route. Demandons aussi au Seigneur de nous aider à ne pas être occasion de tentation et de chute pour notre prochain. Amen

Père S. Elzéar Spire ADOUNKPE,

Aumônier des élèves au Collège Notre Dame de Lourdes de Porto-Novo.

20 Mars 2011 : 2ème dimanche de Carême Année A.

Transfigurés par le Seigneur, nous transfigurerons le monde et les hommes.

  • 1ère lecture : Gn 12,1-4a
  • 2ème lecture : 2Tm 1,8a-10
  • Ps : 32 (33)
  • Evangile : Mt 17,1-9

Chers frères et sœurs, chers amis. Dimanche dernier, le premier de carême, la liturgie nous rappelait que tout homme et tout chrétien était dans sa vie et surtout en ce temps de carême, le sujet des tentations. Étant donc prévenu en ce temps de carême, nous devrions nous préparer en conséquence pour réussir à déjouer, comme Jésus et avec la force de l’Esprit, les pièges du tentateur. Ce second dimanche de carême, le Seigneur nous donne le mystère de sa transfiguration à méditer. Jésus prend trois de ses disciples : Pierre Jacques et Jean. Il va sur une haute montagne et là, il se révèle à eux. La contemplation de sa gloire émerveille tellement les disciples qu’ils en perdent la parole. Seul Pierre, comme nous le connaissons, réussit à dire un mot qui d’ailleurs révèle le degré d’excitation des disciples. Le mystère de la transfiguration de notre Seigneur Jésus montre à chacun de nous la gloire future du Christ ressuscité, gloire qui sera aussi celle de tous ceux qui se laisseront transfigurer par lui. Le Seigneur prend avec lui ces trois disciples qui apparemment ressemblent à des disciples de prédilection. Il leur découvre sa gloire à eux seuls, mais en même temps leur interdit d’en parler avant qu’il soit ressuscité d’entre les morts. La parallèle en Marc de notre évangile nous dit que les disciples obéirent sans comprendre ce que pouvait signifier l’expression "ressuscité d’entre les morts." Marc 9,10.

Oui, l’être humain associe difficilement souffrance et gloire. Il n’imagine pas un sauveur qui puisse le sauver en s’humiliant, en mourant. Le Christ prévient ainsi ses disciples et par eux il prévient chacun de nous de toute tendance à nous accrocher aux côtés miraculeux ou magiques des choses sans entrer dans leur profondeur même. Il nous montre que cette gloire à venir passe par la Croix. Cette gloire ne sera annoncée et révélée à tous que quand le Christ crucifié et mort, sera ressuscité. Le Seigneur nous appelle ainsi à accueillir dans notre vie la réalité de la croix, réalité qui se cristallise en ce temps de carême dans les trois points que sont : le jeûne, la prière et l’aumône.

La première lecture nous présente la figure d’Abraham, père de tous les croyants. Elle nous montre son esprit de détachement à la suite du Seigneur. La Chaldée était prospère et il faisait bon d’y vivre mais Abraham sur ordre du Seigneur est parti sans savoir sa destination future. Nous sommes appelés dans notre relation avec le Seigneur, à ‘’lâcher prise’’, à nous fier complètement à lui afin qu’il en décide selon son bon plaisir. Une telle attitude est indispensable pour ressembler à Jésus afin d’être transfiguré par lui. Le Seigneur lui-même et son lointain ancêtre ont montré un détachement total de toute chose et même de leur vie faisant ainsi de Dieu la seule personne qui mérite tout leur amour. Ce détachement se vit dans la prière et le jeûne. Il conduit au partage et à l’aumône. Ce détachement appelle aussi un décentrement de soi pour se polariser sur une chose qui n’est pas nous. Cela est source de souffrance. Il faut que cette souffrance soit accueillie avec joie et par amour pour qu’elle devienne une croix. Saint Paul, sûr du salut obtenu en Jésus, exhorte son fils bien aimé Timothée (dont le nom signifie qui craint Dieu), à prendre ‘’sa part de souffrance’’. La croix dans nos vies doit être plus forte que nos péchés. Chers amis, le Seigneur nous demande de nous approcher davantage de lui par la prière, le jeûne et l’aumône afin de nous laisser transfigurer par lui. Transfigurés par le Seigneur, nous transfigurerons le monde et les hommes. La présence de Moïse (qui représente la Loi) et d’Elie (qui représente les prophètes) nous rappelle l’importance de la loi mais aussi la valeur de ceux qui nous la rappellent c’est-à-dire les prophètes. Ces porte-parole de Dieu, sont des gens très controversés mais dont la parole et l’action sont des chemins à suivre pour nous. A travers le prophète se cache plusieurs figures de personnes qui incarnent ou représentent Dieu. C’est par exemple, les figures du père, de la mère, de l’ainé, de l’autorité qui malheureusement sont en crise aujourd’hui. Les remettre en cause revient à remettre en cause l’idée de Dieu. Pour approcher Jésus, il faut aussi approcher son frère et se laisser approcher par lui. On ne peut vouloir pratiquer la volonté de Dieu en oubliant le frère et surtout celui que Dieu a mis devant nous pour le représenter. Se laisser transfigurer par le Seigneur Jésus, c’est apprendre à le reconnaitre dans celui qu’il met sur notre route pour signifier sa présence, ceux que malgré leur faiblesse, le Seigneur a choisis pour le représenter dans notre vie.

Approchons nous donc du Seigneur avec nos frères en humanité, par le jeûne, la prière et le partage, approchons le Seigneur, laissons nous transfigurer par lui afin de transfigurer le monde et les hommes. Amen

Père S. Elzéar Spire ADOUNKPE

‘’ Aimer, Servir, Obéir, Vivre et faire vivre’’

27 Mars 2011 : 3ème Dimanche de Carême Année A
  • 1ère lecture : Ex 17,3-7
  • 2ème lecture : Rm 5, 1-2.5-8
  • Ps : 94
  • Evangile : Jn4,5-42

Un mot surgit de la liturgie de ce jour : l’eau. Elle rassemble et cristallise l’espoir de plusieurs peuples pour la survie. Ce liquide fluide, inodore et incolore est la source de la vie. Sans lui, la vie n’est pas possible sur terre. Il rafraichit, redonne vigueur, assainit tout lieu où il passe. On dit souvent l’eau, c’est la vie. Sa présence est source de bonheur et son absence source de problème et de malheurs.

Nous le voyons bien dans la première lecture et l’évangile. L’eau est la cause du soulèvement des Israélites contre Moïse. C’est elle aussi la cause de la rencontre insolite d’abord d’un juif et d’une samaritaine, et la rencontre d’un homme et d’une femme. Chose si insolite et bizarre que même les disciples en sont surpris. L’eau est l’un des plus grands soucis quotidiens des hommes de par le monde. Et la soif ou le manque d’eau est encore un problème crucial dans le monde aujourd’hui.

Mais ce vers quoi les textes de ce jour tournent nos regards est une soif plus grande. La soif d’eau est le signe parlant d’une soif plus grande : soif de bonheur, soif de bien, soif d’amour, soif de Dieu qui est amour et donc soif de L’esprit Saint, l’eau vive qui jaillit du Baptême. Déjà à la création nous dit le livre de la Genèse, l’esprit planait sur les eaux. Les deux symboles sont ainsi réunis.

Le dialogue entre Jésus et la samaritaine se déroule de telle manière que la soif de l’eau de la femme se change en la soif d’écouter Jésus. La femme en oublie de puiser son eau. Elle laisse son récipient et retourne au village annoncer la Bonne Nouvelle. Le Christ dans son dialogue avec la samaritaine l’a amenée peu à peu à quitter le faux confort des idées reçues et préjugés conçues, pour l’amener à accueillir la liberté de ceux qui vivent sous la mouvance de l’Esprit : elle n’a plus honte de sa vie dissolue mais la reconnait et semble vouloir s’amender. Elle reconnait dans le Christ, un juif, le Sauveur du monde. Signe patent de l’ouverture d’esprit et du cœur que seul donne le SAINT-ESPRIT du Seigneur. La même chose se voit chez des samaritains qui confessent leur foi au Christ non plus parce que la samaritaine leur a parlé mais parce que eux aussi ont vu Jésus. La deuxième lecture confirme la chose en sa finale quand elle dit : l’amour de Dieu est versé en nos cœurs par l’Esprit Saint.

Le Christ se présente à nous aujourd’hui comme la source jaillissante de vie qui veut combler chacun de nous par son Esprit. Dans ce monde où l’absence de l’eau tue autant que sa surabondance, seul l’Esprit du Seigneur peut renouveler nos cœurs. Et pour pouvoir l’accueillir en nous, il faut que nous préparions nos cœurs comme le Christ l’a fait faire à la samaritaine en la retournant vers son passé et vers ses fautes. Combien de fois avons-nous jeûné ? Combien de fois avons-nous prié et comment ? Combien de fois avons-nous su partager avec celui qui en a moins ?

Il reste une chose sur laquelle il me parait important d’insister. L’Esprit Saint brise les frontières et barrières sociales, historiques et autres pour réunir les hommes en un seul corps : Jésus. Il rassemble samaritains et juifs, homme et femme. Il me semble que le chrétien catholique d’aujourd’hui à cause des difficultés et attaques contre l’Eglise, deviens timoré et hésitant. Nous craignons de parler à la samaritaine de peur que des gens nous accusent de mauvaise vie. Le monde aujourd’hui ressemble à la samaritaine non seulement à cause de ses péchés mais surtout à cause de sa soif de salut. Il faut inlassablement proposer la foi à ce monde qui attaque l’Eglise et les prêtres, mais qui paradoxalement a plus que jamais besoin de Dieu.

Peuple de Dieu, n’aie pas de honte, montre ton signe à ce temps ci. C’est quand tu aimes que Dieu t’aime, ouvre ton cœur fais comme lui… Peuple d’un Dieu qui fait merveille, sois sa merveille d’aujourd’hui.

Père Elzéar Spire ADOUNKPE,

‘’ Aimer, servir, obéir, vivre et faire vivre’’

03 Avril 2011 : 4ème Dimanche de Carême Année A

Engageons nous en toute chose pour le bien de l’homme.

Chers frères et sœurs, paix et Joie à vous dans le Seigneur. Le temps de Carême poursuit inexorablement son cours. Par ce quatrième dimanche qui nous conduit directement au dimanche des rameaux, nous sommes plus que jamais proches des festivités pascales. Bientôt, nous célébrerons la merveille de notre salut, le Christ vainqueur de la mort, le Bien qui triomphe du mal. Une strophe de la séquence de Pâques que l’on prend après le psaume responsorial dit ceci : ‘’ la mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le maitre de la Vie mourut ; vivant, il règne.’’ Cet affrontement entre la Vie et la mort, entre le Bien et le mal, entre des choses et leurs contraires ou leurs opposés, se voit après une rapide lecture des textes de ce jour.

Opposition entre paraitre et être, entre ténèbres et lumière, entre bien à faire et le refus de le faire. Que ce soit sur le plan physique, moral et même spirituel, cette tension révèle la vraie réalité de notre monde d’aujourd’hui où le conflit est une réalité mondiale. Le monde et surtout l’homme est le champ de bataille de forces contraires qui s’affrontent. L’obligation de choix s’impose à tout homme : demeurer dans l’amour du Seigneur en choisissant le bien ou s’en éloigner en optant pour le mal. Cela nous rappelle la catéchèse des deux voies : ‘’Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez’’. Tous les livres de la Bible ont cette insistance sur le bien à faire et le mal à ne pas faire.

Le Seigneur lui-même insiste et montre que son amour ne peut être pour quelqu’un qui ne pratique pas le bien, qui ne l’écoute pas. Il retire son amour à Saül et le donne à David, un obscur berger de Bethléem. Quand Saül a été choisi, voici ce que l’auteur sacré du livre de Samuel a dit de lui : ‘’un fils nommé Saül, qui était dans la fleur de l’âge et beau. Nul parmi les Israélites n’était plus beau que lui : de l’épaule et au-dessus, il dépassait tout le monde.’’ Et voici ce que l’on dit de David : ‘’ il était roux, avec un beau regard et une belle tournure.’’ Nous le voyons bien le Seigneur qui est la BEAUTE, aime et choisit de belles choses mais ce n’est pas d’une beauté extérieure qu’il s’agit : c’est une beauté intérieure. Il refuse cette beauté de Saül et celle de tous les premiers fils de Jéssé pour aller prendre le plus petit d’entre eux. Mais il va bien plus loin en punissant David lui aussi quand celui-ci fera le mal. Oui, Dieu aime et exige que l’on fasse entièrement le bien et rein que le bien.

Mais le bien à faire est une chose bien difficile sans la grâce de Dieu. Il est plus facile de faire le bien que de faire le mal ; autrement dit, il est plus facile de ne pas faire le bien que de le faire. Le bien nous responsabilise, exige de nous de reprendre le bon geste. Le bien nous pousse à aller toujours plus loin car le bien que l’on fait est un acte d’amour et la mesure de l’amour est ‘’la démesure.’’ L’être humain préfère le repos, la tranquillité, l’absence d’obligation et d’urgence. Or le mal est juste l’absence du bien, le refus de le faire : ‘’un démolisseur en une matinée fait plus d’ouvrage que cent maçons en une journée.’’. Notre cœur doit donc être très éveillé pour discerner ce qui est bien et l’accomplir sans hésiter un seul instant. Le Père Henri Hounton, prêtre du diocèse de Porto Novo aurait toujours eu ce mot à la bouche : Tout et tout de suite. Oui ! le bien à faire est une urgence radicale. Saint Paul le rappelle bien aux Ephésiens :’’ Jadis vous étiez ténèbres, mais à présent vous êtes lumière dans le Seigneur ; conduisez-vous en enfants de lumière ; car le fruit de la lumière consiste en toute bonté, justice et vérité. Discernez ce qui plaît au Seigneur,…) Ep ,8-10.

L’affrontement dont il est question devient donc un affrontement tacite ou déclaré entre ceux qui optent pour le bien et ceux qui optent pour le mal. Ceux qui vivent comme neutre dans cet affrontement sont forcement pour le mal : il n’y a pas de position médiane. Jésus l’a dit dans un texte entendu dans le semaine : "Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi disprse.’’ Luc 11, 23. Nous sommes tous donc embarqués dans cette aventure humaine où pour réaliser notre devenir dans le Christ, nous sommes conviés instamment à opter pour le bien envers et contre tout.

Notre peur de faire le bien semble justifiée quand on regarde les protagonistes du texte d’évangile de ce jour : d’abord les pharisiens qui en veulent à Jésus, non parce qu’il a fait du bien, mais parce qu’il l’a fait le jour du sabbat, et parce que c’est lui qui l’a fait. Qu’est ce qui est le plus important entre le sabbat et le bien de l’homme qui debout rend gloire à Dieu ? Combien de fois n’avons pas persécuté celui qui fait effort pour rester et demeurer dans le bien ? Combien de fois avons-nous refusé de voir le bien que l’autre fait et de le lui reconnaitre ? Combien de fois l’avons calomnié pour cela ? Regardons les parents de l’aveugle guéri : ils ont peur des pharisiens et donnent une réponse creuse. Beaucoup sont à leur image quand par peur, ils laissent des lois injustes de la société condamner le pauvre.

Devant le mal qui tue, le mensonge qui emprisonne, personne n’ose parler de peur d’être lui-même impliqué. Chacun sauve lâchement sa tête quand c’est un autre qui est en cause. Voyons maintenant l’aveugle né. Il ne réalise pas encore le bienfait qui lui a été fait. Il s’en tient à la vue de l’œil sans aller vers la vue du cœur qui ouvre sur le salut de Dieu. Son geste de prosternation doit souvent être le nôtre devant la vérité : s’incliner et reconnaitre, avouer et croire.

Chers frères et sœurs, pour ne pas finir cette méditation, une parole parait juste ici : ‘’Quant à moi et ma famille, nous servirons Yahvé." Josué 24,15c. Cette phrase de Josué doit être celle de chacun de nous. Nous devons nous déterminer chacun à son niveau pour le bien et aussi de manière collective. C’est le refus de se déterminer chacun pour le bien qui a tué Jésus. Chacun a son niveau s’est désengagé et le Seigneur de gloire fut cloué au bois. Il demeure en agonie sur le bois chaque fois que l’on se désengage quand il s’agit de sauver ‘’l’un de ces plus petits’’. Engageons-nous pour la vérité, pour le bien. Oui par le Jeûne, la prière et l’aumône engageons pour le bonheur de l’homme qui est la gloire de Dieu. Amen

Père S. Elzéar Spire ADOUNKPE

’’ Aimer, Servir, Obéir, Vivre et faire vivre’’

10 Avril 2011 : 5ème Dimanche de Carême Année A
  1. Ez 37,12-14 ;
  2. Rom8, 8-11 ;
  3. Jn11, 1-45.

Dieu est un Dieu de vie. Il a sauvé tous les hommes par son Fils Jésus. Engage-toi avec Dieu pour sauver l’homme et tous les hommes.

‘’ La vie est une chance, saisis-la’’

Chers frères et sœurs, fils et filles bien aimés de Dieu !

L’actualité en Eglise en ces jours, fixe notre attention entre autres choses sur la béatification du bien aimé Pape Jean Paul II, un défenseur acharné de la vie. Une autre figure, plus discrète celle-ci, peut être mentionnée elle aussi pour son amour de la vie et le service des pauvres : c’est la Mère Térésa. La citation ci-dessus vient d’elle et contient le mot clé qui réunit les textes de ce jour : la vie. Oui, la vie est une chance. Personne ne peut nier la chose surtout l’africain et le béninois, si on considère leur amour de la vie et de tout ce qui s’y rapporte.

La vie comme nous le concevons est un don de Dieu qui lui-même, est le Dieu de vie. Tous les textes de ce jour le montrent bien. Dieu est le Dieu qui redonne vie à son peuple ; il est le Dieu qui, par le don de son Esprit, délivre de l’emprise de la chair et donc de la mort ; il est enfin le Dieu qui tire de la mort tout homme ; le Dieu qui ressuscite par son Fils Jésus.

En effet, le bien le plus précieux que l’homme veut garder et sauvegarder est bien la vie. Etre, vivre est un bonheur. Le fait d’être sorti du non-être à l’être est quelque chose d’extraordinaire, de fabuleux ! Oui ! Vivre est une chance. C’est pourquoi, l’homme ne peut comprendre et accepter que quelque chose puisse toucher à sa vie ou lui nuire. La chose pour laquelle il est prêt à lutter de toutes ces forces est bien sa vie. Il la protège, en prend soin et ne peut comprendre Dieu que dans le sens où il est celui qui ne l’anéantit pas mais promeut et défend cette vie.

L’homme cependant, dans sa fragilité confond souvent la vie selon la chair et la vie selon l’esprit. Il ignore souvent que le Dieu de vie est un Dieu d’Amour et que la vie exige certaines conditions pour s’épanouir. Oui, la vie est aussi un devoir comme le dit Mère Térésa dans son poème. Accepter donc de vivre, c’est accepter de respecter tout ce que la vie exige. La vie n’est pas un déploiement désordonné de bien-être mais un agencement ordonné, suivi et mesuré de tout un ensemble de choses positives et bonnes. Vivre donc, c’est accepter de vivre, c’est s’engager à respecter les conditions qui garantissent la vie. Et pour nous chrétiens, vivre, c’est vivre pour le Seigneur, c’est l’aimer. Car le Dieu de Vie est aussi le Dieu d’Amour. L’amour donne la Vie. Pour vivre, il faut aimer ; et aimer, c’est respecter l’amour et tout ce qu’il demande. Le problème pour chacun de nous est de vouloir vivre sans pour autant respecter les exigences de l’amour.

Le peuple d’Israël désire la vie mais ne suit pas les commandements de l’amour ou les commandements de Dieu. Le refus de l’amour, donc de Dieu, conduit à un autre mot qu’on trouve dans les textes de ce jour : la mort. Qu’elle soit spirituelle ou physique, la mort est la pire des choses qui puisse arriver à l’homme. Mais c’est la mort spirituelle qui est la plus dangereuse et celle qu’il faut craindre car non seulement elle tue le corps mais aussi l’âme.

Le mot tombeau qui apparait dans les textes de ce jour est significatif. Il nous rappelle le sentiment que nous avons souvent devant la tombe d’un ami ou tout simplement d’un homme. Saint Paul nous dit que le salaire du péché, c’est la mort mais cette mort n’est pas que physique, elle est surtout spirituelle. Ne pas aimer et ne pas suivre la loi de l’amour, c’est mourir. Il demande donc de vivre sous l’emprise de l’Esprit de Dieu et non de la chair. C’est à ce niveau qu’il faut déplorer le fait que l’homme vivant sous l’emprise de la chair ne le sache pas souvent et qu’il entraine dans son sillage bien de personnes. Si le bien est difficilement contagieux, le mal l’est moins. Et chacun de nous vit dans le tombeau doré de ses péchés. Nous en oublions que si vivre, c’est aimer, aimer c’est ne pas pécher et donc vivre devrait équivaloir à ne pas pécher.

Chers frères et sœurs, Dieu qui est tout amour, nous appelle à vivre d’amour. Il nous rappelle qu’il est et demeure malgré tout le Dieu de vie. Il nous donne déjà dans la résurrection de Lazare un avant-gout de sa résurrection à Pâques où il ressuscite non plus pour mourir comme Lazare mais pour vivre éternellement.

En ces jours, nous fêtons les 150 ans de l’évangélisation de notre pays, une pensée spéciale doit aller vers tous ces missionnaires qui ont travaillé à protéger la vie au Bénin. Que le Dieu de Vie leur donne la vie éternelle. Mais nous autres qui sommes vivants, engageons nous comme ils l’ont fait, avec Dieu pour sauver l’homme et tout homme.

Et en florilège de ce cinquième dimanche de Carême, voici le poème de Mère Térésa sur la vie :

La Vie est une chance, saisis-la.

La Vie est beauté, admire-la.

La Vie est béatitude, savoure-la.

La Vie est un rêve, fais-en une réalité.

La Vie est un défi, fais lui face.

La Vie est un devoir accomplis-le.

La Vie est un jeu, joue-le.

La Vie est précieuse, prends-en soin.

La Vie est une richesse, conserve-la.

La Vie est amour, jouis-en.

La Vie est un mystère, perce-le.

La Vie est promesse, remplis-la.

La Vie est tristesse, surmonte-la.

La Vie est un hymne, chante-le.

La Vie est un combat, accepte-le.

La Vie est une tragédie, prends-la à bras le corps.

La Vie est une aventure, ose-la.

La Vie est un bonheur, mérite-le.

La Vie est la vie, défends-la.

Père S. Elzéar Spire ADOUNKPE

‘’ Aimer, Servir, Obéir, Vivre et Faire vivre’’

16 Avril 2011 : DIMANCHE DES RAMEAUX ANNEE A

Auprès de la gloire humaine, se trouvent certaines croix mais auprès de la Croix du Seigneur se trouve la gloire.

  1. Isaïe : 50,4-7
  2. Phillipiens : 2, 6-11
  3. Mathieu : 26,14-27,66

Avec le dimanche des Rameaux, nous rentrons dans la dernière phase qui nous conduit à Pâques. Cette semaine sera une semaine où toute l’Eglise revivra le mystère du salut du monde.

La fête des rameaux nous fait entrer dans la méditation de tout le mystère pascal. Les textes de ce jour où le Christ est célébré comme messie nous présentent la croix du Christ comme une souffrance acceptée par amour pour le monde. Dans la première lecture, nous voyons l’amour obéissant du ‘’Serviteur de Dieu’’ en qui il a mis tout son espoir. La croix est une souffrance acceptée dans l’obéissance. Le psalmiste dira : ‘’ mon cœur est prêt mon Dieu, mon cœur est prêt’’. Psaume : 108,2.

La deuxième lecture quand à lui montre le Christ qui par amour se fit humble lui qui ‘’ était semblable à Dieu’’. La croix est une souffrance acceptée dans l’humilité. L’évangile quant à lui montre le Christ qui, par amour pour le Père et les hommes, accepte une souffrance et une mort injuste. ‘’ Que ta volonté soit faite’’. La Croix est une souffrance acceptée par amour de Dieu et des hommes. La longueur des textes de ce jour est un argument solide pour ne pas faire une longue homélie mais pour insister sur certains points afin de pousser à la méditation.

1- La vraie gloire passe par la Croix du Seigneur : il faut distinguer ici la Croix du Seigneur (une souffrance acceptée par amour dans l’humilité et l’obéissance) des autres nombreuses croix qui existent dans nos vies qu’elles soient dues ou indues. La Croix du Seigneur est une souffrance indue donc injuste mais acceptée par amour pour Dieu et les hommes. C’est le problème réel de tout homme. Le désir de gloire habite profondément l’homme et il est prêt à beaucoup de sacrifices pour l’atteindre. C’est donc difficile à comprendre, mieux à accepter que le chemin vers la vraie gloire passe par la Croix. L’homme préfère et accepte de souffrir s’il a l’assurance que cette souffrance lui apportera quelque chose à lui d’abord. Tout ce qu’il fait a d’abord pour finalité son propre intérêt. Or, la Croix du Seigneur a pour but, la gloire de Dieu et le salut des hommes.

Humainement parlant, la croix est un échec, une faillite, une honte pour cet homme Jésus qui a sauvé tant d’hommes et ne semble pas pouvoir se sauver lui-même. On voit bien le désarroi des disciples que Jésus lui-même avait déjà prévenus : " Cette nuit, je serai pour vous une occasion de chute ; car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées’’. On peut donc bien comprendre pourquoi la croix est et demeure incompréhensible pour le monde. Elle demande d’échouer, de tout perdre sans garantie. Pour atteindre la gloire, la logique de la Croix du Seigneur demande de se sacrifier alors que celle du monde pousse à sacrifier les autres. On aime bien Dieu mais on n’est presque jamais prêt à faire le sacrifice suprême pour lui. Et quand il s’agit de l’homme, la question est plus délicate. Saint Paul nous en donne une bonne réplique : ‘’ A peine en effet, voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir. Rom 5,7. La logique de la croix demande de mourir pour des pécheurs qui n’en savent encore rien.

Accepter de se sacrifier pour le salut de l’homme et la gloire de Dieu nous semble plus difficile et trop compliqué. C’est plus facile de sacrifier des gens pour sa propre gloire. C’est pourquoi le chemin vers la gloire humaine et terrestre est jonchée de croix dressées pour les autres. Le chemin vers la vraie gloire est empruntée par des gens qui portent leur propre croix et celles des autres des autres. Ces croix sont comme la croix du Seigneur. Tous les protagonistes de cette triste scène de l’évangile montrent par leur réaction à quel point ils sont dépassées par les événements et ceci à cause de leur conception de la croix et de la gloire.

2- Accepter et porter la Croix du Seigneur avec lui est une grâce que Dieu donne. " Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! ". Cette parole de Jésus dite à un moment de grande angoisse, montre l’état d’âme de Jésus. Son amour pour son Père demeure intact mais son humanité s’est exprimée. Le mystère de Croix est une chose insondable que seul le Seigneur aide à accueillir. Il faut demander à Dieu la grâce de savoir porter la croix et à le suivre. Chers amis et bien aimés du Seigneur, nous entrons dans la semaine sainte, une semaine qui doit nous aider à mieux nous sanctifier. Vivons cette semaine dans une union intime avec la Croix du Seigneur.

Père S. Elzéar Spire ADOUNKPE. ‘ Aimer, Servir, Obéir, Vivre et Faire Vivre’’

MESSE CHRISMALE : HOMELIE DE MGR EHOUZOU
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Mgr René-Marie EHOUZOU

Chers fils et filles bien aimés,

Chers confrères dans le sacerdoce,

Je vous salue au nom du Christ notre paix et notre salut. Après les grandes festivités des 150 ans d’Evangélisation le 10 avril dernier, nous entrons aujourd’hui au cœur de la grande fête pascale avec la messe chrismale. C’est un moment liturgique unique, quasi sacramentel, dans la célébration pascale. Comme toutes les communautés diocésaines, notre Eglise Famille de Dieu est convoquée pour la bénédiction des huiles saintes par l’évêque. C’est la bénédiction qui a donné son nom à cette messe solennelle. Ce sont ces huiles, l’huile des catéchumènes, mais précisément l’huile des malades et le Saint Chrême, qui serviront pour les divers sacrements au cours de l’année liturgique. La participation de la communauté, votre participation, est à vivre comme un acte de foi, un geste liturgique d’accueil des grâces qui lui seront offertes tout au long de l’année. Je pense spécialement à tous les fidèles qui recevront les divers sacrements durant cette année liturgique. Comment ne pas évoquer ici, dans le cadre des célébrations des 150 ans d’Evangélisation de notre pays, le baptême des 150 enfants qui seront oints par le Saint Crème le 13 mai prochain. Par cette bénédiction solennelle des huiles saintes réservée aux évêques, s’établit en quelque sorte, le lien spirituel qui lie chaque fidèle au pasteur diocésain.

Au cours de la même cérémonie, les prêtres renouvellent leurs promesses sacerdotales devant moi et avec moi. Nous pouvons déjà anticiper la fête de notre naissance le jeudi saint au cénacle, lors de l’institution conjointe de l’Eucharistie et du sacerdoce. La participation de la communauté, votre participation qui rappelle à vos prêtres la matrice ecclésiale de leur vocation et de leur engagement, est aussi pour vous, les fidèles, un acte de foi. En entourant vos prêtres comme vous l’avez fait lors de leur ordination respective au presbytérat, vos posez un geste liturgique de l’engagement qui est le vôtre envers ceux qui vous conduisent dans nos diverses familles paroissiales.

Mes chers fils prêtres, chers confrères dans le sacerdoce, je vous souhaite une très bonne fête du Sacerdoce. Je vous redis la joie et la sollicitude paternelles avec lesquelles je tiens à donner à l’engagement de chacun d’entre vous les conditions indispensables à l’épanouissement de sa mission dans le diocèse. L’évêque est toujours conscient du caractère irremplaçable de l’engagement pastoral de ses prêtres. La messe chrismale sera toujours pour moi l’occasion - à ne pas manquer - pour vous témoigner de la gratitude de toute notre Eglise Famille de Dieu.

Je me dois aujourd’hui de vous remercier personnellement et au nom de tout le diocèse pour votre enthousiasme pastoral et votre engagement généreux dans la vigne du Seigneur. Soyez convaincus autant que moi-même que chaque geste pastoral du Prêtre, chaque instant de sa vie, toute sa vie, donc toute votre vie qui est service, contribue à la construction de notre Eglise Famille de Dieu. Je salue spécialement le courage manifesté par nombre d’entre vous dans la résolution de divers problèmes pastoraux comme dans la recherche de solution pour les problèmes plus complexes touchant votre vie de prêtre et la fécondité de votre ministère.

Chers fils et filles bien aimés, La messe chrismale est donc une occasion solennelle exceptionnelle où nous sommes invités à ouvrir nos cœurs et nos vies aux merveilles que Dieu a promises et déployées dans la rédemption en son Fils Jésus-Christ, notre Seigneur. Le texte d’Isaïe que nous venons d’entendre nous a donné la promesse qu’il en avait faite dans l’Ancien Testament. Le prophète l’a formulé en termes d’une ère nouvelle, une libération dont les bénéficiaires sont les pauvres et les affligés, c’est-à-dire ceux qui ont creusé en eux l’attente et la soif nécessaires à la réception des dons divins. Le prophète parlait d’une restauration radicale et totale du peuple que Dieu s’emploie à se donner au fil des âges à travers les générations humaines. Sans m’employer dans ce cadre à vous faire découvrir la dynamique sacramentelle sous-jacente à ce beau texte d’Isaïe, je puis affirmer que c’est essentiellement dans les sacrements que le Seigneur accomplit jour après jour et de façon tangible les merveilles qu’il a promises et annoncées par ses prophètes comme il le fait par Isaïe dans la première lecture.

Le plus merveilleux dans les promesses de Yahvé comme dans leur réalisation sacramentelle est la part qu’il y donne à l’homme. C’est du cœur de l’humanité que Yahvé suscite les collaborateurs qu’il consacre à son œuvre de rédemption. C’est comme tel que le Christ se présente dès le début de son ministère terrestre. Il est le sacrement par excellence de la vie de Dieu pour les hommes. C’est lui que Yahvé a consacré, il lui donné l’onction pour faire de lui le tremplin de ses merveilles. L’Esprit du Seigneur Yahvé est sur moi, car Yahvé m’a donné l’onction. Cette déclaration inaugurale du Christ à la synagogue de Nazareth signifie que la plénitude de l’Esprit qu’il détient en tant que Fils du Père de toute éternité s’étend à l’humanité qu’il a pleinement assumée par son entrée dans l’aujourd’hui de notre histoire comme le grand prêtre qu’il nous fallait.

A cette même occasion, l’année dernière, je vous disais, chers confrères et fils bien aimés, qu’« à chaque pas de notre vie et de notre ministère presbytéral, […], nous pouvons ouvrir et lire cette page d’Isaïe sous la bannière du Sacerdoce du Christ : L’Esprit du Seigneur Yahvé est sur moi, car Yahvé m’a donné l’onction ; il m’a envoyé porter la Bonne nouvelles aux pauvres. Il nous revient de développer et de déployer le commentaire que le Christ y a ajouté : les merveilles de la Bonne Nouvelle doivent s’accomplir dans l’aujourd’hui de nos peuples par nos vies configurées à la vie du Christ lui-même.

Cette année, je vous engage à contempler la grandeur, la beauté de cette consécration qui nous lie au Christ et à en vivre plus rigoureusement les exigences. Vous savez combien les médias ont malmené le sacerdoce à partir de certains scandales que les journalistes avaient beau jeu de monter et de montrer en boucle. Les faits liés à des parties du monde n’en démontrent pas moins la nécessité pour tous les prêtres de redécouvrir cette consécration qui est une grâce incommensurable.

Je vous parlerai en cela de la grandeur et de la beauté de cette configuration au Christ qui change ontologiquement le prêtre et fait de lui un alter Christus, exigeant du prêtre les mêmes dispositions que le Christ, au plus profond de son être comme dans tout son engagement. Pour l’appuyer, je vous renverrais volontiers au chapitre 17 de l’évangile de saint Jean, à la prière dite sacerdotale. Il faut y voir une prière consécratoire prononcée directement par le Christ lui-même pour l’ordination de chaque prêtre, de tous ceux qui accepteront cette onction que par lui, avec lui et en lui Dieu donne aux hommes pour la rédemption du monde.

9 « C’est pour eux que je prie ; je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux qui sont à toi et que tu m’as donnés […] 11 Je ne suis plus dans le monde, mais eux restent dans le monde alors que moi je retourne vers toi. Père Saint, garde-les en ton Nom, celui-là même que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. […] 16 Ils ne sont pas du monde, comme moi-même je ne suis pas du monde. 17 Rends-les saints grâce à la Vérité : ta Parole est Vérité.18 Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les envoie dans le monde, 19 et maintenant je me consacre pour eux, de façon qu’eux aussi soient consacrés dans la Vérité. »

Ces lignes sélectionnées à travers la prière sacerdotale peuvent en même temps nous rappeler les exigences de notre engagement sacerdotal. Elles nous parlent de l’exigence ontologique d’une mise à part à l’exemple et à la suite du Christ. Le verbe « consacrer » signifie que, par l’ordination, à la demande solennelle de Jésus lui-même, le prêtre est mis à part, en sacrifice comme Jésus lui-même, pour devenir, à son tour, capable de perpétuer les merveilles de la rédemption dans le monde. Qu’ils soient au service de la vie et de l’unité de son Corps qui est l’Eglise.

Cette mise à part est la matrice de tout ce que nous sommes et de toutes les grâces que nous devons chaque jour obtenir pour le peuple de Dieu qui nous est confié. A travers cette eucharistie, demandons au Christ lui-même de nous guérir de ces soucis mondains qui peuvent fourvoyer le prêtre en le rivant dans le monde et l’éloigner de son champ pastoral. Un de ces pièges subtil est la cupidité et l’âpreté au gain que le Christ a dénoncé durant son ministère avec le point culminant de l’épisode de sa colère au temple de Jérusalem. Le prêtre est un combattant pour la conquête du royaume des cieux avec l’arme de l’esprit de pauvreté !

C’est dans cette mise à part comme citoyen privilégié du Ciel que se comprend à sa juste valeur le célibat sacerdotal. Le célibat du prêtre n’est plus alors à regarder comme une exigence disciplinaire. Il devient le moyen efficace de la marche résolue du prêtre sur le chemin de la perfection, de la sainteté ; il se vit comme une chance pour la pertinence de cette mise à part, du don total que le prêtre fait de sa vie au Christ pour le service sans discrimination de tous. C’est l’expression tangible de l’entière consécration au service du Christ et de son Eglise, sans que le cœur soit partagé ou en proie au balancier des amours humaines.

Je me permets de souligner ici que toute affection ou marque d’affection, toute relation privilégiée attendue du prêtre ou donnée par ce dernier, en dehors d’une affection paternelle enracinée dans l’accompagnement spirituel, puisée à la source de cette consécration ne peut être qu’une trahison caractérisée de la part du prêtre ; pour les fidèles qui sollicitent une telle affection ou relation, ce peut être que source d’égarement, de frustration et de sabotage du plan du salut que Dieu a mis en œuvre par la vie des prêtres. Les déboires des fidèles ne peuvent s’en trouver que décupler et malheur au prêtre s’il en arrive ainsi à renier le Christ et à le trahir au point d’aggraver la douleur des fidèles qu’il est appelé à guérir et à guider.

Les exigences de notre consécration n’ont de consistance et de pertinence que dans la foi et la communion de l’Eglise. Le ministère sacerdotal est service de la vie éternelle qui est la connaissance du seul vrai Dieu et de celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ, seule puissance donnée aux hommes pour leur salut. La foi est la condition de tous les dons de Dieu. Le prêtre doit être avant tout un témoin de la foi de l’Eglise. Rien dans la vie du prêtre ne doit faire douter de son attachement à la foi reçue de l’Eglise Catholique. Rien dans la vie du prêtre ne doit faire soupçonner la recherche d’une puissance autre que celui remise entre ses mains par les sacrements, avec au sommet l’Eucharistie.

Chers Confrères dans le sacerdoce, vous savez bien comment certaines amitiés peuvent nous conduire en dehors des limites de la communauté chrétienne catholique, jusqu’à nous faire lutter contre l’Eglise. Vous savez bien comment une manipulation sans précaution de la pharmacopée pourrait conduire à des points de non retour, jusqu’à des pactes avec le démon ! Restons attachés au Christ dans la prière et unis à l’Eglise pour éviter d’être happés par le malin. La communion ecclésiale est la protection sûre contre tout égarement de la foi et contre l’abandon des exigences de notre consécration. Père Saint, insiste Jésus auprès de son Père, garde-les en ton Nom, celui-là même que tu m’as donné, pour qu’ils soient un comme nous. Le prêtre est ici interpellé dans l’exigence de l’obéissance qu’il doit à l’Eglise à travers son évêque. L’obéissance est le premier lieu de vérification de l’enthousiasme du prêtre à suivre les exigences de sa consécration. Cela ne va pas de soi puisque l’obéissance repose sur une grande humilité et peut solliciter notre capacité à souffrir pour le Christ. N’est-ce pas le chemin difficile mais exaltant que le Christ nous a tracé comme nous l’avons entendu dans la première lecture du dimanche dernier ?

Lui qui jouissait de la nature de Dieu, il ne s’est pas attaché à cette égalité avec Dieu, mais il s’est dépouillé, jusqu’à prendre la condition de serviteur devenu semblable aux humains, reconnu à son aspect comme un homme, il s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort en croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé. (Philippiens 2,6-9a)

J’ai souligné et salué tantôt, au début de cette méditation, les efforts que mes prêtres déploient pour une collaboration ecclésiale franche pour les encourager à l’affermir. Je ne puis cependant taire les difficultés qu’éprouvent parfois certains parmi nos prêtres à y entrer pleinement. Le plus lamentable est la complicité que des fidèles sont parfois tentés de leur donner, leur fournissant ainsi le maquis d’une rébellion spirituelle qui enlève toute fécondité à leur engagement ; cette désobéissance notoire est une action suicidaire pour la vie du prêtre.

Vous comprenez ainsi, chers fidèles, comment chaque exigence de la consécration sacerdotale en appelle à l’engagement communautaire et individuel des fidèles pour entretenir chez vos prêtres et avec vos prêtres, le don précieux que Dieu a donné à tout son peuple et à l’humanité en nous donnant l’onction. Pour vous, chers fils et filles bien aimés, membres de notre Eglise Famille de Dieu, la célébration d’aujourd’hui doit fixer davantage vos regards sur le mystère de la consécration sacerdotale et de ses merveilles pour vous donner l’attitude de cette foule qui, à la vue des miracles du Christ, était saisie d’une crainte plutôt religieuse et rendait grâce à Dieu d’avoir donné un tel pouvoir à des hommes (cf. Mt 9,8). En ce qui nous concerne, chers confrères dans le sacerdoce, accueillons humblement cette puissance en reconnaissant qu’elle a des exigences à respecter et à vivre de la part du Prêtre. C’est un don à entretenir comme socle du renouvellement que la rédemption nous apporte.

Daigne Marie notre Mère nous garder auprès d’elle dans la communion avec l’Eglise et nous enseigner le chemin du respect du « oui » donné à Dieu. Qu’elle soit notre conseillère sur le chemin de la rédemption du monde.

Et que la paix soit avec vous !

Mgr René-Marie EHOUZOU.

24 AVRIL 2011 : DIMANCHE DE PÂQUES ANNEE A

« Ce jour que fit le Seigneur est un jour de Joie, Alléluia !  »

Je voudrais avant tout vous souhaiter à tous une bonne fête de la Résurrection du Seigneur. Ce dimanche est vraiment un Jour Grand, jour où Dieu, en ressuscitant son Fils d’entre les morts, a vaincu la mort, notre mort. Quand on sait que le mystère de la Résurrection du Seigneur est le noyau et le cœur de notre foi, quand on sait que c’est ce mystère que nous célébrons tous les autres dimanches de l’année liturgique, on peut dire avec raison que ce Dimanche est le premier de tous les dimanches et le plus grand de toute l’année liturgique. Oui, sans aucun doute, Pâques est la plus sacrée des Fêtes chrétiennes car Saint Paul le dit sans ambages : « si Christ n’est pas ressuscité, vaine alors est notre prédication et vaine aussi votre foi » 1 Co 15,14. La fête de ce jour est donc avant tout, la fête de la foi, fête de la foi chrétienne en ce qu’elle a de plus essentiel. Et la foi est d’abord et avant toute une adhésion personnelle au Christ Ressuscité. En ce sens, l’évangile de ce jour nous donne un enseignement fondamental. Les deux disciples ont couru ensemble, même si l’un a devancé l’autre ; ils ont découvert ensemble le tombeau vide, même si l’on est entré avant l’autre ; pourtant l’auteur du récit (qui n’est personne d’autre que le "disciple que Jésus aimait") ne rend compte que de sa foi à lui : « il vit et il crut ». Si ce récit était écrit à la première personne de la conjugaison, on aura plutôt : « je vis et je crus » alors qu’on aurait pu s’attendre à une marque du pluriel, un « nous » ou un « ils » par exemple. Voilà la dimension personnelle et l’affirmation individuelle de foi qui conviennent en ce jour. C’est dans une communauté que la foi se vit et s’épanouit pleinement mais elle est avant tout un aveu personnel et individuel de foi en la résurrection du Seigneur. Le disciple que Jésus aimait nous le rappelle bien en ce jour.

Par ailleurs, la fin de l’évangile nous apporte une autre précision importante : « jusque-là, conclut l’évangéliste, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. » Et alors, quand verront-ils enfin ? Avec les apparitions et les éclaircissements du Ressuscité mais aussi avec la Force et la Lumière de l’Esprit qu’ils recevront à Pentecôte. C’est seulement après cela que Pierre pourra faire le brillant témoignage que nous avons entendu dans la première lecture, un témoignage qui est en même temps un récapitulatif de la vie de Jésus au milieu des siens avant et après la résurrection. Et Pierre de conclure : « Il nous a chargés d’annoncer et de témoigner que Dieu l’a choisi comme juge des vivants et des morts ». Annoncer et témoigner, voilà deux verbes qui résument toute la mission de l’Eglise et toute la vie du chrétien que Saint Paul désigne dans la deuxième lecture comme un « ressuscité avec le Christ ». C’est à ce titre qu’il doit tendre vers les réalités d’en haut et non pas vers celles de la terre. Bref, Croire, Annoncer et Témoigner, voilà l’essentiel du message de ce jour. Comme Marie-Madeleine, le Seigneur attend de chacun de nous que nous allions annoncer à tous nos frères qu’Il est vivant, qu’il a vaincu la mort pour nous délivrer du tombeau de nos péchés et de la frayeur de notre mort. Puisse la joie de ce jour renforcer notre foi et raviver notre élan de témoignage au milieu de nos frères les hommes. Amen !

Je voudrais finir en souhaitant, de façon toute spéciale, une Bonne Fête de Pâques à tous les nouveaux baptisés de la Sainte Nuit d’hier, à tous ceux qui le seront aujourd’hui ou dans les jours à venir. Que la pureté et l’innocence dont le Christ les a revêtus rejaillissent en grâces sur toute notre famille diocésaine ! Ce jour que fit le Seigneur est un jour de Joie, Alléluia !

Père Edmond AVOCEFOHOUN,

Professeur au Séminaire Propédeutique St Joseph de Missérété.

1er MAI 2011 : 2ème DIMANCHE DE PÂQUES ANNEE A

Tous les deuxièmes dimanches de Pâques, nous avons l’habitude de méditer ce texte de Saint Jean qui nous relate la double apparition du Seigneur aux disciples mais qui est plus marqué par le doute puis la profession de foi de Thomas. Le rôle majeur de l’apôtre Thomas dans cet extrait johannique a valu à ce deuxième dimanche de Pâques d’être surnommé le dimanche de Saint Thomas. Mais l’enseignement de l’Eglise en ce jour est très riche et va au-delà de la seule figure d’un disciple. D’abord, parce que l’Eglise voudrait que chacun de nous, avec ses doutes et hésitations de foi, se reconnaisse dans l’apôtre Thomas et réaffirme une fois encore sa foi en la résurrection du Seigneur. Car en déclarant « bienheureux ceux qui croient sans avoir vu », il est évident que le Seigneur ne s’adressait plus à Thomas mais à chacun de nous. C’est donc un dimanche idéal pour que chacun réaffirme sa foi en la Résurrection. De plus, il y a un autre enseignement essentiel dans le récit évangélique de ce jour. Pourquoi le Seigneur a-t-il tenu à revenir pour effacer le doute de Thomas ? Et bien, c’est aussi et surtout pour refaire l’unité de foi au sein de l’équipe des Onze. Cela s’avérait nécessaire en ce sens que le doute d’un seul pourrait suffire à empoisonner la cohésion au sein du noyau des Onze. Le Seigneur qui a prié et supplié son Père pour l’unité de ses disciples ne pouvait laisser subsister une telle situation. Car l’unité de la foi et dans la foi est fondamentale pour un témoignage crédible surtout au cœur d’un Jérusalem hautement hostile au Crucifié-Ressuscité. C’est donc une preuve supplémentaire de son attachement à notre unité dans l’affirmation de la foi que le Seigneur nous donne en ce jour. Unité et pleine communion dans la foi qui devient ferment de l’unité dans le témoignage d’amour. C’est ce que confirme la première lecture de ce jour en nous montrant l’exemple de la première communauté chrétienne : « tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble et ils mettaient tout en commun… ». Les détails de ce texte pourraient bien faire sourire plus d’un de nos jours et susciter humours et rires incrédules. Et pourtant, c’est l’idéal de toute communauté de disciples si tant est que chaque disciple se reconnait, ainsi que le dit Saint Pierre dans la deuxième lecture, comme un être "re-né" « grâce à la résurrection de Jésus Christ pour une vivante espérance, pour un héritage qui ne connaitra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement » ; cet héritage qui nous est réservé dans les cieux et qui va au-delà de toutes nos considérations matérialistes et individualistes qui font de plus en plus aujourd’hui obstacle à la vraie communion fraternelle au sein de nos communautés. Appel individuel à une véritable profession de foi comme Thomas, appel à œuvrer pour sauvegarder l’unité de tous dans la seule et même foi, appel enfin à jauger, en cette période pascale, notre vécu communautaire à l’aune de la communion fraternelle et ecclésiale dont les premiers chrétiens nous ont laissé le témoignage : voilà l’essentiel du message de ce jour. Tous unis dans la même foi et le même amour fraternel Rappelons pour finir que ce Dimanche, 1er Mai 2011, est le jour retenu pour la béatification de notre bien-aimé et vénéré Pape Jean-Paul II. C’est celui-là même qui a fait du 2ème dimanche de pâques, un dimanche dédié à la Miséricorde Divine. Maintenant qu’il jouit de la céleste félicité, puisse-t-il faire pleuvoir sur l’Eglise toute entière les innombrables douceurs du Cœur Miséricordieux de notre Dieu. Bonne fête enfin à tous les Travailleurs sous la bénédiction de Saint Joseph !

Père Edmond AVOCEFOHOUN

Professeur au Séminaire de Missérété.

08 Mai 2011 : 3ème DIMANCHE DE PÂQUES ANNEE A

«  (…) Et ils parlaient de tout ce qui s’était passé  » (Lc 24, 14).

Chrétiens mes frères, bien-aimés de Dieu, Voici deux disciples du Christ, ordinairement appelés disciples d’Emmaüs qui faisaient route vers un village du nom d’Emmaüs. C’était après l’événement douloureux de la passion-mort de leur Maître Jésus. Très désemparés et désappointés par le départ tragique de leur Seigneur, ces disciples se demandaient certainement ce qu’ils allaient devenir. Celui en qui ils mettaient leur espérance et leur confiance est mort. Jésus de Nazareth a été arrêté et tué. Lui qui était un grand prophète, « un prophète puissant », Dieu n’est même pas intervenu pour le sauver, ni avant, ni après sa mort : « Voici, en effet, le troisième jour que ces faits se sont produits » déclarent ces disciples (Lc 24, 21b). Toutes leurs espérances s’effondraient tout d’un coup. Que faut-il faire ? Retourner chez eux pour reprendre calmement la vie qu’ils menaient avant la rencontre avec ce Jésus en valait certainement la peine ! Et les voilà décidés ; ils repartent alors chez eux pour oublier ce cauchemar. En effet, le texte d’évangile ne dit rien au sujet de leur voyage vers Emmaüs. On pourrait donc, à juste titre, croire qu’ils fuyaient, qu’ils allaient vers un endroit calme pour oublier cet événement dramatique qui bouleversa tout leur projet de couler une existence paisible et heureuse à côté d’un roi politique que serait le Christ : « Et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël ! » C’est donc avec amertume, déception et consternation qu’ils parlaient et discutaient sur la route. « (…) Et ils parlaient de tout ce qui s’était passé ». Oui, ils parlaient de tout, sauf de l’essentiel, c’est-à-dire ce que l’Ecriture dit concernant le Messie, ce Jésus. Ils ont oublié d’aller à l’essentiel, de scruter les Ecritures pour mieux comprendre ce qui se passait. Et voilà qui les rend aveugles. Mais heureusement, Jésus ressuscité est encore là, pour les secourir dans leur ignorance, pour leur expliquer, « dans toute l’Ecriture ce qui le concernait » ; mieux pour ouvrir leurs yeux et les conduire à la foi en sa résurrection. Ce récit évangélique nous parle de nous et de notre vie. Notre vie chrétienne à la suite du Christ ressemble parfois au chemin d’Emmaüs ; elle est déception des attentes légitimes ou illusoires nourries et entretenues. Face aux imprévus de la vie, pire aux épreuves de la foi, il n’est pas rare que le silence et l’adoration qui doivent être les nôtres, laissent place aux discussions vagues et inopportunes, pire au rejet du vrai Dieu : Et souvent, nous parlions et discutions ! Nous gardons souvent les yeux rivés sur nos problèmes et nos ennuis. Quand le doute, la tristesse et le découragement nous accablent, nous marchons souvent sur le chemin de foi en tournant le dos à nos espérances. Préoccupés par nos souffrances et nos déceptions, nous oublions parfois la meilleure attitude qui doit être abandon à Dieu, confiance au Maître de la barque de notre existence. Nous décidons parfois de retourner à nos vieilles ornières, nos anciennes habitudes contraires à la foi chrétienne ; nous préférons retrouver l’homme ancien. Mais aujourd’hui, le Christ ressuscité nous invite à reprendre le chemin de l’annonce, qui est chemin de foi, chemin vers Dieu, chemin de confiance, chemin de combat et de persévérance malgré tout. Ce chemin qui s’ouvre bien évidemment avec la fréquentation de la Parole de Dieu. Cette Parole qui doit être constamment lue et relue, mieux cette Parole qui doit être méditée, c’est-à-dire devenir lieu de prière, de rencontre personnelle avec le Ressuscité. C’est là que nous pouvons et devons puiser la force de la foi, la force de témoigner que le Christ est vraiment ressuscité, et partant être ses vrais disciples. Le Christ ressuscité nous rassure donc une fois encore de sa présence effective à nos côtés, aux moments où nous avions surtout l’impression que tout est fini. Il nous invite à la confiance qui passe par le ferment de la Parole de Dieu, de l’Ecriture. Que le Seigneur ouvre nos cœurs à l’intelligence des Ecritures et nous donne la grâce de toujours lui dire, au cœur de nos désespoirs et de nos peurs : « Reste avec nous… »

Père Armand ALOWAKENNOU

Professeur au Séminaire de Missérété

15 Mai 2011 : 4ème DIMANCHE DE PÂQUES ANNEE A

Ac 2, 14a.36-41 / 1 P 2, 20b-25 / Jn 10, 1-10 « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage » rassure le Christ (Jn 10, 9).

Chrétiens mes frères, Ordinairement appelé dimanche du Bon pasteur, ce quatrième dimanche de Pâques nous présente Jésus, dans l’évangile de Saint Jean, comme le Véritable Pasteur, Celui qui porte constamment l’ardent souci du bien-être de ses brebis, de ses frères. Avec cet évangile, cette parabole, nous pouvons contempler, admirer quelques traits, quelques images fortes qui font du Christ le Véritable et Bon Pasteur des enfants de Dieu.

Le Christ lui-même se présente en effet comme celui qui entre par la porte, ou encore comme la porte elle-même : « Moi, je suis la porte » déclare-t-il (Jn 10, 7). Cette image est très expressive car elle fait découvrir le Christ comme le Maître de maison, le Maître et responsable des enfants de Dieu puisqu’il se présente à découvert ; il se fait voir de toutes ses brebis, de tous ceux qui acceptent de le voir. Voyez-vous ! On pourrait même affirmer que comme cela, en entrant par la porte et en se faisant voir de tous, le Christ ne cache pas ses œuvres car elles sont bonnes et elles sont bien connues de ses brebis parce qu’il est la Lumière. Il n’entre pas dans la bergerie incognito comme celui qui escalade (Cf. Jn 10, 1) parce que les œuvres de ce denier ne sont pas bonnes ; il n’appartient pas à la lumière. Le Christ exprime par ailleurs cette réalité dans ce même évangile de Saint Jean plus clairement encore : « En effet, tout homme qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne lui soient reprochées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient reconnues comme des œuvres de Dieu » (Jn 3, 20-21). Autrement dit, celui qui vit dans la médiocrité, dans l’hypocrisie, celui qui est en porte à faux avec les exigences de son état de vie ne passe pas par la porte parce qu’il a peur d’être mis à nu. Par contre, celui qui vit dans la Lumière, celui qui vit dans la vérité ne craint rien, c’est lui le bon pasteur, c’est lui le vrai époux ou la bonne épouse, c’est lui le bon prêtre ou le bon religieux… Nous sommes donc tous interpellés aujourd’hui dans l’état de vie qui est le nôtre, prêtre, religieux ou simples laïcs. Le Seigneur nous invite tous à être pour nos frères chrétiens, pour nos enfants ou pour tout homme le bon pasteur, c’est-à-dire celui qui vit dans la vérité sans hypocrisie aucune. Mais alors, comme prêtres, religieux, mariés ou simples enfants de Dieu, sommes-nous fiers de nos œuvres ? Avions-nous toujours le courage de passer par la porte, c’est-à-dire de toujours paraître au grand jour sans honte et inquiétude ? Voilà des interrogations qui nous invitent à faire notre auto-prise de conscience pour corriger ce qui, dans notre vie ne répond pas ou ne correspond pas au Bon Pasteur que nous sommes appelés à imiter.

Par ailleurs, le Christ dans l’évangile fait comprendre à ses auditeurs que non seulement les brebis écoutent sa voix, mais plus encore lui-même les connaît et les appelle chacune par son nom. Connaître et appeler quelqu’un par son nom suppose en effet une certaine relation de confiance ; une relation d’amour. D’ailleurs, quand la Bible emploie le terme connaître, c’est bien pour signifier une relation entre deux êtres, une relation d’amour entre Dieu et ses créatures (Cf. 1Co 8,3 ; Ga 4, 9). Voyez-vous ! Ceci nous permet donc de comprendre que le Christ Bon Pasteur, en affirmant qu’il connaît et appelle ses brebis, chacune par son nom, montre qu’il a établit ou qu’il existe une relation de confiance et d’amour avec celles-ci. Voilà qui, d’une part, nous invite aussi à être bon pasteur pour les autres, c’est-à-dire amour pour nos frères ; et de l’autre, cette réalité nous invite à répondre, à vivre et à demeurer dans la confiance en nous efforçant de rendre au Christ la pareille, et cela en répondant constamment oui à son appel dans une vie de témoignage exemplaire. Très important sans doute ! Mais qu’en est-il dans nos vies, surtout de prêtres et de consacrés ? Comme mariés ou plus encore, comme prêtres ou consacrés, quelle relation établissons-nous avec les autres, nos frères en Christ ou ceux dont nous avons la charge d’âme ? Relation de confiance ou de méfiance ? Relation d’Amour ou d’amour ? Comment les connaissons-nous et les appelons-nous ? Par leur nom de baptême ou celui que nous choisissons nous-mêmes, expression de nos infidélités ? Par Thérèse, Pauline, Paul ou par ‘’ C ’’ (mon cœur, ma colombe, ma chérie, ma carotte, mon chocolat, mon chou….) ?

Miséricorde Seigneur ! En ce jour où l’Eglise supplie le Seigneur de donner des prêtres à son peuple, demandons-lui de donner des prêtres à l’image du Bon Pasteur, des prêtres conscients de leur engagement et préoccupés de conduire les hommes à Dieu. Amen.

Père Armand ALOWAKENNOU, Professeur au séminaire Saint Joseph de Missérété.

22 MAI 2011 : 5ème DIMANCHE DE PÂQUES ANNEE A

La vocation première de chaque baptisé est un appel à la sainteté qui fait de lui, sur cette terre, un pèlerin en marche vers la demeure du Père. Voilà le message central de l’évangile de ce jour : après sa résurrection, Christ nous a devancés dans la Maison du Père, il nous y prépare une place et nous y attend. Pour l’y rejoindre, nous connaissons vraiment le chemin qui n’est autre qu’une configuration totale au Christ, Chemin, Vérité et Vie ; une configuration pour devenir, comme le dit Saint Pierre dans la deuxième lecture, des pierres vivantes dans la construction du Temple spirituel qu’est l’Eglise, Peuple de Dieu, race choisie et nation sainte.

C’est dire que chaque baptisé, appelé à la sainteté, est aussi appelé à être membre à part entière du Peuple de Dieu encore en marche sur cette terre. Mais ce vivre-ensemble chrétien à laquelle nous sommes appelés n’est pas sans difficulté. En effet, si depuis quelques dimanches, la liturgie nous a présenté, dans les extraits des Actes des Apôtres en premières lectures, les premiers pas des apôtres après la Pentecôte ; si jusque-là, nous avons plutôt eu l’image d’une communauté presque parfaite, harmonieuse, mettant tout en commun et ayant un seul cœur ; voici que la première lecture de ce jour nous raconte ce qu’on pourrait appeler la première fausse note dans la communauté des disciples. Mais, providentiellement, ce qui aurait pu être cause de discorde ou de division entre les disciples est devenu occasion pour réorganiser la communauté, répartir les tâches et rappeler les priorités :

La Prière et le service de la Parole de Dieu. Quelle sagesse de la part des Apôtres ! Voyez comme notre Eglise aujourd’hui au Bénin et à Porto-Novo en particulier a besoin de revenir à ses priorités qui nous ramènent à l’essentiel de notre mission et de notre vocation ! Des communautés chrétiennes, des groupes de prière et associations chrétiennes ne sont-elles pas aujourd’hui en crise pour des questions de nourriture, d’argent ou de matériel ? Certains pasteurs aujourd’hui sont peut-être encore tentés ou donnent l’impression, consciemment ou non, d’être plus préoccupés par ces questions matérialistes et par d’autres gadgets de modernité plutôt que d’être soucieux du service de la Prière, de la Parole de Dieu et des Sacrements.

Les textes de ce dimanche ont donc le mérite de nous rappeler que nous sommes d’abord un Peuple Saint en marche vers la Maison du Père, un Temple spirituel, un peuple de pèlerins appelés à la sainteté et qui doivent laisser les choses de la terre à leur juste place. Cela n’est pas impossible si chacun s’accroche véritablement à Jésus-Christ, Pierre vivante, Chemin, Vérité et Vie. « Approchez-vous de lui », dit Saint Pierre dans la 2ème lecture : Oui, approchons-nous de Lui et accrochons-nous à Lui et Lui seul pour puiser en Lui ce souffle pascal nouveau dont nos vies et nos communautés ont tant besoin pour un témoignage véritablement crédible. Il est de notre intérêt et même de notre survie de nous accrocher à Lui car, nous prévient l’Apôtre, pour ceux qui refusent d’obéir à sa Parole, il pourrait devenir « une pierre sur laquelle on bute et le rocher qui fait tomber ». Que la grâce du Ressuscité vienne à notre aide. Amen !

29 Mai 2011 : 6ème DIMANCHE DE PÂQUES ANNEE A

La mention de Philippe, comme l’un des sept, au début du texte de la première lecture de ce dimanche, nous permet de faire le lien entre ce texte et la première lecture du Dimanche dernier. Philippe, en effet, faisait partie des sept personnes choisies dans le peuple et “ordonnées” par les apôtres pour le service du repas. Et le voici soudain en terre païenne de Samarie où il annonce la Bonne Nouvelle, délivre les possédés et guérit maladies et infirmités. Mais, entre le récit de l’institution des sept (dimanche dernier) et le texte de ce jour, il y a eu en fait un événement très important qu’il convient de rappeler : Etienne, l’un des sept, a été mis à mort par les juifs et ce martyre subit a dispersé les autres disciples hors de Jérusalem. Cependant au lieu que la peur des représailles étouffe la Parole et paralyse l’élan missionnaire des disciples, elle les jette plutôt sur les routes à la conquête des païens. C’est ainsi que Philippe abandonne son tablier de serviteur de table pour revêtir le manteau de messager de la Bonne Nouvelle. Ce passage nous montre bien qu’il n’y avait pas que les apôtres qui se sentaient responsables de la mission d’évangélisation confiée par le Seigneur. Tous étaient donc prêts pour l’annonce de l’évangile, même ceux qui s’occupaient de tâches secondaires dans la communauté.

C’est d’ailleurs la recommandation principale que Saint Pierre donne à tous les croyants dans la deuxième lecture : « vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous ; faites-le avec douceur et respect ». Voilà une consigne qui devrait réveiller l’élan missionnaire des chrétiens tièdes que nous sommes aujourd’hui. Evangéliser en annonçant la Parole de Dieu et en témoignant de sa foi pour faire de nouveaux convertis n’est pas uniquement l’affaire des Evêques et des prêtres ; elle est la mission de tout baptisé puisque, justement par notre baptême, nous sommes faits prêtre, prophète et roi. Annoncer Jésus-Christ, c’est donc obéir aux engagements de notre baptême.

Mais les textes de ce sixième dimanche semblent aussi orienter déjà nos esprits vers la célébration qui mettra un terme à ce temps pascal : la Pentecôte. Dans l’évangile de ce jour, en effet, Jésus promet à ses disciples un autre Défenseur qui sera pour toujours avec eux, c’est l’Esprit de Vérité. C’est lui qui viendra sur les apôtres le jour de la Pentecôte et c’est encore lui que les samaritains, nouveaux baptisés, reçoivent par l’imposition des mains des apôtres Pierre et Jean. C’est lui qui donne à Philippe et aux autres disciples le courage du témoignage et la force pour l’annonce de l’évangile malgré la persécution.

Commençons donc par préparer nos cœurs pour recevoir cet Hôte divin ; qu’il nous réveille de nos tiédeurs et torpeurs et nous relance sur les chemins de la Mission. Il y a tant de gens dans nos familles, maisons, quartiers et services aujourd’hui qui attendent encore un "Philippe" qui leur apporte la Lumière de l’évangile. Oserons-nous enfin aller vers eux ? Que le Défenseur promis par le Seigneur nous en donne la force et le courage. Amen !

Père Edmond AVOCEFOHOUN,

Professeur au séminaire de Missérété.

02 Juin 2011 ASCENSION DU SEIGNEUR ANNEE A
  • Ac 1, 1-11
  • Ep 1, 17-23
  • Mt 28, 16-20

« Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. » (Ac 1,11)

Cette phrase qui conclut la première lecture de ce jour, nous situe sur l’évènement que nous célébrons. Le Christ, quarante jours après sa résurrection d’entre les morts, est monté aux cieux avec son corps devant ses Apôtres surpris. C’est l’ultime épisode qui conclut sa vie terrestre. Ce qui n’est pas sans rappeler celle d’Elie sur un char de feu après une vie prophétique intense que devait poursuivre le jeune Elisée.

La fête de l’Ascension était déjà répandue dans l’Eglise au IVè siècle selon le témoignage de saint Augustin qui nous livre ici son sens à travers l’un de ses sermons. « Il est descendu du ciel par miséricorde, et lui seul y est monté, mais par la grâce, nous aussi nous sommes montés en sa personne » (La Liturgie des Heures, vol.2, p.714). C’est dire donc que cette fête recouvre pour nous l’action de grâce pour le Christ qui finit « physiquement » l’œuvre de notre rédemption et pour nous, l’espérance de le rejoindre un jour au Ciel.

En effet, il est la Tête et nous sommes les membres de son Corps. Il partage notre nature humaine qui, en lui relevée et restaurée, est introduite dans la gloire du Père. C’est cette merveille, réplique parfaite de celle de la Nativité, qui justifie la joie de l’Eglise en ce jour. Mais mettant un terme à sa mission terrestre, le Christ demande explicitement à ses disciples de la continuer. L’ordre de mission est clair : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » ( Ac 1,8b)

Témoigner du Christ en paroles mais surtout par la vie toujours et partout. Et c’est là que cette fête, bien inscrite dans la célébration du jubilé des 150 ans de l’Evangélisation de notre pays, doit être l’occasion de nous interroger sur notre engagement dans la mission d’évangélisation de notre église locale. Tant de personnes autour de nous attendent que nous leur portions la Bonne Nouvelle.

L’évangélisation, tout comme le témoignage de vie personnel au Christ, n’est pas chose aisée dans notre monde où les ténèbres tentent de recouvrir la lumière, où le mensonge a plus d’auditeurs que la vérité, où les compromissions s’érigent facilement en mode d’emploi. C’est pour cela que nous sommes invités en ce jour à méditer, à nouveaux frais, la promesse du Christ : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. » (Ac 1, 8a) et son assurance de ne jamais nous abandonner : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28, 20). Le Saint-Esprit, voilà bien l’arme et l’âme de la mission.

En ces quelques jours qui nous séparent de la Pentecôte, prions-le et invoquons-le pour qu’il réchauffe notre engagement au service du Christ et de son Evangile ; qu’il nous aide davantage à accueillir et jouir de la présence rassurante et réconfortante du Christ dans sa Parole et dans le Pain Eucharistique. Amen

Père Eric Oloudé OKPEITCHA

05 JUIN 2011 : 7ème DIMANCHE DE PÂQUES ANNEE A
  • Ac 1, 12-14
  • 1 P 4, 13-16
  • Jn 17, 1b-11a

« Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie » (Jn 17, 1b).

C’est là une déclaration fondamentale du Christ qui révèle toute la substance de sa grande prière, dite ‘’Prière sacerdotale’’ dont nous méditons un extrait ce dimanche. En effet, en repartant vers Dieu son Père par l’évènement de sa passion-mort et résurrection, Jésus s’est longuement entretenu avec ses apôtres. Il leur a laissé son testament, ses dernières recommandations (Jn 14.15) que nous avions méditées les 5ème et 6ème semaines de ce temps de Pâques.

Aujourd’hui, toujours dans le même contexte de son départ immédiat, Jésus change d’interlocuteur ; il ne s’adresse plus à ses disciples, mais plutôt à Dieu son Père. Il adresse à son Père sa fervente supplication qui apparaît comme un plaidoyer en faveur de ses disciples. Car, une préoccupation fondamentale apparaît dans cette supplication : son ardent et vif souci de voir ses disciples vivre et se conformer à ses enseignements et aux commandements de Dieu. En effet, on peut remarquer la récurrence d’un terme tout le long de cette grande prière, le terme ‘’gloire’’. Le Fils, avant de rejoindre son Père le supplie ardemment de le glorifier : « Père glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. » Que pouvons-nous comprendre par cette expression ?

Loin de revendiquer une quelconque gloire, au sens strict, ou à la manière humaine, Jésus demande plutôt au Père la faveur de sa grâce, la faveur de l’Esprit-Saint pour accompagner et aider ses apôtres dans l’accomplissement de cette noble, mais combien délicate et difficile mission qu’il leur a confiée. Il leur rappellera d’ailleurs cette mission une fois encore le jour de son Ascension, comme nous l’avions entendu Jeudi dernier : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du fils, et du Saint Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés » (Mt 28, 19.20). Conscient de la difficulté de cette mission, conscient de leur limite et de leur nombre bien réduit au regard de l’immense tâche qui les attend, Jésus demande pour ses apôtres l’aide de son Père. Comme l’Esprit-Saint l’a aidé et accompagné durant son ministère terrestre dans l’accomplissement de la volonté du Père, et comme il l’aidera davantage dans l’acceptation de sa passion-mort et résurrection, aussi demande-t-il auprès du Père, cette même faveur, cette même grâce pour ses apôtres.

En effet, en se conformant à la volonté du Père, en accomplissant la mission que le Père lui a confiée, dans l’abandon et le don total de sa personne comme Envoyé de Dieu, Jésus a glorifié le Père. Lui-même le dit assez clairement : « Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais confiée » (Jn 17, 4). Ou encore : « Et maintenant, Père, glorifie-moi auprès de toi (…) J’ai révélé aux hommes ton Nom » (Jn 17, 5.6). Ainsi donc, Jésus, l’Envoyé de Dieu, a accompli convenablement la volonté du Père. Partant, Jésus a glorifié le Père. Dès lors, il demande aussi au Père de le glorifier à travers ses apôtres. Autrement, il demande au Père d’aider ses apôtres à se conformer à ses enseignements. Car, de même que l’Envoyé par excellence, Jésus-Christ a glorifié le Père dans l’accomplissement de sa mission, aussi, ses envoyés devront-ils le glorifier par la fidélité aux enseignements qu’il leur a donnés. « C’est pour eux que je prie (…) Je suis glorifié à travers eux » (Jn 17, 9.10) déclare le Christ.

Cette ardente supplication du Christ pour sa glorification révèle donc la joie de Dieu de voir ses apôtres se conformer à sa volonté. La fidélité des apôtres de Jésus, l’obéissance des chrétiens, voilà qui les grandit aux yeux de Dieu. Dieu trouve sa joie dans la fidélité de ses enfants. Voilà donc pourquoi Jésus prie ardemment le Père pour ses apôtres, et pour nous aussi aujourd’hui, avant de repartir vers son Père. Cela doit alors profondément nous interpeller et nous inciter constamment d’une part, à faire toujours notre possible pour vivre conformément aux enseignements de notre Seigneur. Ce n’est sans doute pas facile ! Le Christ lui-même en a conscience. C’est pourquoi il a longuement prié le Père pour qu’il leur envoie l’Esprit de lumière. Aussi, devrons-nous de l’autre, redécouvrir la place de la prière dans notre vie chrétienne. Les apôtres l’ont très tôt compris. Voilà pourquoi « d’un seul cœur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères » (Ac 1, 14).

Nous avons donc besoin de prier avant tout, en toute chose et après tout pour que la lumière de l’Esprit Saint nous éclaire et nous guide sur le chemin vers Dieu qui est chemin de l’annonce, chemin du témoignage. Que Marie nous soutienne et nous aide à prier constamment pour que l’Esprit Saint descende sur nous et nous accompagne toujours. Amen.

Père Armand ALOWAKENNOU

Séminaire de Missérété

12 JUIN 2011. DIMANCHE DE PENTECOTE ANNEE A
  • Ac 2,1-11
  • 1Co12,3-7.12-13
  • Jn 20,19-23

« Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie » (Ac 2, 2).

Cinquante jours après la fête de Pâques, nous célébrons aujourd’hui, dans la joie et la gaieté de cœur, la grande solennité de la Pentecôte qui clôture cet événement de la passion-mort et résurrection du Christ. Déjà, avant sa passion-mort, et plus encore après sa résurrection, ayant apparu à plusieurs reprises à ses apôtres, Jésus leur a promis une aide, un soutien dans l’exercice de la noble mission qu’il leur a confiée. « Je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité(…) Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous » (Jn 14, 16.17a.18) avait-il garanti à ses disciples avant de remonter vers Dieu son Père.

Le jour de la Pentecôte, Jésus a donc tenu promesse. Il a envoyé le Défenseur, cette aide indispensable et nécessaire à ses disciples. Et justement, les textes que nous méditons aujourd’hui soulignent tous unanimement ce caractère indispensable, nécessaire de la grâce de l’Esprit Saint pour l’accomplissement de la mission de témoins, de disciples.

En effet, avant la descente de l’Esprit Saint, les apôtres n’osaient pas sortir ; « ils se trouvaient réunis tous ensemble » comme le souligne Saint Luc dans les Actes des Apôtres, et Saint Jean de faire remarquer dans l’évangile la frayeur qui les amenait à se calfeutrer : « Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des juifs » (Jn 20, 19). En prière, ils attendaient donc, dans une certaine espérance, cette force, cette aide pour sortir de leur peur et de leur torpeur afin de témoigner en faveur du Ressuscité. Et voilà, l’Esprit Saint vint se poser sur eux subitement : « Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie. Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d’eux ». L’Esprit Saint était descendu sur eux. Comme un vent violent, l’Esprit Saint emporte la peur des apôtres. Comme un feu puissant, il chasse leurs ténèbres ; il illumine leur nuit. Dès lors, ils sortiront et proclameront à tous les merveilles de Dieu, la Bonne Nouvelle. Sans cette grâce, sans le don de l’Esprit Saint, il leur était donc difficile, voire impossible de proclamer que Jésus est vraiment ressuscité.

Saint Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens le souligne fort bien : « Frères, sans le Saint Esprit, personne n’est capable de dire : ‘’Jésus est le Seigneur’’ (1Co 12, 3b). C’est également ce que nous pouvons remarquer dans l’évangile de ce jour. Aussitôt après avoir fait de ses disciples des envoyés, il répand sur eux la grâce de l’Esprit Saint : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21).

Nous redécouvrons donc aujourd’hui la place combien importante et nécessaire de l’Esprit Saint dans la vie des disciples, d ans notre vie dechrétiens. Sans l’Esprit Saint, nous ne pouvons jamais être de bons témoins ; sans l’Esprit Saint, nous ne pouvons jamais tenir fermes dans l’adversité. Ceci nous interpelle alors et nous invite d’une part à implorer constamment, en tout moment, dans la joie comme dans l’épreuve, cette grâce pour une vie de témoignage exemplaire. Car, très souvent, nous ne reconnaissons pas la place de l’Esprit Saint dans notre vie de chrétiens, pire, nous le méconnaissons. L’Esprit Saint est pour nous le grand inconnu, le délaissé de la Trinité. Comment le prions-nous ? Nous rappelons-nous souvent que sans lui, nous ne pouvons affirmer que Jésus est Seigneur, c’est-à-dire être de bons chrétiens ?

De l’autre, nous sommes également appelés aujourd’hui à être constamment dans des dispositions favorables à la réception de la grâce de l’Esprit Saint. Mieux, nous sommes conviés à être toujours des terrains favorables à l’éclosion de la grâce de l’Esprit Saint en nous, dans notre vie et celle de nos frères. Car Saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens nous rappelle que « Tous nous avons été désaltérés par l’unique Esprit ». Tous, enfants de Dieu, baptisés, et plus encore confirmés, nous avons déjà reçu la grâce de l’Esprit Saint. Mais alors, en avions-nous toujours conscience ? Que faisons-nous afin que cette grâce soit vraiment efficiente dans notre vie et celle des autres ? Le manque de persévérance dans la prière, le désintérêt et plus encore le péché, la jalousie, la convoitise, la médisance, et autres, voilà autant d’obstacles à l’éclosion de cette grâce en nous et autour de nous.

En effet, au moment où Saint Paul adressait cette première lettre aux communautés de Corinthe, ces dernières étaient divisées ; il y a avait des rivalités parmi les chrétiens. Saint Paul entend alors leur montrer que l’Esprit qu’ils ont tous reçu est Amour, et il opère par ses nombreuses grâces au sein de l’Eglise, dans la paix, dans l’union des cœurs et la communion des pensées. Tous doivent alors collaborer activement à l’éclosion de cette grâce sans jalousie aucune. Aujourd’hui encore, ces jalousies, ces querelles inutiles ne manquent pas dans la communauté des chrétiens, dans l’Eglise. Tout cela s’oppose à l’Esprit Saint qui est le Rassembleur. Alors, nous sommes conviés à rechercher toujours le bien en devenant par notre tolérance, par l’acceptation de l’autre, et surtout dans la prière, des terrains favorables à la grâce de l’Esprit Saint. Car, l’Esprit Saint est amour, joie, paix et patience (Cf. Ga 5, 22).

Prions, afin que cette Pentecôte soit quotidienne pour tous les croyants par leur vie imprégnée d’amour, de joie, de paix et de patience. Amen.

Père Armand ALOWAKINNOU

Séminaire de Missérété

19 JUIN 2011 : SOLENNITE DE LA SAINTE TRINITE ANNEE A
  • Ex 34, 4-6.8-9
  • 2Co13, 11-13
  • Jn 3, 16-18

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, amen !

Ces paroles auxquelles nous sommes familiers dans notre vie chrétienne expriment aussi simplement le grand mystère que nous célébrons, la Sainte Trinité. Si la perception chrétienne de Dieu partage l’unicité avec les autres religions monothéistes (Islam et Judaïsme), elle conserve, tout de même, une grande spécificité : la Trinité, une seule nature divine, trois personnes, Père, Fils et Esprit Saint.

Ce grand mystère de notre fois a heurté et heurtera toujours l’entendement humain. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un regard rétrospectif sur les controverses et hérésies qui ont jalonné l’histoire de l’Eglise. Du trithéisme (trois Dieux dans la Trinité) à l’arianisme (seul le Père est Dieu ; le Fils et l’Esprit sont des créatures supérieures) en passant par le modalisme (une seule personne divine se manifestant sous divers aspects), un seul désir sous-jacent transparait : réduire le mystère à la dimension de l’intelligence humaine.

Loin de verser dans les considérations dogmatiques d’experts, laissons-nous envahir par ce mystère qui revêt les marques d’une réalité vivante, d’une atmosphère dans laquelle baigne toute notre vie chrétienne. En effet, nous avons été baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. La salutation du célébrant, au début de la messe, reprend ces mots de saint Paul, dans la deuxième lecture de ce jour : « la grâce de Jésus notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous. » (2Cor 13,13) Au cœur de l’eucharistie, Dieu le Père est invoqué pour qu’il envoie l’Esprit qui sanctifiera les offrandes afin qu’elles deviennent le Corps et le Sang du Fils Jésus. A la fin de nos prières, nous rendons souvent gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Il nous revient donc, de profiter de cette solennité pour prendre à nouveau conscience, pour intérioriser et contempler ce mystère qui imprègne toute notre vie chrétienne.

Que cette contemplation fasse naitre en nous la soif de la communion véritable qui n’est rien d’autre que l’intégration parfaite de l’altérité ou de la différence. Le Père n’est pas le Fils ; le Fils n’est pas l’Esprit et l’Esprit n’est pas le Père. Et pourtant ils forment, à trois, la famille trinitaire et opèrent toute l’œuvre de la création et de la rédemption du genre humain en parfaite harmonie. Au début du monde, la terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. (Gn 1,2.) Le souffle de Dieu ou l’Esprit planait sur les eaux et le Père créa tout ce qui existe par sa Parole, son Verbe. Plus tard, lors du baptême de Jésus par Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain, l’Esprit Saint descendit sur Jésus, sous une apparence corporelle, comme une colombe. Du ciel une voix se fit entendre : « C’est toi mon Fils : moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.(Lc 3, 22) C’est une invitation pressante à nos familles, à nos sociétés, à nos pays et à nos églises pour que la différence, l’altérité cessent d’être perçues comme des menaces ou des signes d’insécurité mais plutôt comme des opportunités de complémentarité et d’enrichissement mutuel. La peur ou le refus de l’altérité conduit inévitablement au repli sur soi et au soupçon qui paralysent l’initiative et compromettent durablement la paix : « soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous » (2 Cor 13, 11) nous dit saint Paul dans la 2ème lecture. Trinité Sainte, envoie ton amour et ta paix sur l’humanité pour que partout et toujours, toute gloire te soit rendue, Toi qui es Père, Fils et Saint-Esprit pour les siècles des siècles. Amen

1er JUILLET 2011 : SOLENNITE DU SACRE-CŒUR

Rendons grâce au Père de toute bonté pour la miséricorde et la tendresse qu’il manifeste aux tout-petits ; purifiée par l’eau et abreuvée par le sang qui coulent du Cœur transpercé de son Fils, notre âme trouve en lui son repos.

«  Prenez mon joug sur vos épaules, dit le Seigneur, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur . »

Chers frères et sœurs, voilà ce que nous sommes appelés à méditer en ce jour : le Cœur de Dieu ! Un Cœur qui s’ouvre aux hommes et nous dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » ; un Cœur qui s’engage dans un extrême amour. Et la prière d’ouverture de ce jour nous introduit déjà dans ce mystère d’amour divin qui se déploie dans la vénération du cœur de Jésus.

Dans la 1ère lecture, Moïse nous révèle un Dieu bon qui porte à l’homme, à travers le peuple d’Israël, un amour de prédilection, de consécration et qui veut que l’homme réponde, à son tour, par la fidélité. De la part de Dieu, Amour gratuit : il nous aime le premier en dépit de ce que nous sommes (Dt.7, 7-8) ; de la part de l’homme, une réponse qui se traduit dans l’obéissance (Dt.7, 11). Ces deux amours n’en font qu’un dans le cœur du Christ, par qui l’amour du Père nous atteint et en qui notre obéissance au Père s’accomplit en plénitude. Dans notre vie, Dieu prend l’initiative de l’amour, d’un amour poussé à l’extrême, qui nous donne ce qu’il a de plus précieux : son Fils fait homme.

Et si la 2ème lecture parle en ces termes, c’est pour nous inviter au don de soi aux autres qui fait demeurer Dieu en nous et nous en Dieu. Et puisque Dieu est la source et le modèle de notre amour, nous devons aimer comme lui nos frères d’un amour tout gratuit. Car celui qui prétend aimer le Christ doit marcher lui-même dans la voie où lui, Jésus, a marché (1Jn 2,6).

Aux humbles tendus vers le royaume, Jésus révèle l’intimité privilégiée qui l’unit à son Père, tandis qu’elle reste cachée à tout homme qui se complaît en sa propre sagesse. La pédagogie de Dieu n’a jamais été celle du maître autoritaire, mais du Père aimant. Tout au long de l’histoire du salut, par le jeu alterné des punitions et des délivrances, il a ouvert l’homme à la mesure de sa miséricorde. Il a finalement tant aimé ce monde infidèle et ingrat, qu’il n’a pas épargné son propre Fils. A cet amour de Dieu, qui s’est traduit par l’abaissement de la croix, seuls les petits et les humbles de cœur sont capables de répondre : « Pardonnez et vous serez pardonnés… » (Lc 6, 37). Par l’amour fidèle et patient qu’ils témoignent à leurs frères, ils manifestent, à leur tour, l’ "humanité" du cœur de Dieu. Ce qui exige l’approfondissement de la parole de Dieu, la persévérance dans la prière et l’ouverture aux autres. Nous devons donc être capables de porter avec le prochain le poids de son fardeau. Chacun de nous est par conséquent appelé à manifester la miséricorde et la tendresse de Dieu aux tout-petits. Voyez combien l’orgueil nous éloigne du prochain et de Dieu. Voyez comme l’amour nous assimile à Dieu. Laissons-nous interpeller par la grandeur du Cœur de Jésus qui seul pourra donner son repos à notre âme. « Tu nous as faits pour toi, Seigneur ; et notre cœur est sans repos jusqu’à son repos en toi. » (St Augustin).

Père Apollinaire DAH-HLOHOUNON

03 JUILLET 2011 : 14ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNEE A

-* Za 9, 9-10

-* Rm 8,9. 11-13

-* Mt 11,25-30

« Venez à moi, …, car je suis doux et humble de coeur. » Dieu nous appelle et sa parole nous interpelle. Le Christ est pour nous aujourd’hui encore, un maître plein de douceur et d’amour.

Dans les trois lectures de ce jour, la douceur et l’humilité se révèlent des vertus indispensables à l’imitation de Jésus Christ. Dans la 1ère lecture, Zacharie nous présente un Roi-Messie effacé, contraire au vainqueur violent que beaucoup attendaient. Il ne monte pas un cheval, symbole d’orgueilleuse puissance, mais un âne, comme jadis les rois d’Israël. « Il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune. » Sa mission est de proclamer la paix aux nations, une paix que chacun devra rechercher en quittant l’emprise de la chair pour celle de l’Esprit, en abandonnant les œuvres du péché pour les œuvres de l’Esprit.

Dans l’évangile, Jésus, exultant de joie pour la merveille de Dieu chez les petits, nous ouvre les profondeurs de son cœur : « Apprenez que je suis doux et humble de cœur. » L’humilité de Jésus nous révèle l’humilité de Dieu qui jamais ne cherche à nous rabaisser ou à nous intimider, mais au contraire veut nous élever jusqu’à lui. Son influence atteint les profondeurs du cœur. Jésus, maître patient et humble, nous fait découvrir la miséricorde de Dieu dans notre vie et même dans notre propre croix. Il nous montre l’amour de Dieu, même dans les exigences de la Loi. Heureux les doux, heureux les humbles ! C’est le crucifiant paradoxe des béatitudes. Et la garantie de son efficacité, si l’on ose dire, a été fournie par le Christ Lui-même, dont la croix fut l’instrument de sa victoire. A son école, les chrétiens, s’arrachant aux fallacieux mirages de la violence, commenceront par se faire violence à eux-mêmes, en luttant contre l’égoïsme et l’orgueil du monde.

Que le Seigneur nous en donne la grâce. Amen !

Père Apollinaire DAH-HLOHOUNON Vicaire à Avrankou.

26 JUIN 2011. SOLENNITE DU SAINT SACREMENT.

Il est grand le mystère de la foi !

  • Dt 8,2-3.14b-16a
  • 1Co10, 16-17
  • Jn 6,51-58

Après la Pentecôte et la Sainte-Trinité, nous célébrons, en ce dimanche, la solennité du Saint-Sacrement souvent appelé Corpus Domini. A travers cette solennité, l’Eglise revit le mystère du Jeudi saint, mais cette fois-ci, à la lumière de la Résurrection. A la sobre procession du Jeudi Saint répliquent les gigantesques cortèges joyeux et festifs qui marquent cette fête dans les paroisses. En effet, se livrant à ses bourreaux venus le chercher, le Christ traduit, à nouveaux frais, l’institution de l’Eucharistie ou le don de son corps et de son sang pour la vie du monde. Ce mystère a plusieurs facettes comme l’indiquent les divers noms qu’il porte :

  1. Eucharistie ou action de grâces (Lc 22, 19 / 1Cor 11,24),
  2. Repas du Seigneur (1 Co 11, 20),
  3. la Fraction du pain (cf. Mt 26, 26 ; 1 Co 11, 24),
  4. Mémorial de la passion, mort et résurrection de Christ,
  5. la Communion,
  6. Gage de la résurrection…

Les textes liturgiques insistent de façon particulière sur les trois dernières appellations assez lourdes d’interpellations pour nous.

Mémorial du mystère pascal

A travers l’Eucharistie, nous célébrons et annonçons la passion, la mort et la résurrection du Christ jusqu’à son retour comme il nous l’a recommandé. Il s’agit d’actualiser, dans notre vie et dans celle du monde, les grâces qui découlent de la mission rédemptrice accomplie une fois pour toutes par le Christ. Dans la première lecture, Dieu met son peuple en garde contre l’oubli, un danger constant pour l’homme : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert… N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage… » (Dt 8, 2.11). Tout comme Israël, nous avions effectué notre marche au désert pendant le carême avant de cheminer cinquante jours avec le Ressuscité. Il nous revient maintenant de faire fructifier, dans notre vie, les immenses grâces reçues, évitant soigneusement de retourner en « Egypte » ou de reprendre les chaines que le sang du Christ a brisées.

Communion

Saint Paul dans la deuxième lecture nous rappelle l’exigence de communion que traduit l’Eucharistie. La coupe d’action de grâces est communion au sang du Christ et le pain rompu, communion à son corps. Il en conclut, nous sommes tous un « seul corps ». Par ailleurs, l’Eglise en Afrique, s’est depuis peu, définie comme famille, espace de convivialité, de communion et d’harmonie. Le synode africain nous exhorte à être artisans et apôtres de paix, de justice et de réconciliation. Où en sommes-nous dans cette mission de reconstruction de la communion brisée à tous les niveaux ? Oserions-nous pousser plus loin la contradiction en prétendant communier au corps et au sang du Christ tout en étant un parfait vecteur de divisions, un dépôt de rancœurs ? Plus que tout autre scandale, les divisions, rancœurs et rancunes entre chrétiens choquent le monde et freinent l’avancée du Règne de Dieu. Il n’y a pas de contre-témoignage plus fort !

Gage de la résurrection

La vraie communion au Christ à travers l’Eucharistie est le gage de la résurrection. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6, 54). Le Christ a été plus que clair. L’Eucharistie n’est pas facultative, elle est essentielle pour la vie chrétienne et pour la résurrection. C’est l’occasion de réfléchir sur les obstacles qui nous empêchent de nous unir au Christ. Aucun sacrifice ne peut être excessif si le but en est le retour à la Table Sainte. Car, si nous recevons dignement l’Eucharistie, elle « fait grandir notre union au Christ et avec son Église. Elle maintient et renouvelle la vie de grâce reçue au baptême et à la confirmation, et elle accroît l’amour envers le prochain. En nous fortifiant dans la charité, elle efface les péchés véniels et nous préserve, pour l’avenir, des péchés mortels » (Abrégé du Catéchisme de l’Église Catholique, n° 292). Autant de grâces que nous dilapidons en communion en état de péché. Recueillons-nous devant ce grand mystère de foi en reprenant la prière d’ouverture : Seigneur Jésus Christ, dans cet admirable sacrement, tu nous as laissé le mémorial de ta passion ; donne-nous de vénérer d’un si grand amour le mystère de ton corps et de ton sang, que nous puissions recueillir sans cesse le fruit de ta rédemption. Amen

07 AOÛT 2011 : 19ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A.
  • 1R 19,9-13a
  • Rm 9,1-5
  • Mt 14,22-33    Les trois lectures de ce 19ème Dimanche du temps ordinaire de l’Année A ont pour seul but de nous faire entrer maintenant dans la célébration du Mémorial du Seigneur. Elles mettent en évidence à la fois trois expériences :
  1. le refuge du prophète Élie dans la solitude, cherchant la présence de Dieu dans ses épreuves,
  2. la tristesse de St Paul devant le refus de son peuple en pensant à tous les privilèges qu’il a reçus dont le plus noble entre tous est le Christ né de la race des fils d’Israël,
  3. enfin la prière de Jésus, à l’écart de ses disciples et de la foule, marquant sa mission dans le monde comme la louange du Père.

Ces expériences humaines vécues dans toutes leurs dimensions personnelles ou communautaires, au creux des vicissitudes de la vie, avec ceci de spécifique que Dieu y est présent à tous les moments, dans la dignité des hommes ou dans leurs défaillances, leurs péchés.

L’expérience retenue pour nous en ce dimanche est celle du prophète Élie. Poursuivi à mort par la reine Jézabel, il a eu le courage de marcher dans le désert et de monter vers Dieu. Le Dieu qu’il a rencontré alors n’est pas le Dieu de la nature. Toutes les forces qui gèrent le cosmos ne sont que des signes du Mystère de Dieu. Notre Dieu est plus qu’un faisceau des forces cosmiques. Il est Celui qui tient à être présent dans l’histoire des hommes. C’est dans l’intérieur de l’homme qu’il établit sa demeure. Le prophète Élie a contribué ainsi à la recherche de Dieu chez tous ceux qui savent écouter le silence de la vie. Il nous faut fermer les yeux pour le voir. L’expérience mystique se réalise à la fine pointe de notre âme. Car Dieu va être là comme " le murmure d’une brise légère. " Depuis lors, combien de générations ont-elles su rejoindre l’expérience d’Élie, chacun à sa façon, croyant ou non croyant ? L’homme qui se dit athée, saura aussi peut-être, mieux que le croyant, se taire et admirer. C’est la prière du commun des mortels qui ne trouvent d’autres mots pour dire le silence. Et le temps des grandes vacances donne à tous, frères et sœurs, des moments de solitude, un temps de rencontre qui n’est autre que pour la joie de la rencontre. On ne rencontre pas l’autre sans recevoir cette force et cette richesse intérieure qui élargit l’horizon de la vie, qui fait qu’on est invité à un dépassement de soi-même. Dieu vient dans le silence. Quand on fait silence en soi, préoccupé par la présence de l’autre, Dieu est là. Le silence n’est-il pas la plus belle prière devant le mystère de la vie ?

Dans une autre expérience douloureuse comme " l’écharde dans sa chair " " une grande tristesse et une douleur incessante en son cœur ", seul un juif convaincu, comme Paul peut parler comme il le fait dans la deuxième lecture que nous venons d’entendre. Paul s’épanche en confidence aux chrétiens de Rome. Quel drame déchirant, ce refus de Jésus qui est sa propre vie, le Messie pour tout Juif, pour tout chrétien ! Nul n’est plus écartelé que lui. De la chair d’Israël, de la chair qu’il porte est né le Christ. Pourquoi ses frères juifs n’arrivent-ils pas jusqu’à ce sommet de tous les privilèges qu’ils ont reçus ? Et à Paul de se souhaiter d’être maudit pour qu’il n’y ait plus de refus chez ses frères. Relié à nos vécus de tous les jours, le Christ est vraiment au milieu de nous comme « le murmure de la brise légère ». Il habite la fragilité des hommes. II nous apprend à rester à la fleur de l’eau des événements qui auraient dû nous submerger. Il nous initie à la prière, le lieu de la rencontre avec Dieu son Père et notre Père. Se mettre du côté de Dieu est se libérer de l’engrenage du monde des événements qui nous entravent dans les labyrinthes, les nœuds des choses éphémères. Que de pages bibliques évoquent la victoire de Dieu sur les eaux et sur les puissances du mal qu’elles symbolisent. Mais désormais, le Dieu des victoires fracassantes, des royaumes grandioses habite la fragile humanité de Jésus. Il n’habite pas la force et l’intelligence des hommes. C’est dans la confiance et la capacité d’aimer qu’on trouve Dieu de Jésus Christ.

Père Charles CAKPO, UCAO / Abidjan.

10 JUILLET 2011. 15ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE / ANNEE A

Semer, c’est la preuve qu’on espère. Dieu espère en chacun de nous. Il attend que sa parole nous transforme en fécondité abondante de grâce.

-* Is 55,10-11

-* Rm 8,18-23

-* Mt 13,1-23

Que la Parole porte son fruit en nous ! Oui, la Parole de Dieu doit porter de bons fruits en nous. Voilà ce à quoi les textes de ce jour nous invitent avec insistance. La 1ère lecture, insérée dans un contexte qui appelle à la conversion, met en valeur l’efficacité souveraine de la Parole de Dieu et la réalisation de ses promesses de salut. La parole de Dieu est agissante et comme douée de personnalité. « La parole qui sort de ma bouche, dit le Seigneur, ne revient pas à moi sans effet, sans avoir accompli ma volonté et réalisé ce pour quoi je l’ai envoyée ». La promesse de salut que recèle cette parole n’est pas destinée à l’homme seul, mais à tout le cosmos, cet univers de plus en plus profondément marqué par l’empreinte divine et en quelque sorte humanisé par lui et qu’il veut transfigurer à la fin des temps. Saint Paul nous le dit dans la 2ème lecture où il fait remarquer que cette transformation se réalisation dans l’Esprit Saint. Dans l’évangile, le Christ nous conduit à la Parole qui porte du fruit. Entre la parabole du semeur, destinée aux foules, et son explication réservée aux disciples, Jésus montre pourquoi il parle en paraboles. Cette manière voilée et imagée de présenter les choses permet à ceux qui sont ouverts et réceptifs de saisir la pensée du maître, tandis que les gens mal disposés et qui se ferment ne peuvent la comprendre. Devant l’échec apparent de sa prédication, Jésus veut faire partager à ses auditeurs l’optimisme de Dieu à l’égard de la réussite finale de son œuvre. Le semeur, en dépit des éléments destructeurs qui semblent ruiner son espoir, continue à jeter la semence, sachant qu’une parcelle de bonne terre l’accueillera et lui fera porter un fruit abondant. Pour ce, la parole de Dieu pour son efficacité a besoin de notre obéissance ; pour sa fécondité, de notre témoignage. Nous devons lui offrir un terrain fécond. Au lieu de nous renfermer dans l’égoïsme et l’orgueil, en ne comptant que sur nous-mêmes et sur nos richesses, nous devons nous ouvrir avec confiance à l’amour de Dieu qui nous appelle au salut. Il nous attend patiemment pour retourner en notre cœur la bonne terre laissant espérer du fruit « en raison de cent, ou soixante, ou trente pour un ». Il y aura une large part d’échecs, mais la moisson est assurée si le grain accepte de mourir en terre

Père. Appolinaire DAH H.

Paroisse Saint Michel / Avrankou

17 JUILLET 2011 : 16ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNEE A

« Soyez patients jusqu’à l’avènement du Seigneur… bienheureux ceux qui ont de la constance. » (Jc5, 7a.11a)

  • Sg 12,13. 16-19
  • Rm8, 26-27
  • Mt13,24-43

Dieu nous appelle et sa parole nous interpelle à prendre le temps qu’il nous donne pour nous convertir et revenir à lui. Dans la 1ère lecture, l’auteur développe les considérations religieuses sur l’histoire d’Israël ; il se demande en particulier pourquoi Dieu a montré une telle modération envers les ennemis de son peuple. Dieu prend soin de tous, parce qu’il est pleinement impartial. En outre, sa force, loin de le rendre injuste, est le principe même de sa justice. A ceux qui ne croient pas en sa force, Dieu la montre ; à ceuxqui se confient en sa justice, il manifeste sa miséricorde. De plus, il nous donne son Esprit qui, nous communiquant sa force et sa prière, nous ouvre aux vues de Dieu sur notre salut et réclame notre plein accord à ce que Dieu veut.

Dans l’Evangile, les paraboles du grain de sénevé et du levain soulignent le contraste entre les humbles débuts du royaume et le grand avenir auquel il est promis. Quant à la parabole de l’ivraie, elle est une leçon de patience à l’intention de ceux qui s’étonnent des lenteurs de la justice divine et de sa modération à l’égard des méchants. Il faut attendre la sentence sans appel du juge des derniers temps. Aussi, plutôt que de juger les autres, s’agit-il de mettre à profit le temps présent pour porter soi-même du fruit.

Que l’ivraie et le bon grain se mêlent inextricablement dans le monde et au cœur des hommes, ce n’est que trop évident. Bien et mal cohabitent au fond de nous, de notre propre cœur : c’est là, non en dehors de nous que nous pouvons exercer un jugement rigoureux. Vis-à-vis de ceux qui ne partagent pas nos idées ou notre foi, nous devons imiter la patience de Dieu qui laisse à tous le temps de revenir vers lui. Mieux vaut alors supporter la présence du mal que d’arracher le bien lorsqu’on n’a pas les moyens d’un véritable discernement et laisser ce travail à ceux qui en sont capables. Que Dieu nous en donne la grâce !

Père Apollinaire DAH-HLOHOUNNON

Vicaire à Avrankou

24 JUILLET 2011 : 17ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A.

Cherchons, sous la conduite de Jésus-Christ, la perle précieuse et le trésor caché et abandonnons tout pour acquérir avec joie la vie qu’il nous donne.

  • 1R3,5.7-12
  • Rm8,28-30
  • Mt13,44-52

    Le chrétien est un croyant qui vit du Christ et pour le Christ (cf. Ga2, 20). Il juge toutes choses à sa lumière ; pour se laisser saisir par lui, il renonce à tout le reste (Ph3, 12-14), n’épargnant aucun effort, aucun sacrifice. Cet attachement profond ne va peut-être pas le transformer beaucoup aux yeux des autres. Il continuera à vivre sa vie de tous les jours, à assumer ses responsabilités quotidiennes, à se débattre avec ses défauts, mais habité par une passion nouvelle qui, d’une certaine manière, en fera un autre homme. Il a trouvé sa raison de vivre. Voilà brièvement ce à quoi la liturgie de ce jour voudrait ouvrir nos esprits.

Le 1er livre des Rois, en 1ère lecture, nous présente le roi Salomon qui ne demande à Dieu ni longue vie, ni richesse, ni puissance, mais la sagesse qui lui permettra de gouverner son peuple dans une parfaite dépendance à l’égard du Seigneur, et une totale fidélité à son projet de salut.

Et pour soutenir notre espérance, Paul rappelle tout ce que Dieu a déjà fait pour nous et retrace les étapes du plan divin à notre endroit. Elles s’enchaînent l’une à l’autre : prescience, prédestination, appel, justification, glorification.

Tout devient plus clair pour notre appel au salut dans le témoignage concret que le Christ veut nous faire vivre. Après la parabole de l’ivraie sur la discrimination des bons et des méchants, avant celle du filet qui met l’accent uniquement sur la condamnation de ces derniers, l’évangéliste illustre par deux brèves paraboles la conduite requise des bons. C’est dans la joie de l’espérance et non dans la crainte du châtiment qu’ils se détacheront de tout pour acquérir le royaume. Quiconque découvre le royaume dans les paroles de Jésus, celui-là connaîtra un enthousiasme qui le rendra capable de sacrifier ses anciennes sécurités : telle fut l’expérience de Saint Paul, tel est l’appel adressé en vain au jeune homme riche. Car chacun se verra juger selon le choix qu’il aura fait en connaissance de cause, comme le suggère la parabole du filet. Il y a un temps pour pêcher et un temps pour trier. Aussi le disciple doit-il supporter qu’aujourd’hui le mal se mêle au bien dans le royaume et faire confiance à Dieu qui opérera le tri. Celui qui a entendu « les choses cachées depuis la fondation du monde » et a reçu la grâce de découvrir la perle et le trésor, celui-là serait inexcusable de ne point agir en conséquence. « Celui qui a des oreilles, qu’il entende. »

Sachons donc tirer du trésor qu’est la parole de Dieu, du neuf et de l’ancien. Que Dieu nous en donne la grâce.

Père Apollinaire DAH-HLOHOUNNON Vicaire à Avrankou.

31 JUILLET 2011 : 18ème DIMANCHE ORDINAIRE -ANNEE A-

Sommes-nous capables de donner sans rien espérer en retour ? On offre volontiers à un ami ce qui va lui faire plaisir. Mais donner sans rien attendre en retour, à un inconnu, à quelqu’un qui n’a aucun titre sinon son seul besoin...

-* Is 55, 1-3

-* Rm 8, 35. 37-39

-* Mt 14, 13-21

« Tu ouvres la main : nous voici rassasiés. » En ce 18ème dimanche du temps ordinaire de l’année A, contemplons la tendresse de Dieu pour les hommes. La 1ère lecture nous révèle le temps de grâce, un temps favorable où Dieu se laisse trouver dans son inépuisable bonté. A la faim dévorante du peuple répond la grâce gratuite de Dieu. De toute évidence, le prophète Isaïe, à partir de cette expérience, veut nous faire découvrir ceux dont nous devons avoir besoin : le pain de la parole, que Dieu donnera avec abondance à qui se fait une âme de disciple. Ainsi, au sein des pires difficultés, des épreuves les plus cruciales, il vient au secours de l’homme en son Fils. C’est pourquoi, Saint Paul rassure, en 2ème lecture que le chrétien trouve la victoire dans l’amour tout gratuit du Christ, victoire d’autant plus assurée que la foi est plus profonde. Seule la gratuité de l’amour et de la grâce rassasie la faim insondable de l’âme, ce qui suppose chez elle assurément un sens pour cette gratuité ou du moins doit l’engendrer. Personne ne pourrait se rassasier de l’amour sans prix de Dieu, s’il voulait recevoir cette amour en calculant pour lui-même et l’accaparer à son propre profit.

C’est cette amour divin que le Christ révèle à la foule dénuée de tout dans le désert. Cet évangile nous révèle que Jésus est le seul capable de subvenir à toutes les nécessités des hommes. Car Dieu se laisse toujours saisir de pitié envers l’homme. Il nous invite nous aussi à lui emboîter le pas : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Oui ! Élargissons nos courtes vues et mettons nos modestes possibilités au service de l’homme pauvre, démunis. Dieu ne nous demande pas de grandes choses. Il veut que nous apprenions comme lui à tout donner jusqu’à devenir nous-mêmes un autre don de Dieu pour les hommes dans le jeu de l’alliance éternelle qui confirmera sa bienveillance envers les hommes. Et celui qui entre réellement dans cette alliance qui est surabondance du don divin, pénètre en personne dans cet Éternel qui se trouve au-delà de toute menace et de toute contestation terrestres. Car rien ne pourra nous séparer de lui, de son amour en Jésus-Christ. Rendons alors grâce à Dieu notre Père qui, sans se lasser, multiplie pour nous le pain des forts. Accueillis sans argent, nous y serons rassasiés.

Père Appolinaire DAH HLOHOUNNON

11 SEPTEMBRE 2011 : 24ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A
  • Ben Sirac 27,30-28,7
  • Rm 14,7-9
  • Mt 18,21-35

En ce 24ème Dimanche du temps ordinaire de l’année A, les textes liturgiques que l’Eglise nous propose focalisent notre attention sur le thème du « pardon ». Oui, il est beau de donner. C’est un geste de gratuité de par la considération qu’on réserve à l’autre. Et il est plus beau encore de pardonner. C’est aller au-delà du don. C’est le don parfait.

Dans la vision de l’homme et du droit, le pardon est inconcevable. Une fois pris dans l’engrenage de la vengeance, il est difficile à l’homme de s’en sortir. Car la méchanceté, la violence, la rancune, le mépris qui minent son cœur, ne cessent de provoquer des réactions multiples qui conduisent à des situations inextricables où le mal appelle le mal. C’est, sûrement dans l’abîme du mal que l’homme a peut-être le sursaut de sa survivance. Le pardon prend alors forme dans la pensée de l’homme quand il a besoin de la pitié de Dieu. Pardonner, devient alors le meilleur moyen de vouloir briser la spirale de la méchanceté, le cercle infernal de la violence.

Dans sa réflexion, Ben Sirac le sage écouté en première lecture nous fait découvrir le lien qui unit le pardon accordé à l’homme et le pardon imploré de Dieu. Ainsi, l’on découvre que le pardon est le signe de la présence de Dieu et non de la faiblesse. Il faut être très grand (de cœur) pour pardonner. L’homme qui pardonne imite le comportement de Dieu. Il offre sa main à un frère tombé dans le puits et qui ne s’en sortira jamais seul. Pardonner, c’est "chercher et ramener ce qui est perdu". C’est se trouver et se sauver en retrouvant et en sauvant sans fin. Quand nous pardonnons, nous donnons, non seulement, à l’autre la chance et la possibilité de tout refaire, mais aussi et surtout nous recevons le pardon et la rémission de nos propres péchés et la réalisation de nos projets. Mais, si nous ne pardons pas sans cesse à ceux qui nous offensent, alors nous serons nous aussi traités sans pitié à l’instar de ce serviteur mauvais dont nous parle l’Evangile.

Le pardon nous amène dans l’immensité de Dieu. C’est l’héritage que Dieu nous réserve. Le pardon nous est possible quand nous arrivons à estimer cet héritage qui nous fait vivre dans un lieu où il n’y a plus de limites ni de restrictions. Il y a tellement de place que tout refus est un non-sens. L’homme couvert de crimes est toujours intéressant pour le cœur de Dieu. Il est comme le vide qui attire sa miséricorde. La miséricorde de Dieu ne détruit pas la justice humaine qui doit apprécier ce qui est bon et ce qui est mal et essayer de le réprimer. Le tout pour nous est de travailler pour la justice en se souvenant que le dernier mot est réservé à la miséricorde de Dieu qui doit s’enraciner dans tous nos jugements.

Père Charles CAKPO, UCAO / Abidjan.

28 AOÛT 2011 : 22ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A.

-* Jr 20,7-9

-* Rm 12,1-2

-* Mt 16,21-27

Frères et sœurs en Christ, La croix comme symbole de tout ce qui nous fait souffrir est au cœur du message de ce 22ème Dimanche. Parler de la croix dans cette perspective n’intéresse personne et suscite des réactions comme celles de St Pierre. Nous ne sommes pas faits pour souffrir. La souffrance seule, hors de tout contexte, est absurde et révoltante.

Retenons d’abord les faits. Jésus est méprisé, honni, torturé corps et âme puis tué par crucifixion. Sa résurrection a donné au comportement odieux de l’homme, la haine, un geste d’amour poussé jusqu’au bout, le pardon. On peut le constater par le fait que l’instrument de supplice, le gibet en forme de croix, devient le signe de vie et celui du plus grand amour. Pour suivre le comportement de Dieu, seules les données de l’Evangile peuvent apporter un éclairage sur ce qui s’est passé. Elles servent de fondement à la vision chrétienne de la vie.

Depuis l’événement de la croix, il y a un changement dans le comportement des hommes dans l’histoire. La notion de l’intérêt individuel évolue vers une prise de conscience de dimension universelle. On peut déplacer le centre de l’intérêt préservé en soi vers celui de quelqu’un d’autre que soi-même. La gratuité devient une valeur. On peut se dévouer pour l’autre simplement parce qu’il est l’autre. L’image du samaritain est devenue un comportement humain idéal. Jésus meurt en croix suggère qu’on peut mourir pour l’autre. Nous pouvons relever des paroles succinctes et fortes dans tout ce que nous venons d’écouter : prière d’ouverture, animée d’une prise de conscience de la mission de l’Envoyé de Dieu, confidence de Jérémie qui nous redit le doigt de Dieu qui l’a touché, exhortation de Paul de Tarse à transformer notre façon de penser, confidence de Jésus sur son identité que personne ne peut soupçonner, et son appel à le suivre. Jésus prend soin de leur faire connaître le chemin qu’il va suivre. Pour le comprendre, il faut nous mettre dans le comportement de Dieu qui n’agit que par amour, et que tout ce qui peut arriver n’est que pour nous initier à l’amour comme sa façon d’être, sa nature de Dieu. Jésus ne cesse de nous le rappeler. Qui aime les autres « comme Dieu les aime » découvre qu’il lui faut, un jour ou l’autre, les accepter comme ils sont, avec leurs limites. Les limites de la communauté humaine dans laquelle Jésus veut entrer pour la sauver de l’intérieur sont faites de ce qui le fait souffrir : Esprit fermé, discrimination, susceptibilité, désinformation, haine, envie de tuer. Il est haï par les prêtres et les gens du temple. Ils en veulent à sa vie. Combien de fois déjà lui a-t-on tendu des pièges pour le faire tomber ! Jésus a accepté d’aller jusqu’au bout du drame humain. Il veut repousser les limites du cœur humain. Il a changé l’engrenage qui va l’éliminer en un signe d’amour qui veut tout donner pour montrer que la haine n’est pas une fatalité. C’est l’occasion suprême d’apprendre à l’autre comment on doit aimer. Le vrai amour est fait de l’oubli de soi pour le bien de l’autre, au-delà des limites de celui qu’on veut aimer. « Mourir à soi-même pour que l’autre vive, telle semble bien être la loi profonde de l’amour ». Les souffrances dans la vie viennent de nos propres limites, et des limites des autres. Nous souffrons car notre corps est bloqué par des limites qu’il ne peut pas dépasser. Notre esprit souffre car il ne peut pas aller jusqu’où veulent l’emmener ses aspirations. Il est à l’étroit et c’est l’angoisse. L’amour déjoue les enchevêtrements les plus inextricables de la haine. Il met au large les idées fixes qui ne peuvent que nous enliser dans des conflits, puis, dans la mort. Le signe de la divinité de Jésus, c’est qu’il a fait passer le vendredi de la passion au matin de la Pâque nouvelle. Grâce à lui, la mort nous devient le passage vers la vie. Il inaugure une nouvelle façon d’aimer : Pour le bien de l’autre, on peut donner sa vie. Nous avons écouté Jérémie qui se disait : « Je ne penserai plus à Lui, je ne parlerai plus en son Nom ». Et il doit avouer qu’il y avait en lui comme un feu dévorant, au plus profond de son être. Il s’épuisait à le maîtriser, sans y réussir. C’est en s’efforçant d’être attentif à quelqu’un qui est là, invisible mais présent au plus profond de soi-même que se réalise la vraie vie intérieure, faite de présence et d’amour. Frères et sœurs, puisse cette Eucharistie faire de nous de vrais disciple du Christ dans toute ses dimensions. Amen !

Père Charles CAKPO UCAO / Abidjan.

14 AOÛT 2011 : 20ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE ANNEE A
  • Is 56,1-6.7
  • Rom.11, 13-15.29-32
  • Matthieu 15, 21-28

Frères et sœurs en Christ, Les textes liturgiques de ce 20ème DTO(A), tout en polarisant notre attention sur la foi de la Cananéenne, mettent en exergue l’universalité du Salut apporté par le Christ notre Seigneur. En effet, avec celui qu’on appelle le Troisième-Isaïe (Is. 55-66), prophète à Jérusalem au retour de l’Exil, le sens religieux ne se limite pas à un peuple. C’est un bien destiné à tous et qui peut venir du cœur de tout homme. C’est le nouvel acquis du judaïsme. L’accès à la maison de Dieu n’est pas réservé aux seuls dispersés d’Israël, mais elle sera « une maison de prière pour tous les peuples ». Il fallut du courage au prophète pour changer le chauvinisme ombrageux du Second-Isaïe (Is. 40-54). Il proclame un destin de vie donné à tous. Tout n’est pas encore dit. Notre prophète identifie le Temple de Jérusalem et « la maison de Dieu » . Le Christ constatera l’échec de cette annonce dans un temple devenu un ghetto aux interdits impitoyables (Mt 21,12-17).

Le Dieu de notre foi judéo-chrétienne se révèle dès le début, comme le Dieu qui a créé l’univers et tout ce qui existe. Implicitement, nous croyons qu’il est le Dieu de tout et de tous. Il y va de la nature crédible de Dieu. Pourtant, tous ceux qui ont cette foi ont du mal à entrer dans l’universalité de Dieu. Pour les trois religions monothéistes, les nuances de leur foi en un Dieu sont grandes et nous divisent. Mêmes les chrétiens, ceux qui croient en Jésus ressuscité, l’Homme Nouveau, tous estiment qu’il est indispensable d’ajouter à leur identité chrétienne, d’autres qualificatifs pour affirmer le caractère universel de leur foi, catholique, catholique romaine. L’universalité proclamée par chacun les confine en réalité dans ses propres frontières. On se sent alors étranger vis à vis des autres. Et que dire alors de ceux qui n’ont pas la foi en ce Dieu unique. Ils sont purement et simplement des païens.

Saint Paul, dans la deuxième lecture, poursuit sa réflexion sur le problème d’Israël. Sans doute, l’Eglise du Christ est « l’Israël des derniers temps » : la famille et les apôtres de Jésus sont tous des juifs, les premières communautés de Jérusalem, Damas, Antioche, ne comprennent que des judéo-chrétiens. Paul constate d’abord que la rupture est le fait du seul Israël. Dieu n’y est pour rien. Aussi maintient-il sa fidélité au peuple que jadis il choisit. La rupture n’interrompt pas la promesse de Dieu. Il reste toujours présent à son peuple. La patience et la bienveillance de Dieu auront raison de sa suffisance.

En signalant cette sortie en terre païenne de Jésus, Matthieu veut dire qu’il est l’évangéliste d’une Eglise sans frontière. En contraste avec Jésus se séparant à regret de son peuple obstiné dans le refus, il montre le monde païen venant à lui dans la personne d’une mère éplorée. S’il l’appelle une « Cananéenne », terme alors bien archaïque, c’est pour évoquer les premiers ennemis d’Israël en Terre Sainte, un monde impur qu’il fallait exterminer. Mais Jésus est l’homme pour tous les hommes. L’expression, la foi cananéenne, depuis l’époque la plus ancienne, est devenue proverbiale : les Pères de l’Église et les prédicateurs ne cessent de nous exhorter à avoir « la foi de la Cananéenne ». L’intérêt du récit est dans le dialogue. Le double refus de Jésus à la demande de la femme paraît dur. Mais Jésus aime provoquer les quémandeurs par une parole un peu sèche pour voir leurs réactions (Jn 2,4 ; 4,48 ; Mt 9,24 ; 12,10 ; 14,16). Notre Cananéenne a non seulement une confiance sans condition, mais encore de l’humour. Elle saisit la parole de Jésus et lui répond : « Justement, Seigneur, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ». Quelle femme ! Sa réplique bouleverse le cœur du Christ. « Femme, que ta foi est grande ! Qu’il t’arrive comme tu le veux ! ».

L’Évangile semble dire que la femme sait mieux demander que l’homme. Que ne tenterait-elle pas quand il y va de la vie du « fruit de ses entrailles » . Comme cette foi de la Cananéenne, si elle est confiance totale en Celui qui peut tout, elle est aussi confiance en sa mission de mère qu’elle réalisera malgré tous les obstacles. D’abord, Marie de Nazareth, mère de Jésus qui n’hésite pas à lui demander du vin aux noces de Cana. Et ces nombreuses mères anonymes qui lui envoyaient ou lui apportaient leurs petits pour un baiser ou une bénédiction. Et cette femme qui a perdu son mari et, le jour de sa rencontre avec Jésus, elle enterre son enfant ! Quand tout est désespéré, une mère espère encore. Chose surprenante : la foi de la Cananéenne ouvre le cœur du Christ aux païens ! Si l’homme est plus apte à creuser la pensée de Dieu, personne, autant que la femme, surtout la mère, ne connaît le cœur de Dieu. « Femme, que ta foi est grande ! ».

Filles et fils bien-aimés de Dieu, à l’instar de la Cananéenne, ayez totalement confiance au Seigneur, observez le droit et pratiquez la justice ; observez le sabbat sans le profaner. Ainsi le Seigneur exaucera non seulement nos demandes mais aussi Il nous conduira à sa montagne sainte. Amen !

Père Charles CAKPO UCAO / Abidjan

21 AOÛT 2011 : 21ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A

-* Is 22,19-23

-* Rm 11,33-36

-* Mt 16, 13-20

Chers frères et sœurs,

En ce dimanche, le 21ème du Temps Ordinaire (A), la liturgie nous fait redécouvrir l’identité, mieux la personne de Jésus-Christ, puisque nous sommes désormais ces nouveaux disciples. Pour vous, qui suis-je ? Qui d’entre nous a l’envie de poser une telle question aux autres sur soi-même ? Qui ose penser à quémander un tel avis sur soi-même à un tiers si proche soit-il ? Le tempérament, le caractère, la culture, la coutume, la tradition sont autant de barrières pour déconseiller la recherche de l’estimation des autres.

Cependant, dans certaines circonstances il faudrait oser poser une pareille question. Il faut que tout soit clair qu’importe le prix à payer. La franchise, la clarté dans les relations exigent que l’on en parle. Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Normalement, on ne peut pas répondre à ces questions sans regarder le visage de celui qui la pose, même si c’est quelqu’un qu’on connaît. Est-il anxieux, fragile, éventuellement susceptible ? Est-il en quête d’une relation à peine commencée et déjà bloquée, ou plus grave encore, d’une relation qu’il croyait perdue ? Jésus a vécu notre condition humaine, dans un milieu humain, il doit connaître toutes les gammes des sentiments humains. Surtout, il aime vivre au milieu des gens en difficultés. Les évangiles nous donnent des témoignages sur son esprit de sérénité, de sagesse, comme le comportement du Maître. Selon la façon de le voir, on a eu des réponses révélatrices de la personne qui lui répond. Tu es Jean Baptiste. Tu es Élie. Tu es Jérémie. Tu es un des prophètes. Chacun a son modèle pour modeler la personne qui le questionne dans le moule de son idole.

Plus de deux mille ans après, les réponses ne sont pas meilleures. Quand on a comme source d’information pour énoncer une réponse : la Bible, l’Ancien et le Nouveau Testament, la Tradition, les Pères de l’Église, les saints, les théologiens, les sermons des curés, les historiens, voire les journalistes ou les scénaristes, on n’a pas peur d’être à sec. Il y a toujours une citation qui sert à en donner une réponse. La civilisation de paraphrase est d’une capacité inépuisable.

Mais Jésus d’aujourd’hui, mort et ressuscité, vivant, présent dans la vie de chacun attend autre chose que des renseignements livresques. Sa question représente pour nous comme l’initiative d’une civilisation de dialogue, de relation interpersonnelle, sans quoi, il n’y aurait pas de relations d’homme à homme. Et quand l’homme arrive à écouter même les choses inertes qui lui posent la même question, « pour toi, qui suis-je ? », il enrichit sa culture et élargit sa spiritualité. On est prêt à dialoguer même avec les inconnus, les invisibles.

Qui suis-je pour toi ? C’est une invitation au dialogue entre le je et le tu, dans une ambiance d’intimité où seuls Je et Tu existent et n’ont d’autres intérêts que la connaissance intime de l’un et de l’autre. Le reste n’existe pas ou reste en dehors du regard de l’un et de l’autre avec la question posée. Le dialogue qu’il veut établir va au-delà du Je et du Tu, et nous amène jusqu’à son Père. Sa Mission est de nous faire connaître le Père et de pouvoir lui parler comme notre Père. Il a réalisé cette Mission au milieu de nous au prix de sa vie. Pierre est entré vraiment dans l’identité de son Maître quand il dit : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». C’est bien significatif que dans l’Église, les gens ont fait attention plus à des clés, aux pouvoirs de lier et de délier qu’à la question que Jésus a posée, qu’à la volonté d’approfondir son identité et d’aider les gens à lui répondre. C’est Toi, Jésus qui as fait que l’histoire de la Bible soit aussi notre histoire, l’histoire de tous les peuples dans ce monde. C’est Toi qui nous donnes la Bible et le pouvoir de la comprendre et de la vivre. Dans le cœur de chacun, il y a des réponses non dites et que Toi tu peux savoir. Tu es la Présence de Dieu dans notre chair, dans notre monde. Quand on a le cœur dans les mains, comment dire que Dieu est absent de notre vie. Quand nous arrivons à vivre devant cette Présence, nous sommes amenés dans l’abîme de Dieu.

Chers amis, puisse cette Eucharistie fortifier notre foi en Christ, le Seul médiateur entre Dieu et les hommes, et nous aider à répondre, comme Pierre, à chaque instant de notre vie que : « Jésus-Christ est le Messie, le Fils du Dieu vivant ». Amen !

Père Charles CAKPO, UCAO / Abidjan.

04 SEPTEMBRE 2011 : 23ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A.

-* Ez 33,7-9

-* Rm 13, 8-10

-* Mt 18,15-20

« Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ». Frères et sœurs, Nous sommes ici présents, plus que deux ou trois. Grâce à la présence de chacun de nous, nous sommes sûrs « qu’Il est là, au milieu de nous ». Cette assurance de la présence bienveillante de l’autre est la trame de ce qu’on appelle la foi. Nous nous disions souvent que la foi est un dialogue entretenu au-delà de tous les critères que requiert toute relation humaine. L’évangeliste Matthieu rappelle les paroles de Jésus sur les relations fraternelles. Le pardon est le point crucial de son comportement vis-à-vis des autres avant de devenir son enseignement. Pour lui, il ne s’agit pas d’une simple relation sociale dans le cadre de la vie de tous les jours. C’est la clé de toute réussite de la vie commune. Quand Jésus confie à ses disciples le pouvoir de « lier » et de « délier », il leur confie le secret de la relation humaine qui peut nous amener à la vie en Dieu. Tout ce que Jésus nous fait connaître de Dieu est dans cette clé de relation. Dieu est Relation. Dieu Père, Dieu Fils, Dieu Esprit, Dieu est Relation en Personne. Les clés, dans la Bible, représentent la souveraineté de Dieu, le pouvoir de grâce, le pardon de Dieu, l’image de sa miséricorde qui s’étend à l’infini. Cette image des clefs doit se référer à toutes les paraboles de la miséricorde de Dieu que Jésus cherche à formuler pour dire le cœur de Dieu qui seul peut savoir et comprendre : La brebis perdue, la drachme retrouvée, la mesure du pardon, soixante-dix sept fois sept fois, la femme adultère, la Samaritaine, le débiteur impitoyable, la vie de Zachée, de Matthieu et la mort du larron crucifié à son côté, celle de chacun de nous, pour aboutir enfin à l’image de la personne du Christ, Verbe de Dieu, expression du Don Parfait de Dieu pour tous les hommes, son Pardon. Tous les croyants deviennent d’autres christs, des oints de Dieu. Et tout ce qu’ils feront sur la terre, en se laissant guider par leur foi, va désormais avoir une répercussion dans les cieux, c’est-à-dire engager Dieu, d’une certaine manière. La responsabilité que Jésus a confiée à Pierre, il en charge tous ses disciples, leur disant dans les mêmes termes ce qu’il n’a dit qu’à Pierre : « Tout ce que vous aurez lié sue la terre sera lié dans les cieux » et de même pour tout « ce que vous aurez délié ». Lier c’est créer des liens. Une démarche de dialogue de tous ceux qui croient. La foi est le lien qui nous lie au Christ, et du Christ, nous sommes liés à Dieu. Ce lien crée la communauté d’Eglise. Et délier, c’est défaire des liens ; non pas cette fois des liens qui unissent, mais des liens qui entravent. Délier, c’est libérer les autres de ce qui les empêche d’être pleinement vivants dans L’Eglise. La vie que Jésus vient nous donner, la vie divine, la vie éternelle, n’est pas un « après » par rapport à notre vie actuelle. Nous vivons en ce moment de la vie de Dieu. Dieu est réellement, concrètement avec nous, et il me rend présent au milieu des hommes, grâce à la Présence de Jésus mort et ressuscité. Les sacrements sont des gestes-événements du Christ Vivant qui nous font communier à son corps et font de nous ensuite des témoins de son évangile, et pour ouvrir à notre monde des perspectives nouvelles. Les clés confiées à l’Eglises donnent accès au Royaume de Dieu Porteurs d’un tel pouvoir confié par le Christ lui-même, les hommes, responsables de la vie de l’Eglise sont appelés, comme dit Ezéchiel, à être des veilleurs qui guettent le moindre signe de Dieu pour l’annoncer à son peuple. Frères et sœurs, puisse cette Eucharistie affermir notre foi et nous aider à poser véritablement les gestes d’amour envers les autres. Amen

Père Charles CAKPPO

Ucao / Abidjan

30 OCTOBRE 2011 : 31ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A
  • Ml 1, 14b-2, 2b. 8-10
  • Ps 130
  • 1Th 2,7b-9.13
  • Mt 23,1-12

« Seigneur, je n’ai pas le cœur fier, ni le regard ambitieux » (Ps. 130)

I- Humble pour servir

En méditant au présent les textes de ce dimanche, c’est l’attitude humble du psalmiste qui m’interpelle. Le Seigneur nous appelle, nous Église, et surtout nous serviteurs et servantes de/dans cette Église d’aujourd’hui, à une certaine humilité pour mieux accomplir notre charge.

Dans la première lecture, entre autres reproches, le prophète constate que les prêtres se sont « écartés » de Dieu et sont devenus pour le peuple une « occasion de chute », un scandale, en « pervertissant » l’Alliance qui aurait dû être l’objet de fidélité. De cette situation, résulte l’« avertissement » assez direct et peut-être un peu sévère de Malachie aux prêtres : « Si vous … ». Remarquez que ces menaces sont au conditionnel. C’est donc dire qu’il y a encore possibilité de se convertir et d’éviter la catastrophe. Pourquoi ne pas donc espérer ?

II- Avec un peuple solidaire

Devant cet appel lancé aux prêtres de se convertir, le prophète fait intervenir la solidarité du peuple : « Et nous le peuple…. ? » C’est au nom de cette même solidarité que le Christ rappelle à ses disciples qu’ils n’ont qu’un seul Père, Celui du Ciel. Jésus met en effet en garde contre d’éventuelles dérives possibles de la part de ses serviteurs. En fait, à y voir de près, la mission du prêtre n’est réussie qu’au milieu du peuple. La fierté du prêtre est aussi celle du peuple, de même que sa honte. Le peuple est donc aussi appelé à l’humilité et à l’écoute de son Dieu. Dans la deuxième lecture, Paul va justement nous donner l’exemple d’un messager solidaire de son peuple : « Ayant pour vous une telle affection, nous voudrions vous donner non seulement l’Évangile de Dieu, mais tout ce que nous sommes, car vous nous êtes devenus très chers. » Et si nous voyions nos prêtres ainsi ?

III- Une Parole qui transcende messager et destinataire

Jésus prend bien soin, dans l’évangile, de prévenir les disciples : même si le messager (le scribe, le pharisien, l’apôtre, le prêtre) ne vit pas ce qu’il enseigne, ce n’est pas une raison pour ne pas écouter et suivre la vérité de sa parole. Certes, notre monde a besoin de maîtres qui enseignent par leurs actes ; mais la Parole de Dieu dépasse et transcende celui qui la porte ; et c’est cette parole qui doit d’abord préoccuper l’auditeur.

Paul félicite d’ailleurs les Thessaloniciens pour leur accueil de la Parole de Dieu : « Quand vous avez reçu de notre bouche la parole de Dieu, vous l’avez accueillie pour ce qu’elle est réellement : non pas une parole d’hommes, mais la parole de Dieu qui est à l’œuvre en vous, les croyants. » Que faisons-nous de la Parole de Dieu ?

IV- Que faire ? Devant les lectures de ce dimanche, on peut bien être tenté de se décourager, ou pire de vouloir y trouver des raisons de critiquer nos prêtres, évêques et autres serviteurs de l’Évangile. L’actualité ne nous en fournit-elle pas plein de preuves dans la multitude de scandales où l’Église, à tort ou à raison, à travers surtout ses ministres ordonnés, serait impliquée ? L’occasion est sans doute bonne pour se lancer dans les attaques ! Mais ce n’est pas du tout l’intention des auteurs sacrés.

Les textes de ce dimanche nous appellent plutôt à « resserrer les rangs » : nous faire plus solidaires de notre Église et de nos ministres sacrés ; écouter avec foi la Parole qu’ils nous enseignent ; et surtout priez pour nos prêtres afin que chacun d’eux se rappelle et vive toujours ce qui lui était dit à son ordination diaconale quand il recevait l’Évangéliaire : « Recevez l’Évangile du Christ que vous avez la mission d’annoncer. Soyez attentifs à croire à la Parole que vous lirez, à enseigner ce que vous avez cru, à vivre ce que vous aurez enseigné ». Amen.

Abbé Serge Danialou TIDJANI, Ph.D. JCD.

06 NOVEMBRE 2011 : 32ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A
  • Sg 6, 12-16
  • Ps 62
  • 1Th 4,13-18
  • Mt 25, 1-13

« La Sagesse est resplendissante ; elle est inaltérable » (Sg. 6, 12)

I- Qu’est-ce que la sagesse ?

« Qu’est-ce la sagesse ? ». Je me souviens de cette question à laquelle tout élève en philosophie devait répondre. Nous disions alors que c’est la qualité du savoir-vivre dans toutes les circonstances de la conduite et de la vie humaines ; nous la définissions aussi comme l’ensemble des règles du savoir-vivre ou des maximes de l’humanisme chez les peuples civilisés, et les réflexions sur l’existence humaine, en particulier la souffrance, la mort, la rétribution. Alors sommes-nous sages ?

Très tôt, dans la Bible, la sagesse est perçue comme ce qui donne à l’être humain un cœur capable de discerner le bien et le mal ; en ce sens, la vraie sagesse vient de Dieu, elle a sa source dans la Parole de Dieu. C’est de cette sagesse que nous parle l’auteur de la première lecture de ce dimanche.

II- La recherche de Dieu, la vie en Jésus

Déjà dans le monde biblique grec, la sagesse n’était plus perçue comme une simple chose ou une attitude, mais plutôt comme une personne. La tradition chrétienne ira plus loin, surtout grâce à St Paul, en faisant de Jésus Christ, la Sagesse personnifiée, la Sagesse de Dieu. On peut d’ailleurs faire un simple exercice avec le texte de ce dimanche : remplacer le mot sagesse par Christ. Plus qu’un jeu de mots, cela nous permet comme chrétiens de mieux percevoir l’importance de l’extrait de notre lecture. Dès lors rechercher la sagesse, ce n’est pas rechercher une chose, mais vivre avec le Christ. Alors sommes-nous sages ?

III- Des « sages » ? ou des « insensées » ?

L’évangile nous présente deux catégories de personnes : les sages et les insensées. L’attitude sage consiste à prendre de l’huile en réserve. Désormais, le chrétien qui veut traverser la longue nuit de la vie ou du monde, doit comprendre que le Christ est non seulement sa lampe, mais aussi l’huile qui fournit la lumière. Être sage, c’est se remplir du Christ, et n’avoir que le Christ comme seule réserve de sa vie. Car justement, l’insensé a tout dans sa vie, sauf l’essentiel, c’est-à-dire le Christ, Fils de Dieu et Dieu lui-même. Une vie sans Dieu est forcément une lampe qui ne peut brûler longtemps. Dans quelle catégorie nous trouvons-nous ?

IV- L’espérance à la fin

Le fait de s’attacher à Jésus comme la seule huile qui alimente notre vie change aussi la façon de percevoir et de préparer notre mort. Dans la 2e lecture, Paul appelle en effet avec une connaissance certaine sur les fins dernières : puisque le Christ est ressuscité et que nous appartenons au Christ, nous aussi, nous ressusciterons ; la mort des personnes qui nous chères ne doit plus être perçue comme une catastrophe ; il ne faut pas pleurer comme ceux qui n’ont pas d’espérance. Puisque nous avons été avec le Christ durant notre vie, il ne peut qu’être avec nous à notre mort ; ainsi en va-t-il de sa fidélité. Au nom de cette espérance, Paul nous demande de nous réconforter les uns les autres. Il nous revient donc, avec la grâce du Saint Esprit (dont un des dons est justement la sagesse), de savoir nous garder dans ce climat de connaissance réciproque avec le Christ. Que le Seigneur nous donne de le chercher à tout instant et de toujours le trouver ; qu’il illumine notre vie d’ici-bas, et nous prépare avec grâce pour la vie à venir. Amen.

Abbé Serge Danialou TIDJANI, Ph.D. JCD.

13 NOVEMBRE 2011 : 33ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A
  • Pr 31, 10-13.19-20.30-31
  • Ps 127
  • 1Th 5,1-6
  • Mt 25, 14-30

« Serviteur bon et fidèle »

Imaginons une autre fin pour l’évangile de ce dimanche : « Maître, j’ai essayé de faire fructifier tes talents, j’ai fait beaucoup d’effort, mais je n’ai pas réussi. Il y a eu une crise économique, les actions ont chuté en bourse ; l’inflation et la récession s’en sont mêlées. Et j’ai déclaré faillite ! » Qu’aurait donc fait ce maître ? Pour l’expérience que je fais de ce maître ordinairement miséricordieux et compréhensif de nos limites, j’ose croire qu’il lui aurait dit : « Serviteur peu débrouillard. Tu as fait de ton mieux, mais ça n’a pas marché. Je te félicite quand même !!! ». Mais revenons à ce qui est dit dans les lectures de ce jour.

I- La femme élevée par Dieu

Quel homme, en écoutant, la première lecture de ce dimanche, n’a pas pensé aux femmes de son environnement : une mère, une sœur, une fille, une amie, et surtout une épouse ? En effet, cette méditation sur la femme forte de la Bible est un hommage à toutes ces femmes pour s’investissent de mille et une façons pour leur propre monde et le monde entier. Le Seigneur nous rassure que d’elles, l’éloge sera fait sur la place publique, du moins dans le Royaume des Cieux.

Dans notre contexte socio-culturel béninois, toutes les femmes ou au moins celles qui sont épouses devraient se poser la question, comme dans un examen de conscience : « Suis-je cette femme des Écritures ? Suis-je un « porte-bonheur » ? Il ne s’agit pas de se lancer dans un féminisme (ou un anti-féminisme) débridé et anachronique, mais de comprendre sa vocation à la lumière de la Parole de Dieu.

II- Homme ou femme aux talents

Si, dans la première lecture, c’est la femme débrouillarde qui nous est admirée, dans l’évangile c’est à l’homme, tout humain, que Jésus rappelle qu’il est important de faire fructifier les talents reçus. Je retiens de ce texte quelques éléments :

• Dieu donne à tous les humains des « talents » : ce sont nos qualités, nos charismes, nos dons. C’est grâce à ces talents que nous pouvoir accomplir notre vocation sur terre, que nous pourrions bâtir notre part du monde. Mon talent (ou mes talents) est la contribution que Dieu m’a donnée en m’envoyant dans le monde. Chaque être humain a au moins un talent : dire que quelqu’un n’en a pas du tout équivaut à penser que Dieu l’a créé pour rien, ce qui est inconcevable.

• Dieu donne « à chacun selon ses capacités ». Dieu nous connaît, et il ne peut pas nous donner des talents que nous ne pourrions pas faire fructifier. La conséquence est donc que chacun doit reconnaître ses/son talents et le mettre au service du monde. Il ne faut donc pas se plaindre de ne pas avoir assez de talents (en encore d’en avoir trop) ; il faut juste travailler à se rendre utile avec ses talents. Critiquer ou abaisser celui/celle qui a peu de talents ou encore jalouser celui/celle qui a plus de talents, voilà des attitudes à bannir de nos vies de chaque instant. Le maître des talents nous accepte tels que nous sommes.

• Dieu nous donne la liberté avec nos talents. Avec la grâce qui nous accompagne, Dieu espère que nous ferons bon usage de tout ce qu’il nous a donné pour construire le monde. Alors, à nous d’éviter que nos talents deviennent des problèmes. Tout talent est confié pour nous aider à nous ouvrir sur les autres et pour construire.

• Nous aurons à rendre compte un jour à Dieu de ce que nous avons fait de nos talents. Quand ? Personne ne le sait ! Paul nous en prévient dans la deuxième lecture : « Quand les gens diront ‘’Quelle paix…. ‘’ ». Ceci devrait accroître encore plus notre ardeur pour travailler de tout notre cœur et de toute notre force à bâtir le monde dans lequel nous vivons. Certes au soir de notre dernier jour, nous serons jugés sur l’amour ; mais nous serons aussi jugés sur nos talents. Alors gare à nous si, comme on l’entend souvent, « nous sommes bourrés de talents » ; car à celui qui a beaucoup reçu, on demandera beaucoup !

III- Que faire ?

Le fait de devoir rendre compte de nos talents ne doit pas créer en nous un climat de paralysie, de panique ou de peur. Car c’est justement ce qui est arrivé au « serviteur mauvais et paresseux ». Dieu, qui nous connaît mieux que nous-mêmes, ne peut pas être surpris que nous prenions des risques. D’ailleurs, tout ce que nous faisons dans le monde n’est-il pas associé à un risque ?

Mais le chrétien prend le risque de faire fructifier ses talents en comptant sur la grâce de Dieu. Dieu ne nous a pas donné des qualités pour nous faire peur, il ne nous a pas créés pour nous terroriser, comme le pensait le mauvais serviteur. Dieu nous a créés par amour, et la seule relation qui prévaut entre Lui et nous, c’est bien celle de l’AMOUR : il ne faut plus avoir peur de Dieu ; il faut l’aimer, et quand on L’aime, on lui fait confiance. Au dernier jour, ce qui comptera pour Dieu, ce ne sera pas la quantité de talents gagnés, mais l’amour que nous avons eu pour les faire fructifier, la foi que nous avons eue pour prendre les risques, et l’espérance que nous avons gardée que nous ne serons pas perdants.

Demandons au Seigneur de nous donner la grâce de la fidélité dans la durée : que nous ne soyons jamais fatigués à travailler à l’édification de son Royaume. Qu’il aide à toujours rester des enfants de lumière. Qu’en demeurions sobres et vigilants, puissions-nous être heureux d’aller un jour à sa rencontre et l’entendre nous dire : « Serviteur bon fidèle, entre dans la joie de ton maître. » Amen.

Abbé Serge Danialou TIDJANI,

Ph.D. JCD.

20 NOVEMBRE 2011 : 34ème DIMANCHE ANNEE A / CHRIST-ROI

Aujourd’hui c’est aussi la SOLENNITE DU CHRIST ROI DE L’UNIVERS

  • Ez 34,11-12. 15-17
  • Ps 22
  • 1Co15, 20-26. 28
  • Mt 25,31-46

Un roi tout à fait original- Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur

Aujourd’hui, une page spéciale de l’histoire de notre Église s’écrit au Bénin : Benoît XVI, le successeur de Pierre, le Vicaire du Christ est chez nous. Le Souverain Pontife vient nous témoigner la sollicitude de toute l’Église en remettant aux représentants des Conférences épiscopales de tout le continent africain l’exhortation apostolique post-synodale. Notre pape vient fortifier la foi, l’espérance et la charité du Peuple de Dieu au Bénin. Pourquoi ne pas admirer cet événement spécial à la lumière de la Parole de Dieu de ce dimanche ?

I. Une fête assez récente La fête du Christ Roi de l’Univers, instituée le 11 décembre 1925 par le Pape Pie XI (Encyclique Quas primas), achève l’année liturgique. La fin d’une année nous invite ainsi à célébrer Celui qui, par-delà les ans, domine l’histoire depuis son commencement jusqu’à son achèvement en Dieu. Le règne du Christ est celui de la justice et de l’amour, objet de toute espérance et dont l’édification patiente est la mission de chaque humain. Jésus n’est pas roi à la manière des princes d’ici-bas, mais comme celui qui s’abaisse et livre sa vie pour tous, afin que tous nous régnions dans la gloire à ses côtés. La Fête du Christ Roi veut ainsi convertir nos cœurs et nos représentations, pour que nous comprenions que la puissance véritable réside mystérieusement dans l’abaissement et le don de soi.

Plusieurs événements dans la liturgie ou dans les évangiles nous rappellent souvent la royauté du Christ : à Noël et à l’Épiphanie par exemple, durant les célébrations pascales, à l’Ascension, à la fête du 14 septembre … C’est que, dans l’attente du Peuple de Dieu, le Messie espéré, devait être aussi roi à l’image de son ancêtre David. Reconnaître et célébrer le Christ comme notre Roi, c’est entrer dans la longue marche du Peuple qui attend tout de son Dieu.

II. Une fête de la foi

Le roi que nous fêtons nous est présenté dans la première lecture : c’est un berger, le Berger de l’humanité, celui qui juge vivants et morts. Ce berger se déplace pour « aller à la recherche » de ce qui est perdu. C’est un roi qui « veille » sur le troupeau, qui les rassemble pour en faire l’unité, qui les « délivre ». Jésus, acclamé comme Roi de l’univers, n’est pas un roi loin de siens et ignorant de leur condition. Il est tout proche de chaque être humain. Les évangiles nous montrent un Jésus plein de compassion, d’amour, de tendresse, de miséricorde, un Jésus qui sort le monde des ténèbres, qui donne courage et force à celui qui n’en peut plus, qui fait reposer celui qui est fatigué, retrouve celui est perdu, soigne celui est blessé… Et le psaume 22, si bien connu, décrit la confiance de celui qui voit le Seigneur comme son seul berger.

On dit ordinairement que « qui a besoin du pape, va à Rome ». Mais aujourd’hui, c’est le pape qui, comme bon pasteur, descend de Rome et vient à nous, se faisant proche de nous, foulant notre sol et y répandant d’abondantes bénédictions de serviteur du Christ. Comme le Christ, c’est lui qui vient et c’est à raison que nous pouvons clamer : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » Nous sommes des milliers de témoins de cet événement aujourd’hui ; à quoi cela nous engage-t-il ?

En célébrant aujourd’hui la fête du Christ, c’est un engagement que nous prenons de laisser Jésus être le seul Berger de notre vie. C’est un acte de foi : si « le Seigneur est notre berger et que rien ne saurait nous manquer », pourquoi donc aller chercher d’autres pacotilles de dieux de tous acabits pour en faire nos sauveurs ? Qu’avons-nous à aller embourber nos cœurs et nos vies dans tous ces groupes, associations, sectes, clubs, qui nous offrent des dieux qui ne peuvent nous sauver ? Ordinairement à la fête du Christ Roi, nous avons la sainte habitude de faire de très grandes processions du Saint Sacrement, au son des chants, des tambours, des danses et dans la joie. À quoi sert tout cela, si nous ne gardons pas ferme la foi que Jésus est le seul capable de guider notre vie ?

III. Une fête de l’espérance L’assurance de la foi qu’apporte la présence du Christ Roi dans notre vie crée aussi en nous une attitude d’espérance. Dans l’Église comme dans le monde, et spécialement dans notre pays, il est permis d’espérer comme Saint Paul, que le Christ « détruit toutes les puissances du mal ».

En effet, si le Christ n’est pas un roi qui domine et écrase son peuple, il est quand même un roi qui détruit tout ce qui fait du mal à son peuple. En célébrant la fête du Christ Roi aujourd’hui, nous remettons notre espérance aux mains de Dieu. La présence du pape sur la terre africaine du Bénin en ces jours pourrait raviver notre espérance : l’Afrique (le Bénin) est capable de se relever, car Dieu ne l’a pas abandonnée. Aucune malédiction, ni individuelle, ni communautaire, ne pèse sur nous en Afrique ; nos éventuelles crises peuvent devenir des chemins de renaissance. L’Afrique des guerres et des attentats peut devenir l’Afrique de la paix ; l’Afrique de la faim, des sécheresses et des inondations peut devenir « la terre où coulent le lait et le miel » ; l’Afrique de la pauvreté, peut devenir l’Afrique de la richesse ; l’Afrique de la haine et des divisions peut devenir l’Afrique de l’Amour et de l’unité. Quand on est disciple du Christ-Roi, il est interdit de perdre l’espérance, il n’y a pas de place pour le pessimisme. Puissions-nous écouter, avec ferveur et générosité de cœur, le message d’espérance que nous apporte le vicaire du Christ ; ainsi « Dieu sera tout en tous », et notre peuple pourra continuer de rayonner et de grandir.

IV. Une fête de la charité

Dans l’évangile de ce dimanche, notre Christ-Roi s’identifie aux affamés, assoiffés, étrangers, nus, malades, prisonniers… bref, à toute personne que, à première vue, nous ne voudrions pas avoir dans notre petit cercle. Je retire trois remarques de cette scène dite du « jugement dernier ». D’abord qu’elle nous rappelle ce que Jésus a été dans le monde : un homme assez proche de la misère humaine, un homme attentif à la souffrance de ses pairs. Qui mieux que lui, en effet, s’est occupé des affamés et des assoiffés au point de la déclarer « bienheureux » ? Qui mieux que lui est allé à la rencontre des exclus de la vie, comme les prisonniers ? d’ailleurs n’a-t-il pas été condamné à la place d’un prisonnier ? N’est-ce pas lui Jésus qui allait vers les terres païennes de Tyr et de Sidon rencontrer les étrangers et les étrangères, déjà étiquetés par les « saints » pharisiens ? A-t-on compté les malades qu’il a guéris ? Jésus, notre Roi ne s’est pas gêné de toucher la misère humaine et d’y goûter. Alors ce qu’il demande, c’est ce qu’il a lui-même fait.

La deuxième remarque est que le Christ, tout roi qu’il est, s’identifie aux pauvres : « Ce que vous avez fait…. C’est à moi… ». Le pauvre, le petit, celui qui ne compte pas beaucoup, celui qui, pense-t-on, ne peut rien nous apporter, est le FRÈRE DE JÉSUS. Une façon originale pour Jésus de nous faire comprendre que tout acte posé en faveur des exclus est une mise de fonds en vue du Royaume de Dieu. En célébrant donc le Christ-Roi, et c’est la troisième remarque, nous prenons l’engagement de bâtir un monde où il n’y a plus d’exclus. Nous nous engageons à ce que l’autre, le prochain, le malheureux surtout (et Dieu sait que nous tous malheureux d’une certaine façon) ait aussi une place dans nos cœurs. Le message chrétien, que le pape porte sans cesse dans ses voyages, est justement que, au nom de l’amour, toute forme d’inégalité et d’exclusion cesse et que l’amour, enraciné en Dieu, puisse prendre des formes concrètes de présence aux plus démunis.

En célébrant la fête du Christ-Roi avec la présence du pape sur notre terre, demandons au Seigneur de continuer à faire de son Église une maison de foi, d’espérance et de charité. Que chacun de nos gestes nous rapprochent davantage de Dieu et des autres. Amen.

Abbé Serge Danialou TIDJANI, Ph. D.- JCD.

27 NOVEMBRE 2011 : 1er DIMANCHE DE L’AVENT ANNEE B

-* Is 63, 16b-17.19b ; 64, 2b-7

-* 1Co 1, 3-9

-* Mc 13, 33-37

Bien aimés de Dieu,

« Que la grâce et la paix soient avec vous de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur » (1Co 1,3). C’est par cette parole de l’Apôtre Paul, tirée de la deuxième lecture de ce premier dimanche de l’avent que je vous souhaite une Heureuse Année liturgique et un fructueux temps de l’avent.

Nous sommes embarqués tous ensemble par l’Eglise à entrer dans la liturgie de ce temps d’attente de notre Seigneur Jésus Christ. Providentiellement, les paroles de Saint Paul aux Corinthiens se situent comme le discours programme ou le résumé de ce temps : « … aucun don spirituel ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus-Christ. C’est lui qui vous fera tenir solidement jusqu’au bout, et vous serez sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus Christ. Car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur » (1Co 1,7-9).

Le temps de l’avent est donc un temps d’attente de la révélation de Jésus. Et cette attente se veut une attente joyeuse au cours de la quelle chacun doit prendre un engagement personnel pour se garder sans reproche jusqu’au bout.

Saint Marc ne manque pas de nous éveiller la conscience à cet engagement personnel : « prenez garde, dit-il, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment » (Mc 13, 33). Le temps de l’avent impose donc à chaque Chrétien un effort de responsabilité à faire pour faire implanter solidement en soit le témoignage qu’il doit rendre au Christ.

Le temps de l’avent nous dit Saint Charles Borromée est « une période de salut, de paix et de réconciliation ; une période de joie débordante. » Et donc un temps d’attente joyeuse. Mais cette joie n’est vraiment débordante sans la vigilance. C’est pourquoi, la mise en garde de Marc est pertinente. Comme un temps où la femme enceinte attend son nouveau né, le temps de l’Avent est celui au cours duquel nous préparons le berceau de notre cœur pour celui qui doit venir.

Cette préparation n’a rien à voir avec nos pagnes que nous achetons à tout prix. Elle n’a rien à voir avec les colliers et boucles qui bouffent notre fortune. Elle n’est pas comparable aux jouets ou aux champagnes que nous offrons le jour de Noël. L’attente du Messie doit être une ambiance d’espoir, ou d’espérance, mieux de joie intérieure dans la paix, la justice, l’amour. Elle doit écarter de nos cœurs toute tendance de trouble, de corruption, ou même de tristesse.

C’est pourquoi chacun de nous doit prendre au sérieux les paroles de Saint Marc : « Veillez ! ». Si nous attendons véritablement l’Emmanuel, ce que nous devons faire pour nous garder sans reproche est très simple. Nous devons briser les chaines de nos désordres moraux et sociaux en ces temps où il n’y a plus de repères sûrs, en ces temps où la globalisation a laissé libre cours à tous les dangers sociaux. Nous devons changer notre manteau de haine, de jalousie, d’indifférence, et de toute perversité en celui de charité et d’amour car où sont amour et charité nous dit Saint Paul, « Dieu est présent ». Nous devons changer nos tuniques de mensonge, de calomnie et d’orgueil en celles de vérité, de droiture et d’humilité car aux cœurs droits Dieu se rend présent. Nous devons changer nos phylactères de corruption et de fraude, de vol, d’exploitation en ceux de justice car seul le juste verra Dieu nous disent les Béatitudes. Nous devons changer nos franges de guerre, de violence de ségrégation, d’ethnocentrisme, de régionalisme et surtout de méchanceté gratuite en celles de paix car aux artisans de paix le ciel sera donné gratuitement. Chers amis, la seule chose que l’Eglise nous demande en ce temps de préparation à Noël est que nous changions de cœur. Ce changement nous fera entrer dans la joie de celui que Dieu, en vertu de son immense amour pour nous, pécheurs, nous envoie pour « nous délivrer de la tyrannie et de l’empire du démon, nous inviter à aller au ciel, nous faire pénétrer dans les mystères célestes, nous montrer la vérité en personne, nous former à la pureté des mœurs, nous donner les germes des vertus, nous enrichir des trésors de sa grâce et enfin nous adopter pour ses fils et pour héritiers de la vie éternelle ». Je partage là avec vous la belle réflexion de Charles Borromée sur le sens de l’avent.

Daigne le seigneur changer lui-même notre cœur et l’ouvrir à la compréhension des mystères du ciel que son fils vient nous dévoiler. Amen !

Père Olatoundji Benoît ODOUNSI

Pobé

04 DECEMBRE 2011 : 2ème DIMANCHE DE L’AVENT ANNEE B
  • Is 40,1-5.9-11
  • 2P 3,8-14
  • Mc. 1,1-8

Fils et filles bien aimés de notre Seigneur Jésus-Christ. Le temps de l’avent, avons-nous dit le dimanche passé est un temps d’attente joyeuse et cette attente doit se vivre dans une ambiance d’engagement personnel. Aujourd’hui, avec l’Eglise entière, nous commençons la découverte de ce que contient cet engagement.

La liturgie de ce dimanche commence par une première lecture qui dit tout sur le premier élément de notre engagement. Le prophète Isaïe nous rapporte quelque chose d’extraordinaire : « préparez à travers le désert le chemin du Seigneur. Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu ». C’est dire que nous ne pouvons pas entrer dans la vraie joie de la venue de Dieu si nous ne lui préparons pas un endroit capable de l’accueillir. Isaïe n’est pas la voix qui parle au désert mais il est le rapporteur fidèle qui nous fait entrer aujourd’hui dans la vraie vision de celui qui est la voix : Jean Baptiste. Mais, que Jean soit le messager dont parle le livre du prophète Isaïe (Cf. Mc 1, 2), ou qu’il soit la voix qui crie à travers le désert (Mc 1, 3), l’essentiel que nous pouvons retenir des différents textes de ce jour est le toilettage que le Seigneur lui-même nous demande de faire pour notre cœur afin de l’accueillir dignement. Jean proclamait un baptême de conversion pour le pardon de nos péchés nous dit l’évangile du jour : (Mc1, 4). Ceci justifie plus que jamais que le Seigneur s’adresse à chacun de nous comme à ce peuple juif qui allait écouter Jean dans le désert. Que nous soyons baptisés ou non, nous avons besoins de cette conversion profonde pour correspondre au vouloir de celui qui est « plus puissant que Jean » et qui vient nous baptiser avec l’esprit Saint. C’est donc d’une providence très rare que la liturgie du deuxième dimanche de notre temps d’attente focalise notre attention sur la conversion.

Qu’il vous souvienne que tout ce que l’homme fait de beau, de joyeux, est toujours précédé d’un temps de purification. Le Royaume de Dieu que nous attendons aussi par la venue du Messie, mérite tout cela et mieux encore. La seule figure qui puisse nous aider à mieux nous centrer sur cet état de purification est Jean. Il nous faut donc l’écouter durant ce temps pour que tout notre être puisse répondre un temps soit peu à l’appel que Dieu nous lance aujourd’hui.

La réponse à cet appel ne doit pas être remise à plus tard. Car il y a une chose que nous ne devons pas oublier : « pour le Seigneur, mille ans sont comme un jour » (2P 3, 8b). Nous devons donc savoir que l’appel de la conversion nous est lancé non pas ce dimanche seul mais tout au long de notre vie. Cet appel est quotidien afin que nous puissions suivre le Seigneur dans sa pédagogie patiente. Lui qui ne veut perdre aucun de nous, veut que nous nous convertissions à chaque instant de notre vie. Il ne sert à rien de dire comme des hommes au cœurs sans mémoire à qui il faut accorder un long temps pour qu’ils se souviennent que le jour du Seigneur ne vient pas de si tôt et nous avons le temps de nous convertir car le jour du Seigneur viendra quand on le l’attend pas. Cela ne rime à rien de dire comme le fou qui déclare dans son cœur : les pécheurs se connaissent, à eux, il faut prêcher la bonne nouvelle de la conversion mais pas à nous qui sommes déjà vieux dans la foi ! Esprit faux ! Le Seigneur nous attend tous les jours pour voir notre effort de préparation quotidienne à sa venue. Nous devons redresser les chemins tortueux de l’injustice de notre cœur pour entrer dans la droiture et la justice. Nous devons briser les briser les collines des terres arides de notre être pour faire une autoroute de grâce pour la venue du Seigneur. Nous devons combler les ravins de notre orgueil pour donner au Seigneur le pont d’humilité de notre personne. Nous devons détruire les montagnes de notre haine, nos méchanceté gratuite pour donner au Seigneur une demeure sans heurt afin qu’il nous fasse entrer dans sa sainte demeure. Ainsi quand le Seigneur sera là, nous pourrions monter sur sa montagne d’honneur et de gloire pour porter plus haut : « voici notre Dieu, voici le Seigneur Dieu, il vient avec puissance et son bras est victorieux » (Is, 40, 9b-10) en lui nous espérions exultons, crions de joie, car il vient nous sauver.

C’est là seulement chers frères et sœurs, que nous pouvons dire que nous avons vu ce que nous attendons selon la promesse car la seule chose que nous attentons, « c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice » (2P 3, 13). Engageons nous donc sur le chemin de la justice pour un fructueux temps d’avent. Et le Seigneur nous y aidera.

Père Olatoundji-Benoît ODOUNSI Pobé.

11 DECEMBRE 2011 : 3ème DIMANCHE DE L’AVENT ANNEE B

-* Is 61, 1-2.10-11

-* 1Th 5, 16-24

-* Jn. 1, 6-8. 19-28

Chers amis en Christ Depuis quelques semaines, nous avons commencé ensemble une marche, un pèlerinage qui nous conduit aux portes de la maison de pain, Bethléem où nous verrons Jésus le Dieu-parmi-nous. Aujourd’hui, troisième dimanche de ce merveilleux temps d’attente joyeuse, nous sommes tous venus pour écouter une fois encore Jean-Baptiste comme nous l’avons fait le dimanche passé. Et quand nous écoutons l’évangile de ce jour nous pouvons dire que c’est providentiel que la voix du Seigneur nous annonce par Jean ce que ou celui que nous devons être pour être dignes d’accueillir le Fils de l’homme à son retour car à dix jours de la fête de Noël, il nous faut nécessairement une mise en cause personnelle. La question « qui es-tu ? » (Jn. 1,19) que pose le peuple juif à Jean ce dimanche devrait s’adresser à chacun de nous aujourd’hui puisque nous somme tous des envoyés quelques soit notre rang dans la société comme dans l’Eglise. Et comment ?

Après la prophétie du prophète Isaïe : « l’esprit de Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonnier la délivrance, et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur » (Is 61,1-2), le peuple n’attendait qu’un seul jour. Il n’attendait que le jour où il verra ce grand Messie qui vient annoncer cette année de grande libration de la servitude. Il se préparait donc à voir le plus grand événement de sa vie quand surgit un homme : Jean ! Pour le peuple l’heure est venu où il faut courir à la rencontre du grand prophète. C’est ce qui a motivé la démarche des juifs vers Jean dans le désert. Mais arrivé à Jean, ce peuple a commencé par douter. Alors les chefs des prirent donc la décision d’envoyer le questionner : « qui es-tu ? ». Jean pouvait se faire le libérateur d’Israël puisqu’il est venu « rendre témoignage à la lumière afin que tout le monde croit par lui » (Jn. 1,6) : mais la déclaration de cet envoyé comme témoin de la lumière a surpris tout le peuple : « je ne suis pas le Messie » (Jn. 1,20. Alors la grande question se pose : « Es-tu Elie ou le grand prophète ». Jean aurait dit seulement qu’il est Elie et tout le peuple croirait en lui puisque les textes disent qu’avant que le Messie ne vienne, Elie doit revenir. Mais vous avez constatez avec moi que la réponse de Jean ne s’est faite pas attendre. L’humilité de Jean l’a fait déclarer : « ce n’est pas moi » et plus loin « je suis la voix qui crie à travers le désert : aplanissez le chemin du Seigneur comme a dit le prophète Isaïe » Jn 1,21-23 (cf. Is 40, 3-4). Qu’il vous souvienne que nous avons entendu ce texte le dimanche passé. C’est cette humilité de Jean Baptiste qui me séduit aujourd’hui et voudrais nous la proposer pour le reste de notre temps d’attente joyeuse.

Bien aimés de Dieu comme je le disais au début, chacun de nous est envoyé et l’humilité de Jean, comme envoyé nous interpelle tous. Combien de fois notre orgueil personnel ne fait-il pas prendre la place de celui qui nous envoie. Que nous soyons dirigeant de l’Eglise ou non, que nous soyons responsable ou non, l’orgueil est le plus gros fardeau que nous portons tout. L’humilité de Jean est un exemple frappant pour ceux qui sont appelés à servir leurs frères humains chez eux, dans leur voisinage et ailleurs. Comme Jean, nous aussi nous sommes appelés à rendre droit le chemin du Seigneur, à conduire les autres vers Dieu et non vers nous-mêmes. Nous devons être, comme le dit le Père Louis HONDOKODO, « des pancartes inutiles qui indiquent le Chemin vers un lieu aux hommes sans jamais chercher à être ce lieu encore moins le chemin ».

Mon grand souhait pour chacun de nous en ce jour est que jamais nos réussite dans l’œuvre que Dieu lui-même nous confient ne nous montent pas la tête. Nous voyons souvent des gens rassasiés de succès, ivres de gloire, remplis de complexe surhumain, maîtres de tout ; ils veulent que l’on les applaudisse à chaque geste qu’ils posent, qu’on fasse l’éloge de leur succès, qu’on se prosterne devant eux, que tous les reconnaissent comme les bons. Ils se confondent au Messie et du coup, perdent leur valeur de serviteurs sinon de témoins de la lumières. Ils prennent donc la place de la lumière et empêchent les autres à aller à la lumière.

Mais vous chers frères et sœurs, « soyez toujours dans la joie, … rendez grâce en toute circonstance : ce n’est que ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’esprit, ne repoussez pas le prophète, mais discernez la valeur de toute. » (1Th 5, 16-22) vivons dans l’humilité et le Dieu vivant, l’Emmanuel viendra combler à la mesure de son cœur, toutes nos attentes. AMEN.

Père Olatoundji- Benoît ODOUNSI

18 DECEMBRE 2011 : 4ème DIMANCHE DE L’AVENT ANNEE B

-* 2Sam 7,1-8.8-12,14.16

-* Rom 16,25-27

-* Lc 1, 26-38

Chers frères et sœurs en Christ,

Mon premier mot en ce quatrième dimanche de l’avent est celui sorti du cœur immaculé de Marie et que Saint Luc nous livre dans son Evangile : « mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur ! » Excellente exclamation qui nous situe très bien dans l’action de grâce d’un dimanche qui nous rapproche de la naissance du Messie. Avant toute considération, je voudrais tout d’abord saluer la longue marche des chrétiens et chrétienne dans l’attente de l’Emmanuel, Dieu parmi nous. Quatre semaines de préparation à la fois joyeuse et pénible. Mais encore quelques jours et nous chanterons tous « Gloria in excelsis Deo »

L’Evangile du 4ème dimanche de l’Avent (Lc 1, 26-38), est providentiellement celui du 8 décembre passé, fête de l’Immaculée Conception. Saint Luc, dans son Evangile nous montre le dialogue amoureux mais combien éloquent entre Marie et l’Ange Gabriel. Comme dans un discours de demande en mariage d’une fille par ses beaux parents, Gabriel présente à Marie le plan de Dieu sur elle comme celui d’un fiancé sur sa bien-aimée. Le discours est franc et sans hypocrisie et j’admire de façon spéciale le courage de la petite fille d’Israël qui a osé demander à un ange de Dieu : « comment cela se fera-t-il puisque je ne connais pas d’homme ? » (Lc 1,34). Ce ne devait pas être facile puisqu’en aucun cas, et surtout dans la mentalité juive, le Dieu très haut ne pouvait se corrompre dans une humanité encore moins dans la chair d’une pauvre fille qui avait à peine l’âge de raison. La réponse de l’ange devait surprendre plus Marie puisqu’en bonne femme israélite, elle ne peut avoir d’enfant que d’une relation avec un homme connu et autorisé par la loi juive. Marie est donnée en mariage à Joseph certes mais ils ne se sont pas encore connus, et l’ange Gabriel n’a pas dit que l’Enfant sera de Joseph. Et c’est là, la raison de l’embarra de la pauvre fille de Nazareth. Car n’étant pas mariée, avoir un enfant serait le fruit fragrant de l’adultère. Et elle risquerait alors la lapidation jusqu’à la mort. Mais au-delà de cette inquiétude, Marie a pu dire « OUI » dans un abandon total à la volonté de Dieu « voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole » (Lc 1, 38). Ce courage de Marie me séduit en même temps qu’il m’étonne. Selon les grands théologiens de l’Eglise comme l’actuel pape (Benoît XVI), le oui de Marie est la conséquence directe de sa conception immaculée, c’est-à-dire de la préparation de son être sans tache ni rides dès le ventre de sa mère et de son état virginal à accueillir le Sauveur du Monde. Voila ce que nous admirons en ce 4ème dimanche de l’avent et c’est pourquoi j’ai fait allusion, au début de ma réflexion, à la fête de l’Immaculée conception du 08 Décembre.

Chers amis en Christ ! L’exemple de Marie est pour nous une interpellation. Dieu nous demande de lui ménager une demeure en nous ; une demeure aussi réelle que celle offerte par Marie. Vous savez bien que faire une place où Dieu puisse habiter dans nos vies n’est pas facile. Comme Marie, nous connaissons aussi le doute, le désarroi et la solitude. Mais comme elle aussi nous devons apprendre à coopérer, à nous rendre disponible, à mettre notre faiblesse, notre pauvreté au service de la réalisation du dessein de Dieu sur l’humanité. Ainsi le Christ pourra naître chez nous en nous et pour nous. Cette naissance que je souhaite joyeuse pour chacun de vous. Le vœu le plus cher que je porte pour vous en ce dernier dimanche de l’avent et surtout en cette veille de la naissance du Christ est que tout votre être soit au service de Dieu par votre disponibilité à faire le bien en ce monde en perte de repères.

Comme le roi David dans la première lecture de ce jour, le Seigneur nous a certainement « accordé des jours tranquilles en nous délivrant de tous les ennuis qui nous entourent » (1Sam 7, 1b) ! Pensons maintenant à construire une demeure pour le Seigneur. Non pas une demeure dans le luxe de nos bâtiments ou de nos châteaux, mais dans la pauvreté et la simplicité de nos cœurs comme Marie par notre disponibilité à faire rien que la volonté de celui qui nous appelle à la connaissance de son mystère par l’obéissance de la foi. (Cf. la deuxième lecture : Rom 16, 25-27). C’est seulement en faisant cela que Dieu pourra rendre stable notre vie pour toujours. (Cf 1Sam 7, 16). Et pour nous se réaliseront les paroles du Psaume 88 (89) :

« Avec mon élu, j’ai fait une alliance, J’ai juré à David, mon serviteur : J’établirai ta dynastie pour toujours Je te bâtis un trône pour la suite des âges… …sans fin je lui garderai mon amour, Mon alliance avec lui sera fidélité…. »

Alors nous dirons avec Saint Paul « Gloire à Dieu, qui a le pouvoir ‘’nous’’ rendre forts conformément à l’Evangile que ‘’nous’’ proclamons en annonçant Jésus Christ… Gloire à Dieu, le seul Sage, par Jésus Christ et pour les siècles des siècles » (Rom 16, 25.27). Amen !

Père Olatoundji-Benoît ODOUNSI

18 SEPTEMBRE 2011 : 25ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A

C’est la coutume dans les contrées du pays de Jésus. A l’époque des travaux dans les champs, des journaliers attendent sur la place du village d’être embauchés. Dès le lever du jour, ils sont là, assis par terre, espérant du travail pour la journée. Demain ils recommenceront. Les premiers arrivés ont plus de chance que les autres d’être pris et de gagner leur pain. C’est qui arrive ici dans l’évangile de ce dimanche, à la différence que le sens de la justice de Dieu dépasse en bonté le nôtre.

Le propriétaire, c’est le Dieu le Père. Les ouvriers, chaque homme à qui la création est confiée pour la garder et la faire fructifier en vue du bien de tous. La vigne, l’Eglise de Dieu dont chacun des baptisés que nous sommes est responsable.

Jésus nous parle ici de son Père et nous le donne en exemple. Tous nous sommes appelés à travailler à la venue du royaume. En revêtant l’Esprit de Dieu. En agissant selon le cœur de Dieu.

Ce qui se passe dans le Royaume des Cieux n’a rien à voir avec le comportement habituel des hommes. Le Royaume auquel nous sommes appelés n’est pas une récompense, un salaire. Il est un don. Le Seigneur en dispose avec une liberté souveraine mais non arbitraire. Sa liberté est commandée par l’amour, par la bonté. A chacun, il veut donner le maximum. Nos mérites n’y sont pour rien. On ne mérite pas plus le Royaume qu’on ne mérite d’être aimé. Il n’y a pas d’amour véritable sans absolue gratuité. Le Seigneur qui veut pour le bonheur n’a de cesse de nous combler de ses bienfaits. Cette bonté bouleverse nos schémas de pensée. Le drame, c’est l’œil mauvais qui compare les mérites des uns et des autres, qui se fie aux apparences, qui juge d’après ses propres faiblesses. Ainsi naissent l’envie, la médisance, l’esprit de calcul, les conflits.

Les propos du Seigneur visent les pharisiens et tous qui leur ressemblent. Ils étaient assez fiers d’eux-mêmes. On ne peut nier qu’ils observaient tout ce qui est prescrit dans la loi et s’abstenaient de tout ce qu’elle condamnent. Mais leur certitude de marcher sur le droit chemin les rendait hautains et distants à l’égard de ceux qui n’étaient pas comme eux. Or le Seigneur a châtié le serviteur impitoyable, non à cause de ses dettes mais à cause de la dureté de son cœur à l’égard de son prochain.

La réaction des premiers embauchés est semblable à celle du fils aîné de la parabole de la parabole de l’enfant prodigue : même manque d’ouverture et de compassion. Qu’ont-ils à reprocher au maître de la vigne ? N’est-il pas libre d’appeler de nouveaux ouvriers ? Ceux-là étaient disponibles. Ce n’étaient pas des paresseux. Eux aussi espéraient être appelés. Avant la nuit, comme le commande la Loi, le maître remet à chacun son salaire en fonction de sa bonté et non de la jalousie de ceux qui lui adressaient des reproches. La libéralité de l’amour se situe au-delà du droit. Il ne s’agit pas du même registre. Le don que le Seigneur nous fait, c’est lui-même. Cette pièce qu’il donne à chacun, c’est une participation à sa vie.

Certains l’ont reçue à l’aube de leur vie sur les fonts baptismaux. D’autres la reçoivent à midi quand la lumière de Dieu vient brusquement éclabousser une vie jusque là terne et vide, comme pour la Samaritaine. D’autres à quelques instants seulement de leur éternité, comme le bon larron. Il y a là certainement une espérance pour notre monde. Pour tous ces gens qui n’ont pas encore reçu l’appel de Dieu aux confins de la terre et autour de nous. Pour tous ces enfants éduqués dans l’ignorance de la foi chrétienne.

Nous succombons facilement au découragement devant le déferlement du mal. Nous oublions que le Seigneur est là et qu’il ne nous abandonne pas. Toute la journée, il cherche des ouvriers avec patience et persévérance. Quelle sollicitude admirable pour sa vigne ! Ce n’est pas le voisin qu’il appelle. C’est nous. Ne faisons pas la sourde oreille. On ne saurait être inactif et paresseux dans l’Eglise. Chacun est invité à apporter sa pierre pour construire le Royaume.

Père Delphin TOSSE Grand Séminaire Saint Gall / Ouidah

25 SEPTEMBRE 2011 : 26ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A

-* 1ère Lecture : Ez 18, 25-28

-* Ps 24

-* Ph2,1-11

-* Mt 21, 28-32

Nous avons toujours le choix suivre le Seigneur ou de lui tourner le dos. Il nous appelle et il attend notre réponse. Elle peut venir spontanément parce que nous vivons dans un milieu pratiquant, favorable à un engagement chrétien, puis s’affadir au fond de notre cœur jusqu’à perdre toute résonance dans la conduite de notre vie. Elle peut, au contraire, tarder à venir jusqu’au jour où, tel un Saint Augustin, monte en nous cette profonde aspiration : « Notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi ». Quel que soit notre passé, quelles que soient nos fautes, avec le Seigneur, il est toujours temps de commencer. Ce qui compte, c’est qu’ayant découvert notre vrai trésor, nous mettions tout en œuvre pour ne plus le perdre. Rappelons-nous celui qui vend tous ses biens pour acquérir la perle rare.

Dans le contexte de cette page d’évangile, le Seigneur continue de s’adresser aux pharisiens, c’est-à-dire à ceux qui refusent de reconnaître en lui le Messie parce qu’il les dérange dans leurs manières de se croire en règle avec Dieu. « Un homme avait deux fils ». Un fils représente le peuple élu qui a d’abord dit « oui » et qui va dire « non ». L’autre, les païens qui vivaient dans l’ignorance et le péché, mais qui, rencontrant le Seigneur, ont découvert Celui qui seul pouvait étancher leur soif de vérité et de pureté. Tous les convertis qui ayant dit « oui », ont transformé leur vie au service de ce « oui ».

Le bon sens veut que le premier fils soit unanimement reconnu comme le plus fidèle à la volonté de son père. Et pourtant le Seigneur a pour les deux fils une égale affection. Il ne condamnera pas ses bourreaux. Au calvaire, il priera même : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Il a été crucifié sur une barrière pour briser les barrières. Il portait dans son cœur toutes les nations qu’il appelle à devenir ses disciples.

Les publicains et les courtisanes, d’abord éloignés de Dieu, ont fait pénitence et son entrés dans le Royaume. Les pharisiens quant à eux, ont toujours manifesté leur désir de suivre la Loi et de faire la volonté divine. Mais quand le Seigneur a révélé le dessein divin, ils ont objecté qu’il prêchait une justice supérieure à la justice légale. Pourtant le prophète Jean-Baptiste, lui, était dans la stricte voie de la justice et de la tradition. Ils l’ont dédaigné. Ils se croyaient invulnérables, protégés par les rituels d’observance de la Loi. Ils n’ont pas vu l’état de leur cœur rempli de fierté et que l’amour avait déserté. Ils n’ont pas voulu croire qu’ils avaient besoin de faire pénitence, de se convertir.

Même devant les signes que le Seigneur leur donne, ils restent inflexibles. Alors, le Seigneur n’a pas peur de les offusquer en leur déclarant que les publicains et les prostituées les précèdent dans le Royaume. Non qu’il excuse les péchés de l’argent et de la chair mais que ce sont là faiblesses humaines. Tandis que l’orgueil est péché de l’esprit sous l’emprise de Satan.

Le Seigneur ne fait pas la morale, il se révèle. Il révèle son immense amour pour ceux qui le suivent même s’ils sont pécheurs. Il est venu pour les pécheurs et non pour ceux qui se croient justes parce qu’ils appliquent méticuleusement les commandements, obligations et rites. Ce que veut le Seigneur, c’est un cœur ouvert, donné, obéissant à sa loi d’amour qui nous commande de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés. En raison de la liberté dont nous a fait don le Créateur, le juste peut tomber et le pécheur peut se convertir. L’amour du Seigneur pour nous est à ce prix. Il n’est pas venu pour les bien portants. Ceux-là n’ont pas besoin de médecin. Il est venu pour les malades. Il sait combien nous le sommes, lui qui pénètre nos pensées les plus profondes. Il sait aussi combien il est difficile de sortir de cet état. De même qu’à Pierre qui l’avait renié il a posé par trois fois la question : « M’aimes-tu ? », il nous demande de le reconnaître comme le seul Sauveur. Notre réponse sera la manière dont nous orientons notre vie. Sachons que les chutes sont toujours possibles et qu’elles peuvent nous surprendre même au lendemain d’une confession ou d’une retraite. Tomber n’est pas grave. Un enfant à qui son père apprend à marcher n’a pas peur de tomber puisqu’il lui suffit de tendre les bras pour que son père le relève, le soutienne, l’encourage.

N’ayons pas peur. Quand nous faisons le pas, que nous décidons de vivre selon le cœur de Dieu, que nous mettons notre vie entre ses mains, plus rien de grave ne peut nous arriver tant que nous sommes fidèles.

Père Delphin TOSSE, Grand Séminaire Saint Gall / Ouidah

02 OCTOBRE 2011 : 27ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A

-* Is 5,1-7

-* Ps 79

-* Ph4,6-9

-* Mt21,33-43

Jamais le Seigneur n’a été aussi grave ni aussi clair qu’à travers cette parabole. Il nous brosse une fresque de l’histoire du Salut. Histoire dramatique. Histoire d’amour.

Il est ce propriétaire qui a planté sa vigne non seulement pour en tirer profit mais, on le sent, avec amour. C’est vrai qu’en contemplant un vignoble, l’alignement des plants et la taille parfaite de chacun ne peuvent que forcer l’admiration. Un travail aussi méticuleux, patient persévérant laisse présager l’attention soutenue et le dévouement des ouvriers. Or, cette vigne si chère au cœur du Seigneur, c’est son Royaume. A travers des siècles, il la confie à des vignerons pour en prendre soin et lui faire produire les bons fruits dont il espère la récolte abondante. Les vignerons ne sont ni une nation, ni un groupe, ni un individu en particulier. Personne ne peut se vanter d’être « vigneron attitré ». Il faut s’en montrer digne. Et pour cela, ne pas se croire autre chose qu’un serviteur inutile. C’est pourquoi il choisit ses « vignerons » non parmi ceux qui se croient sages et savants mais parmi les « petits » et les humbles. Ses apôtres, ses saints, ses amis témoins de l’évangile : tous sont marqués par l’humaine faiblesse et le péché.

Un propriétaire donc confie la vigne qu’il a plantée, aménagée, protégée par une clôture, à des métayers ; puis il part en voyage. A l’époque des vendanges, il envoie ses serviteurs chercher le produit de la récolte. Mais ceux-ci ne reviennent pas et la rumeur lui apprend qu’ils ont été mis à mal par ses vignerons. Au lieu d’exploser de colère comme nous l’aurions fait, le maître leur cherche des excuses. Peut-être n’ont-ils pas compris que ces envoyés venaient de sa part ? Alors il en envoie de nouveau et en plus grand nombre.

C’est certainement ainsi que le Seigneur agit avec nous. Il nous a choisis, appelés. Il nous entoure de sa sollicitude. Il veille sur nous sans relâche. Il nous dit de ne pas avoir peur. Il ne se laisse jamais décourager par notre refus. Avec persévérance, il nous envoie de nouveaux signes ou de nouveaux messagers de sa Parole. Même au moment de mourir, il trouvera le moyen d’excuser ses bourreaux : « ils ne savent pas ce qu’ils font ». Aimés comme nous le sommes par lui, ne devrions-nous pas reproduire en nous et autour de nous les effets de cet amour ?

Comme lui le maître de la vigne est patient et ne désespère pas de toucher le cœur de ses intendants. Il lui reste son « fils bien-aimé », c’est-à-dire son fils unique. Il pense : « Ils respecteront mon fils ». Malheureusement, le cœur des vignerons est aveuglé par l’envie. Dès qu’ils aperçoivent le fils, ils imaginent qu’en le supprimant ils se rendront maîtres de la vigne. N’est-ce pas eux qui font le travail au long du jour ? De ce fait, la vigne n’est-elle pas la leur ? Tentation bien humaine de s’approprier les mérites de notre travail ou de nos actions au service du Royaume. C’est justement contre cela que le Seigneur veut nous mettre en garde.

Cette parabole peut être interprétée de bien des manières. On peut certes y voir une allégorie du rejet de certains membres du « peuple choisi » à l’origine par le Père. Rejet qui aboutira à la mise à mort du fils hors des murs de la Cité Sainte.

Cette mort ne marquera pourtant ni la fin ni l’échec du règne de Dieu. Au contraire, « La pierre rejetée par les bâtisseurs » va devenir « la pierre angulaire ». Dans une région exposée aux tremblements de terre, les bâtisseurs savent bien qu’il leur faut choisir des pierres imposantes et solides pour asseoir leur construction. Le Seigneur est cette pierre solide sur laquelle, après sa résurrection avec l’assistance de l’Esprit Saint, sera érigée l’Eglise : nouveau peuple de Dieu. « C’est là l’œuvre de Dieu, une merveille sous nos yeux ».

Gérants de la vigne du Seigneur, nous sommes appelés à en prendre soin pour la faire fructifier. Pour nous y aider, il nous a laissé et ses sacrements, réservoirs de ses grâces. A nous de savoir profiter pleinement de ses bienfaits en mettant simplement nos talents à sa disposition. Mais ne succombons pas à cette tentation de nous croire l’auteur ou le propriétaire de notre travail dans l’Eglise. Dès que nous faisons d’un projet aussi généreux soit-il, une affaire personnelle au lieu de le confier à la Providence, nous nous mettons dans la situation des vignerons homicides. En effet, si nous refusons d’être des serviteurs inutiles, l’Esprit du Seigneur ne peut plus réaliser par nous son plan de salut. Et ainsi, nous faisons obstacle à l’avènement de son Royaume.

09 OCTOBRE 2011 : 28ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A

-* Is25,6-9

-* Ps22

-* Ph4,12-14

-* Mt 22, 1 – 14

Le Royaume des Cieux est comparable à un roi qui organise un festin de noces pour son fils. Le Père nous invite à une fête. Dieu nous invite à sa table. Moi, la créature, je suis conviée à partager la joie de Dieu aux noces qui scellent l’alliance nouvelle avec son peuple. Comment n’aurions nous pas hâte d’y arriver ? Mais serons-nous prêts quand il nous appellera pour ce grand jour ? Ou bien serons-nous trop préoccupés par nos soucis ? Trop bien installés dans une vie confortable ? Ou encore, séduits par les idées du monde, serons-nous sourds à sa voix ? C’est ce qui est arrivé aux premiers invités. Ils ont ignoré son invitation. Aussi incroyable que cela puisse paraître.

A la suite de ce premier refus, le Seigneur s’est fait plus pressant. Désirant de tout son cœur attirer, séduire ses invités, il leur a envoyé une invitation spéciale : « Voici, j’ai apprêté mon banquet, mes taureaux et mes bêtes grasses ont été égorgés, tout est prêt, venez… ».

Nous viendrait-il à l’esprit de refuser l’invitation d’un personnage important en prétextant que nous avons mieux à faire ? Ne serions-nous pas fiers d’avoir été choisis ? N’irions-nous pas ne serait-ce que par curiosité ou pour pouvoir nous en vanter ensuite ?

Et pourtant, au cours de l’édification du Royaume des Cieux, il y a eu et il y a toujours eu des refus de répondre à l’invitation du Seigneur. Refus dans l’histoire de l’humanité. Refus aussi dans nos vies personnelles.

Le Seigneur désire tellement que nous soyons associés à son bonheur qu’il accepte avec patience nos manques d’attention et nos égarements. Il ne prend pas ombrage quand faisons la sourde oreille, malgré les occasions qu’il nous donne de nous reprendre. Oui, le Seigneur nous lance de nombreux appels. Peu sont entendus. Il nous envoie de nombreux témoins. Pas forcément des saints. Toute personne qui nous provoque à sortir de nous-mêmes, à changer notre regard, est l’un de ses témoins dont il se sert pour nous faire un clin d’œil. Ce peut être une lecture, un spectacle ou un événement qui nous incitent à un examen de conscience. Il en sera ainsi tout au long de notre vie. « Le Seigneur réitérera son invitation. Elle pourra se faire plus pressante, à travers peut-être une épreuve, pour nous « réveiller » et nous rappeler que l’heure de la rencontre approche. Pour venir au bout de son amour, il faudra vraiment une volonté formelle et obstinée de le refuser.

A la place du Seigneur, nous serions humiliés, découragés voire dégoûtés par l’attitude de ceux qu’il veut invités à sa table. Une troisième fois, ses serviteurs partent à la rencontre de ses invités. Son plan d’amour ne peut être mis en échec. Cette fois-ci, ils ont mission de ramener tous ceux qu’ils rencontreront : bons et mauvais, justes et pécheurs. Son appel s’adresse à tous sans distinction. Comme dans la parabole du filet de pêche, le tri ne se fera que plus tard.

Mais une fois invité à table, on ne peut plus rester le même. Imaginons un roi qui inviterait les mendiants de son Royaume. Ceux-ci ne ferait-ils pas tout leur possible pour être présentables en sa présence ? C’est ce que n’a pas fait l’invité renvoyé. Il n’a pas revêtu l’habit de fête, c’est-à-dire qu’il n’a rien voulu changer à son comportement ni à sa vie.

Il ne suffit pas en effet de répondre à l’invitation dans un élan. Il ne suffit pas de croire. Il faut témoigner par toute une façon d’agir et d’aimer que nous répondons à son appel, que nous acceptons son invitation. Cet habit que chaque invité doit revêtir, c’est la foi et la charité dont il habille son cœur. C’est la réponse qu’il donne aux exigences de l’évangile. C’est la nécessaire conversion de sa vie pour la faire correspondre à l’enseignement et à l’exemple du Seigneur.

Père Delphin TOSSE

Grand séminaire Saint Gall / Ouidah

16 OCTOBRE 2011 : 29 ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A

-* Is 45,1. ’-6

-* Ps 95

-* 1Th1,1-5

-* Mt 22, 15 – 21

L’évangile d’aujourd’hui fait suie immédiatement à celui écouté dimanche dernier. Après qu’ils ont entendu Jésus raconter la parabole des vignerons homicides, les pharisiens et les grands prêtres sont ulcérés. Ils se sont sentis visés. Il est temps pour eux de se débarrasser de Jésus. Pour cela, il faut le compromettre aux yeux de la foule. Ils élaborent un piège subtil. Il s’agira à la fois de l’honneur de Dieu et de l’honneur national. Jésus ne pourra répondre que par « oui » ou par « non ». Mais quelle que soit sa réponse, elle le condamnera. Ces pauvres poseurs de traquenards n’ont pas encore compris que le raisonnement de Jésus va bien au-delà de ce genre de dialectique. Son enseignement nous est un enseignement précieux.

Rendant hommage à sa droiture, à son impartialité et à son zèle pour la Vérité, les pharisiens et les hérodiens font mine d’aborder Jésus avec une grande déférence et un réel souci de se conformer à son enseignement. « Est-il permis ou non de payer l’impôt à César ? ». Question piège. Cas de conscience qui divisait les différents partis. Fallait-il se soumettre à l’occupant romain, accepter sa monnaie, lui payer le tribut ? Pour les zélotes, les juifs pieux, seul Dieu par son Messie pouvait régner sur eux. Les hérodiens, au contraire, étaient favorables au pouvoir romain. Sortes de collaborateurs de l’occupant, ils étaient même tout disposés à livrer à l’empereur l’un des leurs. Les pharisiens, eux, se soumettaient au pouvoir pour ne pas perdre leurs prérogatives. Quant au peuple, il y voyait une marque d’asservissement. Ainsi si Jésus répondait « non », il était immédiatement dénoncé au pouvoir romain comme opposant voire comme agitateur. S’il répondait « oui », il était discrédité auprès des foules qui mettaient en lui leurs espoirs.

Mais Jésus, lui, il sait tout. Il sait que son heure approche et qu’il a encore beaucoup de choses à enseigner à ses disciples. Il connaît les intentions cachées de ses interlocuteurs du moment. Il ne se laisse pas troubler. Tranquillement, avec une assurance qui les met mal à l’aise, il leur demande de lui montrer une pièce de cette monnaie de l’impôt. Ce n’était pas la monnaie des échanges courants. Il n’était donc pas nécessaire qu’ils en aient sur eux. Mais ceux qui lui posent la question possèdent dans leur ceinture une telle pièce, c’est bien qu’ils s’en servent. Le piège se referme sur eux. Leur hypocrisie est dénoncée.

Au lieu d’opposer, comme ils s’y attendent, droit politique et droit divin, Jésus ouvre une troisième voie. Il incombe à tout homme de se soumettre à César et à Dieu, selon une hiérarchie et dans un équilibre à préserver. Jésus ne dira-t-il pas à Pilate : « Tu n’aurais nul pouvoir sur moi s’il ne t’était donné d’en haut » ? Cela ne l’empêchera pas de se soumettre à l’ordre établi. Ainsi, il naîtra à Bethléem à cause de l’ordre impérial de recensement. Il n’a jamais prêché l’évasion des réalités terrestres. A son exemple, l’Eglise à travers ses responsables ne cesse de nous dire : « Rendez à César ce qui est à César ». Ce qui veut dire que la politique n’est pas interdite aux disciples du Christ. Au contraire, non seulement nous avons des devoirs civiques, mais dans la mesure de nos dons et de nos moyens, nous devons nous engager au service du bien commun de notre société. Car si nous sommes responsables à notre mesure du bon fonctionnement de la communauté dans laquelle nous vivons, nous sommes solidaires de toute la famille humaine. Or, nous le savons, le but de toute créature est d’être un jour réunie en Dieu. C’est le désir le plus profond de Jésus et c’est le motif pour lequel il s’est incarné. Il est venu à la rencontre de l’homme. Il est venu nous chercher, nous montrer la voie qui mène à Dieu. C’est pourquoi il ajoute « et à Dieu ce qui est à Dieu ». Avons-nous le droit de nous lamenter si nous ne faisons rien pour insuffler à notre société un peu de notre foi et de notre charité ? Pouvons-nous nous plaindre d’étouffer si nous n’ouvrons pas les fenêtres à l’Esprit ? Nous sommes appelés à ne pas fuir notre rôle de disciple car grande est notre responsabilité d’avoir été choisis pour lui appartenir.

Tout ce qui est du monde si grand, si noble soit-il n’a de valeur que par rapport au service qu’il permet de rendre. Ainsi en est-il de l’argent, ainsi en est-il du pouvoir dans la cité… Rendre au Seigneur ce qui lui appartient, c’est tout faire dépendre de lui. Oui, nous avons tout à recevoir mais aussi tout à donner. Que son Esprit nous guide, que son Eucharistie nous fortifie pour que nous ayons le courage d’annoncer à tous les hommes son mystère d’Amour dans la Vérité.

Père Delphin TOSSE

Grand Séminaire Saint Gall / Ouidah

23 OCTOBRE 2011 : 30ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A / Journée Mondiale des Missions

-* Ex 22,20-26

-* Ps17

-* 1Th 1,5-10

-* Mt 22, 34–40

Aujourd’hui se célèbre la Journée Mondiale des Missions. A cette occasion, le Saint Père a enoyé un message à l’Eglise universelle.

Encore une autre question posée à Jésus par un spécialiste de la Loi. Cette question peut aussi nous concerner. Bien que nous n’ayons pas à suivre les six cent treize prescriptions de la Loi mosaïque comme l’interlocuteur de Jésus, nous aimerions savoir ce qui est le plus important pour répondre à notre vocation de chrétien. Quel est le plus grand commandement ?

La réponse de Jésus, à première vue, n’est pas originale. Il l’emprunte à la prière que tout juif pieux, depuis Moise, récite matin et soir : « Ecoute, Israël. Yahvé notre Dieu est le seul Yahvé. Tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. » (Dt 6, 4-5). Israël était particulièrement fier de proclamer sa foi en un Dieu unique et personnel, auquel il vouait tout son amour. Celui qui interroge Jésus connaît donc bien la réponse. Mais à cette proclamation de l’amour de Dieu, Jésus lie immédiatement un second « tu aimeras… » : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Pourquoi dit-il cela ? Parce que Dieu lui-même nous montre l’exemple. C’est lui qui nous a aimés le premier, comme nous le révèle l’apôtre Jean. Le Père s’est penché sur chacun de nous dès avant sa naissance. Il nous connaît par notre nom et nous appelle à entrer dans sa famille ; c’est quelque chose d’extraordinaire.

Et Jésus s’est tant comparé à un bon pasteur qui connaît chacune de ses brebis et part à la rechercher de celle qui s’est égarée, la rapportant doucement sur ses épaules. Ou encore à un amoureux qui soigne sa vigne, l’entourant de toute sa sollicitude.

Ainsi l’amour de Dieu se plonge-t-il dans l’amour du prochain. Il en est même indissociable. Il nous le révèle de manière admirable par son incarnation. Il a tellement aimé les hommes qu’il s’est fait l’un de nous pour nous montrer le chemin qui conduit à son Père et au bonheur parfait. Pour cela, il a accepté d’aller jusqu’à étendre les bras sur la croix. Ces bras ouverts pour nous accueillir tous, même le plus indigne, le plus pécheur.

Sur les deux poutres de la croix, l’une verticale, l’autre horizontale, il a manifesté sa parfaite soumission d’amour au Père et son immense amour des hommes. Il a montré que l’on ne peut opposer l’amour de Dieu et l’amour de l’homme. Il n’y a pas deux fidélités ni deux amours. Prendre le parti de Dieu, c’est prendre le parti de l’homme. Choisir le parti de l’homme, c’est choisir le parti de Dieu.

En associant l’amour du prochain à l’amour de Dieu, Jésus nous révèle le secret de son existence. Nous ne pourrions restés indifférents en sachant que nous sommes autant aimés.

L’amour nous invite à dépasser notre horizon personnel, à nous ouvrir aux réalités qui nous entourent. Et d’abord à celles qui concernent l’être aimé au point d’avoir envie d’épouser sa pensée, ses goûts, ses désirs…

Saint Jean qui n’était pourtant pas un violent, dira que celui qui prétend aimer Dieu et qui n’aime pas son frère est un menteur. Il y a dans le prochain une présence invisible et mystérieuse du Créateur dont il est l’image.

« Pour vous qui suis-je ? » a demandé Jésus, un jour, à ses apôtres. Il faudrait que nous réalisions que nous faisons partie de la même famille. « Voyez quel grand amour le Père nous a témoigné, que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes », nous dit encore Saint Jean. Si tel est le cas, pouvons-nous rester indifférents à nos frères ? Ne devrions-nous pas avoir le souci d’unir, de réunir toute cette famille autour du Père qui est « notre Père » ?

Il faudrait que nous ayons le cœur habité par la miséricorde de Dieu. Pour cela, il faut que nous l’ayons nous-mêmes expérimentée, que nous ayons accepté de considérer et de reconnaître toute notre misère, notre faiblesse. Alors, il sera plus facile d’avoir pour nos frères et sœurs ce regard de compassion qui est celui de Jésus.

Père Delphin TOSSE

Grand Séminaire Saint Gall / Ouidah

1ER NOVEMBRE 2011 : TOUSSAINT

* Ap 7, 2-4.9-41

* Ps 23

* 1Jn 3, 1-3

* Mt 5, 12

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice ; ils seront rassasiés ».

Tous les hommes désirent le bonheur et courent à sa recherche ; tous les hommes, même ceux dont les actes semblent aller à l’encontre d’une telle visée. Blaise Pascal disait en ce sens : « Tout le monde veut être heureux, même ceux qui se pendent ».

Le bonheur apparaît donc comme l’enjeu fondamental de tout homme, y compris du chrétien. Il n’est alors pas étonnant que le Christ en donne comme une charte dans l’Evangile des Béatitudes proposé à la méditation des fidèles en cette fête de la Toussaint.

En revanche, il est étonnant que le portrait du chrétien tracé dans les Béatitudes ne dit rien de l’amour pourtant considéré comme le socle de la vie chrétienne. Le Christ en effet exhorte sans cesse les chrétiens à placer l’amour au cœur de leur vie. Il y a un peu plus d’une semaine, il nous y invitait encore. Faisant réponse à la question du pharisien de savoir quel est le grand commandement, Jésus répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ton intelligence…et ton prochain comme toi-même ».

Dans les Béatitudes, Jésus ne mentionne nullement l’amour ; il parle de pauvreté, de douceur, de miséricorde, de pureté de cœur, de paix… Omettant l’amour, il emploie par contre deux fois le terme de justice : « heureux ceux qui ont faim et soif de la justice… » et plus loin « heureux ceux qui sont persécutés pour la justice… ».

On peut se demander pourquoi le discours indiquant l’Alliance nouvelle semble reposer non sur l’amour, mais sur la justice. En réalité, en mettant l’accent sur la justice, Jésus ne met pas de côté l’exigence de l’amour. Au contraire, l’amour tel qu’il invite à le vivre suppose la justice.

Mais d’abord qu’est-ce que la justice ? Sur quoi se fonde-t-elle ? Quelle est sa référence ? La justice se réfère au droit, à l’égalité, à l’équité. Elle établit l’égalité et l’équité entre les hommes. C’est justement en rapport à cette égalité que l’amour du prochain, c’est-à-dire l’amour de tout homme, de n’importe quel homme, l’amour du ‘’premier venu’’ comme le dirait Levinas, c’est en rapport à cette égalité que l’amour du prochain est possible. En effet, en raison de l’égalité entre les hommes, égalité fondée sur la ressemblance de l’homme à Dieu, la pratique de l’amour dépasse la sphère du cercle des amis et de la famille, pour s’étendre à tout homme, dépouillé de toutes considérations d’ordre social, intellectuel ou moral.

La justice précède et suppose donc l’amour du prochain tel que le Christ le recommande. Sans l’égalité qu’établit la justice, l’amour serait non l’amour du prochain, c’est-à-dire l’amour de tout homme et de n’importe quel homme, mais simplement un amour sélectif. On conçoit alors que dans les Béatitudes, Jésus mette l’accent sur la justice qui fonde et rend possible cet amour du prochain.

Il est à noter par ailleurs que non seulement l’amour du prochain suppose la justice, mais encore que c’est justice d’aimer son prochain, suivant ainsi l’exemple de Dieu qui nous aime tous également sans faire de différence entre les hommes. Le moindre qu’on puisse nous demander, c’est donc d’être juste. En pratiquant la justice, en étant juste envers tous sans faire acception des personnes, nous sommes inexorablement conduits sur la voie de l’amour au sens où Jésus nous l’enseigne, c’est-à-dire l’amour de l’homme, de tout homme et de manière plus radicale, l’amour de n’importe quel homme.

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés ». Les saints que nous fêtons sont aujourd’hui rassasiés des béatitudes éternelles, c’est-à-dire du vrai bonheur, parce qu’ils ont couru ici-bas dans les voies de la justice et de l’amour.

Qu’ils daignent intercéder pour nous.

Amen.

Père Alexis AFFAGNON

Strasbourg / France

IL EST A NOTRE PORTE, L’AVENT !

Bientôt, le Seigneur viendra ! Préparons-nous à l’accueillir.

Avec la solennité du Christ Roi une année liturgique est bouclée et une nouvelle s’ouvre avec le temps de l’Avent qui commence le dimanche après la Christ Roi. S’il est évident que la liturgie permet aux fidèles de suivre chaque année le déroulement de la vie du Christ, de sa naissance à sa mort et à sa glorification il est aussi bien vrai que c’est grâce à notre célébration que les évènements d’autrefois demeurent un perpétuel « aujourd’hui », un mystère toujours vivant et agissant dans l’Eglise de tous les temps.

Dans quelques semaines nous allons célébrer Noël. Un simple souvenir ? Assurément non. Cette fête religieuse n’est pas un simple souvenir ; elle comporte aussi une présence. Comme l’écrit Dom Casel, « la divinité est présente dans le cortège festival ; visible ou reconnaissable à son activité efficace ». Dans cette perspective, le temps de l’Avent ne saurait se réduire à une simple étape du déroulement normal de l’année liturgique. Il a une portée spirituelle qu’il importe de découvrir. Que recouvre ce mot « Avent », quels sont les traits caractéristiques de cette portion de temps et quelles sont les implications conséquentes de cette période de l’Avent pour nous ?

Avent dérive d’Adventus, mot qui signifiait chez les Romains soit la présence annuelle d’une divinité censément revenue dans son temple soit l’anniversaire de l’avènement de l’Empereur. L’Avent, c’est le fait de Noël, mais non point du Temps où, précisément, l’on attend cette venue de notre Seigneur car à partir du 7e siècle, l’Avent reçut une certaine solennisation et changea d’objet : temps de préparation, il devint temps d’attente. Au lieu de préparer seulement l’anniversaire de la nativité du Seigneur il envisageait maintenant surtout son retour glorieux à la fin du monde.

•Avent, un évènement unique en trois temps

Ce temps laisse entrevoir une triple « venue » : premièrement, c’est le temps de la mémoire. En effet c’est le temps où nous nous préparons à nous souvenir du premier avènement du du Fils de Dieu, celui de l’Enfant Jésus dans la crèche de Bethléem. Deuxièmement, l’Avent est le temps de l’aujourd’hui. La liturgie de l’Avent nous prépare à accueillir le 25 Décembre les grâces de l’incarnation de Dieu. C’est le temps où l’Eglise nous invite à être attentifs aux « signes des temps », à la manifestation du Christ dans l’Eglise, dans ses sacrements et dans le pauvre qui a faim, qui est malade, nu, prisonnier. Troisièmement, le temps de l’avent est le temps de l’avenir. Selon la promesse, le Christ reviendra à la fin des temps, avec gloire et majesté. Ce sera son dernier avènement, son retour, sa parousie.

•Avent, temps d’attente et d’espérance

Pendant des siècles, des générations ont attendu la venue du Messie que Dieu a promis à l’humanité. Il y a plus de 2000 ans, cette attente a été comblée car Dieu a visité son peuple en envoyant au monde son Fils unique Jésus Christ. Mais Dieu n’a pas seulement comblé l’attente des générations d’hier. Il est celui qui répond aux préoccupations des hommes d’aujourd’hui et de demain. C’est pourquoi la liturgie nous offre quatre semaines pour nous faire revivre l’attente de la venue du sauveur .Il ne s’agit pas pour nous de l’attente d’une nouvelle incarnation mais plutôt d’une manière nouvelle de vivre l’incarnation du Fils de Dieu dans notre contexte socioculturel et religieux actuels. En effet, si tout est fait, primordialement, dans le Christ, rien n’est pour autant accompli ; car tout reste à faire, en chacun de nous. Et ceci découle des affirmations de notre Seigneur, tout au long de sa vie. Au jour de son Ascension encore, il laisse au Père le droit et le soin de déterminer « les temps et les moments » de la parfaite restauration messianique.

L’attente évidente qui est caractéristique de l’avent exprime un état d’être dans le temps . Il ne comble pas ceux qui la vivent. Seul l’objet d’attente peut satisfaire convenablement. Mais comment attendre sans espérer ?. Sans cette capacité de résister au temps avec la certitude que le meilleur ne manquera d’advenir, notre avent serait purement et simplement du mimétisme. Et alors, comment faire « l’Avent » de ce qui est déjà advenu ? « Ce que l’on voit, comment pourrait-on l’espérer encore » dit saint Paul. Constatation de l’apôtre pour nous rappeler que nous n’avons pas encore tout reçu. Notre salut est objet d’espérance, et voir ce qu’on espère ce ne serait plus l’espérer(Rm8, 24). Dans l’esprit de saint Paul, par conséquent, les chrétiens eux-mêmes ont quelque chose à espérer, quelque chose qui n’est pas encore advenu et qui doit pourtant être tenu pour important, puisque ce n’est rien moins que le salut. L’espérance de l’Avent nous ouvre l’ère d’un monde nouveau. Elle nous garantit une rencontre personnelle avec Dieu.

Comment vivre notre Avent ?

Notre Avent immédiat c’est d’abord cette période de quatre semaines qu’on pourrait repartir en deux aux regards des lectures et prières prévues par la liturgie. La première partie allant du premier dimanche au 16 Décembre est marquée par la célébration du second avènement du Christ ; la deuxième partie que sont les huit derniers jours est ordonnée à la préparation de Noël.

Les lectures que la liturgie nous propose nous aident à vivre fructueusement ce temps de l’Avent. Elles nous invitent à un désir du royaume qui soit assez spirituel pour que nous sachions reconnaître Dieu à l’œuvre, et suffisamment dominateur pour que l’histoire toute entière nous apparaisse comme la réalisation progressive de cette œuvre de salut. Nous y relirons en effet les passages prophétiques de la Bible qui sont en relation avec la venue du Messie, particulièrement ceux d’Isaïe, de Michée, de Malachie. Aussi une grande part est faite à celui qui prépare les voies, saint Jean Baptiste. De manière plus intime, l’attente se fait avec Notre Dame qui a porté l’enfant dans son sein. Pour Isaïe le Messie apparait au terme d’une longue préparation et le salut est le fait de Dieu, Yahvé accomplissant lui-même la délivrance de son peuple. Jean Baptiste soulignant le caractère surnaturel et divin du salut qui nous vient en Jésus nous détermine comment l’attendre. Pour lui, il est bien vrai que chaque homme et l’humanité tout entière doivent se préparer à la venue de Dieu, mais ce n’est pas autrement qu’en se mettant plus humblement, plus totalement sous sa dépendance comme déjà le soulignent Malachie dans son oracle sur le précurseur (Mal 3, 1) rappelé par l’évangile de Marc(1,3). La Vierge Marie nous offre un exemple encore plus clair de la préparation à Noël. Elle nous apparait comme « la gloire de Jérusalem, la joie d’Israël, l’honneur de notre race ». La Maternité témoigne du parfait accomplissement de l’œuvre divine grâce à la parfaite abnégation de soi qui est celle de la Vierge de Nazareth . Marie parce qu’elle est plus donnée que toutes les femmes dans le vœu même de sa virginité offerte à Dieu se voit comblée d’un Fils qui est de Dieu. Attente de la venue du Seigneur, quelle immense joie pour l’humanité ! Mais une attente dans un état d’alerte. Voilà l’attitude qui convient pour rencontrer celui qui nous est promis ! Le Royaume peut arriver à toute heure. Tenons-nous constamment prêts, parce que la parousie est constamment proche, comme une éventualité désormais immédiate (Cf Phi 4,5 ; 2Th 2,1-2)

Ne nous laissons pas surprendre par la venue de Jésus. Sachons scruter les signes de temps : reconnaitre et accueillir quotidiennement le Seigneur qui nous vient en prenant l’image des plus délaissés, des marginalisés .Allégeons le poids de souffrance de nos frères et sœurs. Vivons l’ Eucharistie en tant que lieu par excellence de l’avènement de notre Seigneur, l’espace de l’avènement d’un monde nouveau et d’une rencontre personnelle avec le Prince de la paix. Soyons vigilants mais sans perdre confiance.

A la suite d’Isaïe et à l’école de Jean Baptiste et de la Vierge Marie, allons tout joyeux à la rencontre de la lumière d’en haut qui vient nous visiter.

Bon temps de l’Avent. Que la lumière du verbe incarné chasse l’obscurité de nos peurs et de nos doutes pour un monde de justice et de paix dans une franche réconciliation.

Père Pierre MONLADE

30 DECEMBRE 2011 : FETE DE LA SAINTE FAMILLE

Cette année, la Noel est tombée un dimanche ; 8 jours après Noel, c’est le nouvel an. Entre les deux, se célèbre normalement la fête de la Sainte Famille. La liturgie place cette année la fête de la Sainte Famille au vendredi 30 décembre.

LA SAINTE FAMILLE DE NAZARETH

Originairement, le culte de la Sainte Famille, l’œuvre de François de Laval, un religieux canadien est répandu dans l’Église catholique au XIXe siècle avec l’appui du pape Léon XIII. La Sainte Famille, est le nom donné à la famille formée par Jésus de Nazareth et ses parents, Marie et Joseph. Instaurée par l’Eglise en 1893 elle a lieu le dimanche qui suit le 25 décembre et se situe entre la fête de Noël (25 décembre) et la solennité de Marie Mère de Dieu (1er janvier). Si Noël tombe un dimanche elle se fête le vendredi qui suit le 25 décembre. Mais notons que cet emplacement de date est récemment fixé par la réforme liturgique de 1969. Dans le calendrier liturgique tridentin, la Sainte Famille se fêtait le premier dimanche après l’Épiphanie, à la fin du temps de Noël. Dans la symbolique chrétienne, la Sainte Famille forme la famille idéale : c’est un couple qui s’aime avec un enfant aimé, qui a vécu modestement et honnêtement de son travail. C’est un couple respectueux des lois étatiques et culturelles. Elle symbolise les vertus familiales pour les chrétiens.

La vie de la Sainte Famille à Nazareth

La réalité dominante de ce que fût la vie de Jésus, Marie et Joseph dans leur petite ville de Nazareth où Joseph exerçait le métier de charpentier, c’est la simplicité.

Bien que d’ascendance illustre par ses aïeux - puisqu’elle descendait du roi David - la Sainte Famille menait, au milieu d’une nombreuse parenté, la vie d’un foyer modeste, ni pauvre ni riche, gagnant à la sueur de son front le pain quotidien et respectant les lois administratives et sociales de son peuple.

Rythmée par la prière commune à la synagogue, les rites et les nombreuses fêtes religieuses du judaïsme (dont entre autres, le rite de la circoncision, la fête des Tentes, le pèlerinage au temple de Jérusalem), la vie de prière de la Sainte Famille était extérieurement celle de tout bon Israélite pratiquant de l’époque.

Pourtant, derrière la modestie de ce comportement respectueux des us et coutumes de sa culture, la Sainte Famille vivait une réalité tellement grandiose, que seuls silence et discrétion pouvaient assurer au Foyer de Nazareth la sérénité nécessaire au développement du plan de Dieu : donner naissance au Messie tant attendu depuis des siècles par le peuple hébreu, Jésus, le Christ-Sauveur du monde, et veiller sur son enfance et son adolescence jusqu’à ce qu’Il atteigne sa pleine maturité d’homme et puisse commencer sa vie publique et la prédication de son Évangile.

C’est en effet dans l’humble demeure de Nazareth que commencèrent à se dérouler, entre les membres de la Sainte Famille, les premières pages de ce Nouveau Testament que le Ciel, en son Verbe fait chair, est venu donner aux hommes, par amour et pour le salut de tous. Le témoignage du Christ et de ses parents montre aussi l’immense rayonnement que peut atteindre une vie familiale commune vécue en Dieu, dans la simplicité et dans un grand amour partagé.

Que la Vierge Marie, qui est Mère de l’Eglise soit également la Mère de nos églises domestiques : de nos foyers. Et que le Christ Seigneur, Roi de l’univers Roi des familles soit présent, comme à cana, dans tout foyer chrétien pour lui communiquer lumière, joie, sécurité, force. Amen.

Père Georges Willibrord GAYET

1er JANVIER 2012 : SAINTE MARIE, MERE DE DIEU
  • Nb 6,22-27
  • Ga 4,4-7
  • Lc 2, 16-21.

Voici le Jour qui introduit joyeusement dans le cours d’une nouvelle année. Nous avons bien sûr des raisons de nous répandre en action de grâce. Oui ! Action de grâce, toujours et partout ! Occasion d’un nouvel an, disons-le encore, nous avons bien sûr des raisons de formuler les uns à l’endroit des autres, de beaux souhaits. Pour ma part, que dois-je vous souhaiter ? Juste un vœu : la paix. Mais pourquoi la paix ? Si la première raison était simplement de l’ordre de la commodité du fait que, tous, nous savons désormais que ce jour nous fait commémorer la paix au niveau mondial, il est bien deux autres raisons qui m’autorisent à vous la souhaiter comme vœu essentiel et vital. La liturgie de ce jour la présente comme une recommandation de Dieu : « Voici comment Aaron et ses descendants béniront les fils d’Israël : (...) Que le Seigneur t’apporte la paix ! » Nb 6,26 Recommandation à laquelle je n’ai pas voulu me dérober en vous souhaitant la paix. Ainsi, le Seigneur vous bénira. Nb 6, 27. La dernière motivation de ce vœu à votre endroit est une observation. Réalisez en effet, que vous souhaiter : la santé, c’est vous souhaiter autrement la paix dans votre corps ; les richesses, l’argent, c’est autrement la paix dans vos affaires, vos activités, votre poche. Que le Seigneur vous épargne des soucis, c’est la paix dans votre cœur... Ce seul vœu cristallise donc en lui, à mon sens, tous les vœux. De fait, elle me parait un équilibre d’amour qui donne à l’homme de vivre dans le bonheur. Bonne année à tous !

Père Bienvenue VIDJINLOKPON

06 JANVIER 2012 : EPIPHANIE DU SEIGNEUR

Homélie de sa Sainteté Benoit XVI

Chers Frères et Sœurs !

L’Épiphanie est une fête de la lumière. « Debout ! [Jérusalem] Rayonne ! Car voici ta lumière et sur toi se lève la gloire du Seigneur » (Is 60,1). Avec ces paroles du prophète Isaïe, l’Église décrit le contenu de la fête. Oui, Il est venu dans le monde Celui qui est la vraie Lumière, Celui qui rend les hommes lumière. Il leur donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu (cf. Jn 1,9.12). Le voyage des Mages d’Orient est pour la liturgie le début seulement d’une grande procession qui continue tout au long de l’histoire. Avec ces hommes commence le pèlerinage de l’humanité vers Jésus-Christ – vers ce Dieu qui est né dans une étable ; qui est mort sur la croix et qui depuis sa résurrection demeure avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde (cf. Mt 28,20). L’Église lit le récit de l’Évangile de Matthieu avec celui de la vision du prophète Isaïe, que nous avons écouté dans la première lecture : le voyage de ces hommes est seulement un commencement. D’abord étaient venus les bergers – des âmes simples qui demeuraient au plus près du Dieu fait petit enfant et qui pouvaient aller vers Lui plus facilement (cf. Lc 2,15) et Le reconnaître comme Seigneur. Mais maintenant, viennent aussi les sages de ce monde. Viennent les grands et les petits, les rois et les serviteurs, les hommes de toutes les cultures et de tous les peuples. Les hommes d’Orient sont les premiers, suivis par tant d’autres, tout au long des siècles. Après la grande vision d’Isaïe, la lecture tirée de la lettre aux Éphésiens exprime la même réalité d’une façon très sobre et simple : les païens partagent le même héritage (cf. Ep 3,6). Le Psaume 2 l’avait exprimé ainsi : « Je te donne les nations pour héritage et pour domaine les extrémités de la terre » (Ps 2,8).

Les Mages d’Orient précèdent. Ils inaugurent la marche des peuples vers le Christ. Durant cette Messe je conférerai l’Ordination épiscopale à deux prêtres, je les consacrerai Pasteurs du peuple de Dieu. Selon les paroles de Jésus, précéder le troupeau fait partie de la charge du Pasteur (Jn 10,4). Donc, dans ces personnages qui comme les premiers païens trouvèrent le chemin vers le Christ, nous pouvons peut-être chercher – malgré toutes les différences de vocations ou de fonctions – des indications regardant la charge des Évêques. Quel genre d’hommes étaient-ils ? Les experts nous disent qu’ils appartenaient à la grande tradition de l’astronomie qui à travers les siècles s’était développée en Mésopotamie et y fleurissait encore. Cependant cette information seule ne suffit pas. Il y avait peut-être de nombreux astronomes dans la Babylone antique, mais seul ce petit nombre s’est mis en route et a suivi l’étoile en laquelle il avait reconnu l’étoile de la promesse, celle qui indique la route vers le vrai Roi et Sauveur. Ils étaient, pourrions-nous dire, des hommes de science, mais non seulement dans le sens où ils voulaient connaître beaucoup de choses : ils voulaient davantage. Ils voulaient comprendre ce qui compte dans l’être humain.

Probablement avaient-ils entendu parler de la prophétie du prophète païen Balaam : « Un astre issu de Jacob devient chef et un sceptre se lève, issu d’Israël » (Nb 24,17). Ceux-ci approfondirent cette promesse. C’étaient des personnes au cœur inquiet, qui ne se contentaient pas de ce qui paraît et est habituel. C’étaient des hommes à la recherche de la promesse, à la recherche de Dieu. Et c’étaient des hommes attentifs, capables de percevoir les signes de Dieu, son langage discret et insistant. Mais c’étaient encore des hommes à la fois courageux et humbles : nous pouvons imaginer qu’ils durent supporter quelques moqueries parce qu’ils s’étaient mis en route vers le Roi des Juifs, affrontant pour cela beaucoup de fatigue. Pour eux, ce que pensait d’eux celui-ci ou celui-là ou encore les personnes influentes ou intelligentes, n’était pas déterminant. Pour eux, ce qui comptait était la vérité elle-même, et non l’opinion des hommes. Pour cela ils affrontèrent les renoncements et les fatigues d’un voyage long et incertain. Ce fut leur courage humble qui leur permit de pouvoir s’incliner devant le petit enfant de gens pauvres et de reconnaître en Lui le Roi promis dont la recherche et la reconnaissance avait été le but de leur cheminement extérieur et intérieur.

Chers amis, comment ne pas voir en tout cela quelques-uns des traits essentiels du ministère épiscopal ? L’Évêque lui aussi doit être un homme au cœur inquiet qui ne se contente pas des choses habituelles de ce monde, mais suit l’inquiétude de son cœur qui le pousse à s’approcher intérieurement toujours plus de Dieu, à chercher son Visage, à Le connaître toujours mieux, pour pouvoir l’aimer toujours plus. L’Évêque doit être lui aussi un homme au cœur vigilant qui perçoit le langage discret de Dieu et sait discerner le vrai de l’apparent. L’Évêque encore doit être rempli du courage de l’humilité, qui ne s’interroge pas sur ce que peut dire de lui l’opinion dominante, mais tire son critère de mesure de la vérité de Dieu, et pour elle s’engage « opportune – importune » à temps et à contre-temps. Il doit être capable d’ouvrir et d’indiquer la route. Il doit marcher en avant, suivant Celui qui nous a tous précédés, parce qu’il est le vrai Pasteur, l’étoile véritable de la promesse : Jésus-Christ. Et il doit avoir l’humilité de s’incliner devant ce Dieu qui s’est rendu si concret et si simple qu’il contredit notre stupide orgueil, qui ne veut pas voir Dieu aussi proche et aussi petit. Il doit vivre l’adoration du Fils de Dieu fait homme, adoration qui lui indique toujours à nouveau la route.

La liturgie de l’Ordination épiscopale interprète l’essentiel de ce ministère en huit questions posées aux candidats à l’ordination, qui commencent toujours par la parole : « Vultis ? – Voulez-vous ? ». Les questions orientent la volonté et lui indiquent la route à prendre. Je voudrais ici mentionner brièvement quelques unes des paroles-clés d’une telle orientation, dans lesquelles se concrétise ce sur quoi nous avons réfléchi peu auparavant à partir des Mages de la fête d’aujourd’hui. La charge des Évêques est de « predicare Evangelium Christi », « custodire » et « dirigere », « pauperibus se misericordes praebere », « indesinenter orare ». Annoncer l’Évangile de Jésus-Christ, précéder et conduire, garder le patrimoine sacré de notre foi, la miséricorde et la charité envers les plus nécessiteux et les pauvres en qui se reflète l’amour miséricordieux de Dieu pour nous et, pour finir, la prière continue sont des caractéristiques fondamentales du ministère épiscopal. La prière continue qui signifie ne jamais perdre contact avec Dieu, se laisser toujours toucher par Lui dans l’intime de notre cœur et être ainsi envahis par sa lumière. Seul celui qui connaît Dieu personnellement peut guider les autres vers Dieu. Seul celui qui guide les hommes vers Dieu, les guide sur le chemin de la vie.

Le cœur inquiet, dont nous avons parlé en nous reportant à saint Augustin, est le cœur qui, en fin de compte, ne se contente de rien de moins que de Dieu et, précisément ainsi, devient un cœur qui aime. Notre cœur est inquiet par rapport à Dieu et il le reste, même si aujourd’hui on s’efforce, avec des « narcotiques » très efficaces, de libérer l’homme de cette inquiétude. Toutefois, ce n’est pas seulement nous, les êtres humains, qui sommes inquiets par rapport à Dieu. Le cœur de Dieu est inquiet pour l’homme. Dieu nous attend. Il nous cherche. Il n’est pas tranquille lui non plus tant qu’il ne nous a pas trouvés. Le cœur de Dieu est inquiet, et c’est pour cela qu’il s’est mis en chemin vers nous – vers Bethléem, vers le Calvaire, de Jérusalem à la Galilée et jusqu’aux confins du monde. Dieu est inquiet à notre égard, il est à la recherche de personnes qui se laissent gagner par son inquiétude, par sa passion pour nous. De personnes qui portent en elles la recherche qui est dans leur cœur et, en même temps, qui se laissent toucher dans leur cœur par la recherche de Dieu à notre égard. Chers amis, c’est la tâche des Apôtres d’accueillir l’inquiétude de Dieu à l’égard de l’homme et de porter Dieu lui-même aux hommes. Et c’est votre tâche sur les pas des Apôtres de vous laisser toucher par l’inquiétude de Dieu afin que le désir de Dieu à l’égard de l’homme puisse être satisfait.

Les Mages ont suivi l’étoile. À travers le langage de la création, ils ont trouvé le Dieu de l’histoire. Certes, le langage de la création à lui seul ne suffit pas. Seule la Parole de Dieu, que nous rencontrons dans la Sainte Écriture, pouvait leur indiquer de façon définitive la route. Création et Écriture, raison et foi doivent coexister pour nous conduire au Dieu vivant. On a beaucoup discuté sur le genre d’étoile qu’était celle qui avait guidé les Mages. On pense à une conjonction de planètes, à une Super nova, c’est-à-dire à une de ces étoiles au départ très faible en qui une explosion interne libère pendant un certain temps une immense splendeur, à une comète, etc. Que les savants continuent de discuter !

La grande étoile, la véritable Super nova qui nous guide, c’est le Christ lui-même. Il est, pour ainsi dire, l’explosion de l’amour de Dieu, qui fait resplendir sur le monde le grand éclat de son cœur. Et nous pouvons ajouter : les Mages d’Orient dont parle l’Évangile d’aujourd’hui, de même que les saints en général, sont devenus eux-mêmes petit à petit des constellations de Dieu, qui nous indiquent la route. En toutes ces personnes, le contact avec la Parole de Dieu a, pour ainsi dire, provoqué une explosion de lumière, à travers laquelle la splendeur de Dieu illumine notre monde et nous indique la route. Les saints sont des étoiles de Dieu, par lesquelles nous nous laissons guider vers Celui auquel notre cœur aspire. Chers amis, vous avez suivi l’étoile Jésus Christ, quand vous avez dit votre « oui » au sacerdoce et au ministère épiscopal. Et des étoiles mineures ont certainement brillé aussi pour vous, vous aidant à ne pas perdre la route. Dans les litanies des Saints, nous invoquons toutes ces étoiles de Dieu, afin qu’elles brillent toujours à nouveau pour vous et vous indiquent la route. En étant ordonnés Évêques, vous êtes appelés à être vous aussi étoiles de Dieu pour les hommes, à les guider sur la route vers la véritable lumière, vers le Christ. Prions donc à présent tous les Saints afin que vous puissiez toujours accomplir votre tâche et montrer aux hommes la lumière de Dieu. Amen.

Sa Sainteté Benoit XVI

29 Janvier 2012 : 4ème Dimache Ordinaire Année B

La puissance opératrice du Nom de Jésus.

« Je sais fort bien qui tu es : le saint, le saint de Dieu »

Bien chers frères et sœurs en Christ, cette confession publique faite par l’esprit mauvais à la seule vue de Jésus, représente le point d’orgue de l’Evangile que nous propose la liturgie de ce quatrième dimanche du Temps Ordinaire B. Ce point d’orgue qui témoigne inconditionnellement de la puissance opératrice du nom de Jésus, est l’axe central autour duquel s’articule notre méditation de ce jour. Mais avant tout, il urge de décrypter l’identité de Jésus.

Il n’est pas évident que tous ceux qui se réclament de jésus et proclament son nom à temps et à contre temps, soient assez instruits sur sa vraie identité. Aussi vrai que le Christ a plusieurs attributs divins, celui qui s’offre à nous à travers la première lecture de ce jour est bien le titre de prophète.

Voici les propos adressés par Moïse à tout le peuple d’Israël rassemblé : « Au milieu de vous, parmi vos frères, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi, et vous l’écouterez… Je mettrai dans sa bouche mes paroles… Si quelqu’un n’écoute pas les paroles que ce prophète prononcera en mon nom, moi-même je lui en demanderai des comptes. » Des prophètes, Yahvé en a vraiment suscité, jusqu’à Jean Baptiste le prophète charnière qui a préparé la route à Jésus. Jésus, dont le nom signifie Dieu sauve, est à n’en point douter l’Envoyé de Dieu voire le prophète par excellence, celui dont ont parlé tous les prophètes de l’Ancienne Alliance dans leurs oracles.

Jésus n’est pas un prophète, mais il est le prophète, c’est-à-dire celui qui, en sa qualité de Fils de Dieu, a pris chair de notre chair afin de révéler pleinement à l’humanité pécheresse les vrais desseins de Dieu son père. En Jésus, nous avons un homme-Dieu, du moins un Dieu-homme, un prophète pas comme les autres. Il est le Saint de Dieu qui dans l’Evangile, enseigne dans la synagogue avec une autorité à nulle autre pareille. Il ne pouvait en être autrement, car l’autorité de Jésus, est celle même de Dieu le Père.

Par conséquent, pour correspondre à la volonté de Dieu dans notre vie chrétienne, nous n’avons qu’à faire nôtre les paroles de Vie du Christ. Car, qui s’y déroberait, comme l’a dit Yahvé lui-même, aura des comptes à lui rendre en son temps. Et il n’est pas possible de concevoir le salut en dehors du seul Nom de Jésus qui fait fléchir « tout genou au ciel, sur terre et aux enfers ». Cf. Ph 2, 10.

Dans le seul nom de Jésus, se trouve renfermée toute la mission salvatrice du Fils de Dieu qui fait trembler les puissances des ténèbres. A peine l’a-t-il vu, que l’esprit mauvais qui ne peut supporter sa présence, a été forcé de confesser et de révéler son identité de saint et de saint de Dieu.

Oui, seul le Saint Nom de Jésus, est puissance salvatrice pour tous ceux qui y accordent une foi inébranlable. Nous sommes donc interpellés et invités à revoir la qualité de notre foi, à la purifier de tout ce qui porte encore la trace du syncrétisme. La foi pure en Jésus et en Jésus seul, est le gage de la Vie éternelle, le vrai chemin de la liberté intérieure pour les enfants de Dieu que nous sommes.

Comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture, c’est au nom de cette liberté des enfants de Dieu que chacun est libre d’embrasser l’état de vie qui lui convient. Que l’on opte pour la vie consacrée ou que l’on s’engage dans la vie matrimoniale, pourvu que l’on demeure attaché au Seigneur, le seul roc de notre vie.

Chers frères et sœurs, demandons au Seigneur, au cœur de cette eucharistie la grâce d’être instruits de ses vrais desseins dans notre vie, et surtout la foi nécessaire pour faire réellement de Jésus et de Jésus seul, le roc de notre vie chrétienne.

Amen.

Abbé Bienvenue AHOUANDJINOU

05 Février : 5ème DIMANCHE ORDINAIRE / Année B

Faire de l’Évangile le leitmotiv de sa vie, pour bénéficier du salut.

  1. Première Lecture : Jb 7, 1…7
  2. Psaume : 146
  3. Deuxième Lecture : 1Co9, 16…23.
  4. Évangile : Mc 1, 29-39

A l’école de Saint Paul, faire de l’Évangile le leitmotiv de sa vie, pour bénéficier du salut.

« Si j’annonce l’Evangile…c’est une nécessité qui s’impose à moi ; malheur à moi si je n’annonçais pas l’Evangile. »

Frères bien aimés, aussi durs que puissent paraître ces propos de l’Apôtre Paul dans la deuxième lecture de ce jour, ils traduisent cependant la pure réalité de la mission liée à notre identité de chrétiens. Mais une chose est d’être conscient de cette mission, une autre est de s’en acquitter réellement. Avec la multiplication des sectes aujourd’hui, d’aucuns seraient tentés de penser que le monde est déjà assez rempli de hérauts qui proclament la Bonne Nouvelle du Salut. Mais non, le bien ne fait pas du bruit, et le bruit ne fait pas du bien, et Dieu sait que plusieurs enseignent une fausse doctrine avec le Christ comme appât pour assouvir leurs intérêts égoïstes. Pour nous, il ne doit pas en être ainsi.

Annoncer l’Evangile pour nous, est un devoir dont nous pouvons nous acquitter de plusieurs façons. Sans pour autant occulter les campagnes d’Evangélisation organisées périodiquement par certaines communautés catholiques, l’accent devra être mis sur le témoignage d’une vie qui se fasse solidaire des plus faibles afin de les gagner au Christ. Autrement dit, il s’agit simplement de faire de sa vie à l’instar du Christ un « Evangile vivant. »

Le monde a tant besoin d’amour, tellement il y a d’injustices qui s’y perpétuent. La vie des marginalisés, des opprimés et des laissés pour compte de tout l’univers trouve un écho favorable dans la première Lecture où Job le Serviteur souffrant laisse entendre sa plainte : « Vraiment, la vie de l’homme sur terre est une corvée…souviens-toi Seigneur ; ma vie n’est qu’un souffle. » Tout ceci traduit l’énigme de la souffrance avec ses corollaires le péché et la mort. Et dire que bien des fois, nous chrétiens sommes encore à l’origine des chaines de servitude qui défigurent nos frères en humanité.

Là-dessus, les propos d’un Croyant nous renvoient à notre propre conscience : « Hypocrites, qui vous dites chrétiens, ouvrez la loi chrétienne, vous y lirez : ‘‘Les princes des nations dominent sur elles ; et ceux là sont plus grands qui exercent la puissance. Il n’en sera pas ainsi entre vous ; mais que celui de vous qui voudra être le plus grand, serve les autres, et que celui qui voudra être le premier parmi vous soit le serviteur de tous[1].’’ »

Servir, voilà bien ce à quoi le Christ a consacré toute son existence. L’Evangile nous apprend qu’il soulageait de leurs maux tous ceux qui recouraient à lui. Même si nous ne pouvons en faire autant aujourd’hui, il est tout de même en notre possibilité d’œuvrer pour que règne autour de nous la justice et le droit. C’est d’ailleurs là le véritable mal dont souffrent tant d’hommes de par le monde. Quand le droit et la justice seraient rétablis comme les maître-mots dans nos maisons, dans nos lieux de travail, notre lieu de vente, notre établissement, nos églises, nos associations et chorales, alors, il y aura moins de larmes, moins d’amertumes dans les cœurs. Ainsi, peu à peu, le contraste de l’opulence extrême et de l’extrême indigence cessera d’affliger l’humanité .Car, ce dont l’homme qui souffre et qui ploie sous le poids de la souffrance à besoin, ce n’est pas d’un autre cri de douleur, mais d’une voix plus forte que la sienne et qui lui rende courage. Cette voix bien entendu, est celle de l’amour voire celle de la charité.

« L’amour dans la vérité - caritas in veritate - est un grand défi pour l’Eglise dans un monde sur la voie d’une mondialisation progressive et généralisée. Le risque de notre époque réside dans le fait qu’à l’interdépendance déjà réelle entre les hommes et les peuples, ne correspond pas l’interaction éthique des consciences et des intelligences dont le fruit devrait être l’émergence d’un développement vraiment humain. Seule la charité, éclairée par la lumière de la raison et de la foi, permettra d’atteindre des objectifs de développement porteurs d’une valeur plus humaine et plus humanisante. Le partage des biens et des ressources, d’où provient le vrai développement, n’est pas assuré par le seul progrès technique et par de simples relations de convenance, mais par la puissance de l’amour qui vainc le mal par le bien (cf. Rm 12,21) et qui ouvre à la réciprocité des consciences et des libertés. »[2] C’est alors que l’Evangile connaîtra un rayonnement pour la gloire de Dieu et le salut de tous. Amen.

Père Bienvenue AHOUANDJINOU,

Paroisse Saint Sacrement d’Agblangandan

12 FEVRIER 2012 : 6ème DIMANCHE ORDINAIRE / ANNEE B

Thème : Le sacrement de réconciliation : lieu de notre réhabilitation.

« N’oublie pas, Seigneur, le cri des malheureux »

Cette antienne du psaume Graduel proposé par la liturgie de ce jour, nous met au défi de l’épineuse question du péché aux prises avec la bonté et la miséricorde divine. La lèpre, l’une des maladies les plus ignominieuses dans le contexte de l’Ancien Testament, était perçue comme une malédiction de Yahvé. Celui qui en était frappé était donc déclaré impur et n’avait plus part à aucune des activités qui le mettrait en contact avec ses frères en humanité. Et l’Ecriture d’affirmer que « tant qu’il gardera cette plaie, il sera impur. C’est pourquoi il habitera à l’écart, sa demeure sera hors du camp ». Ainsi mis en quarantaine par tous, le lépreux vivait dans une sorte de solitude morne qui l’engageait irrémédiablement sur les sentiers ténébreux d’une mort certaine. Si la lèpre qui défigure le corps peut isoler et renfermer sur eux-mêmes ceux qui en sont victimes, le péché qui défigure notre âme est une autre forme de lèpre beaucoup plus dangereuse encore. Il n’y a en effet que le péché qui puisse ternir en l’homme le resplendissement de la gloire de Dieu imprimé en lui par le baptême. Autant, sinon mieux que la lèpre, le péché nous replie sur nous-mêmes, il nous isole de la vie de communion d’avec le frère offensé, il nous prive de la paix intérieure et nous installe dans la prison du « moi orgueilleux ». Qu’ils sont nombreux, toux les chrétiens qui vivent dans la nuit du péché, isolés de la grâce de Dieu, asservis par les pièges de l’erreur et du mensonge et conscients de la perte de leur âme. L’une des tactiques de satan notre unique ennemi, consiste justement à faire croire à certains chrétiens qui se sont laissé prendre à ses filets, qu’il n’y a plus rien à faire pour eux, leur péché étant irrémissible, ils sont donc damnés pour toujours. Mais non, Dieu n’a jamais voulu la mort du pécheur. La preuve, le psaume de ce jour précise que « Des hauteurs, de son sanctuaire, le Seigneur s’est penché, du ciel il regarde la terre, pour entendre la plainte des captifs et libérer ceux qui devrait mourir ». Partant, s’il est vrai que tous ceux dont l’âme a été liée de quelque façon par le péché grave voire mortel constituent un troupeau parqué pour les enfers et que la mort les mène paître à leur insu, il est aussi vrai que, confiants en la miséricorde divine toujours offerte, ils peuvent être réhabilités dans leur dignité de fils et filles de Dieu. Pour se faire, il n’y a qu’une politique à mener, celle du lépreux qui dans l’Evangile a trouvé grâce aux yeux du Seigneur. Cette grâce nous est toujours offerte par le sacrement de la réconciliation qui n’est en rien d’autre que le sacrement qui manifeste pour nous l’incommensurable amour miséricordieux de Dieu. C’est le lieu par excellence où nous sommes déchargés du poids de nos misères, celles-là qui attristent notre âme ; c’est encore le lieu où nous faisons l’expérience de la véritable paix du cœur retrouvé, pour une vie nouvelle dans le Christ. Il urge donc d’y recourir fréquemment pour le salut de notre âme. En même temps que nous œuvrons ainsi pour notre propre salut, nous devons être vigilants pour ne pas être complice du malheur qui advient au prochain. Autrement dit, il s’agit d’éviter résolument d’être pour le prochain une occasion de chute. C’est ce que relève saint Paul dans la deuxième lecture où il nous convie à tout faire pour la gloire de Dieu et le salut du frère. Amen.

Abbé Bienvenue AHOUANDJINOU,

Paroisse Saints Pierre & Paul de Sèkandji

19 FEVRIER 2012 : 7ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE / B

Thème  : La Vie Nouvelle dans le Christ.

« Mon fils, tes péchés sont pardonnés » Voilà une phrase toute simple dont les effets salvifiques ramènent de la mort spirituelle à la vie de Dieu, le paralysé dont nous parle Saint Luc dans l’Evangile de ce jour. Cette guérison de l’âme accordée par le Christ au paralysé, l’emporte de loin sur sa guérison physique qui d’ailleurs s’en est suivie. Cette guérison physique est en quelque sorte la conséquence directe de celle spirituelle. Désormais dépouillé du vieil homme, le paralysé jouit dès lors d’une nouvelle vie dans le Christ. Cette vie de Dieu qui résulte de la guérison de notre âme souvent affectée par les marques du péché, est une possibilité toujours offerte par Dieu qui n’attend de l’homme que l’adhésion à cette vie de grâce. S’il est vrai que le paralysé de l’Evangile a été porté aux pieds de Jésus par des gens, il serait juste de reconnaitre qu’ils ne l’y ont pas porté par la force. En effet, n’étant ni sourd, ni muet, le paralysé avait la possibilité de s’exprimer pour faire comprendre à tous ses intentions. Ainsi donc, ou bien, lui-même avait demandé à ce qu’on le porte vers le Christ, ou bien il n’avait opposé aucune objection à cette proposition qui lui fut faite par un tiers. Une chose pour nous est certaine. Le paralysé nourrissait fortement l’espérance que le Christ allait lui redonner l’espoir de vivre. C’est alors que sa foi l’a sauvé. Merveille que Dieu fit pour l’homme ! En jouissant d’une nouvelle vie dans le Christ, notre paralysé fait de toute évidence l’expérience de l’accomplissement des paroles du Seigneur contenues dans la première lecture : « Voici que je fais un monde nouveau…Oui, moi je pardonne tes révoltes à cause de moi-même, et je ne veux plus me souvenir de tes péchés » Et dire avec Saint Paul dans la deuxième lecture, que c’est là l’une des promesses qui ont trouvé leur OUI dans la personne du Christ. La péricope du paralysé en est la preuve indiscutable. Chers frères et sœurs, la possibilité d’accomplissement de cette promesse du Seigneur est et demeure une réalité à la portée de chacun de nous. Nous pouvons découdre avec le brancard de nos misères et de nos péchés, en l’occurrence ceux-là mêmes dont nous avons très honte, et que nous n’avons jamais eu l’audace de confesser, en un mot, tout ce qui continu d’empêcher le rayonnement de notre âme. Au nombre de ces misères, nous pouvons stigmatiser l’enfermement sur soi lié au refus de pardon, les effets de la jalousie à outrance, l’isolement produit par notre orgueil, la nuit du doute dans laquelle nous plonge le syncrétisme et les pratiques obscurantistes, le trouble de la conscience qui résulte de la mauvaise vie que l’on mène… Voilà autant de maux qui constituent aujourd’hui la paralysie de plusieurs d’entre nous. Il faut bien enfin se résoudre à reconquérir la paix de son cœur ! Il faut bien enfin retrouver le vrai goût de vivre ! C’est du moins ce qu’a compris et réalisé notre paralysé dans lequel nous pouvons tous nous retrouver. Pour tourner la page et jouir d’une nouvelle vie dans le Christ, il faut d’abord commencer par entrer en soi-même, pour voir dans la vérité de sa vie ce qui en soi ne rend pas gloire à Dieu. Et quand nous aurons découvert la vraie paralysie qui fait de nous des handicapés, ayons le courage comme le paralysé de l’Evangile de recourir au Christ à travers la fréquentation des sacrements, en l’occurrence celui de la Réconciliation ; une vie de prière régulière voire une vie chrétienne authentique. A l’instar des gens qui ont eu l’amabilité de porter le paralysé jusqu’aux pieds de Jésus, nous sommes interpellés dans notre devoir de charité chrétienne vis-à-vis de tous nos frères et sœurs qui ont soif de Dieu.

Que par la grâce de Dieu, nous accomplissions mieux davantage ce devoir lié à notre cahier de charge baptismal. Amen.

Abbé Bienvenue AHOUANDJINOU,

Paroisse Saints Pierre & Paul de Sèkandji

LE TEMPS DE CARÊME

Avec le mercredi des Cendres s’ouvre le temps de Carême qui est un temps privilégié de pèlerinage intérieur et de conversion pour se préparer à la joie de Pâques.

  • Le jeûne,
  • la prière
  • et le partage (Tb 12, 8 ; Mt 6, 1-18) sont les moyens concrets proposés par l’Eglise pour accéder à une plus grande disponibilité et se mettre à l’écoute du Christ. Nous saisissons l’occasion pour réfléchir sur le sens de ce temps et son historique.

Le sens du mot Carême Le mot « Carême » est une contraction de l’expression latine « quadragesima dies » qui signifie « le quarantième jour ». En effet, le chiffre quarante, dans la Bible, est un chiffre symbolique qui désigne un temps d’attente, de maturation, de dépouillement, de solitude, qui prépare à la rencontre de Dieu, un temps de préparation à de nouveaux commencements. Les quarante jours de Carême nous rappellent les quarante ans que le peuple hébreu, libéré par Dieu de l’esclavage en Egypte a passés au désert avant d’entrer en Terre promise (livre de l’Exode). Ils nous rappellent également et surtout les quarante jours que Jésus a vécu dans le désert, entre son baptême et le début de sa vie publique (Mt 4, 1-11). « L’Eglise s’unit chaque année par les quarante jours du Grand Carême, au mystère de Jésus dans le désert » (CEC, n° 540). Durant ce temps, l’Eglise nous invite à nous préparer à la grande fête de Pâques, cœur de la foi chrétienne, qui célèbre la Résurrection du Christ, venu libérer tous les hommes du poids de leurs entraves et proposer l’amour à tous. C’est en cela que le Carême se distingue de tout autre temps de jeûne et de purification vécu dans d’autres confessions religieuses ou dans les pratiques des sagesses orientales. Le jeûne, la prière, le partage sont les moyens concrets vécus par le Christ, et proposés par l’Eglise, pour convertir son rapport à soi-même, à Dieu et aux autres.

Le Carême n’est donc pas seulement un temps de sacrifice ou de pénitence, c’est avant tout une invitation à nous concentrer sur l’essentiel : Jésus-Christ. Mais garder ses yeux sur lui, le suivre et l’imiter, est exigeant. Cela demande de choisir entre la vie d’amour proposée par le Christ et nos petits égoïsmes… Le Carême est un temps pour revenir à l’essentiel et mettre le superflu et l’accessoire à leur juste place. Faire pénitence, c’est se détacher de ce qui nous retient, s’ouvrir aux autres et se convertir au Christ pour accéder à la vraie liberté d’aimer comme lui nous a aimés jusqu’à donner sa vie. C’est justement ce que nous rappelle le Pape Benoît XVI au début de son message de Carême 2012 dont le thème est : « Faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les œuvres bonnes » (He 10, 24). « Le Carême nous offre encore une fois l’opportunité de réfléchir sur ce qui est au cœur de la vie chrétienne : la charité. En effet, c’est un temps favorable pour renouveler, à l’aide de la Parole de Dieu et des Sacrements, notre itinéraire de foi, aussi bien personnel que communautaire. C’est un cheminement marqué par la prière et la partage, par le silence et le jeûne, dans l’attente de vivre la joie pascale. » (Message du Pape Benoît XVI pour le Carême 2012).

Du mercredi des Cendres, qui nous rappelle que notre vie sur terre n’est qu’un passage, à la nuit de Pâques qui nous montre que l’éternité nous attend, il y a quarante jours de préparation. Pour atteindre ce nombre symbolique, il faut enlever les cinq dimanches du Carême ainsi que le dimanche des Rameaux, qui ne sont pas des jours de pénitence. En effet, même pendant le Carême, nous sommes invités, le dimanche, à célébrer la Résurrection du Seigneur. A travers la messe de chacun de ces jours de Carême, l’Eglise nous donne un nouvel élan pour profiter pleinement de ce temps de Carême.

L’origine et l’histoire du Carême dans l’Eglise La pratique du Carême a subi beaucoup de fluctuations. Dans l’Eglise primitive, le Carême est un temps ultime de préparation au baptême des catéchumènes adultes célébré la nuit de Pâques. Une lettre de saint Irénée au Pape Victor, à la fin du IIème siècle, indique que le jeûne durait alors d’un jour avant Pâques à toute la semaine sainte. Au IVème siècle, le Carême est devenu un temps liturgique spécifique, orienté vers la fête de la Résurrection, et empreint d’austérité (la couleur liturgique devient le violet, et les acclamations joyeuses [Gloria et Alléluia] sont supprimées dans les célébrations).

Le jeûne qui a pour but de donner soif et faim de Dieu et de sa Parole est alors porté à quarante jours. On en trouve trace dans le canon du concile de Nicée en 325. Le calcul de ces quarante jours va varier dans le temps avant d’être harmonisé. Au départ, le jeûne consistait à ne prendre qu’un repas quotidien composé de pain, de légumes et d’eau, et à s’abstenir de toute nourriture les vendredi et samedi saints. Peu à peu, il va perdre de sa rigueur. Aujourd’hui, l’Eglise catholique ne prescrit plus le jeûne obligatoire que le mercredi des Cendres et le vendredi saint. Les enfants et les personnes âgées de plus de soixante ans n’y sont pas tenus. Elle invite néanmoins les fidèles à réduire leur consommation dans le domaine de leur choix (alcool, tabac, télévision, téléphone-portable, ordinateur, divertissement…) et à partager, notamment sous forme de don.

Vivons donc ce temps privilégié de Carême comme un temps de grâce et accueillons les moyens (prière, jeûne, partage) comme des moyens de croître dans le véritable esprit de pénitence et dans l’amour du Seigneur. « Accueillons l’invitation toujours actuelle à tendre au ‘’haut degré de la vie chrétienne’’ (Jean-Paul II, Lettre apostolique Novo millennio ineunte [6 janvier 2001], n. 31).[…] Face à un monde qui exige des chrétiens un témoignage renouvelé d’amour et de fidélité au Seigneur, tous sentent l’urgence de tout faire pour rivaliser dans la charité, dans le service et dans les œuvres bonnes (cf. He 6, 10). Ce rappel est particulièrement fort durant le saint temps de préparation à Pâques. » (Message du Pape Benoît XVI pour le Carême 2012).

Saint et fécond Carême à tous !

Les yeux fixés sur Jésus-Christ, Entrons dans le combat de Dieu !

Père Ambroise ZOUNON,

Professeur au Grand séminaire Saint Gall de Ouidah.

04 MARS 2012 : DEUXIEME DIMANCHE DE CARÊME / ANNEE B

1ère Lecture : Genèse : 22, 1-18)

Psaume 115

2ème Lecture : Romains : 8,31-34

Évangile : Marc : 9, 2-10

Chers frères et sœurs en Christ

Aujourd’hui deuxième dimanche de Carême, la liturgie présente à notre réflexion le récit du sacrifice d’Isaac demandé par Dieu à Abraham en première lecture, un passage de l’épitre aux Romains en deuxième lecture et enfin le récit de la transfiguration de notre Seigneur Jésus selon l’évangéliste Saint Marc. On peut comprendre pourquoi ce dimanche est appelé dimanche d’Abraham et de la Transfiguration. Notons d’abord certains points d’accord des trois textes : il est question de deux montagnes, celle où Abraham doit sacrifier son fils et celle où Dieu nous révèle son fils dans sa gloire et nous dit son amour. Il est question aussi de l’amour entre père et fils. Amour entre Abraham et Isaac son fils unique et aussi amour entre Jésus le fils unique de Dieu et son Père qui d’ailleurs affirme devant les hommes cet amour : ‘’celui-ci est mon fils bien aimé, écoutez le.’’ Un dernier point d’accord des textes de ce jour est le sacrifice et plus précisément celui du fils unique. Abraham doit sacrifier son fils unique, Dieu n’a pas refusé de sacrifier son fils unique pour nous. Ce dernier point est celui par lequel nous pouvons mieux comprendre le message de ce jour.

Le sacrifice est une réalité commune à toutes les cultures. Il est le moyen par lequel l’homme fait plaisir à la divinité afin de rentrer aussi dans son intimité ou d’apaiser sa colère. Le sacrifice porté en son sens extrême est celui de l’homme. Et ce sacrifice n’est pas tellement étranger à l’histoire de l’humanité. Même chez nous, il a été pratiqué et peut être, il continue sous diverses formes. Il existait aussi en Israël où certains israélites en imitant les peuples environnants avaient sacrifié des enfants au dieu païen Molock. La chose a été vivement décriée par les prophètes. Dieu lui-même a dit : ‘’Tu ne tueras point’’. Alors, on peut s’étonner que lui-même demande de tuer pour lui. Certes, il est Dieu et la loi qu’il émet peut ne pas être pour lui mais pour ses créatures. Cela pose malgré tout la question de la nature de Dieu. Serait-il un Dieu qui prend plaisir à la mort de ses créatures ? Serait-il un Dieu si cruel qu’il lui faut demander à un père de prendre la vie de son fils et de la lui donner en offrande ? La première lecture ne nous dit pas tout ce que Abraham a dû penser, tout le drame intérieur et le violent combat que Abraham a enduré afin de choisir entre Dieu et la vie de son fils. Nous savons tous, moi et vous la valeur d’un fils en Israël autant pour la femme qui avait le sacré devoir de le donner que pour l’homme qui devait l’éduquer et en prendre soin. Chez nous, c’est la même chose. Alors, un dieu qui ferait une telle demande un peu plus souvent à tous les hommes serait un dieu qui risque de ne plus avoir d’adorateurs.

Mais nous devons bien comprendre le sens de ce récit du sacrifice d’Isaac. Plusieurs biblistes se sont penchés sur le texte sans s’accorder de façon totale. Mais on peut retenir que dans le sacrifice d’Isaac, Dieu demandait en fait à Abraham, le sacrifice de ce qui lui est le plus cher : lui-même. Aucun parent ne souhaite voir son fils mourir avant lui. Et plus grave encore, aucun parent ne souhaite être la cause de cette mort. Il préférerait mourir à la place de son enfant. En fait, en demandant le sacrifice d’Isaac, Dieu demandait à Abraham le sacrifice total de son être et de sa vie pour lui, son unique Dieu. Son refus formel à Abraham de toucher Isaac est le signe que Dieu ne se contredit pas, même en demandant ce sacrifice suprême à Abraham : il demeure le Dieu de la vie et non de la mort. Le comportement d’Abraham est digne d’éloges et l’on peut comprendre pourquoi on l’appelle le père des croyants. Nous sommes près à sacrifier un peu de ce que nous avons. Et là déjà, il faut reconnaitre que nous ne sacrifions tout ce que nous avons que lorsqu’il n’y a pas d’autres possibilités. Et quand il s’agit de sacrifier notre être ou notre vie, alors ça devient plus compliqué sinon impossible. Mais notre réflexion va plus loin. Dieu se révèle comme celui qui le premier a consenti au sacrifice de son fils unique. Il se révèle comme le Dieu de la vie par le sacrifice de Jésus mort en croix pour sauver les hommes. Attention ! Les mots que l’on utilise pour parler de Dieu seront toujours faibles pour dire la réalité de Dieu. Essayons donc de comprendre ensemble : le Dieu qui a demandé à Abraham de lui sacrifier son fils unique, est celui qui, nous dit Saint Paul dans la deuxième lecture, ‘’ n’a pas refusé son fils unique ’’, et ‘’ l’a livré pour nous ’’. Ce fils dont il a dit : ‘’celui-ci est mon fils bien aimé, écoutez-le’’. Etant donné qu’en Dieu, il n’y a pas d’avant ni d’après, mais seulement l’instant présent, on peut comprendre que de toute éternité, Dieu a choisi de sauver l’homme par le sacrifice de son Fils. C’est donc lui qui déjà avant Abraham a choisi de se sacrifier pour les hommes. Ce qu’il demande à Abraham, il l’a déjà réalisé en intention en lui-même et de toute éternité. La chose sera réalisée en dehors de lui dans le temps. L’homme qui s’était écarté de Dieu ne pouvait revenir vers lui sinon par le concours d’une personne qui était capable de se donner totalement à Dieu de telle manière qu’il plaise à Dieu en même temps qu’il montre aux hommes le vrai chemin vers Dieu. Cet homme, c’est Jésus Christ, le fils unique de Dieu.

Chers frères et sœurs, la transfiguration de Jésus nous montre la gloire de Jésus et la bonté du cœur de notre Dieu. Mais elle nous dit surtout que Dieu n’a pas hésité à accepter le sacrifice libre de son fils afin de sauver l’humanité. Elle nous dit surtout que le Jésus glorieux dont les vêtements sont devenus si resplendissants d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille, est le Jésus défiguré du Calvaire aussi. Les disciples restèrent fermement attachés à la consigne de Jésus en se demandant ce que pouvait signifier : ‘’ressusciter d’entre les morts.’’ Ils ne comprennent pas que Jésus doit souffrir. Cela n’effleure même pas encore leur pensée. Mais ils le réaliseront et comprendront. Nous sommes appelés à dépasser le merveilleux et le miraculeux que la transfiguration évoque pour comprendre que c’est dans et par ses souffrances et surtout l’amour avec lequel le Christ a accepté cette souffrance, que son visage glorieux nous apparait plus glorieux et plus lumineux que jamais. Puissions-nous savoir nous sacrifier totalement pour nos frères, pour notre église et pour Dieu. Que la Vierge Marie nous aide à savoir mettre Dieu et le prochain au dessus de toutes les autres priorités et garder nos regards fixés sur le visage glorieux du Christ. Amen.

Père S. Elzéar Spire ADOUNKPE Paroisse Saint Esprit d’Affamè

26 FEVRIER 2012 : 1er DIMANCHE DE CARÊME / ANNEE B

1ère Lecture : Genèse :9,8-15

Psaume 24

2ème Lecture : 1ère lettre de St Pierre Apôtre : 3,18-22

Évangile : Marc : 1, 12-15

Chers frères et sœurs amis du Christ. En ce premier dimanche du carême, la liturgie présente la tentation du Seigneur Jésus. Elle semble nous prévenir que notre cheminement sera pareil à celui du maitre qui poussé par l’Esprit au désert, a été tenté. Le désert, lieu d’épreuves, milieu hostile où habitent les animaux sauvages est le lieu où Satan le tentateur éprouve Jésus. C’est la même chose pour nous qui vivons la tentation dans le désert de la vie. Mais le texte de l’évangile ajoute que les anges servaient le Seigneur. La présence du tentateur est contrebalancée par celui de Dieu qui, par le service des anges dit sa proximité à l’homme tenté. A chacun de savoir discerner et se convaincre que dans la tentation la plus grande, Dieu qui respecte la liberté humaine, reste quelque part proche de nous. Mieux encore, le deuxième et dernier verset de l’évangile, présente l’essentiel du message de Jésus qui est l’annonce du Royaume : ‘’ les temps sont accomplis : le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle’’.

Après l’épreuve du désert, Saint Marc nous montre que Jésus est désormais prêt pour l’annonce du Royaume. Notre résistance et notre fidélité dans la tentation sont aussi des annonces de la venue du Royaume de Dieu. La tentation est un temps d’épreuves qui nous permet de donner la preuve de notre amour pour Dieu. C’est juste notre geste pour rester un temps soit peu fidèles à l’Alliance de Dieu avec nous. La première lecture parle de l’alliance conclue entre Dieu et Noé mais nous savons que le signe le plus grand de l’Alliance entre Dieu et les hommes, c’est Jésus Christ mort sur la croix pour nous. Saint Pierre dans sa première épitre fait une relecture de l’histoire de Noé. L’eau qui jadis a tué, sert aujourd’hui dans l’alliance avec Dieu et surtout par la mort et la résurrection de Jésus à donner la vie. Il précise que : ‘’être baptisé, ce n’est pas être purifié des souillures extérieures, mais s’engager envers Dieu avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ qui est monté au ciel…’’.

Chers frères et sœurs, notre cheminement spirituel dans la vie de tous les jours et surtout en ce temps de carême sera confronté à la tentation. Nous disons dans la prière du ‘’ Notre Père’’ ‘’ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre nous du mal’’. Demandons au Seigneur de ne pas permettre que nous soyons tentés au-delà de nos forces, mais qu’il soit toujours à nos cotés pour que nous ne succombions pas à la tentation ou au cas où cela arriverait, il nous aide à ne pas être des chrétiens couchés, mais que nous sachions vite nous relever et continuer la route. Demandons aussi au Seigneur de nous aider à ne pas être occasion de tentation et de chute pour notre prochain. Amen

Père Elzéar S. ADOUNKPE Paroisse Saint Esprit d’ Affamè

11 MARS 2012 : 3ème DIMANCHE DE CAREME / ANNEE B.

1ère lecture : Exode 20, 1-17

Psaume : 18

2ème lecture : 1 Co 1, 22 - 25

Evangile : Jn 2, 13 - 25

Chers frères et sœurs, amis du Christ ! Nous continuons notre marche pénitentielle vers Pâques et déjà nous voici au troisième dimanche de Carême. Avant toute chose, il urge de faire un bilan du chemin déjà parcouru afin de mieux nous relancer. Chacun doit se voir en toute vérité et se demander s’il est vraiment entré en Carême, s’il a vraiment jeûné, fait l’aumône, et prié. Chacun doit vivre la chose intérieurement mais il y a des signes qui ne trompent pas ; car si ce qui se vit intérieurement est assez intense et porteur de sens, il doit tôt ou tard surgir et jaillir dehors.

Mon frère, ma sœur, comment vis-tu ton Carême ? Es-tu vraiment entré en Carême ? Quels sont les signes palpables et visibles qui le prouvent à Dieu et aux hommes ? A chacun de répondre à ces questions. Car le temps du carême s’en va vite et pourrait finir sans que nous n’ayons pu en profiter comme cela se doit.

La liturgie de ce dimanche nous y aide en ce sens qu’elle nous rappelle en première lecture, les commandements de Dieu. Chacun doit se le rappeler car ils sont très loin, les jours où nous nous efforcions de garder par cœur ces commandements, juste pour avoir les sacrements. Il ne suffit pas de dire : ‘’ qu’ai-je fait de grave ? Je n’ai pas tué, ni volé’’ pour se donner une conscience propre. Non ! Il faut connaitre et se rappeler chaque fois les commandements de Dieu afin d’éviter le péché qui éloigne de lui.

Le peuple d’Israël était très attaché aux principes de base de l’Alliance avec son Dieu. Ces principes sont entre autre, la loi de Dieu donnée par Moïse au Sinaï, la parole des prophètes, l’arche de l’Alliance dont la représentation en Terre promise sera le Temple. Les Tables de la Loi étaient déposées dans l’Arche de l’Alliance quand Israël marchait dans le désert. Elles seront déposées dans le Temple où le peuple se rassemblait pour en écouter la lecture. Tout ceci pour dire l’importance entre autres, de la loi de Moïse et du Temple. Concernant ce dernier, nous pouvons voir la valeur que les Juifs lui confèrent dans la réplique des adversaires de Jésus : ‘’ il a fallu quarante- six ans pour bâtir ce Temple et toi en trois jours, tu le relèverais ? Il faut aussi lire les derniers chapitres du livre de l’exode pour voir la valeur du Sanctuaire pour les Juifs. La source de la controverse de Jésus avec les Juifs part du fait que Jésus semble ignorer la loi qui demande de faire des sacrifices pour ceci ou pour cela. En chassant ceux qui, dans le Temple, mettent à la disposition des gens les animaux à sacrifier, Jésus perturbe et même gène l’ordre du Temple. Il touche ainsi au caractère sacré de ce temple, c’est pourquoi il lui est demandé de quelle autorité il fait cela. Mais la réponse de Jésus montre qu’il est dans une optique parallèle ou différente. La loi qui était une chose sacrée qu’il fallait garder et pratiquer a été prétexte pour des personnes de tirer toutes sortes de profits.

Cette loi reçue au Sinaï constituait comme peuple la foule immense des fils d’Israël sortis d’Egypte. Cette loi avait comme principe premier, l’unicité du Seigneur qui ne cesse de répéter : ‘’Je suis le Seigneur ton Dieu’’. Tout bon juif savait qu’il avait le devoir sacré et même vital de respecter et faire respecter la Loi et les prophètes. Jésus par son comportement appelle un respect qui n’est plus extérieur mais intérieur.

C’est un appel à ne plus suivre la loi mais l’esprit de la loi : sacrifier des animaux oui ! Mais prétexter que la loi demande de sacrifier pour installer un commerce des animaux à sacrifier dans le Temple même, Non. Jésus opère un déplacement de sens : le Temple dont il est question n’est plus celui visible, construit de mains d’hommes, mais son corps à lui. Ce corps dans lequel il rassemblera tous les hommes par sa passion-mort et résurrection. Lui-même avait dit à la Samaritaine : ‘’le moment viendra où les adorateurs de Dieu l’adoreront en esprit et en vérité’’. La loi de Dieu ne serait plus une chose extérieure à l’homme et difficile à pratiquer pour lui. Elle serait plutôt une chose inscrite dans son cœur par l’esprit saint.

C’est pourquoi quelqu’un dit à juste titre que ‘’ la loi est venue de Dieu par Moïse et que la grâce est venue par Jésus’’. Les Juifs comme tous les hommes n’étaient pas préparés à accueillir le message de Jésus. Ils n’étaient pas préparés à accueillir un Messie qui les sauve par sa propre mort, accrochés comme ils étaient à la loi du talion et toutes les autres qui lui sont semblables. Dieu surprendra toujours l’homme par la grandeur de sa pensée et de son cœur. Il montre que sa puissance se déploie dans la faiblesse, une faiblesse d’amour pour sa créature. Il montre que même ce que l’homme peut appeler ‘’folie de Dieu’’ est encore plus raisonnable et sensé que toute réflexion et argumentation humaines. Dieu par Jésus dit à sa créature : ‘’ je suis proche de toi plus que toi-même, la loi que je te donne, je ne la laisse plus à l’extérieur de toi. Je l’inscris en toi pour que tu puisses l’appliquer. Tu n’adoreras plus ton Dieu avec les contraintes de la loi et en allant dans un temple. Je fais de ton cœur le temple qui contient ma loi, où j’habiterai et où tu m’adoreras’’.

Chers frères et sœurs, Dieu s’engage avec nous pour notre salut. Il se fait proche et nous libère de toute contrainte dans notre relation avec lui. Il fait de notre cœur, son temple. Nous devons comprendre qu’en faisant cela Dieu montre son amour mais aussi son respect pour l’homme. Apprenons donc à ne pas faire de notre cœur le temple où se vendent toutes sortes de choses impures et mauvaises. Ne faisons pas de notre cœur le temple où la loi de Dieu est interprétée pour servir nos intérêts inavoués. Que la Vierge nous y aide. Amen

Père Elzéar ADOUNKPE

Paroisse Saint Esprit d’Affamey

18 MARS 2012 : 4ème DIMANCHE DE CAREME / ANNEE B.

1ère lecture : 2 Ch 36, 14…- 23

Graduel : Ps. 136

2ème lecture : Eph. 2, 4-10

Evangile : Jn 3, 14-21

Chers amis, Ce quatrième dimanche de carême nous fait continuer, de façon graduelle, notre ascension spirituelle vers la cime de la perfection qui est la croix du Christ que nous contemplerons bientôt à Pâques. Cette grande croix de bois sur laquelle saigne un corps d’homme torturé, c’est un sommet de douleur et de mort, mais aussi un sommet de révélation divine.

La croix du Christ qui sera au centre de notre dévotion pascale achèvera de parfaire et d’accomplir le serpent de bronze élevé par Moïse dans le désert. Il nous faut regarder vers elle de tous nos yeux, de tout notre cœur pour déceler l’amour extrême qui brûle au cœur du Christ, lui qui se laisse mourir pour nous. « Car il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Mais cet amour extrême qui dévore Jésus, est lui-même le signe d’un autre amour extrême, celui du Père. En effet, « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». (Jn3, 16).

Dans la deuxième lecture tirée de la lettre aux Ephésiens, Paul le pécheur pardonné, apôtre par la grâce de Dieu, témoigne de cet amour du « Dieu riche en miséricorde » (Rom 9, 16) qui nous fait revivre avec le Christ, alors que nous étions morts par suite de nos péchés. Le temps du carême est un temps fort d’expérimentation de l’amour et de la miséricorde de Dieu. C’est le temps des conversions et des retours à Dieu qui, sans cesse, attend le retour dans son giron de tout homme pécheur. Comme le suggère le 2ème Livre des Chroniques dans la 1ère lecture, chacun de nous, en son temps, a multiplié les infidélités en profanant le temple de Dieu qui est en lui. Mais le Dieu des miséricordes a toujours envoyé des messagers, évêques, prêtres, catéchistes, religieuses, fidèles laïcs pour nous rappeler le chemin de la fidélité. Il reste à éviter de tourner en dérision ceux que Dieu nous envoie, mais à nous repentir et à pleurer nos fautes comme les fils d’Israël regrettaient leurs péchés dans leur exil : « Aux bords des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ; aux saules d’alentour, nous avions pendu nos harpes. » (Ps. 136).

Dieu a toujours quelque compte à régler avec ses créatures ! Il n’y a rien d’extraordinaire à cela. Mais lui n’est pas un justicier qui nous prépare une sentence de condamnation. Il est le Dieu d’amour qui a envoyé son Fils unique pour nous sauver. « Ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle ». (Jn 3, 16). Dieu ne suspend pas sur notre tête une épée de Damoclès pour nous punir de nos fautes mais il étend sur nous sa main miséricordieuse pour accueillir notre repentir.

Puissions-nous saisir cette main divine et recevoir la bénédiction dont elle porteuse pour nous.

Père Nicolas HAZOUME

Recteur du Grand Séminaire Saint Paul de Djimè

A LA JEUNESSE

A l’occasion de la Journée Mondiale de la Jeunesse...

Voici par le Seigneur en tes mains

Remise la joie pour demain.

Voici en ton cœur semée, o jeunesse,

La graine pour qu’au monde naisse

Et grandisse la joie des lendemains.

Même si les anges se changent en espions,

Même si les mortels par la grâce ennoblis,

Ne sont plus que des tombeaux blanchis ;

Même si aux vertus se substituent des vices en légion,

Jeunesse, sans plainte dans ta bouche

Calme, désir au cœur et ignorant ces tombeaux

Enlace dans ton exil farouche

Le Maître qui t’invite au plus beau.

Même si l’Eden se revêt de linceul,

Même si les disciples s’érigent en maîtres

Et que le matin de Pâques tarde à naître,

Ta confiance ne se doit point faiblir.

Quand le cénacle semblerait vidé de Dieu

Et que les apôtres seraient au panthéon,

Alors sonnera pour toi l’heure d’un ingénieux

Effort pour ne point faillir dans ton marathon.

Sache-le ô Jeunesse : loin de Dieu

Il n’est qu’un troupeau pour les enfers parqué

Et que le trépas mène paître sans tarder.

Dès l’aurore pour le Pâtre consacrée,

A lui sans faiblir, jusqu’au crépuscule

Demeure attachée sans recule.

Reine L.A. SETTON, NDA, Liban

L’EFFUSION DE L’ESPRIT SAINT

Nous voilà arrivés au terme du cycle pascal, noyau de l’année liturgique. Le Carême nous a préparés à la grande fête de Pâques et le temps pascal à la dernière fête du cycle, la Pentecôte. L’œuvre de rachat et de régénération accomplie par le Christ va trouver son achèvement. L’Esprit Saint est envoyé aux Apôtres, les colonnes de l’Église naissante, et il y restera jusqu’à la fin des temps. C’est lui le protagoniste de la première expansion de l’Église, de toutes celles qui ont suivi et de sa sanctification. C’est pourquoi la Pentecôte est beaucoup plus que le simple rappel d’un événement passé. Elle est l’actualisation du mystère pascal et de la venue du Paraclet. Poussé par son amour pour nous, le Père a d’abord envoyé son Fils dans ce monde pour le sauver. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique » (Jn 3, 16). Ensuite le Père et le Fils envoient le Saint-Esprit dans l’Église, pour qu’elle puisse accomplir sa mission parmi les hommes. Ils l’envoient aussi dans notre âme, pour que nous aussi nous puissions atteindre la fin qui nous a été fixée : notre sainteté. Pensons souvent à cette présence et à l’aide puissante qui nous vient de lui, même si nous aurons toujours du mal à décrire son action en nous, tant elle est riche et surprenante. C’est pourquoi elle doit faire l’objet de notre méditation assidue. La Pentecôte chrétienne, qui célèbre l’effusion de l’Esprit Saint, est présentée de diverses manières dans les écrits du Nouveau Testament. La première lecture choisie pour la messe de la solennité est tirée du chapitre 2 du livre des Actes, le passage le plus connu, le plus commenté et même le plus représenté par l’art chrétien. Saint Luc, place le don de l’Esprit Saint à l’intérieur d’une théophanie, c’est-à-dire d’une manifestation de la Trinité aux hommes, dans le droit fil de l’expérience du Peuple élu au Sinaï (Ex 19) : fracas, vent impétueux, langues de feu, autant de signes qui évoquent la majesté de Dieu. C’est le Père qui donne l’Esprit par l’intervention du Christ glorifié. Il existe cependant dans le Nouveau Testament un autre récit, un texte que nous pourrions appeler la Pentecôte de saint Jean. Dans le quatrième Évangile, l’effusion de l’Esprit se situe le soir de Pâques, pour bien montrer qu’elle est intimement liée à la Résurrection. Il est sans doute utile de relire le passage : « Jésus vint et se tint au milieu et il leur dit : “Paix à vous !” Ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur. Il leur dit alors, de nouveau : “Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie.” Ayant dit cela, il souffla et leur dit : “Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.” » (Jn 20,19-23). Très logiquement, ce passage a été assez souvent commenté, parce qu’il rapporte l’institution du sacrement de la Réconciliation, accompagné du souffle de l’Esprit en souvenir du premier souffle de Dieu au moment de la création de l’homme : « Il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant » (Gn 2, 7). Il est ainsi bien signifié que chaque confession nous fait renaître à une vie nouvelle, la vie du Christ. Dans ce récit également resplendit la gloire de la Trinité. Le Christ Ressuscité se montre dans son corps glorieux avec toute sa force. Le Père est la source même de la mission apostolique confiée aux apôtres et qui se poursuit dans l’Église. L’Esprit est répandu comme un don de paix, de miséricorde et de pardon. Que pourrions-nous conclure de toutes ces idées qui se situent au cœur même de la vie de l’Église ? Compte tenu de nos besoins personnels, servons-nous des titres que le Christ a donnés à la Troisième Personne : Défenseur, Avocat, Consolateur, Paraclet (littéralement, celui qu’on appelle au secours). Faisons appel à lui lorsque nous serons tentés. Ayons recours à ses bons offices lorsque nous seront tombés. Cherchons un réconfort auprès de lui lorsque nous risquerons de perdre la paix et la joie. C’est lui le « Doux hôte de l’âme », selon la formule de la séquence de la messe. C’est à lui qu’est attribuée la sanctification des chrétiens, l’affaire la plus importante que nous ayons à gérer dans ce monde. C’est pourquoi n’hésitons jamais à passer par la Vierge Marie, son Épouse très sainte, pour apprendre d’elle à seconder avec la plus grande docilité son action dans notre âme.

Père Ambroise ZOUNNON Séminaire Saint Gall de Ouidah

DIMANCHE DU SAINT SACREMENT / ANNEE B

L’Eucharistie, sacrement de la nouvelle Alliance À la veille de la Pâque, Jésus prend un dernier repas avec ses disciples.

  • Exode 24,3-8
  • Psaume 115
  • Hébreux 9,11-15
  • Marc 14,12-16.22-26

Le pain et le vin.

C’est au Moyen-Âge que l’on a perdu l’habitude de communier chaque fois que l’on participe à l’eucharistie. En fait on n’y participe plus, on y « assiste ». Le mot « communier » ne doit pas être pris à la légère : il signifie « faire communauté », et cette communauté se construit et se signifie en partageant une nourriture qui nous fait tous « un » dans le Christ lui-même. Le pain et le vin changent ici de signification. En effet, le pain, symbole dans nos régions de toute nourriture, signifie la vie. « Gagner son pain » est synonyme de « gagner sa vie ». Une vie qu’il faut d’ailleurs défendre : on peut se battre pour un morceau de pain ou pour la possession de terres fertiles. Le pain du repas partagé peut être aussi, en d’autres circonstances, pain de discorde. Le vin est symbole de joie de vivre et de fête : on s’invite à « prendre un verre ». Non indispensable à la vie, il est signe de surplus, de débordement. Beaucoup vont au bistrot parce qu’il est triste de boire seul.

Quand Jésus prend le pain et le vin de son dernier repas, c’est tout cela qu’il prend en compte pour le porter à une signification inattendue et inimaginable : il se fait notre pain pour une vie que la mort ne peut détruire, notre vin pour une joie éternelle. Mais cette vie et cette joie ne peuvent se recevoir qu’en faisant corps : toute division avec les autres se révèle division en nous-mêmes, conflit générateur de mort. Nourris d’une même chair, nous sommes animés d’une même vie ; irrigués d’un même sang, nous sommes tous membres d’un seul corps, dont l’Église est la figure. Plusieurs en un, nous devenons ainsi images de Dieu.

En mémoire du Christ.

On le comprend, l’eucharistie n’est pas faite pour nous donner la « présence réelle », comme si la présence de Dieu en tout être humain et en toute chose était irréelle ! Le pain eucharistique n’est pas là pour être regardé, promené, encensé, il est là pour être mangé en commun. Les « bénédictions » et « expositions » du « Saint Sacrement » n’ont de sens que si on les réfère au repas rituel pris en mémoire du dernier repas du Christ. « Faites cela en mémoire de moi », dit Jésus (Luc 22,19). La mémoire est ce qui nous rend présent le passé. Présent à l’esprit. La mémoire eucharistique, elle, va plus loin : elle nous rend réellement contemporains à la Pâque du Christ et fait de nous son propre corps, son corps actuel. Ce corps actuel prend pour nom « Église », c’est-à-dire « assemblée », ou « rassemblement ». Mais cette unanimité ne peut avoir lieu que si nous refaisons réellement ce que le Christ a fait, c’est-à-dire si, au-delà du rite, nous acceptons de donner notre vie pour les autres. Ne pensons pas tout de suite à quelque acte héroïque ou au martyre : il y a bien des manières de donner sa vie, son temps, ses forces, son amour. Cela ne se fait pas une fois pour toutes mais peut durer toute une vie, et c’est pourquoi ce pain que nous prenons et donnons en nourriture, le pain de la vie du Christ et de notre propre vie, est pain quotidien. La totalité des temps est ici assumée. Le Christ n’était-il pas déjà présent, symboliquement, dans la manne du premier passage, à travers le désert de la faim et de la soif (Exode 16) ? Certes, et au-delà.

Omniprésence de l’eucharistie.

Ce qui vient d’être dit montre quelle méprise il y a à se prétendre « croyant mais non pratiquant ». L’adhésion intellectuelle à des « vérités », si elle ne va pas plus loin, nous laisse enfermés dans notre égocentrisme. La foi va plus loin : elle nous fait sortir de nous-mêmes pour nous faire entrer en communion, en communauté. Que signifie cette « foi » qui se dispense d’entendre la consigne de Jésus, qui nous demande de refaire le rite pascal en mémoire de lui, pour remettre au monde, faire renaître, perpétuer le don de sa chair et de son sang, de notre propre chair et de notre propre sang ? Et cela pour nous acheminer vers une humanité Une déjà figurée dans notre assemblée, dans notre rassemblement. En effet, l’eucharistie n’est pas seulement mémoire, elle est aussi anticipation. Elle est action de grâce, reconnaissance pour notre résurrection à venir, déjà présente en nous par notre adhésion au Christ vivant pour toujours. En attendant, chaque jour la chair des pauvres est dévorée par les puissants, le sang innocent est versé partout dans le monde. Nous prenons tout cela en charge non seulement dans le rite mais aussi par notre action, dans la mesure de notre possible. L’eucharistie, en effet, n’est pas une parenthèse « spirituelle » dans notre existence : la participation à la mort et à la résurrection du Christ doit tout envahir dans nos vies. Tout ce qui nous arrive, tous les déserts que nous avons à traverser, tout ce qui se passe dans le monde reçoit la lumière de la Pâque et doit déboucher dans l’action de grâce (eucharistie).

Père Ambroise ZOUNNON.

Grand séminaire Saint Gall de Ouidah

DE LA SAINTE TRINITE A LA MENTALITE TRINITAIRE

Le Mystère de la Sainte Trinité : un modèle pour la maturité humaine, sociale, politique et économique. Tout vient du Père, par Jésus-Christ, son Fils fait homme, grâce à l’action de l’Esprit et à sa présence en nos cœurs. Tout remonte au Père par son Fils dans l’Esprit. Tel est le double mouvement descendant et ascendant du mystère du salut. Chaque sacrement, donné « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit comme la prière adressée au Père par le Fils dans l’Esprit est une profession de foi au Dieu Unique en trois Personnes. C’est le mystère que célèbre solennellement l’Eglise le dimanche de la Sainte Trinité et qui n’est pas donné à l’esprit profane de le comprendre. La révélation de la Trinité est une donnée propre à la foi chrétienne catholique. Réalité multiséculaire, le mot ‘’ Trinité’’ est apparu pour la première fois au IIè siècle et la célébration solennelle de la fête n’a été instituée dans l’Eglise universelle qu’au XIVè siècle, plus précisément en 1334 par le Pape Jean XXII. C’est dire qu’on a mis du temps pour exprimer en langage humain et célébrer en Eglise, l’invisible et l’indicible totalité de Dieu. Aujourd’hui comme hier, la Trinité demeure un mystère le plus mystérieux de la foi chrétienne. Pour les mathématiciens, la logique de la foi trinitaire n’appartient et n’appartiendra à aucun ensemble mathématique, car aucune logique scientifique ne donnera 1+1+1=1. Dans la logique de la foi, un tel calcul, mathématiquement complexe est bien possible et s’explique aisément et uniquement dans l’ensemble grand ‘’A’’, c’est-à-dire ‘’Amour’’, grand ensemble dans lequel toutes les équations complexes trouvent toujours leur solution.

En effet, la révélation de Dieu Trinité n’est rien d’autre que la révélation de l’Amour et un appel à aimer l’Amour qu’est Dieu. Avant de s’engager dans notre histoire, Dieu n’a jamais été un être solitaire ni célibataire, mais une communauté d’amour révélé à nous comme Père, Fils et Esprit. Cette communauté d’amour est surtout basée sur l’égalité, la fidélité, la liberté et la dignité dans l’identité de chacune des trois personnes divines. Dans les évangiles, les nombreuses révélations sur Jésus, de Jésus, sur ce qu’il est et ce qu’il vit avec le Père et l’Esprit, l’expriment très bien. A l’Annonciation, le Père envoie l’Esprit Saint féconder les entrailles de la future mère du Fils (Lc 1, 26-38). Au Baptême dans le Jourdain, la voix du Père se fait entendre, pendant que l’Esprit envahi Jésus pour le conduire au désert (Mt 3, 16-17). Toute sa vie publique, Jésus ne cessera de se présenter comme l’Envoyé du Père, venu faire sa volonté, soutenu par la puissance de l’Esprit Saint qui, comme dit Saint Luc, l’accompagnait dans sa mission. Les trois Personnes divines sont différentes certes, mais vivent dans un amour d’union parfaite. La vérité sur Dieu Trinité, c’est que le Père, le Fils, l’Esprit n’existent et n’agissent pas l’un sans l’autre, l’un plus que l’autre, l’un contre l’autre, mais toujours l’un dans l’autre, l’un avec l’autre, l’un par et pour l’autre. La vérité sur Dieu Trinité, c’est aussi que le Père n’est pas le Fils ni l’Esprit, que le Fils n’est pas le Père ni l’Esprit, que l’Esprit n’est pas le Père ni le Fils. Dans la réalité trinitaire, il nous faut découvrir davantage Dieu Trinité comme le Dieu en trois Personnes à la fois identiques et différentes, celui qui réalise la communion parfaite des différences.

Réaliser la communion parfaite malgré nos différences est ce que nous apprend la relation trinitaire. Nous sommes tous créés à l’image de ce Dieu Trinité à la fois semblables et différents, pour partager tous la même nature, mais chacun, chacune dans la différence de sa liberté, et de sa personnalité. C’est dans cette logique que Je voudrais nous inviter en cette solennité de la très Sainte Trinité à acquérir ce que le Père Julien Efoé PENOUKOUN appelle ‘’ la mentalité Trinitaire ’’ et à en vivre dans nos situations respectives et collectives dans le contexte actuel de notre sous-développement économique et politique. Vivre selon cette mentalité trinitaire, c’est d’abord se convaincre que Dieu aime chacun de nous de l’amour qui circule entre les trois Personnes divines. Il ne fait pas acception des personnes. Quelle que soit notre situation religieuse, sociale, matrimoniale, morale, Dieu aime tous les hommes d’un amour identique. Au nom de cet amour et au nom du même Esprit que nous avons tous reçu et qui fait de nous les héritiers de Dieu, nous sommes tous interpellés à tous les niveaux à nous entendre et à vivre la communion entre nous malgré nos différences. Chacun est appelé à apporter ce qu’il a, ce qu’il est pour contribuer au développement de la nation et au progrès de l’évangélisation. Vivre selon la mentalité trinitaire, c’est éviter de nous sous-estimer, cause de notre désengagement, car de même que Dieu le Père n’est pas plus Dieu que le Fils ou l’Esprit, mais qu’ils le sont également dans des relations différentes, aussi, il n’existe point d’homme, ni de peuple, ni de culture, ni de civilisation plus dotés de nature ou de valeur humaine plus que les autres. Nous avons le même nombre de chromosomes et c’est le même sang qui coule dans nos veines et nos artères. La peau noire n’est pas inférieure à la peau blanche. Si l’Afrique vivait cette mentalité trinitaire, et ne se sous-estimait pas, depuis, elle se serait développée et cesserait d’être perpétuellement un mendiant international. Si tout au moins notre pays le Bénin avait acquis cette mentalité trinitaire, longtemps, les différents partis politiques, du nord au sud, de l’est à l’ouest, travailleraient la main dans la main, malgré la divergence des opinions et des visions politiques, à la consolidation de la démocratie et à un véritable développement socio-économique. Vivre selon la mentalité trinitaire signifie : hommes comme les autres, mais en même temps différent d’eux, nous avons à nous battre comme eux, mais pour nous réaliser selon notre manière propre. Mais pour que cette mentalité trinitaire soit une réalité, il faut d’abord s’attacher uniquement à Dieu qui réalise la communion parfaite malgré les différences et qui nous montre le chemin du bien comme le demande l’auteur du livre de Deutéronome au peuple d’Israël qui se fourvoie et cherche d’autres dieux par des alliances illégitimes (Dt 4, 32-34.39-40) : « le seigneur est l’unique, il n’y a de vie et de liberté que par lui. » Ensuite, imiter Jésus-Christ, qui dans toute son existence s’est laissé conduire par l’Esprit Saint qui fait de nous des fils, c’est-à-dire des hommes libres et responsables qui ne se sous-estiment guère, des hommes délivrés de la crainte comme le signifie Saint Paul dans sa lettre aux Romains (Rm 8, 14-17). Enfin, s’engager à faire des hommes les disciples de Jésus-Christ en les plongeant dans la vie du Père, du Fils et l’Esprit et en leur apprenant les commandements du Christ. (Mt 28,16-20). Cette vie c’est l’amour partagé. Notre mission ne sera plus seulement de baptiser les gens au nom de la Sainte Trinité, mais d’être aussi des témoins de la vie Trinitaire : l’amitié, l’amour des époux, l’union au sein d’une même famille, la ferveur au sein d’une communauté malgré nos différences caractéristiques.

« Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint vous y aident et soient toujours avec vous ». AMEN !

Georges Willibrord GAYET,

gayetleparisien@yahoo.fr

NE PAS OPPOSER CELEBRATION ET ADORATION EUCHARISTIQUES

Fête du Saint-Sacrement 2012 : homélie de Benoît XVI Ne pas opposer la célébration et l’adoration eucharistiques

Chers frères et sœurs,

Ce soir, je voudrais méditer avec vous sur deux aspects, liés entre eux, du Mystère eucharistique : le culte de l’Eucharistie et son caractère sacré. Il est important de les prendre à nouveau en considération pour les préserver contre des visions incomplètes du Mystère lui-même, comme celles que l’on a constatées dans un passé récent.

Avant tout, une réflexion sur la valeur du culte eucharistique, en particulier de l’adoration du Saint-Sacrement. C’est l’expérience que nous vivrons ce soir aussi après la messe, avant la procession, pendant son déroulement et à son terme. Une interprétation unilatérale du concile Vatican II a pénalisé cette dimension en réduisant la pratique de l’Eucharistie au moment de la célébration. En effet, il a été très important de reconnaître le caractère central de la célébration, à laquelle le Seigneur convoque son peuple, où le rassemble autour de la double table de la Parole et du Pain de vie, le nourrit et l’unit à lui dans l’offrande du Sacrifice. Cette mise en valeur de l’assemblée liturgique dans laquelle le Seigneur agit et réalise son mystère de communion, demeure naturellement valable, mais elle doit être resituée dans un juste équilibre.

En effet, comme il arrive souvent, pour souligner un aspect on finit par en sacrifier un autre. Dans ce cas, l’accent mis sur la célébration de l’eucharistie s’est faite aux dépends de l’adoration, en tant qu’acte de foi et de prière adressée au Seigneur Jésus, réellement présent dans le Sacrement de l’autel. Ce déséquilibre a aussi eu des répercussions sur la vie spirituelle des fidèles. En effet, si l’on concentre tout le rapport avec Jésus Eucharistie dans le seul moment de la Sainte Messe, on risque de vider de sa présence le reste du temps et de l’espace essentiels. Et l’on perçoit ainsi moins le sens de la présence constante de Jésus au milieu de nous et avec nous, un présence concrète, proche, au milieu de nos maisons, comme « Cœur palpitant » de la ville, du pays, du territoire et de ses différentes expressions et activités. Le Sacrement de la Charité du Christ doit pénétrer toute la vie quotidienne.

En réalité, c’est une erreur que d’opposer la célébration et l’adoration, comme si elles étaient concurrentes. C’est justement le contraire : le culte du Saint Sacrement constitue comme le « milieu » spirituel dans lequel la communauté peut célébrer l’Eucharistie bien et en vérité. C’est seulement lorsqu’elle est précédée, accompagnée et suivie de cette attitude intérieure de foi et d’adoration que l’action liturgique peut exprimer toute sa signification et sa valeur. La rencontre avec Jésus dans la Sainte Messe se réalise vraiment et pleinement lorsque la communauté est en mesure de reconnaître que, dans le Sacrement, il habite dans sa maison, nous attend, nous invite à sa table, et puis, après que l’assemblée s’est dispersée, il reste avec nous, par sa présence discrète et silencieuse, et il nous accompagne de son intercession, en continuant à recueillir nos sacrifices spirituels et à les offrir au Père.

A ce propos, j’aime à souligner l’expérience que nous allons vivre ensemble aussi ce soir. Au moment de l’adoration, nous sommes tous sur le même plan, à genou devant le Sacrement de l’Amour. Le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel se trouvent rapprochés dans le culte eucharistique. C’est une expérience très belle et très significative que nous avons vécue à différentes reprises en la basilique Saint-Pierre, et aussi lors des inoubliables veillées avec les jeunes : je me souviens par exemple de celles de Cologne, de Londres, de Zagreb, de Madrid. Il est évident pour tous que ces moments de veillée eucharistique préparent la célébration de la Sainte Messe, préparent les cœurs à la rencontre, si bien qu’elle en devient plus féconde. Etre tous en silence de façon prolongée devant le Seigneur présent dans son sacrement, est l’une des expériences les plus authentiques de notre être Eglise, qui est accompagnée de façon complémentaire par celle de la célébration de l’Eucharistie, en écoutant la Parole de Dieu, en chantant, en s’approchant ensemble de la table du Pain de vie. Communion et contemplation ne peuvent pas être séparées, elles vont ensemble. Pour communiquer vraiment avec une autre personne, je dois la connaître, savoir être auprès d’elle en silence, l’écouter, la regarder avec amour. Le vrai amour et la vraie amitié vivent toujours de cette réciprocité de regards, de silences intenses, éloquents, pleins de respect, et de vénération, si bien que la rencontre soit vécue en profondeur, de façon personnelle et non pas superficielle. Et hélas, s’il manque cette dimension, même la communion sacramentelle peut devenir, de notre part, un geste superficiel. En revanche, dans la vraie communion, préparée par le colloque de la prière et de la vie, nous pouvons dire au Seigneur des paroles de confiance, comme celles qui viennent de résonner dans le psaume responsorial : « Je suis ton serviteur, el fils de ta servante : tu as rompu mes chaînes. Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce et j’invoquerai le nom du Seigneur (Ps 115,16-17).

Je voudrais maintenant passer brièvement au deuxième aspect : le caractère sacré de l’Eucharistie. Là aussi, on a, dans un passé récent, perçu un certain malentendu sur le message authentique de la Sainte-Ecriture. La nouveauté chrétienne concernant le culte a été influencée par une certaine mentalité sécularisée des années soixante et soixante-dix, du siècle dernier. Il est vrai, et cela reste toujours valable, que le centre du culte n’est plus désormais dans les rites et dans les sacrifices anciens mais dans le Christ lui-même, dans sa personne, dans sa vie, dans son mystère pascal. Et cependant, on ne doit pas déduire de cette nouveauté fondamentale que le sacré n’existe plus, mais qu’il a trouvé son accomplissement en Jésus-Christ, Amour divin incarné. La Lettre aux Hébreux que nous avons écoutée ce soir dans la seconde lecture, nous parle justement de la nouveauté du sacerdoce du Christ, « grand prêtre des biens à venir » (He 9,11), mais il ne dit pas que le sacerdoce est terminé. Le Christ « est médiateur d’une alliance nouvelle » (He 9, 15), scellée dans son sang, qui purifie « notre conscience des oeuvres de mort » (He 9,14). Il n’a pas aboli le sacré, mais il l’a porté à son accomplissement, en inaugurant un culte nouveau, qui est pleinement spirituel, mais qui cependant, tant que nous sommes en chemin dans le temps, se sert encore de signes et de rites, qui disparaîtront seulement à la fin, dans la Jérusalem céleste, là où il n’y aura plus aucun temple (cf. Ap 21,22). Grâce au Christ, le caractère sacré est plus vrai, plus intense, et, comme il advient pour les commandements, aussi plus exigeant ! L’observance rituelle ne suffit pas, mais il faut la purification du cœur, et l’engagement de la vie.

J’aime aussi à souligner que le sacré à une fonction éducative et que sa disparition appauvrit inévitablement la culture, en particulier la formation des nouvelles générations. Si, par exemple, au nom d’une foi sécularisée qui n’ait plus besoin des signes sacrés, on abolissait la procession du Corpus Domini dans la ville, le profil spirituel de Rome se trouverait « aplati » et notre conscience personnelle et communautaire en resterait affaiblie. Ou bien, nous pensons à une maman et à un papa qui, au nom de la foi désacralisée, priveraient leurs enfants des tout rituel religieux : ils finiraient en réalité par laisser le champ libre à tant de succédanés présents dans la société e consommation, à d’autres rites et à d’autres signes, qui pourraient devenir plus facilement des idoles. Dieu, notre Père, n’a pas agi ainsi avec l’humanité : il a envoyé son Fils dans le monde, non pour abolir, mais pour porter le sacré aussi à son accomplissement. Au sommet de cette mission, lors de la Dernière Cène, Jésus a institué le sacrement de son Corps et de son Sang, le Mémorial de son Sacrifice pascal. En agissant ainsi, il s’est mis lui-même à la place des sacrifices anciens, mais il l’a fait à l’intérieur d’un rite, qu’il a commandé à ses apôtres de perpétuer, comme le signe suprême du vrai Sacré, qui est Lui-même. C’est avec cette foi, chers frères et sœurs, que nous célébrons aujourd’hui et chaque jour le Mystère eucharistique et que nous l’adorons comme le centre de notre vie et le cœur du monde. Amen.

Benoit XVI

1er DIMANCHE DE L’AVENT C : 02 Décembre 2012

- Jr 33,14-16

- Th. 3,12 – 4,2
-  Lc 21, 25- 28, 34

Aujourd’hui, nous commençons une nouvelle année liturgique : nous entrons dans le temps de l’Avent, c’est-à-dire de l’avènement du Messie. « Le temps de l’Avent a une double caractéristique : c’est à la fois un temps de préparation aux solennités de Noël, ou l’on commémore le premier avènement du Fils de Dieu parmi les hommes ; et un temps où, par ce souvenir les âmes sont tournées vers l’attente du second avènement du Christ à la fin des temps. Le temps de l’Avent se présente donc, pour ces deux raisons, comme un temps de pieuse et joyeuse attente ». Il doit être marqué par un temps fort dans notre vie spirituelle, temps de réflexion, de préparation, de prière, de conversion et d’espérance.

Ce temps de préparation à célébrer Noël, à commémorer la venue du messie, nous met dans l’ambiance des temps anciens, où l’on attendait le Sauveur promis et préparait sa venue. C’est le but de la première lecture de nous plonger dans cette sainte ambiance : « Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse du bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda. Je ferai naître chez David un germe de justice, et il exercera le droit et la justice ». Cette prophétie porte plus loin : elle rappelle la promesse d’un Sauveur. Germe de justice issu de David ; qui fera règner sur le monde la justice de Dieu, c’est-à-dire la rectitude des relations entre Dieu et les hommes. Il serait bon de nous identifier aux Hébreux attendant le messie, de nous mettre dans l’ambiance de ces temps d’attente et de préparation, ambiance de foi, de confiance et d’espérance. Mais c’est vers l’avenir, plutôt que vers le passé que nous devons tourner nos pensées.

Nous devons attendre et préparer l’avènement du Christ, non pas son premier avènement, mais son second, à la fin des temps ; avènement dont nous parle l’Evangile de ce jour : après les bouleversements, les persécutions, les châtiments, les signes que Jésus nous annonces, « On verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire ». Nous devons penser à la venue du sauveur en nous. Il vient à tout moment dans nos âmes, par sa grâce. Nous devons également penser à notre rencontre avec lui à l’instant de notre mort. Pendant ce temps de l’Avent, nous devons nous préparer « pour le jour où Notre-Seigneur Jésus viendra ». Comme dit saint Paul : « Vous avez appris de nous comment il faut vous conduire pour plaire à Dieu ; et c’est ainsi que vous vous conduisez déjà. Mais faites donc encore de nouveaux progrès ».

• Progrès dans la charité : « Ayez entre vous, et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant », nous recommande l’apôtre.

• Progrès aussi dans la vigilance, dans la prière et dans la fuite du péché. C’est ce que Jésus nous recommande aujourd’hui : « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse », dans toutes sortes de péchés, dans les soucis de la vie, « et que le jour du Seigneur ne tombe sur vous à l’improviste. Restez éveillés, et priez en tout temps : ainsi vous serez jugés digne de paraître debout devant le Fils de l’homme ». au jour de sa venue.

Que ce temps de l’Avent soit un temps de réflexion, de vigilance, de lutte contre les mauvaises habitudes, de la pratique de la charité et surtout un temps de prière. Et demandons au Seigneur de nous aider à comprendre son enseignement et à tenir nos résolutions.

Abbé Anatole FADEYI

2ème DIMANCHE DE L’AVENT / C

2ème DIMANCHE DE L’AVENT C

* Ba 5, 1-9

* Ph 1, 4-6. 8-11

* Lc 3, 1-6

Depuis Malachie, depuis 430 ans, il n’y a pas eu de prophète. Quelle joie pour Israël, lorsqu’il apprend qu’un envoyé de Dieu est venu rompre le long silence ! Cet envoyé est Jean-Baptiste (qui sera le dernier et le plus grand des prophètes). Jean parcourt toute la vallée de Jourdain, pour annoncer à ses compatriotes que le Messie qu’ils entendent est là ; par conséquent, ils doivent se préparer pour l’accueillir.

Aujourd’hui, l’Evangéliste Luc nous parle de la vocation de Jean : « La parole du Seigneur fut adressée à Jean dans le désert », puis dès le début de son ministère : Jean appelle au repentir, à la pénitence, à la conversion dans le rejet du mal, et la pratique du bien, à la charité, à la prière et à l’espérance. Il rappelle les paroles d’Isaïe qui selon les Evangélistes annonçaient Jean-Baptiste lui-même : « Une voix crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers… ». Beaucoup écoutent ses paroles sévères et lui demandent le baptême, qui engage au repentir, à la conversion et à la pénitence.

Le message de Jean-Baptiste s’adresse aussi à nous tous : « Tout homme verra le salut de Dieu » ; à condition qu’il lui prépare son cœur. Si nous avons préparé nos cœurs, ouvrir les yeux de la foi, ouvrir nos oreilles pour écouter « la voix qui crie dans le désert » ; dans le désert de notre âme et de notre vie qui semblent parfois vide de Dieu ; à cause de la non-connaissance des Saintes Ecritures. Et c’est pour cela que notre Administrateur Apostolique, dans son message pour le temps de l’Avent « LA GRACE DE DIEU », nous invite à « découvrir dans les Saintes Ecritures la source et le lieu de l’approfondissement de la foi ». Alors en ayant une connaissance de Dieu par les Saintes Ecritures, nous serons capable de préparer ce chemin en rendant droites nos intentions et nos conduites, abaisser les montagnes de notre orgueil et de notre égoïsme, redresser nos préjugés et nos jugements, combler les ravins de notre cœur vide d’idéal, de générosité, d’amour de Dieu et du prochain. Beaucoup d’obstacles en nous barrent la route au Seigneur ; et en ce temps de conversion, le sacrement de la réconciliation est là, pour nous aider à abattre les obstacles, afin de voir le salut de Dieu. Le prophète Baruch nous en donne la preuve. Il promet à Jérusalem la paix, le bonheur, la gloire ; alors qu’elle est accablée des malheurs de l’esclavage et de l’exil de ses enfants. Ce que Dieu a annoncé et fait pour Jérusalem ; il le fait encore pour chacun de nous aujourd’hui. Mais pour le faire, il attend que nous mettions en lui et en lui seul notre foi et notre confiance absolue.

Abbé Anatole FADEYI

IIIème DIMANCHE DE L’AVENT / C

IIIème DIMANCHE DE L’AVENT C

* So 3, 14 – 18a

* Ph 4, 4 - 7

* Lc 3, 10 - 18

Les trois lectures de ce jour nous parlent de la Bonne Nouvelle, de paix et de joie. « Soyez dans la joie du Seigneur. Soyez sans inquiétudes », nous dit Saint Paul. Et ce n’est pas seulement un conseil, c’est un commandement. Mais nous nous demandons si c’est aussi facile que Saint Paul le croit, d’être joyeux et sans inquiétudes. Il nous semble qu’il est plus facile et que nous avons plus de motif d’être tristes et inquiets. Quand nous regardons le passé, il ne rappelle pas que du bonheur, loin de là. Le présent n’est pas aussi meilleur. Et vous pensez sans doute que Paul devait se trouver dans une situation, sinon privilégiée, pour écrire cela. Hélas ! Son passé est lourd de malheur ; sa situation présente est bien pénible, et son avenir est bien incertain : il est en prison, il attend son jugement, et il ne sait quel sera son sort ! Et c’est encore en prison qu’il a écrit : « Mon cœur déborde de joie ».

Et bien ! Il y a les fausses joies, après lesquelles nous courons trop souvent ; et les vraies joies, que nous ne cherchons pas. Saint Paul goûte et recommande la vraie joie : « Soyez dans la joie…du Seigneur ». Chers frères et sœurs, la vraie joie se trouve en Dieu. Si nous avons confiance dans le Seigneur et si notre conscience est en règle, nous n’avons pas à être inquiets. La vraie joie, nous devons la trouver dans la venue du Messie, comme nous le demande l’auteur de la première lecture. Le Fils de Dieu, oui, le Fils de Dieu lui-même, vient nous délivrer de l’esclavage du péché et de la mort éternelle. Le Seigneur apporte le salut et établit sa demeure parmi nous ! « Le Seigneur ton Dieu est en toi : il t’apporte le salut. Tu n’as plus rien à craindre. Réjouis-toi, tressaille d’allégresse ». Vivre avec le Fils de Dieu, dans son amour et dans l’amour du père, ce doit être la joie du chrétien. La venue du Messie comble de joie. La joie dans le Seigneur, la vraie joie que rien, ni personne ne peut ravir, c’est d’abord la joie de la foi.

La source de la vraie joie et de la paix intérieure se trouve donc dans le chemin du ciel : Etre en marche vers le ciel, notre vraie patrie. Et c’est ce que voulaient les foules qui venaient trouver Jean-Baptiste et lui demander : « Que devons-nous faire » ? Jean donne à chacun les conseils appropriés à sa condition et à ses capacités. En résumé, il recommande la douceur, la justice et surtout la charité, le partage. Puis il demande de se préparer à recevoir le Messie qui vient purifier les hommes par le baptême dans l’Esprit-Saint et dans le feu :( Le feu divin qui brûle le mal et purifie. Alors ceux qui recevront le Messie seront sauvés : « Entrez dans le royaume des cieux » ! Ceux qui le refuseront seront perdus.

« Que devons-nous faire » ? Dieu veuille que tous les chrétiens se posent cette question et aient le désir de mettre la réponse en pratique ! La réponse, Jean-Baptiste nous en a donné une bonne partie aujourd’hui : Accueillir le Messie et son Evangile, partager avec ceux qui sont dans le besoin, être honnête dans son travail et dans ses affaires, lutter contre le mal. Préparons-nous donc, dans la joie, à accueillir le Messie, à recevoir son enseignement et ses exemples, et à en vivre. Alors « la paix de Dieu, qui dépasse tout ce que l’on peut imaginer, gardera notre cœur et nos pensées dans la paix et la joie du Seigneur Jésus. AMEN !

Abbé Anatole FADEYI

4ème Dim. ordinaire / Année C

Annoncer la parole du Seigneur sans peur dans la charité et en vérité. Chers frères et sœurs amis du Christ La liturgie de ce jour nous rappelle entre autre, l’urgence et l’importance de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Parole reçue de Dieu, à donner sans peur aux hommes dans toute sa vérité et avec charité. Cette mission est celle de l’Eglise, mission à lui confiée par le Seigneur lui-même quand il s’en allait rejoindre le Père : ‘’Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde." Mathieu 28, 19.20. L’ Eglise repond à cette mission par chaque fidèle qui doit être un annonciateur de la Bonne Nouvelle du Salut. Le monde de notre temps n’est pas meilleur à celui du Temps de Jésus ou avant lui. Les époques ne se valent pas mais les hommes quelque soient leurs époques ont les mêmes préoccupations et soucis : besoin de salut, de Dieu. Le chrétien a la mission de dire la parole qui sauve à tout homme. 1- Annoncer sans peur : annoncer la parole de Dieu n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais une sinécure. Car c’est une parole bouleversante, renversante, interpellatrice. Elle n’épargne personne. Elle n’est ni la propriété de celui qui l’annonce encore moins de celui qui la reçoit. Les deux doivent en être les fidèles messagers et serviteurs. Le Seigneur rappelle dans la première lecture à son prophète et par lui à chacun de nous qui sommes prophètes par notre baptême que nous devons annoncer la bonne nouvelle sans peur. Une parole annoncée avec force d’âme et conviction est plus vite accueillie qu’une parole hésitante et maladroite. Le Seigneur comme à Jérémie nous dit à chacun de nous : ‘’Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu ; avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré ; comme prophète des nations, je t’ai établi. Ne dis pas : "Je suis un enfant !" car vers tous ceux à qui je t’enverrai, tu iras, et tout ce que je t’ordonnerai, tu le diras. N’aie aucune crainte en leur présence car je suis avec toi pour te délivrer, oracle de Yahve. Ne tremble point devant eux, sinon je te ferai trembler devant eux.’’ Il me semble que nous touchons ici à l’un des problèmes de notre temps et de notre Eglise : la tendance de plus en plus prononcée à éviter les sujets qui fâchent ou à les aborder en diagonale. Ce n’est pas les prédicateurs qui manquent à l’Eglise mais il nous faut du courage pour mettre le doigt là où ça ne va pas et porter la guérison néccéssaire. Le message ne sera que plus véridique. Mais il arrive aussi que ce qui fait peur et cause probleme, c’est la vie de témoignage de l’annonciateur de la Bonne Nouvelle lui-même : Seigneur si nos fautes parlent plus forts que nous, agis pour la gloire de ton nom. 2- Annoncer dans la charité : la parole de Dieu est une parole d’amour vécu et à transmettre. Cette parole pour etre facilement vécue doit se faire action et vie à transmettre. La parole de Dieu doit s’incarner, devenir la parole de celui qui l’annonce pour être bien transmise. Ainsi, celui qui annonce la bonne nouvelle doit être plein d’amour. Il doit rayonner l’amour dans son annonce de la Bonne nouvelle. Ce message est très important à tel point point que celui qui n’annonce pas la bonne nouvelle ou ne la connait pas mais qui donne un authentique témoignage d’amour a déjà rempli son devoir d’annonce de la bonne nouvelle. Saint Paul nous dit que l’amour est la plus grande des trois vertus théologales. Je voudrais oser dire aussi qu’il n’y a pas d’espérance sans amour et qu’il n’y a pas de foi sans amour. L’amour porte en lui la foi et l’espérance. La parole de Dieu n’est donc pas une parole pour blesser uniquement mais pour porter le baume rafraichissant de l’amour, après avoir ‘’ blessé ’’, touché et réveillé les consciences de leur torpeur. Aucune annonce de la Bonne Nouvelle ne sera crédible et porteuse de fruits qui demeurent si elle n’est pas faite dans l’amour. 3- Annoncer en vérité : la Bonne Nouvelle est une parole libre qui est donnée et doit être transmise dans sa vérité et comme le dirais le Pape Jean Paul II dans la splendeur de sa vérité. Et c’est aussi là, l’un des probleme de notre temps : la question de la vérité. Question profonde et difficile en notre monde qui relativise toutes les valeurs sans se trouver une qui réponde à ses multiples aspirations. La parole de Dieu dans ce cadre court le risque de n’être que la parole de l’homme. Or l’homme de notre temps après avoir désavoué Dieu et tenté de mettre l’homme à sa place n’a toujours pas une parole qui donne le bonheur. Il appartient à l’annonciateur de la Bonne Nouvelle, d’abord de bien connaitre la parole qu’il doit annoncer et de l’annoncer dans toute sa vérité. Pourquoi ? parce le monde de notre temps vit dans l’illusion de la globalisation du savoir qui fait par exemple que beaucoup connaisent le maniement de l’outil informatique mais sont incapables de faire une bonne phrase. Il y une ambiance générale qui laisse croire que tous les hommes de notre temps ont le savoir infus ou inné mais la réalité est que beaucoup ne connaissent rien de la bible et du message de Dieu. Il faut expliquer, ré-expliquer, annoncer à temps et à contre temps, monnayer la parole de Dieu dans le langage des hommes de notre temps pour la rendre , bien sûr sans l’édulcorer. Chers freres et sœurs, Dieu nous appelle, sa parole nous interpelle. Sans peur, annonçons avec amour la parole de Dieu.

Annoncer la parole du Seigneur sans peur dans la charité et en vérité.

1ère Lecture : Jérémie 1, 4-5.17-19

2ème Lecture : 1 Corinthiens 12, 31 - 13,13

Evangile : Luc 4, 21 - 30

Chers frères et sœurs amis du Christ,

La liturgie de ce jour nous rappelle entre autre, l’urgence et l’importance de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Parole reçue de Dieu, à donner sans peur aux hommes dans toute sa vérité et avec charité. Cette mission est celle de l’Eglise, mission à lui confiée par le Seigneur lui-même quand il s’en allait rejoindre le Père : ‘’Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde." Mathieu 28, 19.20. L’ Eglise repond à cette mission par chaque fidèle qui doit être un annonciateur de la Bonne Nouvelle du Salut. Le monde de notre temps n’est pas meilleur à celui du Temps de Jésus ou avant lui. Les époques ne se valent pas mais les hommes quelque soient leurs époques ont les mêmes préoccupations et soucis : besoin de salut, de Dieu. Le chrétien a la mission de dire la parole qui sauve à tout homme.

1- Annoncer sans peur :

annoncer la parole de Dieu n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais une sinécure. Car c’est une parole bouleversante, renversante, interpellatrice. Elle n’épargne personne. Elle n’est ni la propriété de celui qui l’annonce encore moins de celui qui la reçoit. Les deux doivent en être les fidèles messagers et serviteurs. Le Seigneur rappelle dans la première lecture à son prophète et par lui à chacun de nous qui sommes prophètes par notre baptême que nous devons annoncer la bonne nouvelle sans peur. Une parole annoncée avec force d’âme et conviction est plus vite accueillie qu’une parole hésitante et maladroite. Le Seigneur comme à Jérémie nous dit à chacun de nous : ‘’Avant même de te former au ventre maternel, je t’ai connu ; avant même que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré ; comme prophète des nations, je t’ai établi. Ne dis pas : "Je suis un enfant !" car vers tous ceux à qui je t’enverrai, tu iras, et tout ce que je t’ordonnerai, tu le diras. N’aie aucune crainte en leur présence car je suis avec toi pour te délivrer, oracle de Yahve. Ne tremble point devant eux, sinon je te ferai trembler devant eux.’’ Il me semble que nous touchons ici à l’un des problèmes de notre temps et de notre Eglise : la tendance de plus en plus prononcée à éviter les sujets qui fâchent ou à les aborder en diagonale. Ce n’est pas les prédicateurs qui manquent à l’Eglise mais il nous faut du courage pour mettre le doigt là où ça ne va pas et porter la guérison nécéssaire. Le message ne sera que plus véridique. Mais il arrive aussi que ce qui fait peur et cause problème, c’est la vie de témoignage de l’annonciateur de la Bonne Nouvelle lui-même : Seigneur si nos fautes parlent plus forts que nous, agis pour la gloire de ton nom.

2- Annoncer dans la charité :

la parole de Dieu est une parole d’amour vécu et à transmettre. Cette parole pour etre facilement vécue doit se faire action et vie à transmettre. La parole de Dieu doit s’incarner, devenir la parole de celui qui l’annonce pour être bien transmise. Ainsi, celui qui annonce la bonne nouvelle doit être plein d’amour. Il doit rayonner l’amour dans son annonce de la Bonne nouvelle. Ce message est très important à tel point point que celui qui n’annonce pas la bonne nouvelle ou ne la connait pas mais qui donne un authentique témoignage d’amour a déjà rempli son devoir d’annonce de la bonne nouvelle. Saint Paul nous dit que l’amour est la plus grande des trois vertus théologales. Je voudrais oser dire aussi qu’il n’y a pas d’espérance sans amour et qu’il n’y a pas de foi sans amour. L’amour porte en lui la foi et l’espérance. La parole de Dieu n’est donc pas une parole pour blesser uniquement mais pour porter le baume rafraichissant de l’amour, après avoir ‘’ blessé ’’, touché et réveillé les consciences de leur torpeur. Aucune annonce de la Bonne Nouvelle ne sera crédible et porteuse de fruits qui demeurent si elle n’est pas faite dans l’amour.

3- Annoncer en vérité :

la Bonne Nouvelle est une parole libre qui est donnée et doit être transmise dans sa vérité et comme le dirais le Pape Jean Paul II dans la splendeur de sa vérité. Et c’est aussi là, l’un des problèmes de notre temps : la question de la vérité. Question profonde et difficile en notre monde qui relativise toutes les valeurs sans se trouver une qui réponde à ses multiples aspirations. La parole de Dieu dans ce cadre court le risque de n’être que la parole de l’homme. Or l’homme de notre temps après avoir désavoué Dieu et tenté de mettre l’homme à sa place n’a toujours pas une parole qui donne le bonheur. Il appartient à l’annonciateur de la Bonne Nouvelle, d’abord de bien connaitre la parole qu’il doit annoncer et de l’annoncer dans toute sa vérité. Pourquoi ? parce le monde de notre temps vit dans l’illusion de la globalisation du savoir qui fait par exemple que beaucoup connaissent le maniement de l’outil informatique mais sont incapables de faire une bonne phrase. Il y une ambiance générale qui laisse croire que tous les hommes de notre temps ont le savoir infus ou inné mais la réalité est que beaucoup ne connaissent rien de la bible et du message de Dieu. Il faut expliquer, ré-expliquer, annoncer à temps et à contre temps, monnayer la parole de Dieu dans le langage des hommes de notre temps pour la rendre , bien sûr sans l’édulcorer.

Chers frères et sœurs, Dieu nous appelle, sa parole nous interpelle. Sans peur, annonçons avec amour la parole de Dieu.

Père Elzéar ADOUNKPE,

Paroisse Saint Esprit d’Affamè

12/05/2013 : 7ème Dim. de Pâques/C

- Première Lecture : Ac 7, 55-60Psaume : 96

- Deuxième Lecture : Ap 22,12-14.16-20

- Evangile : Jn 17, 20-26

Thème : L’Espérance chrétienne

1- La vertu de l’Espérance chrétienne

« Père, ceux que tu m’as donné, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi et qu’ils contemplent ma gloire » Chers frères et sœurs en Christ, le Mystère Pascal qui célèbre la Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ et son Ascension vers Dieu son Père, est le fondement même de l’Espérance chrétienne. Cette dernière est une vertu théologale qui justifie l’agir chrétien dans son option fondamentale pour le Bien. L’espérance chrétienne est fondée sur la promesse du Christ à ses Apôtres et à tous ceux qui croiront en la Bonne Nouvelle du Salut. Tous ceux-là seront avec le Christ dans sa gloire, lorsque le monde tel que nous le connaissons sera passé. La Foi et la Charité seraient lettre morte sans cette flamme de l’Espérance qui dynamise toute la vie chrétienne.

Dans la prière eucharistique III, le prête demande au Seigneur d’affermir « la Foi et la Charité de son Eglise au long de son chemin sur la terre. » Oui, l’Eglise est en marche vers la cité céleste où elle pourra célébrer avec le Christ la Pâques Eternelle. Cette cité sera l’apanage de ceux qui, dans l’unique Foi au Christ, auront consenti aux épreuves liées au témoignage de la Foi. De ceux-là, Saint Jean dira dans la deuxième lecture : « Heureux ceux qui lavent leurs vêtements pour avoir droit aux fruits de l’arbre de vie, et pouvoir franchir les portes de la cité » Cette cité divine nous est tous promise en espérance. Seulement pour y entrer, il faut le courage de la foi afin de résister dans la nuit de ce monde à tous les vents contraires qui tentent d’éteindre dans le cœur des croyants la flamme de l’Espérance chrétienne.

2- Le courage de la Foi

Le courage de la Foi en Jésus Christ n’est rien d’autre que le témoignage qui doit accompagner l’adhésion à la Foi en Christ. Il n’y a pas meilleurs exemple pour mettre en exergue ce témoignage de la Foi que la confession de Foi de Etienne considéré comme le tout premier martyr de l’Eglise. Aux lendemains de la Résurrection du Christ, les chrétiens qui professaient son nom et proclamaient la BonneNouvelle du Salut avaient subi une vive persécution. Les juifs non convertis ainsi que les païens s’en sont vraiment pris à eux afin d’éteindre la flamme de la Foi qui déjà se propageait. Au nom même de cette Foi en Jésus et for de l’Espérance en la vie éternelle, Etienne n’a pas craint d’accepter le martyre. Avant de fermer les yeux à ce monde, il a reçu la grâce de voir par anticipation la gloire qui sera la sienne après sa mort : « Voici que je contemple les cieux ouverts : le Fils de l’homme est debout à la droite de Dieu ».

Oui, Saint Paul a raison quand il affirme que notre Foi serait vaine sans l’événement de la Résurrection du Christ. Car, c’est là le gage même de notre Espérance. Rien qu’en pensant à cette gloire future qui sera nôtre au terme de notre pèlerinage terrestre, nous devons tenir bon dans le témoignage de la Foi au Christ qui nous veut ses disciples dans un monde qui veut vivre sans Dieu en optant pour une culture de mort. Dans un tel contexte, il est plus que jamais urgent pour le chrétien d’affirmer sa foi en rendant compte de son Espérance.

3- Comment rendre compte de notre espérance chrétienne dans le monde de ce temps ?

Il faut bien avoir le courage de la Foi pour vivre et prêcher l’Amour et l’unité dans un monde où toutes les philosophies sont orientées vers l’individualisme et l’indifférence. Quelle attitude avoir devant les puissants systèmes étatiques qui sapent à dessein les bases de la Famille pour contredire l’idée d’Eglise domestique basée sur l’unité de la famille. La déchristianisation progressive de l’Europe doit nous donner à réfléchir à ce niveau. Tout ceci nous fait comprendre que le Prince de ce monde est aussi à l’œuvre pour brandir le contre témoignage et tourner en dérision l’effort que font les chrétiens pour qu’advienne partout le règne de Dieu. Mais, gardons confiance, car seul le Christ guide son Eglise au long de son chemin sur la terre. Pour ce qui nous concerne, prenons à cœur notre part de responsabilité dans l’Annonce de la Bonne-Nouvelle et travaillons par notre témoignage constant de vie à gagner le Royaume des cieux qui nous est destiné. Dieu nous en donne la grâce, Amen.

Père Bienvenue AHOUANDJINOU

05 Mai 2013 : 6ème Dim de Pâques / Année C

Sixième Dimanche du Temps de Pâques/C : Dimanche 05 Mai 2013 Première Lecture : Ac 15, 1…29Psaume : 66 Deuxième Lecture : Jn 21,10…3 Evangile : Jn 14, 23-29

Thème : L’Eglise, la Nouvelle Jérusalem et ses membres.

1- La réalité de l’Eglise

L’Eglise en tant que rassemblement des peuples convoqués par le Seigneur pour se nourrir de sa vie, est le sacrement originel du Christ. Elle est donc née de la volonté du Christ qui par cette entremise veut rassembler en un seul Corps tous ceux que le père lui a confiés. L’Eglise a commencé historiquement par prendre vie au lendemain de la Résurrection du Christ qui a confié le dépôt de la Foi à ses fidèles Apôtres. Ceux-ci, par fidélité à leur mission, vont commencer par proclamer la Bonne Nouvelle du Salut. Ceux qui se convertissaient en se détournant de leur paganisme pour embrasser la FOI Catholique deviennent de fait des chrétiens qui se constituèrent en des communautés dont celle d’Antioche. Si toutes les communautés dans leur ensemble forment l’Eglise du Christ, les communautés dans leur diversité constituent pour leur part des églises particulières. Le contexte de crise que nous présente la première lecture nous plonge dans les débuts de l’Eglise, en bute aux assauts du judaïsme. La décision prise par les apôtres après concertation et sous la mouvance de l’Esprit Saint, en appelle historiquement au Concile de Jérusalem tenu en l’an 49 ; Ce Concile dans ses actes, prononce la rupture définitive du Catholicisme naissant avec le Judaïsme. Les pratiques juives ne sont plus de mise pour être membre de l’Eglise. Bien d’autres critères ont été définis, dans lesquels tout le monde peut se retrouver aisément.

2- Condition pour être membre de L’Eglise

Il n’est aucun doute que le sacrement de baptême est le seul et unique moyen pour tout païen de devenir chrétien. Mais suffit-il d’être baptisé pour se frotter les mains et se dire bénéficiaire du Royaume des cieux. Bien sûr que non. L’observance des préceptes du Christ compte beaucoup dans la réponse à notre vocation commune à la sainteté. Car, sauvé en espérance par la passion rédemptrice du Christ, nous avons encore à travailler cependant à notre salut par une vie conforme à l’Evangile du Christ. C’est bien ce que les Apôtres essayaient de faire comprendre aux frères de l’Eglise d’Antioche que certains juifs convertis voulaient endoctriner. Là-dessus, la décision des Apôtres, sous la mouvance du Saint-Esprit est très évocatrice : s’abstenir des aliments offerts aux idoles, du sang ou de la viande non saignée, et s’abstenir des unions illégitimes. Ces recommandations clés, touchent aux deux grands axes de la Nouvelle Loi (Lex Nova) d’amour prêchée par le Christ lui –même : l’Amour de Dieu et celui du prochain. Cette loi divine, relayée par les Apôtres dans leur mission évangélisatrice, est le socle de l’Eglise qui en tant que Corps mystique du Christ, se présente dans la seconde lecture comme la cité sainte, la Jérusalem Nouvelle fondée sur les douze colonnes que sont les Apôtres.

3- L’Eglise, la Cité sainte, la Jérusalem Nouvelle

L’Eglise est née de la volonté même du Christ de rassembler en un seul peuple racheté, tous les enfants de Dieu dispersés. Elle est un corps composé aussi bien du peuple de Dieu en marche vers la sainteté (Eglise militante), des âmes qui attendent d’être rachetées du feu du purgatoire par l’ardent amour de Dieu (Eglise souffrante), et de l’immense foule des saints qui déjà contemplent la face du Père Eternel (Eglise triomphante). Cité sainte parce que voulue par Dieu, et Jérusalem céleste parce que fruit de La Nouvelle Alliance scellée dans le sang du Christ, l’Eglise de par sa nature humano-divine est une société sainte qui est faite de pécheurs qui jour après jour s’efforcent de répondre à la vocation de sainteté qui est la leur. Guidée par l’Esprit du Seigneur qui l’éclairera jusqu’à la consommation des siècles, l’Eglise est une école de Foi où les chrétiens apprennent à répondre à la vocation de sainteté qui est la leur. Pour répondre à cette noble vocation, il n’y a qu’un seul effort à fournir : rester fidèle à la Parole du Christ. L’observance de la Parole de Dieu nous fait demeurer dans l’amitié du Christ ; par l’action du Saint-Esprit elle nous éclaire sur nos choix de vies et nous permet de conserver notre dignité baptismale de prêtre, de prophète et de roi. La fidélité à la Parole du Christ est la preuve de notre amour pour lui. C’est encore là l’effort qui nous est tous demandé en tant que chrétiens. C’est d’ailleurs à l’aune de cette Parole de Dieu que nous serons évalués au soir de notre existence. Par conséquent, C’est vivre une sorte d’hypocrisie religieuse que de se dire chrétien et de mener une existence qui soit en contradiction avec l’Evangile du Christ.

Pour mieux correspondre à cet Evangile, chacun sait les efforts qu’il doit accomplir. Que par la grâce du Christ Ressuscité, nous ayons tous le courage d’embellir davantage par notre témoignage de vie, cette belle Eglise du Christ dont nous faisons partie, Amen.

Père Bienvenue AHOUANDJINOU

24 Fév. 2013 : 2ème Dim de Carême / Année C

- 1ère lecture Gen 15,5-12.17-18

- Phil 3,17-4,1

- Lc 9,28b-36

Le respect de la loi de Dieu et l’écoute de sa Parole dans une vie de prière renouvelée nous transfigurent comme Jésus sur la montagne.

Chers frères et sœurs,

Dimanche dernier, nous avons été prévenus par la liturgie que nous serons tentés et ceci surtout en ce temps de carême. La liturgie de ce deuxième dimanche de carême nous montre Jésus en prière sur la montagne avec ses disciples. Elle nous montre Jésus transfiguré comme le fils bien aimé de Dieu celui que nous devons ’’ écouter’’. Quand nous disons notre foi, nous disons de Jésus qu’il est lumière née de la lumière. La transfiguration est une anticipation de la gloire de la Résurrection, un pan de la gloire de la résurrection, pan qui se déplie et se replie en un instant mais un instant assez suffisant pour qu’un message de salut soit donné aux disciples et par eux à nous tous : Jésus est le Fils de Dieu celui qu’il faut écouter et imiter. Dieu nous appelle encore une fois en ce temps de carême à faire comme Jésus fait, à le suivre pas à pas en tout points de vue et surtout en les points suivants que la liturgie souligne : la loi ; la parole de Dieu et la prière.

1- La loi : elle prend ici le visage de Moïse, grand législateur du peuple de Dieu. La loi est une chose importante pour toute société et pour tout chrétien. Dans la Bible, elle est souvent reçue dans le cadre d’une Alliance entre Dieu et les hommes et elle est l’ensemble des règles à observer d’un coté comme de l’autre afin que l’Alliance existe et porte du fruit pour l’homme. Ainsi le respect de la Loi de Dieu nous rapproche de lui et nous fait lui ressembler dans sa sainteté. Le respect de la loi de Dieu nous aide à rester dans son Alliance et bénéficier de sa grâce qui change notre vie et notre personne toute entière. Le respect de la Loi de Dieu nous change positivement, nous transfigure comme Jésus. Et cette Loi dit simplement ceci : Aime Dieu et Aime ton prochain.

2- les prophètes : ils sont ici représentés par le plus éminent d’entre eux, celui dont l’histoire des Juifs garde un souvenir fort : Élie. Serviteurs de la Parole de Dieu qu’ils sont chargés d’annoncer au peuple, les prophètes étaient très considérés dans le peuple juif à cause de cette même parole. Ils disent la Parole et le peuple se sait tenu d’écouter cette Parole et de croire car c’est la Parole de Dieu. Nous aussi, ne pouvons faire autrement. Un psaume dit d’ailleurs ceci : Déchiffrer ta parole illumine et les simples comprennent. Et un autre dit encore ceci : ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route. La lumière de la parole de Dieu éclaire et illumine ceux qui se laissent toucher par elle et les illumine de l’intérieur pour faire d’eux des hommes nouveaux, des hommes transfigurés.

3- La prière : On dit qu’elle est la respiration du chrétien. L’évangile du jour nous dit que Jésus était allé prier sur la montagne et que la transfiguration est arrivée ’’ pendant qu’il priait’’. Prier, c’est être connecté sur le divin pour recevoir de lui les grâces nécessaires pour répondre à notre vocation à la sainteté. La prière nous permet de rester avec Dieu en permanence, nous ouvrir à lui pour le laisser nous transformer en profondeur par sa grâce. On dit chez nous que le séjour d’un tronc d’arbre dans l’eau ne peut le changer en crocodile mais c’est le contraire pour la prière. Même un court séjour, un petit moment d’immersion en Dieu ébauche déjà en nous la vie de Dieu et nous fait lui ressembler un tout petit peu. Oui la prière nous transfigure.

Chers frères et sœurs, la transfiguration de notre Seigneur Jésus n’est pas un événement extérieur à Jésus. Je voudrais dire que c’est un événement intérieur. Ce qui est vu à l’extérieur n’est que la révélation d’une beauté et d’une lumière intérieure plus grande et vive. La transfiguration n’est donc pas une manifestation extérieure uniquement. C’est toute la personne de Jésus qui est transfigurée et nous aussi comme lui si nous en avions la grâce. Cette beauté est celle de l’innocence, de la pureté, de la douceur, du pardon, de la paix, de la tolérance, de la joie, de la réconciliation, de l’amour que Dieu est. Mes frères, mes sœurs, par le respect de la Loi de Dieu, l’écoute de sa parole, et dans la prière, laissons nous transfigurer par Jésus, le Fils de Dieu que nous devons écouter et suivre dans le désert spirituel de ce temps de carême. Amen.

Père Sèyèmè Elzéar Spire ADOUNKPE

5ème Dim. Ordinaire / Année C

Méditation du cinquième dimanche du temps ordinaire année C

- 1ère Lecture : Isaïe 6, 1-2a 3-8

- Ps 137

- 2ème Lecture 1 Corinthiens 15, 1-11

- Évangile : Luc 5, 1-11

Messager de Dieu, dispose ton cœur à annoncer la Bonne Nouvelle car le Seigneur t’y dispose déjà.

Un fait remarquable dans les prises de paroles en public est que presque souvent la réaction de l’auditoire n’est pas la même selon que le conférencier est femme ou homme. Il paraitrait que quand un homme prend la parole en public, on l’écoute et si ce qu’il dit plait, on le regarde alors. Mais quand une femme prend la parole en public, on la regarde et si elle est belle, on l’écoute. Je ne suis pas spécialiste du comportement humain, mais ceci juste pour dire que parmi les obstacles à la transmission de la parole de Dieu aux hommes, il y a un obstacle pernicieux et très dangereux : les erreurs, obstacles ou péchés de l’annonciateur de la Bonne Nouvelle. Le problème n’est pas de convaincre et de convertir. Comme une sainte l’aurait dit : ‘’ Je suis chargée de vous le dire non pas de vous en convaincre’’, le problème est juste de porter la parole et de l’annoncer. Rien que ça d’abord, l’annoncer, l’expliquer, la proposer et la ré-proposer dans sa lumière et sa clarté et celui qui guérit et convertit fera son œuvre.

Or, comment annoncer une parole qui nous blesse et nous accuse sans l’édulcorer, sans l’affaiblir, la réduire et l’annoncer autrement ? Une parole qui n’épargne ni celui qui l’annonce encore moins celui à qui elle est annoncée ? Comment annoncer aux fidèles que l’argent n’est que serviteur si l’on a besoin d’argent pour ses besoins élémentaires et qu’il n’y en a pas ? Comment leur dire de ne pas trop aimer l’argent quand on sait que bientôt à la quête, on va le leur demander ? Il y a des dimanches où l’annonciateur de Dieu, réfléchit par deux fois ou plusieurs avant de parler car il sait que son peuple connait ses erreurs, défauts, limites et péchés en tel ou tel point. L’histoire de Zachée, de la femme adultère, et d’autre partie de l’évangile sont très parlant et poussent plus d’un messager de Dieu à la réflexion et la remise en cause.

Le Seigneur nous parle aujourd’hui par le prophète Isaïe et nous dit à nous annonciateurs de la bonne Nouvelle : "Voici, ceci a touché tes lèvres, ta faute est effacée, ton péché est pardonné.« " » Il nous dispose, il dispose notre cœur perturbé par le péché, il le dispose à sa grâce qui refait et fait renaitre pour que nous allions annoncer sa parole. Il me semble que nous devrons insister sur ce point parmi les nombreux de la liturgie de ce cinquième dimanche du temps ordinaire. Mieux nous devons rappeler au monde de notre temps une grande erreur dans la pensée commune : une fausse conception de l’exemple à donner.

Le monde d’aujourd’hui efface les valeurs traditionnelles et ne trouvant pas d’autres valeurs pour les remplacer, refuse de revenir en arrière. Tout est remis en cause, la vie, le mariage, l’amour et autre. Et sur le plan moral, la perte de repères n’est en fait dû qu’au fait que l’on à refusé de voir ces repères dans leur réalité. L’homme d‘aujourd’hui semble vouloir des hommes parfaits en tout, ce qui est presque impossible. Il faut bien arriver à comprendre et accepter que les hommes qui ont le devoir d’incarner des valeurs pour nous ne sont pas plus forts ou mieux créés que nous et que plus haut et plus grand l’on est, plus fortes, plus grandes et nombreuses sont les tentations. Même une montre qui ne travaille pas indique deux fois l’heure dans une journée de 24heures. Notre conception de l’exemple doit donc murir et nous pousser à poser la question sur nous-mêmes puisque tout le monde est appelé à être exemple.

Mais seul le Seigneur qui sonde les reins et les cœurs dira vraiment qui est exemple. Il nous rappelle aujourd’hui que nous ne devons pas avoir peur ni ne devons hésiter une seule fois dans l’annonce de la Bonne Nouvelle. Sa grâce accompagne celui qui annonce sa parole. Mieux il ne dispose pas seulement le cœur de celui annonce, il dispose aussi le cœur de celui qui écoute afin de sauver celui qui annonce comme celui à qui on annonce sa parole. Il nous demande juste de nous laisser à sa grâce transformatrice et salvatrice. Dieu te dispose à sa grâce, toi aussi dispose toi à cette grâce, rends toi accessible à cette grâce pour un fécond et fructueux ministère. Comme les disciples qui ont écouté le Seigneur et jeté le filet en un lieu où ils étaient sûrs de ne pas trouver du poisson, écoutons la voix du Seigneur qui parle dans notre cœur et nous guide par le chemin que lui seul connait. Servir le Seigneur rend l’homme libre comme lui nous dit une hymne du bréviaire moi je dirais en accord avec l’évangile qu’écouter et obéir au Seigneur rend la pastorale féconde et fructueuse.

Annonciateur de la Bonne Nouvelle, le Seigneur est plus grand que notre cœur, nos erreurs, nos péchés. Il les dépasse et parfois même les utilise pour sauver les hommes mais de grâce, ce n’est parce que le Seigneur fait surabonder la grâce là ou le péché a abondé qui faut se vautrer dans le péché car il y aussi une chose très importance dans l’annonce de la Bonne nouvelle : le témoignage de vie du pasteur galvanise la brebis. Que le Seigneur nous aide tous à être de bons et fidèles serviteurs de sa parole au milieu de son peuple. Si nos fautes parlent contre nous, agis, Yahvé, pour l’honneur de ton Nom ! Jr 14,7a Amen

Père Sèyèmè Elzéar Spire ADOUNKPE.

17 Fév. 2013 : 1er Dim. de Carême / Année C

Méditation du premier dimanche de carême C

- 1ère Lecture : Dt 26, 4 10

- Ps 90

- 2ème Lecture : Rm 10,8-13

Evangile : Lc 4, 1-13

Garder la foi pour rester fort dans la tentation.

Un adage commun dit que la meilleure manière de vaincre une tentation est d’y succomber. Cette phrase contient en elle à mon avis une contradiction interne voulue. La tentation est une situation sensible dans laquelle l’on est poussé intérieurement par une force incontrôlable à poser un acte moralement condamnable. La tentation est donc une situation limite dans laquelle le sujet est appelé à faire un choix entre deux ou plusieurs choses, entre - disons le simplement - entre le bien et le mal. Donc, de soi, on ne peut dire avant toute réflexion que la tentation est une bonne ou une mauvaise chose. Mais, ce dont on est sur, c’est que c’est une mauvaise chose que de ne pas résister à cette forte motion intérieure qui nous pousse à commettre un ou des actes moralement répréhensibles. Autrement dit, céder à la tentation est une mauvaise chose. D’où vient t-il alors que la meilleure manière de vaincre la tentation, c’est d’y succomber ? le monde de notre temps fonctionne inconsciemment sur des raisonnements de ce genre en beaucoup de choses et de telle manière que petit à petit, la tentation devient une chose que l’on désire pour se donner des raisons de faire ce que l’on veut. Résister devient un mot un peu négatif quand tout le monde s’empresse de succomber à la tentation. Chers frères et sœurs, au début de notre temps de carême de cette année liturgique C, le Seigneur nous rappelle que nous serons tentés. Comme le Christ l’a été, nous le serons. La finale de l’évangile nous montre clairement que la tentation n’est pas une chose que l’on vainc une fois pour toutes mais elle est là permanente. Nous sommes donc appelés à être sobres et vigilants pour garder la foi, seul bouclier devant la tentation. Celle-ci a plusieurs visages qui changent selon le lieu et l’espace mais toutes les tentations ont un dénominateur commun : exalter et flatter l’orgueil humain et nous donner une fausse idée de notre grandeur en bref enlever Dieu de notre cœur et nous mettre à sa place. Le démon insiste sur la capacité et le pouvoir que Jésus a de faire ceci ou cela. Il a fait la même chose à Adam et Eve quand il leur a dit que la consommation du fruit défendu fera d’eux des égaux de Dieu. Le démon utilise tous les appâts à sa portée pour son œuvre. Tout ce qui flatte l’orgueil est mis à contribution : les biens de la terre, or, argent terre femme et autres, et le pouvoir… Le démon a bien préparé son œuvre. D’abord il touche à l’un des points sensibles de tout homme : la capacité à faire ceci ou cela. Personne, aucun homme ne supporte de n’être capable de faire ceci ou cela. Surtout dans la situation de manque dans laquelle Jésus était. Nous sommes tous portés à vouloir montrer aux gens que nous sommes capables et à exiger leur respect par cela. Et le diable ne vient souvent que dans les moments de manque, de vide et de faiblesse. Il dit à Jésus : si tu es le Fils de Dieu... il pousse Jésus à montrer qui il est, ce dont il est capable le poussant ainsi à commettre le péché de la vanité. Mais Jésus répond en restant sur le même registre que lui. Cette réponse et les autres montrent clairement qu’on n’a pas besoin de montrer qui on est sur coup de tête ou chaque fois que l’on est touché dans son orgueil. Ce n’est pas au diable de dire à Jésus de faire des miracles. Il est maitre souverain et décide librement du moment du lieu où il fera ses œuvres. Ceci est une bonne leçon de prudence, de modestie, de pondération et d’humilité dans la parole. Ces vertus sont forts pour parer à toutes les ruses de celui qu’on appelle le malin qui réserve toujours souvent le meilleur de ses pièges à la fin quand il a fini de fragiliser notre conscience. Dans le cas de Jésus, il porte la dernière estocade et la plus redoutable quand il utilise la parole de Dieu. Nous serons aussi tentés dans notre désir de faire le bien, dans notre bon désir d’obéir à Dieu. Mais Jésus résiste calmement à cette dernière tentation par une autre parole de Dieu. Ce qui est curieux, c’est que la suite de la partie que le diable cite le condamne avec force. Il ne prend en fait que la partie du psaume qui l’arrange. La chose se voit bien dans le psaume du jour qui est d’ailleurs celui que le diable cite. Il cite les versets 11 et 12 du psaume 90 [11] il a pour toi donné ordre à ses anges de te garder en toutes tes voies. [12] Sur leurs mains ils te porteront pour qu’à la pierre ton pied ne heurte ; Mais omet le verset suivant qui dit : [13] sur le fauve et la vipère tu marcheras, tu fouleras le lionceau et le dragon. Nous voyons donc que nous avons affaire à forte partie, car l’adversaire connait l’un de nos moyens les plus éfficaces : la parole de Dieu et il la manipule à sa guise. Chers freres et sœurs, nous pouvons retenir en ce premier dimanche de carème que la tentation est une chose permanente pour le chrétien et surtout pendant ces quarante jours de privations et de jeûne. Gardons donc la foi en Dieu et nous serons toujours vainqueurs du mal. Et pour garder la foi, gardons la parole de Dieu, connaissons-la comme Jésus, ou bien connaissons Jésus lui-même qui est la Parole de Dieu, restons fidèles et assidus à la prière… et comme saint Pierre l’a dit dans l’une de ses épitres soyons sobres et vigilants. ‘’ Sobrii estote vigilate quia adversarius vester diabolus tamquam leo rugiens circuit quaerens quem devoret[9] cui resistite fortes fide… 1P 5,8-9a Soyez sobres, veillez. Votre partie adverse, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer.[9] Résistez-lui, fermes dans la foi, 1P 5,8-9a Seigneur ne nous soumets pas à la tentation mais elle arrive délivre nous du mal Amen.

Père S. Elzéar Spire ADOUNKPE

17 Mars 2013 : 5ème Dim. de Carême / Année C

- Is : 43, 16-31

- Ps 126 (127)

- Phi : 3, 8-14

- Jn. : 8, 1-11

Chers amis, Les textes liturgiques de ce jour s’accordent pour nous faire entrer dans l’intelligence du geste que le Christ fera dans quelques jours. Comme pour nous donner un avant gout du sens de la mort et de la résurrection du Christ qui se résume par la renaissance de notre vie à la suite du Christ, les textes témoignent du caractère renouvelé de notre existence depuis la première lecture jusqu’à l’évangile ; un renouvellement qui est le don de l’amour du coeur de Dieu : le pardon.

En effet, le prophète Isaïe dans une prophétie d’espoir annonce au peuple sa restauration : « ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà… ». Ce cri du prophète donne au peuple d’Israël l’espoir que le Seigneur ne l’abandonne pas dans son passé combien obscur, un passé qui fait rappeler la désobéissance et le péché. Le peuple d’Israël peut désormais espérer le pardon de ses péchés que Yahvé lui accorde par pur amour et non par mérite. C’est par cet amour qu’il va abreuver son peuple et le combler à la mesure sans mesure de sa grandeur. Ce peuple mort par le péché et que Dieu lui-même fait vivre pour lui, redira sa louange et désormais il sera un peuple nouveau pour un Dieu qui ne change jamais. C’est cette gratuité de l’amour de Dieu que Saint Paul exalte dans sa lettre aux Philippiens que nous lisons en deuxième lecture ce jour. Paul dans sa lettre affirme que tout ce qu’il avait dans le passé est désormais considéré comme perte à cause du grand bien qu’il a désormais. Ce grand bien c’est l’amour du Christ qui a pardonné les multiples péchés de Paul pour faire de lui l’apôtre le plus cher pour les païens. Quand nous changeons de vie, il ne reste plus rien à faire, Paul nous propose comme à ses fidèles de Philippie, ce qu’il faut faire : « il s’agit de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion en reproduisant en moi sa mort, dans l’espoir de parvenir, moi aussi, à ressusciter d’entre les morts ». C’est une expérience personnelle que chacun doit faire avec le Christ.

Cette expérience, la femme adultère l’a faite avec le Christ qui, dans un procès scandaleux, balaie d’un coup de main une loi caduque du passé qu’il remplace par la nouvelle loi de l’amour pour changer un passé sale en un présent radieux et plein d’avenir. « cette femme, nous l’avons prise en fragrant délit d’adultère » et pour ces genres de femmes c’est la lapidation. Le peuple juif était prêt à rendre cette justice sans miséricorde infligée à une femme adultère, mais qui laisse l’homme vieillir dans ses péchés. Jésus comme un grand pédagogue fait semblant d’ignorer la gravité de la situation et ce n’est qu’après insistance qu’il déclare la guerre de conscience auprès de ce peuple qui s’est prostitué avec d’autres dieux et qui est représenté dans une situation de misère par cette femme sans voix ni espoir.

Cette guerre de conscience interpelle chacun de nous, juifs ou païens ; esclaves ou hommes libres, jeunes ou vieux. Tous, nous avons été, chacun à son niveau, interpelés par la déclaration de Jésus : « Que celui d’entre vous, qui n’a pas péché, soit le premier à lui jeter la pierre ». Et l’évangéliste d’ajouter : " ils s’en allaient les uns après les autre en commençant par les plus âgés". Le jugement de Jésus est un jugement qui met chaque homme à nue devant Dieu. C’est dans ce dénuement que le Seigneur touche le cœur de ses enfants : « femme, où sont-ils ? Alors personnes ne t’a condamnée… va, et désormais ne pèche plus ?

Chers frères et cœur, Le jugement de Dieu est un jugement plein d’amour et de tendresse. Cela n’a rien à avoir avec le jugement des hommes qui reste encore comprimé sous le poids de la loi juive que nous utilisons souvent pour les autre, mais jamais pour nous-mêmes. En donnant une nouvelle chance à la femme, Jésus change sûrement la vie de cette femme adultère pour qui, la vie ne se tenait qu’à un seul fil. Le temps de carême est pour nous le temps où par pur amour, Dieu nous accorde le pardon pour nous faire entrer dans une nouvelle vie. Chacun de nous fait une expérience personnelle du pardon avec le Christ et comme la femme adultère il nous dit : « va et désormais ne pèche plus ». Cette main que le Christ nous tend nous fait voir notre passé comme des balayures et nous devons à la suite de Saint Paul crier : « saisi par le Christ, je cours droit vers le but. Pour lui, j’ai tout sacrifié, car pour moi, il s’est livré ». Nous devons donc sacrifier notre vie pour celui qui a pris le risque de se sacrifier pour nous.

Que ce temps de carême nous permettre de goûter au pardon de Dieu dans l’amour insondable de son cœur. Et que une fois pardonnés, nous prenions la résolution de suivre le Christ durant son chemin vers la Pâque.

Père Olatoundji-Benoît ODOUNSI

Pobè

03 Mars 2013 : 3ème Dim. de Carême / Année C

- Ex 3, 1-8a. 10. 13-15

- Psaume : 102

- 1Co 10, 1-6. 10-12

- Lc 13, 1-9

Frères et sœurs en Christ, Biens aimés de Dieu.

Il y a quelques semaines, nous avons commencé notre marche pénitentielle vers Pâque, où la Christ ressuscité rendra nos corps semblables aux siens. Aujourd’hui troisième Dimanche de ce temps de réconciliation avec Dieu et les autres, d’espérance et de renouvellement de notre vie de foi, la liturgie voudrait bien mettre une fois encore un accent particulier sur cet aspect d’espérance soutenue par le pardon et la miséricorde de Dieu. C’est trois éléments sont retracés à travers les trois textes de ce jour même si cela n’apparaît pas visible dans la première lecture tirée du livre de l’exode.

En effet l’épisode de la vision de Moïse à l’Horeb présente plus Yahvé comme le vivant qui est et qui vit éternellement. Le « je suis » du livre de l’Exode voudrait bien confirmer cette vie infinie d’un Dieu qui traverse le temps et donc nos souffrances humaines. Yahvé dira lui-même qu’il est le Dieu des vivants et non celui des morts. les noms cités : Abraham, Isaac et Jacob justifient bien que le Dieu qui se propose de sauver le peuple de la servitude égyptienne est vraiment vivant puisque pour le peuple juif, ces ancêtres Abraham, Isaac et Jacob vivent éternellement même s’ils sont physiquement morts. C’est ce qui justifiera plus tard la rage des juifs contre Jésus quand il aura dit : « avant que Abraham ne soit, je suis ». la mission que Moïse reçoit à l’Horeb n’est qu’une mission d’espérance. Le peuple de Dieu peut donc désormais porter la pleine espérance d’une vie meilleure que celle qu’il vit actuellement en Egypte. Par le simple geste de miséricorde de la part de celui qui est le Dieu de leurs Pères, les fils d’Israël pourraient espérer retrouver leur terre où coulent le lait et le miel. C’est cette espérance portée durant les âges qui fait crier le psalmiste qui s’éclate dans le psaume 102 de ce jour en ces termes : « le Seigneur est tendresse et pitié, … il révèle ses desseins à Moïse, aux fils d’Israël, ses hauts faits… il est lent à la colère et plein d’amour ». Mais cet amour que le Seigneur a pour son peuple, souffrira bien d’infidélité de la part des fils d’Israël.

Saint Paul peint dans un tableau peu élogieux le comportement désobligeant d’un peuple à la nuque raide. Et comme pour dire aux descendants d’Abraham « qu’au cœur sans mémoire qu’un temps soit accordé pour qu’il se souvienne », Paul rappelle à ses fidèles que malgré la tendresse que Yahvé a manifesté à leurs ancêtres, en pardonnant leur péchés en leur faisant marcher sur ses voies, en leur donnant un repas venu du ciel, la plupart n’ont fait « que déplaire à Dieu, et ils sont tombés au désert ». Pour l’apôtre des gentils, ces morts massifs des fils d’Israël ne sont que des exemples pour attirer notre attention sur notre manière de vivre notre attachement avec Dieu. C’est pourquoi Jésus lui-même dans la belle page de l’évangile selon saint Luc que la liturgie nous propose, considère l’épisode des Galiléens exterminés par Pilate ou des dix-huit personnes tuées par la tour de Siloé comme un exemple qui interpelle chaque chrétien et nous invite à une réelle conversion, réponse à la miséricorde de Dieu envers nous. La parabole du figuier stérile met bien en évidence cette « miséricorde patiente » de Dieu qui appelle à coup sûr la conversion de l’homme.

Chers amis en Christ, Qu’il est merveilleux de voir l’espérance qui vient de Dieu ; qu’il est réjouissant de contempler la miséricorde que Dieu dans sa pédagogie de la deuxième chance offerte à chacun de nous pour que nous remodelions notre vie de foi selon le cœur de Dieu. En disant du figuier : « peut-être qu’il donnera du fruit à l’avenir », Jésus nous donne une nouvelle chance de conversion. Il urge donc que chacun de nous en ce temps de carême, repense sa manière de vivre sa foi dans ce monde en perte de repères afin d’éviter le coup de hache du vigneron. Un travail personnel est à faire pour que les courants idéologiques et spirituels de l’heure ne tuent en nous les bourgeons de fruits de foi que nous portons en réponse à la miséricorde divine. Une lutte est à mener dans vie pour recentrer notre cœur détourné par les sollicitations de ce monde sur le Christ afin de voir les signes de la miséricorde qu’il nous fait à chaque instant de notre existence. Notre Dieu n’est pas un bourreau qui écrase celui qui l’offense, mais un père qui tend la perche de la miséricorde et de pardon à tous et chacun.

Prions pour que tous et chacun puisse bénéficier de cette miséricorde en ce temps de carême.

Père Olatoundji-Benoît ODOUNSI, POBE

24 Mars 2013 : Dim. des Rameaux / Année C

La double célébration de ce dimanche appelé souvent « dimanche des rameaux » nous introduit dans la semaine sainte où nous serons appelés à vivre intensément le mystère le la passion-mort du Christ. Nous occultons souvent un aspect de cette double célébration et nous mettons plus l’accent sur les rameaux que sur la passion du Christ, sommet de cette célébration

Textes : Lc., 19, 28-40 ;

- Is, 50, 4-7

- Ps 21

- Ph, 2, 6-11

- Lc., 22, 14 – 23, 56 (Passion)

Frères et sœurs,

La double célébration de ce dimanche appelé souvent « dimanche des rameaux » nous introduit dans la semaine sainte où nous serons appelés à vivre intensément le mystère le la passion-mort du Christ. Nous occultons souvent un aspect de cette double célébration et nous mettons plus l’accent sur les rameaux que sur la passion du Christ, sommet de cette célébration.

La liturgie de ce jour est l’une des rares liturgies au cœur desquelles on célèbre deux événements liés à la vie du Christ. Son aspect physique le montre d’ailleurs. Un premier évangile à la bénédiction des rameaux qui souligne l’entrée triomphale et messianique de Jésus dans cette ville de Jérusalem et trois autres textes dans l’Eglise qui signale l’abaissement et la passion du Christ au cœur de cette ville de Jérusalem. Aujourd’hui, nous voulons, de l’ensemble de tous les textes entendus ce jour, ressortir comment l’abaissement du Christ-roi de l’univers nous a apporté l’élévation à la dignité de fils de Dieu.

Jésus est incontestablement roi et c’est cette royauté qui s’est manifestée à travers le premier évangile de Lc. (Lc. 19, 38-40) que nous avons pris à la bénédiction des rameaux. Les images comme « monter sur l’âne, les vêtements étendus sur le chemin, les cris de joie » et surtout la louange : béni soit celui qui vient, lui notre Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus des cieux » sont des expressions qui ne peuvent être utilisées que pour qualifier et louer un être important, un grand roi ou un Messie. L’attitude du Christ aussi démontre qu’il est roi et sa royauté dépasse toute autre royauté. Jésus est conscient de son titre de roi et c’est pourquoi il a envoyé des disciples chercher l’âne d’une autre personne « parce qu’il en a besoin ». Cette volonté du roi à utiliser la chose d’autrui est très fréquente en Israël et c’est la réquisition. Ayant senti le besoin de monter à Jérusalem dans un dernier et ultime voyage, Jésus utilise cette prérogative du roi qu’il est pour réquisitionner le petit âne d’un homme lambda puisque l’écrivain sacré ne nous donne pas de précision sur le propriétaire de l’âne qui n’a d’ailleurs opposé aucune résistance à la demande du Seigneur. Dans sa montée, plusieurs mettent leur vêtements sur le passage de Jésus, Luc ne fait pas allusion aux rameaux mais les autres évangiles le soulignent un peu. La clameur du peuple, un peuple anonyme, accueille le Christ à la descente du mont des oliviers. Le Christ est donc roi au milieu d’un peuple qui peut se composer de chacun de nous. La royauté du Christ ne fait pas appelle à chacun de nous quelque soit notre condition et notre rang sociale, l’écrivain sacré aurait précisé que l’âne était pour un israélite, que c’est les israélite qui acclamaient le Roi, « celui qui vient au nom du Seigneur ». Car Luc a eu le temps de nous dire que les pharisiens ont voulu faire taire la foule mais la réponse de Jésus est sans équivoque : « s’ils se taisent, les pierres crieront ». Cette déclaration montre bien sûr que tous nous sommes appelés à louer le Seigneur qui accepte l’abaissement pour nous.

En effet, et c’est là la quintessence même de la royauté d’un Jésus qui mourra bientôt, « le Christ, lui qui était dans la condition de Dieu, n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu, mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur », c’est cet abaissement du Christ qui a fait que les pharisiens n’ont rien compris de la réaction du peuple. C’est à Dieu que la gloire doit être rendue et le peuple rend à Jésus ce qui lui revient. Mais au même moment l’entrée de Jésus dans la ville sainte scelle le pacte d’obéissance qu’il a fait avec le Père. Et cette obéissance le conduira à la mort. Dans l’évangile de la passion d’aujourd’hui, toujours de la plume de Luc, Jésus, après avoir mis ses disciples en garde contre la manière dont les rois des nations commandent, a pris le risque de montrer par l’exemple de la mort comment nous devons commander ou diriger. Dans un procès perdu à l’avance pour Jésus devant une foule qui, après avoir béni il y a quelques heures est déterminé à réclamer la mort d’un innocent comme chacun de nous le fait d’ailleurs, le Fils de Dieu ne dit rien qui puisse montrer son vrai rang. Au contraire, comme dans la première lecture, il a présenté son dos à ceux qui le frappaient et sa joue à ceux qui lui arrachaient la barbe ». C’est un véritable signe d’abaissement. Il portera sa croix sans riposter et subira la mort sans de révolter ni se dérober. Quel roi faible, sans puissance diraient les grecs. Mais c’est dans sa faiblesse volontaire qui n’est pas suicide que la christ nous élève et nous fait nous aussi participant à la gloire qui viendra bientôt.

Alors chers amis, l’acte que pose le Christ est une interpellation. Une interpellation pour chacun de nous afin que nous revoyions notre manière de suivre le Messie.
- Sommes-nous de ceux qui chantent Hosanna au Fils de David et juste après réclame sa mort ?
- Sommes-nous de ceux qui étouffent la voix des autres mais prêts à crier pour réclamer la mort de l’innocent ?
- Sommes-nous de ceux qui jugent sans justice afin d’avoir satisfaction de la mort de l’innocent ? Sommes-nous de ceux qui commencent avec le Christ et l’abandonnent au moment où l’épreuve commence ?
- Ne sommes-nous pas de cette catégorie d’hommes qui accuse inutilement et injustement l’innocent

Le Christ a accepté tout cela de nous et pour nous afin de nous indiquer le chemin à suivre pour notre propre gloire ; chemin qui passe par l’abaissement et l’obéissance.

Que cette semaine sainte soit pour nous un temps de voyage intérieur au cours duquel nous nous purifierons pour entrer dans la pâque du Christ

Bonne Semaine Sainte.

Père Olatoundji-Benoît ODOUNSI

JEUDI SAINT

- Ex : 12, 1-14

- Ps : 115

- 1Co 11, 23-26

- Jn. 13, 1-15

chers amis, Fils et filles de Dieu

la célébration de ce soir marque de façon officielle le début des célébrations préparant à la Résurection du Seigneur. la Messe du Jeudi Saint communément appelés la Sainte Cène est très nécessaire dans la compréhension du mystère de la mort et la résurrection du Christ. c’est par amour que le Christ a pris l’irremplaçable risque de prendre la voie de la croix pour nous ouvrir la porte de la résurrection. Cet amour se manifeste déjà dans l’acte du dernier repas partagé avec les disciples.

L’évangile de ce jour nous montre cet esprit d’amour dans le simple mais combien grand geste du lavement des pieds. Contrairement aux synoptiques qui présentent le récit de l’institution de l’Eucharistie et par extension celle du sacerdoce, l’évangile de Jean nous présente un récit tout à fait différent : le lavement des pieds. Mais comment ne pas comprendre que le sacerdoce et même l’eucharistie est le signe visible d’un service incomparable dans la vie de l’homme.

Le lavement des pieds bien connu dans la culture juive est un service lié à la fonction d’un esclave et ne peut être exercé par un homme libre encore moins un maître. vous comprenez donc qu’en quittant ses vêtements, en se mettant à laver les pieds de ses disciples, Jésus se fait esclave de l’homme afin que l’homme puisse retrouver la dignité de fils de Dieu. Comme tout juif convaincu, Pierre a eu une réaction pertinente en s’opposant à l’acte de son maître mais cet exemple que Jésus donne devrait être le signal fort qu’il a donné à tous ceux qui se mettent aux service de son Eglise. Il déclare lui-même ceci : "c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez vous aussi comme j’ai fait pour vous" . le testament que le Christ laisse à la veille de sa mort n’est donc pas seulement une parole qui se limiterait dans le "faites ceci en mémoire de moi" mais une parole et geste qui se traduit par le service des autres.

Nous voyons donc chers frères et sœurs que le service et l’Eucharistie sont les deux éléments qui tiennent et soutiennent les prêtres de Jésus Christ. le sacerdoce institué ence jour pourrait donc être défini comme eucharistie et service. François Xavier DURWELL n’a donc pas tort en définissant l’Eucharistie comme service. le prêtre comme tout chrétien d’ailleurs doit trouver dans le corps et le sang du Christ que nous partageons chaque jour le signe de l’amour insondable d’un Dieu qui se fait humble au milieu des hommes.

Nous devons donc à la suite du Christ être des hommes qui se mettent au service des autres dans un abandon et un désintéressement total afin de faire de chaque le serviteur des serviteurs. cet appel que le Christ nous lance cette nuit nous sera plus visible dans le sacrifice de sa vie par la mort et la mort sur la croix. puissions-nous profiter de ce temps de préparation à pâques pour revoir notre manière de servir les autres afin de nous préparer aux fêtes pascales qui sont là.

Que Jésus lui-même nous en donne la grâce.

Père Benoît-Olatoundji ODOUNSI, POBE

30 Mars 2013 : Vigile de PAQUES

Chers frères en Christ, Bien aimés de Dieu.

La résurrection de Jésus est l’événement qui est au cœur de la foi chrétienne au même titre que la passion et la croix. On a pu définir le chrétien comme celui qui croit au Christ ressuscité d’entre les morts. Inutile de souligner le provocant d’une telle affirmation qui contredit l’expérience humaine la plus universelle, celle du caractère irréversible de la mort. Comme on le dit souvent : « personne n’est jamais revenu de la mort. » La foi chrétienne proclame le contraire. Un homme en est revenu, Jésus de Nazareth et sa résurrection est la promesse de la nôtre. C’est au cœur de cette espérance de vie que je vous dis, à tous et à chacun : joyeuse fête pascale.

Mais d’abord que veut-on dire par résurrection ? Les images que les uns ou les autres s’en font varient. Elles vont de la réanimation du cadavre, qui retourne à sa situation biologique antérieure, à une interprétation tellement désincarnée que l’on voit mal la différence avec l’immortalité de l’âme, notion bien connue à l’époque des grecs et des juifs hellénisés. S’il est un point sur lequel il convient de déminer patiemment le terrain, c’est bien celui-là.

Avant de proposer la foi en la résurrection à l’homme d’aujourd’hui, il convient de lui expliquer de quoi l’on veut parler, ce qui conduira non seulement à interroger l’histoire, mais aussi à aborder la question de notre propre corps. C’est alors que prendra place l’annonce chrétienne de la résurrection dans son sens propre.

Manifestement, les récits évangéliques changent de ton quand ils abordent la résurrection de Jésus. Autant la mise en croix et la mort de Jésus étaient publiques – tout habitant de Jérusalem qui passait par là pouvait en être le témoin –, autant la résurrection se trouve attestée de manière quasi confidentielle. Jésus ne se livre à aucune manifestation publique, il se manifeste seulement à ses disciples c’est-à-dire à des hommes et à des femmes qui l’avaient déjà connu et avaient commencé à croire en lui.

L’annonce publique de la résurrection de Jésus fut le fait des disciples eux-mêmes. Pensons au discours de Pierre, et à son affirmation « formidable » « cet homme que vous avez fait crucifier par la main des impies, Dieu l’a ressuscité, nous en sommes témoins » mais ce témoignage se présente lui-même comme un témoignage de foi. Les apôtres sont des témoins qui parlent au nom de leur foi.

D’abord personne ne se présente comme le témoin du moment même de la résurrection. Jésus mort a été déposé au tombeau, puis le tombeau a été trouvé ouvert et vide. Certains aujourd’hui sont fascinés par l’idée de ce qu’aurait pu enregistrer une caméra située dans le tombeau au moment de la résurrection de Jésus. Elle n’aurait rien enregistré du tout, tout au plus une disparition. En effet, l’annonce de la résurrection présente celle-ci comme un mouvement transcendant du corps de Jésus qui échappe à la continuité de notre espace et de notre temps, hors desquels nous ne pouvons pas penser notre existence.

Nous pouvons alors dire que la résurrection de Jésus n’est pas la réanimation de son cadavre, ni son retour à la vie temporelle. Jésus n’a non plus fait semblant de mourir comme le ferait un magicien. Sa résurrection est une arrachée à notre condition mortelle et une entrée dans le monde propre de Dieu. En ce sens elle est différente de celle de Lazare.

Chers amis, quel message la résurrection du Christ voudrait nous transmettre ? Perçue par la foi comme les disciples, la résurrection, c’est la vie. Car comme le dit Saint Irénée de Lyon, « La Gloire de Dieu, c’est l’homme debout ». Dieu a voulu que Jésus soit rendu à la vie, à une vie plénière pour que tout homme puisse vivre. C’est là qu’il met sa gloire, c’est-à-dire sa propre beauté. La Résurrection est belle. C’est cette beauté que cherche à représenter le crucifix où Jésus apparait déjà ressuscité. La résurrection du Christ, c’est donc la victoire de la vie sur la mort. Victoire bien exceptionnelle, dit-on, au regard de la défaite universelle. Autrement dit, la résurrection de Jésus est la promesse de la nôtre. Elle nous donne l’image même de ce que nous sommes appelés à devenir. Elle est le symbole concret de ce que nous mettons sous le mot Salut, car pour nous, être sauvés, c’est vivre, vivre intensément et toujours, dans une vie d’amour. Nous vivons en Dieu éternellement de la vie que manifeste Jésus. Cette Résurrection est la garantie-or des promesses qui nous sont faites.

Cette nouvelle vie est désormais un don qui sollicite toutes les énergies humaines pour la construction d’une société juste, libre et fraternelle. Elle est concrètement présente, chaque fois qu’une personne ou un groupe humain se trouve libéré d’une situation intolérable, d’une injustice ou d’une oppression, d’une grave maladie, d’un trouble psychologique grave aliénant. La force de la résurrection s’exprime à travers tous ceux qui ont la générosité de donner à tour, avec et comme le Christ, leur vie pour la justice et la vérité. La résurrection est enfin une « déclaration de paix » aux hommes. Que cette paix soit toujours avec vous. Amen.

Père Benoît-Olatoundji ODOUNSI

DIMANCHE 31 Mars 2013 : 1er dimanche de Pâques

"ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, ALLELUIA !

« Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, alléluia ! »

Cette acclamation est la bienvenue en ce jour où la plus grande merveille est réalisée : la résurrection du Christ. Quel jour peut-il être encore plus merveilleux que le jour où le Christ, celui « … qu’ils ont fait mourir en le pendant au bois de supplice … Dieu l’a ressuscité le troisième jour » (Act. 10, 39c-40) afin qu’il soit le premier né d’entre les morts ? Le message de ce premier dimanche de pâques est très clair : le Christ, Dieu l’a ressuscité afin que quiconque croit en lui, reçoive par lui le pardon de ses péchés (Ac. 10, 43) Ressuscité conformément aux écritures, le Christ vient donner à notre corps mortel, une immortalité qui surpasse toute vie. Ce qui est paradoxal dans l’évangile de Jean, que la liturgie nous propose en ce jour est que dans la course vers le tombeau vide, les disciples même ne comprenaient rien dans le message que le Christ leur a laissé. Ce n’est qu’après avoir vu qu’ils ont cru. Les deux disciples, un plus âgé et un plus jeune, qui ont couru à l’annonce de Marie-Madeleine partaient comme des ignorants vers une découverte qu’ils ne comprendront qu’après avoir vu. Le monde d’aujourd’hui ne ressemble t-il pas à ces deux amis du Christ ? Nous pensons toujours comprendre les phénomènes de la vie par notre esprit cartésien ignorant la grande puissance de Dieu. Aucune science, ni avant, ni maintenant n’a pu démontrer cet excellent et plus grand miracle que le fils de l’homme a réalisé dans notre vie. Aucun homme ni avant, ni maintenant n’a pu offrir au monde cette merveilleuse renaissance de corps et de l’esprit que gratuitement celui qui a semblé tout perdre sur le bois de la croix nous a offerte.

Chers frères et sœurs, revenons un peu sur le comportement de Jean comme si c’était chacun de nous ! Comment a-t-il fait pour ne pas comprendre que le tombeau devrait être vide ? Pourtant, il a été, avec Jacques et Pierre, témoins de la transfiguration avec tout le débat qu’il y a eu sur la mort de Jésus entre Moïse, Elie et le Christ lui-même. Pourtant il a été témoin de la souffrance de Jésus et non seulement il en a été témoin, mais il y a participé jusqu’à ce que le

Biens aimés de Dieu, il est temps que chacun de nous devienne messager de la bonne nouvelle, la seule valable : le Christ est ressuscité. Madeleine l’a apportée aux disciples, les disciples l’ont reçu et l’ont témoignée comme Pierre dans la première lecture de ce jour. Même Paul qui l’a reçu comme chacun de nous sur notre chemin de Damas ? nous y invite avec insistance : "vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ assis à la droite de Dieu... Ce jour que fit le Seigneur est vraiment un jour de joie ! chantons tous alléluia car le Seigneur, la pierre rejetée des bâtisseurs est devenue la pierre d’angle, l’oeuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. Aujourd’hui, nous pouvons annoncer que nous ne mourrons plus, nous vivrons pour annoncer cette bonne nouvelle du salut.

Que le Seigneur comble chacun de nous d’innombrables grâces de ressuscité. Amen

Père Benoît-Olatoundji ODOUNSI

POBE

19/05/13 : Dim. de Pentecôte /C

- Première Lecture : Ac 2, 1-11
- Psaume : 103
- Deuxième Lecture : Rm 8,8-17
- Evangile : Jn 14, 15...26

Thème : La vie chrétienne dans l’Esprit

1- La personne du Saint-Esprit.

« Le défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » Chers frères et sœurs en Christ, s’il y a au cœur de la Sainte Trinité une personne peu connue, c’est bien le Saint Esprit qui procède du Père et du Fils. Il a pour rôle fondamental de donner la vie, ainsi que le stipule le Credo de Nicée Constantinople. Dans l’Economie du Salut, nous voyons Dieu le Père intervenir dans l’établissement de l’Ancienne Alliance. La Nouvelle quant à elle, fut scellée par la Passion-Mort et Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ qui aux lendemains de son Ascension continue d’être présent à son Eglise par le souffle de l’Esprit promis et envoyé à ses Apôtres le jour de la Pentecôte. Ce jour marque d’ailleurs historiquement l’événement fondateur de l’Eglise que le Christ a fondé sur les douze colonnes que sont les Apôtres. Avec la naissance de L’Eglise, c’est donc le temps de l’Esprit qui commence jusqu’à la consommation des siècles. Certes, l’unité de vie et d’action des personnes de la Sainte Trinité requiert l’assentiment de tous les théologiens. Cependant, l’action visible de l’Esprit Saint dans l’Economie du Salut, remonte à l’évènement pentécôstal.

2- L’évènement de pentecôte

Sous la mouvance de l’Esprit Saint comme force que le Christ a envoyé à ses Apôtres, tous ont commencé par parler en diverses langues pour exprimer la catholicité de l’Eglise naissante. C’est donc sous l’Egide de l’Esprit Saint que les Apôtres auront la force nécessaire pour accomplir la mission d’évangélisation qui est la leur. Ceux qui croiraient au Christ suite à leur prédication, devront recevoir la même force du Saint Esprit par l’entremise des sacrements de Baptême et de confirmation. Tout ceci nous montre que l’Eglise vit de l’Esprit qui en elle, poursuit l’œuvre du Christ afin d’achever toute sanctification. Tous les sept sacrements de l’Eglise catholique en tant que actes du Christ, ne portent leur effet dans la vie des fidèles qui les reçoivent que par la force de l’Esprit Saint qui rend toute chose nouvelle dans le Christ. Mais une chose est de recevoir les sacrements, une autre est de ne pas contrister l’Esprit du Seigneur qui nous indique les voies et moyens pour demeurer fidèles au Christ à travers un bon témoignage de vie, d’où la question de la vie dans l’Esprit.

3- Vivre sous la mouvance de l’Esprit

Pour le chrétien, vivre sous la mouvance de l’Esprit n’est rien d’autre que manifester par son témoignage de vie, l’attachement et l’amour que l’on porte à Jésus. « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements ». En parlant de la sorte, le Christ invite tous ceux qui se réclament de lui à rester fidèles à leurs engagements baptismaux afin de mieux répondre à leur vocation, celle de devenir saints. Cette vocation à la sainteté, comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture, n’est possible que si le Chrétien essaye de vivre non plus sous l’emprise de la chair, mais bien sous celle de l’Esprit. Les œuvres que la chair produit en l’homme et qui sont les manifestations du péché, mettent l’âme humaine en état d’esclavage et la vouent à la perdition. Par contre, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit Saint, parce que fidèles à la Parole de Dieu à travers l’observance des commandements, vivent en hommes libres dans le Christ. Oui, tous autant que nous sommes, nous devons travailler à acquérir davantage cette liberté des enfants de Dieu en tenant haut le flambeau du témoignage de la Foi dans un monde qui de plus en plus se glorifie dans la célébration des œuvres de la chair. C’est de cette façon que nous pourrons rendre compte de notre Espérance et attendre en silence la manifestation de la gloire de Dieu. Bonne fête de la Pentecôte à tous et à toutes et que Dieu vous bénisse. Amen

Père Bienvenue AHOUANDJINOU

09/05/2013 : Ascension de notre Seigneur Jésus-Christ

- 1ère Lecture : Ac 1, 1-11
- Psaume : 46
- 2ème Lecture : He 9, 24-28 ; 10,19-23
- Evangile : Lc 24, 46-53

Thème : Ascension du Christ : Possibilité pour l’homme d’accéder au paradis.

1- Sens et portée de l’Ascension du Christ.

« Dieu monte parmi les ovations, le Seigneur aux éclats du cor » Ps 46 Cette antienne du psaume 46 met bien en exergue la réalité du mystère que la liturgie de l’Eglise célèbre en ce jour. Juste aux lendemains de sa Résurrection d’entre les morts, Jésus a pris 40 jours pour se montrer à ses disciples et leur parler du Royaume des cieux. Après quoi, il s’élève et disparaît à leurs yeux dans une nuée. L’événement de l’Ascension du Christ est expressif du sacerdoce éternel qu’il doit exerceren faveur des hommes auprès de Dieu son Père, en sa qualité de Prêtre éternel de la Nouvelle Alliance qu’il a scellé par sa passion et sa mort librement consentis.

Le ciel en tant que sanctuaire ou réside Dieu le Père, ne peut être rendu accessible aux hommes que si le Fils unique de Dieu lui-même les y introduit. Ainsi s’accomplissent les promesses que le Christ a faites à ses disciples. Il les précède tous, pour leur préparer auprès de son Père, une place. Cette place d’après la lette aux Hébreux, est l’apanage de toux ceux qui croient en Jésus et qui de ce fait, s’efforcent de conformer leur vie à son enseignement, dans l’espérance d’avoir part à la vie éternelle. La vie serait sans espérance si tout s’achevait avec la mort. La résurrection du Christ étant pour nous le gage de la Vie éternelle, son Ascension doit nous faire plus que jamais désirer le paradis.

2- Le désir du paradis

Le désir du paradis est le leitmotiv de l’agir chrétien. Durant tout son ministère public, le Christ n’a cessé de prêcher le Royaume de Dieu en exhortant ses contemporains à croire en Lui comme Fils Unique de Dieu, et à se détourner de leurs actions mauvaises pour échapper à la colère de Dieu. Car, comme nous le rappelle l’Evangile du jour, c’est en son nom que la conversion a été proclamée à toutes les nations, en vue du pardon des péchés. S’il est vrai que la mort constitue pour l’homme l’échec apparent de la vie, il faut avouer qu’avec l’Espérance chrétienne, la mort n’est pas la fin de la vie, mais le début d’une autre vie, celle éternelle.

La réalité d’une vie après la mort est présente dans presque toutes les cultures qui s’accordent pour reconnaitre que seules les âmes des personnes qui ont mené une bonne vie sur terre, jouissent d’une certaine félicité. Cette félicité, dans la dynamique de l’Eschatologie chrétienne, n’est rien d’autre que le Paradis que Dieu le Père par son Fils Jésus-Christ, a disposé pour tous les baptisés dont la vie rend gloire à Dieu. Pour le chrétien, par ordre de préséance des valeurs morales et humaines, le désir du ciel doit passer en premier. C’est d’ailleurs ce à quoi nous invite le mystère de l’Ascension que nous célébrons. Puissions-nous, par une vie tissée sur le témoignage chrétien, rechercher et désirer le ciel où le Christ par son Ascension est entré le premier, Amen.

Père Bienvenue AHOUANDJINOU

26 Mai 2013 : Sainte Trinité

- 1ère Lecture : Pr 8, 22-31
- Psaume : 8
- 2ème Lecture : Rm 5,1-5
- Evangile : Jn 16, 12-15

Thème  : Le Mystère de la Sainte Trinité : expression de l’amour de Dieu pour l’humanité qu’il a créée.

1- Comment comprendre le mystère de la Sainte Trinité !

Pour faire droit à la théologie dogmatique, nous dirons que le mystère de la Sainte Trinité dépasse totalement ce que l’entendement humain peut imaginer. C’est un mystère qui s’origine dans la vie de Dieu dans son immanence c’est-à-dire dès avant le commencement des temps. Et qu’y avait-il avant ce commencement des temps ? Il y avait la Sagesse de Dieu qui régissait dans une parfaite communion l’Amour de Dieu le Père, celui du Fils et celui du Saint-Esprit. Si que le terme « Sagesse » fait partie des attributs divins dans le contexte biblique, il s’ensuit que celui qui évoque ce terme, en appelle à l’action toujours concomitante des trois personnes de la Sainte Trinité réunis en un seul et unique Dieu. Cette sagesse s’identifie à merveille au Christ, Fils unique de Dieu par qui tout a été fait . Ecoutons ici ce que déclare la sagesse divine dans le livre des proverbes : « Le Seigneur m’a faite pour lui au commencement de son action, avant ses œuvres les plus anciennes… Alors que Dieu n’avait fait ni la terre, ni les champs, ni l’argile primitive du monde, lorsqu’il affermissait les cieux, j’étais là ».

Oui, la sagesse était auprès de Dieu avant le commencement des temps, et par elle, tout a été fait. Si dans l’Economie du Salut, l’œuvre de la Création a été attribuée au Père, celle de la Rédemption au Fils, et celle enfin de la Sanctification au Saint-Esprit, il faut en même temps reconnaitre que l’action des trois personnes divines qui composent la trinité est de mise dans chacune de ses réalisations qui marquent toute l’Economie du Salut. Les théologiens reconnaissent à raison que l’avènement du monde est lié à la volonté de Dieu de communiquer à l’humanité la parfaite relation d’amour qui est l’étoffe même de la vie intra-trinitaire de Dieu dans son immanence. La création voire la genèse de l’humanité est donc liée à la volonté de Dieu qui par pur amour, a voulu communiquer à des êtres qu’il crée à sa ressemblance, l’amour parfait qui règne au cœur de la Trinité Sainte. Face à une si grande merveille, il n’y a pas mieux à faire que de rendre constamment grâce à Dieu pour sa magnificence.

2- O Seigneur, qu’il est grand ton nom par toute la terre

Le mystère de la Sainte Trinité est et demeure la plus grande des merveilles. L’avènement même de l’homme comme créature de Dieu, est l’expression manifeste de cette merveille que Dieu a daigné communiquer aux hommes. C’est bien ce qu’exprime le psaume 8 où il est clairement dit que c’est Dieu lui-même qui a voulu l’homme à son image et à sa ressemblance, afin de lui communiquer sa vie d’amour, vie d’amour qui unit Dieu le Père, Dieu le Fils, et Dieu l’Esprit. Oui Seigneur, « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme pour que tu en prennes souci ?Tu l’as voulu un peu moindre qu’un Dieu, le couronnant de gloire et d’honneur ; tu l’établis sur l’œuvre de tes mains, tu mets toute chose à ses pieds ».

L’homme n’est donc qu’une pauvre créature qui se doit de reconnaitre sa petitesse par rapport à l’Unique Dieu en trois personnes qui l’a voulu et créé afin que l’homme règne sur toute la création et rende gloire à Dieu par son existence. C’est bien à juste titre que l’Eglise à travers ses théologiens a pu affirmer que la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. L’homme vivant en définitive, n’est rien d’autre que l’homme qui, à l’instar de Dieu son créateur, fait de sa vie, un cantique d’amour.

3- Vivre d’amour est un acte de foi en la Sainte Trinité.

Toute proportion théologique gardée, l’on pourrait affirmer que la vraie définition du mystère de la Sainte Trinité, n’est rien d’autre que l’Amour Véritable dans son héros comme dans son agapes. S’ilest vrai que l’homme tient son existence de Dieu qui l’a ainsi voulu, nous sommes dans la vérité lorsque nous affirmons que Dieu n’a crée l’homme que pour lui permettre d’expérimenter l’Amour comme essence même de la vie intra trinitaire. Autrement dit, la vocation fondamentale de l’homme, est de vivre d’amour. Un telle vocation, loin de contredire l’aspiration de l’homme à la sainteté, le consacre et le confirme. Vivre d’amour est donc un acte fondamental de foi en la Sainte Trinité.

L’Amour dont il est ici question est celui que l’homme doit manifester envers son Créateur à travers le respect de la création, l’observance des préceptes divins et le respect du prochain avec lequel il partage la même humanité. Dans la vie, rien ne vaut l’amour, ou du moins, l’amour, c’est le tout de la vie. Tout ce que l’homme peut commettre comme péché et qui toucherait à l’amour de Dieu et du prochain, est une injure à l’amour originelle de Dieu, et donc une négation de la sainte trinité. Que par la grâce de Dieu, la méditation du mystère de la sainte trinité, nous donne davantage la juste compréhension de l’amour dont Dieu nous a aimés en tant que créatures. Qu’elle nous accorde surtout la grâce de vivre de cet amour avec le prochain, Amen.

Père Bienvenue AHOUANDJINOU

SAINT SACREMENT

De tous les sacrements institués par le Christ pour nous communiquer la vie du Père, pour la conserver et la développer, l’Eucharistie est la plus grande et c’est justement pour cela qu’on l’appelle aussi « Très Saint Sacrement ». Il rend le Christ réellement présent dans les espèces du pain et du vin, lui permettant ainsi de perpétuer le sacrifice du calvaire et de nous faire vivre dans la communion de sa propre vie, celle qu’il vit avec le Père. La fête du « Corpus Domini », (Corps du Seigneur) que nous célébrons en ce jour, nous donne donc l’occasion de réfléchir sur le don que le Christ Ressuscité fait de lui-même dans l’Eucharistie. En effet, une attitude est commune aux trois lectures de ce jour, c’est celle du don : Abraham, après avoir été béni par Dieu pour sa victoire à la guerre, donne au prêtre le dixième de tout ce qu’il possède ; Jésus, dans l’évangile, donne à manger à cinq mille personnes tout ce que lui et sa communauté des disciples avait sur eux, cinq pains et deux poissons ; saint Paul, dans la deuxième lecture, donne aux disciples qui ont rejoint la communauté après lui, tout ce qu’il a reçu lui-même du Seigneur, le mémorial de la Cène qui eut lieu la veille de la passion du Christ. Même si l’attitude est le même, le mouvement que ce don assume n’est pas le même dans les trois cas. Dans le passage de la Genèse, Abraham reconnaît avoir reçu une bénédiction de Dieu qui lui a permis d’obtenir une victoire, une suprématie sur ses ennemis et en donnant à celui qu’il reconnaît comme médiateur de cette bienveillance divine la dixième partie de tout ce qu’il possède, il exprime sa gratitude à Dieu. Le premier mouvement du don que l’homme fait à Dieu est donc comme une réponse, une reconnaissance de ce que Dieu le premier a fait à l’homme. Dans l’évangile au contraire, le don assume une double nouveauté par rapport à celui d’Abraham : avant tout, c’est un don total. Jésus ne donne pas une dixième partie de ce qu’il a, mais il donne tout. Il donne tout à la foule sans réserve. Et la deuxième nouveauté du geste de Jésus est que ce geste ne s’inscrit pas dans la logique du donner et du recevoir, de l’échange, de la réciprocité. Jésus n’a rien reçu de cette foule avant d’accomplir son geste qui n’est ni une réponse, ni une reconnaissance, ni un échange, mais une initiative gratuite qui démontre l’amour de Jésus pour les personnes puisque depuis le début du jour il les enseignait en prenant soin d’eux et en étant avec eux. Jésus se donne à nous sous la forme du pain et du vin, devenus au cours de la messe, sa chair et son sang. En les assimilant, nous vivons de sa vie divine, sa vie divine s’incorpore à nous : « Non seulement chacun d’entre nous reçoit le Christ, mais aussi le Christ reçoit chacun d’entre nous. Il resserre son amitié avec nous : “Vous êtes mes amis” (Jn 15, 14). Quant à nous, nous vivons grâce à lui : “Celui qui me mangera vivra par moi” (Jn 6, 57). Pour le Christ et son disciple, demeurer l’un dans l’autre se réalise de manière sublime dans la communion eucharistique : “Demeurez en moi, comme moi en vous” (Jn 15, 4) » (Jean-Paul II : Ecclesia de eucharistia 22). Alors quel visage de Dieu nous révèle Jésus à travers ce geste ? Le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu du pain rompu, partagé et distribué, est le Dieu qui aime les hommes d’un amour gratuit. Il n’y a pas de somme arithmétique ou algébrique en lui ni l’attente d’un retour du don, il n’y a pas de calcul. Il y a seulement une initiative libre, le flux de la vie qui vient, le don qui est donné abondamment à tous, parole, pain et guérison. Il n’y a que l’amour qui se déverse tout le jour et tous les jours. Dieu ne s’arrête jamais, son don ne finit pas, il agit toujours, que nous arrivions à l’aube ou au coucher du soleil. Il se reverse aussi bien sur les bien-portants que sur les malades, sur ceux qui ont l’intelligence pour aller chercher tout seul leur pain que sur ceux qui ne peuvent trouver la force de marcher, sur ceux qui savent bien se débrouiller que sur ceux qui ne savent plus quoi faire. Le don de Dieu est offert à chacun, sans cesse, sans mesure et sans réserve. De même saint Paul dans la deuxième lecture donne aux frères et sœurs tout ce qu’il a, la chose la plus précieuse qu’il ait reçue, la foi en Jésus-Christ qui a donné sa vie et a exprimé cet amour dans le geste du pain et du vin. Saint Paul, pendant des années, n’a pas donné la dixième partie de ce qu’il avait connu et compris, mais il a tout donné. Il ne s’est rien gardé pour lui-même et n’a pas attendu d’avoir une dette envers les personnes avant de commencer sa tournée missionnaire dans toute la méditerranée en parlant de Jésus et en transmettant ce qu’il avait reçu lui-même. Il a appris cela de Jésus et il l’a imité en se donnant avec zèle pour la mission. Cette attitude de Paul, modelée sur celui du Christ lui-même, nous fait comprendre ce que signifie vivre eucharistiquement. Il s’agit d’apprendre à donner en premier, et à tout donner, sans réserve. Chacun de nous peut appliquer cela à sa vie : savoir prendre l’initiative et faire des choses par pur amour sans attendre de retour et d’échange. C’est cela un style eucharistique de vie. A la messe, nous aussi, nous prenons part à la table du Seigneur. Aujourd’hui, en la fête Dieu, l’Eglise nous invite à réfléchir sur le sens de ce geste qui nous est désormais habituel. Que veut dire s’asseoir à la table de l’Eucharistie ? Le Christ est le Vivant, celui qui ne meurt plus. Il nous donne une vie qui ne meurt plus parce qu’il a su dresser la table comme personne ne l’a jamais fait. Et ainsi la table de la répartition du gain est devenue la table du partage de l’unique pain avec tous. La table des drames et des complots est devenue la table de l’amitié offerte sans condition, du lavement des pieds même aux ennemis. La table du soutien offert aux seuls voisins est devenue la grande table du monde où peuvent s’asseoir les amis et les traditeurs, les disciples fidèles et ceux qui sont inconstants. Il y a une place pour chacun de nous à cette table. Mais décider de nous y asseoir nous engage : le Christ nous demande de vivre comme lui ; d’aimer comme lui et de tout donner comme lui. Père Ambroise ZOUNNON

10è Dimanche du temps ordinaire C

La vraie vie dans la lumière de la Résurrection Qui nous donnera la plénitude de la vie ? Qui pourra nous aider à parvenir à la plénitude de notre être dans lequel nous portons cette forte aspiration ? La vie sur terre ? Certainement pas, nous serons déçus si nous comptons sur elle. Car pourrait-on appeler vie toutes ces années de souffrance, de maladie et d’épreuve ? Est-ce une vie quand on se bat pour réussir et puis voir tout finir dans la nuit de la tombe ? Est-ce une vie celle que mènent les parents qui ont des enfants handicapés ou anormaux ? Peut-on appeler vie celle de toutes ces personnes abandonnées, isolées, prisonniers ? Eh bien, Oui. Mais à une condition : croire au Christ et poser tout fondement en lui. Il nous enseigne qu’au-delà de ce monde qui passe, il y a un autre qui ne passe pas, après cette vie mortelle, il y a la vie éternelle. Voilà ce qui donne sens à la vie présente. Les croix que nous rencontrons à chaque pas, brilleront comme celle du calvaire de la lumière de la résurrection et cela pour toujours. Il y a un évident parallélisme entre la première lecture de ce jour avec l’évangile. Le prophète Elie contraint de se réfugier en territoire païen, redonne la vie au fils d’une pauvre veuve qui l’a reçu dans sa maison. Le prophète démontre ainsi par-là que le Seigneur est le Dieu des vivants et que sa puissance est sans limite. L’évangile nous raconte la rencontre de Jésus accompagné de ses disciples et par une foule de gens avec un cortège funèbre : ils allaient enterrer le fils unique d’une pauvre veuve. En voyant cette femme, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle, et lui dit : Ne pleure pas. » Le premier cortège est un rassemblement autour de Jésus dans la joie, une foule heureuse ! Mais il y a un autre cortège, une autre foule, considérable qui exprime sa douleur : Une femme qui était veuve avait perdu son fils unique, qui était mort. Cette foule est malheureuse, la mort est là à nouveau car cette femme veuve avait déjà vécu la mort de son mari. Nous sommes en permanence dans notre vie situés entre ces deux réalités : Cette foule qui fait route avec Jésus, elle est heureuse parce que Jésus est là, Il est vivant. Et une « autre grande foule » malheureuse ! Nous sommes dans ces deux foules avec Jésus présent, et nous vivons dans la foi, dans la charité et dans l’espérance ! Jésus, face à cette femme dans le deuil, face à cette foule qui se lamente est touché dans son cœur. Saisi de compassion face à cette souffrance, Il remet debout le garçon : « Jeune homme, dit-il, je te l’ordonne lève-toi. » Et le garçon se releva ! Toute la foule est retournée. Tous ceux qui venaient en pleurant font maintenant partie d’une seule foule autour de Jésus qui a redonné la vie à cet homme. Il en est de même pour nous ! Nous pouvons nous aussi être paralysé par la maladie ou cloué dans un fauteuil et en même temps, si Jésus est là, être debout intérieurement ! Mais nous pouvons aussi être debout physiquement et déjà « mort » intérieurement par une mort intérieure qui nous mine ! Cet amour de Jésus qui nous ressuscite nous est offert sans cesse pour assumer les épreuves de notre vie. Pris de compassion, Jésus ressuscite le jeune homme et le rend à sa mère. Cette résurrection nous rappelle beaucoup d’autres qui, même si elles ne sont pas aussi spectaculaires, ne sont pas moins réelles et précieuses : la résurrection de beaucoup de pécheurs auxquels la miséricorde de Dieu a redonné la vie de grâce. Jésus est la visite parfaite de Dieu au milieu des hommes. La lecture de cet évangile prolonge le temps pascal, le Fils de Dieu, par son incarnation dans notre humanité, nous soustrait des griffes de la mort et nous transfère dans le règne de la vie et du salut. Devant le miracle accompli par Jésus, La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » Et cette parole se répandit dans toute la Judée et dans les pays voisins. » Dans la nuit de nos cœurs et dans la nuit du monde il y a désormais une espérance ! Nous marchons dans la foi avec Jésus qui est le don du Dieu vivant. Entrer dans l’espérance, c’est croire dans l’amour nouveau qui nous habite et ne demande qu’à grandir. La tempête de notre vie n’est pas loin, la nuit est déjà là, il fait chaud, il est froid, les épreuves ne manquent pas mais Jésus est vivant. Cette veuve dont le fils unique est mort nous fait contempler Marie dont le Fils unique Jésus a traversé la mort. Cette foule c’est l’humanité qui avance progressivement vers Jésus ressuscité. Jésus par l’Amour qu’il nous manifeste opère une immense transformation dans notre vie. C’est l’actualisation du Mystère pascal que nous célébrons le soir de Pâques, Feu d’amour et de joie qui nous réchauffe et nous illumine. Père Ambroise ZOUNNON

11è Dimanche du temps ordinaire C

La méditation des textes de ce dimanche nous fait réfléchir sur la réalité du péché. Le péché de David d’abord, et puis celui de la pécheresse qui s’invite au repas de Simon le pharisien. Le péché de David est bien réel, il a commis un double crime. Il a vu une femme très belle, il l’a voulue pour lui, il a péché lucidement avec elle. Et puis, il fait assassiner son mari. Il ne faut rien nier de ce crime abominable, et pourtant il n’enlève rien à la droiture de David. Foncièrement il reste droit. Nous faisons tous l’expérience qu’il y peut y avoir une très grande bonté en nous, et parfois aussi une méchanceté véritablement diabolique. David est droit, parce que justement il va reconnaître sa faute avec simplicité, il l’a confesse avec humilité et manifeste un sincère repentir. Souvent, lorsque nous avons fait le mal, nous tentons de nous excuser par mille raisons. C’est manquer de droiture, ce qui est beaucoup plus grave encore que le péché. « David dit à Nathan : J’ai péché contre le Seigneur. » Il prend conscience que c’est vraiment le Seigneur qu’il a offensé. C’est l’attitude que Dieu attend de l’homme pécheur, quel que soit la gravité de son crime. Quand je manque à une loi, ce n’est pas seulement à une loi que je manque mais à Celui qui m’a donné la Loi et qui me l’a donnée par amour. Je manque donc d’amour à celui qui m’a donné la Loi. David a déjà parfaitement saisi cela, mille ans avant Jésus. Ne soyons jamais déçus, jamais étonnés de nous sentir capables de faire ceci ou cela. David est un homme qui s’accuse avec humilité. Ne serait-ce pas le manque de pauvreté spirituelle qui est la cause de nos difficultés à nous approcher du sacrement de pénitence ? Nous n’avons plus le sens du péché, nous ne croyons pas assez à la valeur du sacrement comme acte d’un Dieu amour qui vient nous aider… « J’ai péché contre le Seigneur ! » On a dit très justement que le monde a perdu le sens du péché, parce que le monde a perdu le sens de Dieu. Moins nous aurons le sens de Dieu et moins nos manques d’amour nous apparaîtront comme des péchés. Moins nos péchés nous apparaîtront des manques d’amour, plus nous perdrons le sens de la confession. Le sacrement de confession offre l’occasion de se mettre davantage en présence du vrai Dieu. Ce qui est important, ce n’est pas d’accuser x péchés, mais de rencontrer l’amour et d’y croire, d’être décidés – tout en sachant que nous retomberons peut-être le soir même -, d’être décidés à aimer. Il faut se confesser pour rencontrer l’amour. On va se confesser parce qu’on aime le Seigneur et qu’on a besoin du Seigneur pour continuer sa route. On sait très bien qu’on retombera ! Pourquoi ne pas accepter de rester pauvres ? Nous voulons être satisfaits de faire des progrès. Quand je médite sur la grandeur de Dieu, je ne peux plus m’étonner d’être un pauvre. C’est parce qu’on ne connaît pas Dieu qu’on n’accepte pas d’être pauvre. Devant l’infinie sainteté de Dieu, que voulez-vous que je sois sinon un pauvre ! C’est bien là l’erreur de Simon le pharisien, qui pense que ses mérites lui donnent des droits sur Dieu… Rien de notre pauvreté ne doit nous étonner, dans aucun domaine. Nous voyons bien que nous sommes orgueilleux quand des faiblesses nous étonnent : « Je n’aurais jamais cru que je pouvais en arriver là ! ». La plus grande force de notre vie spirituelle, c’est notre pauvreté. Le vrai pauvre est assez prudent pour ne jamais trop se séparer de son Dieu parce qu’il sait qu’il en a besoin. Il sait tellement que seule la force de Dieu peut l’aider. C’est ce qu’a découvert cette pécheresse, dont Luc ne précise d’ailleurs pas la faute. Elle s’est sentie aimée par Jésus jusque dans son péché. Ce ne sont ni ses larmes ni le prix élevé du parfum qui l’ont fait aimée de Dieu. C’est parce qu’elle se savait totalement insolvable, c’est parce qu’elle était pauvre de tout, parce qu’elle était totalement vide d’elle-même, c’est parce qu’elle a fait confiance à Jésus que celui-ci lui a accordé son pardon. La femme pècheresse, celle que tout le monde montre du doigt, elle, elle est totalement disponible à la miséricorde de Dieu, consciente de sa dette immense à l’égard de Dieu, elle aspire à ce pardon qui peut transformer sa vie. Sa Foi en Jésus est telle qu’elle peut recevoir cet amour purificateur de Dieu et par ses actes cette femme manifeste la recréation que Dieu réalise en elle par son Pardon. Par ses larmes et ses cheveux, elle dévoile son humilité et sa repentance, et par le parfum elle manifeste sa joie de cette nouvelle vie reçue. Ce sont là les qualités d’une vraie foi que Jésus lui-même reconnaît en elle et l’a rassure en lui disant : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! ». L’histoire de cette pécheresse convertie, sa foi et son grand amour restent pour nous un modèle à reproduire dans notre relation avec le Christ. Père Ambroise ZOUNNON

12 ème Dimanche du temps ordinaire

Le passage évangélique de ce jour est commun aussi à Marc et à Matthieu. Mais chacun des évangélistes offre sa perspective originale. Les disciples sont depuis un moment à l’école du Christ. Alors le maître décide de vérifier le niveau de maturité que les disciples ont atteint dans la foi en vivant avec lui, et les stimuler à une prise de décision et de position vis-à-vis de lui. C’est ce que le Seigneur veut faire également avec nous quand nous le rencontrons ensemble dans l’eucharistie du dimanche. C’est un don qu’il fait de lui-même, une opportunité qu’il offre à ses disciples pour entrer un peu plus dans la compréhension du mystère de sa personne et découvrir son identité. Et ceci advient dans un cadre de prière : « Jésus se trouvait dans un lieu à part à prier et ses disciples étaient avec lui ». C’est une constante chez Luc de montrer Jésus en prière dans les moments les plus importants et les plus significatifs de sa mission. Avant d’appeler les douze, il avait passé toute la nuit en prière, seul (Lc 6, 1ss). Maintenant qu’il cherche à les aider à faire un pas de plus dans la connaissance de sa personne et dans leur relation à lui, il sent le besoin d’entrer en dialogue avec le Père pour les lui confier et mettre à jour la stratégie la plus adaptée. Sa première question n’est pas engageante, c’est une sorte de sondage d’opinion qu’il fait : que disent les gens de lui ? Il n’est pas tellement intéressé par ce qu’il pense de son enseignement, de son activité, mais ce qu’il pense de lui. Ceci est décisif pour Jésus. Au centre, il ne s’agit pas de son message, mais de sa personne : les gens que disent-ils de moi ? Pour eux, qui suis-je ? Selon les sondages, les gens ont une haute opinion de Jésus, ils ont une grande estime pour lui. Mais cela démontre qu’ils n’ont pas perçu sa position singulière, la nouveauté de son originalité. Ils le situent en effet parmi les grands personnages de l’histoire religieuse d’Israël : un prophète…. Jean-Baptiste… d’autres sont venus avant lui et d’autres viendront après lui. Donc un des nombreux grands mais pas l’unique. Nous pourrions tenter un sondage analogue aujourd’hui parmi les gens de notre milieu, il en résulterait un résultat différent ? A ce stade, Jésus imprime une nouvelle allure au dialogue en posant une seconde question aux disciples, qui est directe, immédiate, interpellant : « Mais vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Moi, qui suis-je pour toi, pour chacun de vous, pour votre communauté ? On ne peut pas s’échapper au caractère personnel de cette question et à sa force de provocation. C’est une question et peut-être la plus importante. Il ne s’agit pas de répondre par une formule, quelle que soit sa beauté, qu’elle provienne de la profession de foi (le Credo) ou du catéchisme. La réponse doit être un acte de foi qui provient de l’Esprit Saint et du cœur. La réponse que donne Pierre au nom de tout le groupe est une splendide confession de foi sur l’identité de Jésus : « le Christ de Dieu » (le Christ = le Messie), l’unique, l’ultime et définitif Roi et Pasteur du peuple d’Israël, l’envoyé de Dieu pour donner à ce peuple et à toute l’humanité la plénitude de la vie. L’unique nécessaire dont tous ont besoin. Par sa réponse, Pierre manifeste le cri de l’humanité qui recherche son Sauveur et son Dieu. Jésus leur enjoignit et prescrivit de ne le dire à personne car son heure n’est pas encore venue. Nous sommes si blessés et pécheurs que nous pourrions nous retourner encore contre Dieu par une attitude toute humaine de recherche d’intérêt personnel. Mais Dieu nous donnera un esprit d’amour qui fera naître en nous la bonté et la supplication. Pierre, et avec lui ses compagnons, reconnaît que Jésus a avec Dieu une relation unique et très originale qu’aucun homme de l’histoire n’a eu et n’aura. Il reconnaît aussi, par conséquent, que ce que Jésus a fait et fait en faveur des hommes, aucun homme de l’histoire n’est en mesure de le faire. Dans les paroles de Pierre s’exprime et résonne la foi de l’Eglise de tous les temps. La foi que Pierre et ses successeurs ont la charge de garder et de proclamer de manière intégrale et toujours neuve (cf. Lc 22, 32). Cette foi, Jésus la sent vibrer dans le Credo que nous récitons pendant la célébration eucharistique. Celle de Pierre n’est justement pas une simple déclaration, mais un choix enthousiaste, un engagement décisif à suivre Jésus, un vrai acte de foi. Jésus a donc obtenu un résultat satisfaisant : un groupe d’hommes a réussi à découvrir en son maître le Sauveur promis et attendu depuis des siècles. Mais ce n’est pas encore une compréhension pleine de son mystère. En le reconnaissant Messie, Pierre et ses compagnons pensaient au libérateur politique et militaire qui avec la force de Dieu aurait vaincu toutes les oppressions de son peuple, en instaurant une condition de paix universelle. Alors Jésus imprime une nouvelle démarche à son œuvre éducative : « le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir ». C’est le premier des trois annonces de la passion- mort et résurrection que Jésus fait à ses disciples durant le voyage vers Jérusalem. Un tragique destin l’attend. Il sait bien que ses choix en faveur des pécheurs et des « lointains », son style de vie libre de toute forme de légalisme, mais surtout sa vie centrée sur l’amour, provoqueront l’opposition et la résistance de la part des responsables d’Israël. Il sait qu’il a plusieurs ennemis qui cherchent à l’éliminer et que tôt au tard, ils réussiront. Jésus entrevoit donc l’échec humain de sa mission : « il doit beaucoup souffrir … être mis à mort ». Une telle « nécessité » n’est pas liée au destin aveugle et cruel, ce n’est pas non plus la conséquence « logique » de son comportement contre-courant. Mais le verbe « doit » qui revient souvent sur les lèvres de Jésus (surtout dans l’évangile de Luc), indique le dessein de Dieu, mystérieux et insondable, qui doit s’accomplir dans l’histoire. Un dessein d’amour qui s’actualise à travers des chemins et des manières non conformes à la logique humaine, mais plutôt en contraste avec elle. Un tel plan divin, ne concerne pas seulement l’échec humiliant du Messie, mais aussi la suprême glorification : « il doit ressusciter le troisième jour ». Accepter le Messie crucifié, garder la foi « en celui qu’ils ont transpercé » (Za 12, 10 en première lecture) est essentiel à l’expérience chrétienne (cf. Jn 19, 37). Alors qu’implique une telle foi dans la vie concrète d’un chrétien ? « A tous il disait » et donc à nous aussi aujourd’hui : « Si quelqu’un veut venir derrière moi, qu’il renonce à lui-même ». Il doit être prêt à changer sa vision de la vie et mettre Jésus-Christ et son projet de salut au centre de sa vie. « Qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive ». Les auditeurs de Jésus connaissaient bien l’usage romain de la croix : le condamné recevait sur les épaules le bois transversal et se mettait en route vers le lieu de l’exécution à travers les insultes de la foule. Celui qui lit l’évangile aujourd’hui, sait que c’est ce qu’a subi le Christ. Le disciple qui adhère à lui, ne peut pas ne pas entrer dans une telle perspective, c’est-à-dire le martyre. « Chaque jour » : les exigences radicales de Jésus sont à vivre au quotidien. Cela ne veut pas dire que ces exigences sont privées de leur radicalité, mais que dans la vie quotidienne on peut et on doit faire des choix radicaux. Chaque jour l’amour et la fidélité au Christ peuvent demander tel ou tel renoncement, sacrifice qui procure de la souffrance. Chaque jour tu es appelé à prendre ta croix derrière Jésus. On sauve sa vie, dit Jésus, en la perdant, c’est-à-dire en la donnant par amour. Ceci peut advenir une seule fois par la mort physique. Mais la vie peut être donnée à conte-goûte dans chaque geste quotidien motivé par l’amour et accomplit par amour. C’est ici le meilleur investissement que l’on peut faire de sa vie. Le secret du cœur de Dieu est ainsi est révélé, il veut combler l’humanité de son amour infini. Il nous faut alors vivre dans l’amour et le respect du saint nom de Dieu surtout dans les moments de détresse, d’angoisse et de mort, il nous faut nous convertir au plus profond de notre vie. Jésus, Dieu annoncé par les prophètes, est porteur du secret de son plus grand amour. Cet Amour qui est recherché de toutes manières par la créature va de déception en déception jusqu’au jour où est découvert Jésus qui est devenu notre ami. Le psaume dit bien cette recherche de Dieu : « Oui, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube. Toute ma vie, je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom. » Par le baptême, nous sommes marqués du signe de la croix de Jésus annoncée dans l’Évangile. Alors Vivre de la croix, de la victoire de l’amour à la suite de Jésus, c’est vivre avant tout de son immense amour. C’est ce que nous dit saint Paul dans la deuxième lecture « vous vous êtes investis dans le Christ » (Gal 3, 27). Un lien profond qui rend fils de Dieu comme lui et supprime toute séparation et toute discrimination. « Tous vous êtes un dans le Christ Jésus ». Par le baptême, nous ne sommes pas devenus seulement « du Christ », mais nous sommes « devenus le Christ » (Saint Augustin)

13 ème Dimanche du temps ordinaire

Le règne de Dieu est à notre porte, règne de paix, de liberté, règne de fraternité universelle. Le Christ nous invite à y entrer. « Suis-moi ». Cette invitation du Christ adressée à un de ses auditeurs, il nous la répète aujourd’hui. Mais suivre le Christ est une aventure extraordinaire. Et c’est à cela que nous sommes tous appelés grâce au baptême qui fait de nous ses disciples. C’est un appel engageant, renoncer à sa propre vie et porter sa croix. Pour suivre le Christ, il est nécessaire de se libérer de tout, être un voyageur sans bagages, sans idées préconçues, sans attachement. Comme Elisée, nous sommes invités à brûler la charrue et immoler les bœufs. Être prêts à affronter la fatigue et les risques du voyage même s’ils conduisent au calvaire. Tel est l’exemple que nous donnent Élie et Élisée. Cet épisode rappelle immédiatement que l’appel de Dieu est souverain : Élisée ne peut pas s’y soustraire et Élie lui-même n’a rien à dire, alors qu’il s’agit de sa propre succession. En outre l’appel de Dieu est exigeant : Élie le fait rudement comprendre à Élisée qui demande à retourner pour embrasser ses parents. Mais le don et l’appel de Dieu sont sans repentance. Élie dénonce fermement la fuite en arrière d’Élisée, mais il ne reprend pas le manteau qu’il a donné. Dans cette confiance accordée malgré les résistances, dans cette parole fraternelle qui oriente dans la bonne direction, Élisée trouve la force de se ressaisir et de tout abandonner. Il brûle tout ce qu’il possède pour se consacrer entièrement au Seigneur. Ce détachement est une joie pour tous et se célèbre par un festin. Nous retrouvons la même exigence de l’appel dans l’évangile de Luc. Pour suivre Jésus il nous faut tout quitter, nos attachements, même légitimes, pour que "rien ne soit préféré au Christ". Dans le passage évangélique de ce jour qui relate le début du voyage vers Jérusalem, saint Luc nous indique ce qu’il faut quitter et il raconte trois dialogues de Jésus avec des anonymes. Le premier qui affirme : « Je te suivrai partout », fait penser à saint Pierre qui dira : « Je suis prêt à aller avec toi en prison, même à la mort ». Il y a des enthousiasmes naïfs que Jésus calme sans ménagement. Contrairement aux maîtres de son temps, Jésus n’a pas une école particulière, il n’a pas de condition stable, lui qui vient de se faire rejeter à l’entrée d’un village. Jésus habite le chemin, il est toujours plus loin. Entrer à son école est donc se mettre en route, renoncer à être quelqu’un d’établi, qui peut compter sur un patrimoine ou sur une réputation. Cet abandon à la contingence n’est pas un acte d’héroïsme personnel, il est un compagnonnage. Les disciples suivent Jésus ensemble, ils adoptent ensemble sa condition pour n’être jamais séparés de lui. Pour avancer sur cette route, il faut se décider seul, mais il est impossible d’avancer seul. Le deuxième anonyme lui est appelé : « Suis-moi ! ». « Je dois enterrer mon père ». On a là une des parole les plus dures de l’Évangile qui semble contredire deux devoirs élémentaires : celui d’honorer ses parents et celui d’enterrer les morts. « Laisser les morts enterrer les mort ! ». Voilà une phrase qui ne semble pas tenir debout. Comment les morts peuvent-ils prendre une pelle et une pioche pour creuser une fosse ? On se croirait dans l’Évangile de saint Jean qui joue sur le sens des mots. Mais cette réponse abrupte de Jésus montre le caractère absolu du Royaume. En effet, se mettre au service du Royaume entraîne toujours une rupture radicale qui ne va pas sans souffrance. Les renoncements que nous avons faits pour Jésus sont une bonne mesure de l’amour que nous lui portons. Mais cette fois encore, il n’est pas question de s’appuyer sur ses propres forces. Nous ignorons la réponse de cet homme, mais il est certain que sa seule force réside dans l’appel même du Seigneur. Le troisième homme propose à Jésus une fidélité sous condition : « permets-moi d’aller faire mes adieux à ceux de ma maison ». Nous savons déjà par la première lecture ce qu’il faut penser de cette attitude. Mais là encore, la relation n’est pas strictement individuelle. Il s’agit pour Jésus de mettre la main à la charrue, c’est-à-dire de se mettre au service des autres en préparant le champ où le blé sera récolté par d’autres. Cette précision éclaire la précédente. Le renoncement à sa famille n’est pas un reniement, il est une ouverture à une autre famille, qui n’exclue pas la première mais la dépasse. La famille de Dieu concentre notre attention car elle est le lieu de la présence du Seigneur. Les liens qui unissent ses membres sont donc plus forts, plus profonds et plus solides que ceux d’une famille naturelle. Paul, dans la deuxième lecture, nous invite à laisser tomber « les chaînes de nos anciens esclavages » pour retrouver notre liberté dans le Christ. Et nous ne sommes vraiment libres que lorsque nous pouvons pleinement répondre à l’appel de Dieu sur nous. Le lieu du combat est là et le temps peut être long entre le moment où Dieu appelle et le temps où l’homme accueille la grâce de répondre librement. L’appartenance inconditionnée au Christ est source de liberté : « le Christ nous a libérés pour que nous soyons vraiment libres… », et cette liberté nous appelle au service des autres et non à une vie pour soi, car notre vie comme la liberté trouve son sens dans l’amour. Frères et sœurs, laissons-nous toujours remettre en route par le Seigneur, afin qu’un jour nous puissions nous écrier avec saint Paul « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ».

Nativité de Saint Jean-Baptiste

Nous célébrons aujourd’hui la nativité de Jean-Baptiste. Et nous savons bien qu’il n’est pas fréquent dans la liturgie de fêter une nativité. Il y en a que trois qui sont célébrées : la nativité de Jésus, la nativité de la Vierge Marie et celle de Jean-Baptiste. Et la nativité de Jean-Baptiste fut même célébrée bien avant celle de la Vierge Marie : elle est attestée dès le IVe s. De tous les autres saints nous retenons uniquement le jour de leur naissance à la vie éternelle, c’est-à-dire le jour de leur passage de ce monde à l’autre. C’est dire la preuve de l’importance de cette naissance, d’autant que Jean-Baptiste est à la charnière entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Ce privilège est fondé sur ce fait que Jean a été sanctifié dès le sein de sa mère Élisabeth, quand elle reçut la visite de Marie sa cousine ; il se trouva délivré du péché originel ; sa naissance fut sainte, on peut donc la célébrer. C’est un homme à part, il n’est inférieur à personne, « Parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean-Baptiste » (Mt 11, 11) Cette fête de la nativité de Saint Jean le Baptiste a un rapport avec la nativité de Jésus célébrée quelques mois plus tard. L’ange Gabriel est venu vers Marie au sixième mois de la conception de Jean-Baptiste. Au cœur du vieux monde s’élabore la naissance de celui qui annonce une vie nouvelle. L’Église fête ce temps nouveau, cette ère de grâce, à laquelle Jean-Baptiste le précurseur nous prépare. C’est ainsi que Jean-Baptiste va montrer l’accomplissement du premier Testament pour que se profile le nouveau : « Dieu fait grâce ». C’est un temps nouveau qui s’annonce, à partir du monde qui a vieilli, Dieu fait fondamentalement du nouveau. La première lecture de ce jour nous explique que cette naissance fait partie de la réalisation des prophéties : « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom ». Mais le fait liturgique en lui-même ne peut qu’éblouir : Jésus est l’enfant divin, Marie est l’Immaculée Conception. Jean n’est qu’un homme. Il tient sa grandeur d’avoir su se faire et demeurer, dès le sein de sa mère, petit. Celui que l’on célèbre à l’heure où les jours commencent à diminuer, de lui-même et depuis toujours, a su s’abaisser. Au point que Jean prétend n’être même pas digne de dénouer la sandale du Seigneur. Il n’est rien d’autre que la voix qui annonce la venue du sauveur, une voix qui porte loin parce qu’elle n’est étouffée par aucun orgueil.

En partant de la signification des noms, nous comprenons mieux le message de l’évangile de ce jour. Celui de Zacharie signifie : « Dieu se souvient ». C’est important de nous en imprégner. Parfois, nous avons l’impression que Dieu nous a oubliés. Quand on voit toute cette violence dans le monde, cette injustice institutionnalisée, beaucoup se demandent où est Dieu et ce qu’il fait. C’était déjà vrai à l’époque de Jean. Le pays d’Israël était occupé par l’armée romaine. Aujourd’hui Dieu nous dit qu’il ne nous oublie pas. Il a toujours été du côté des opprimés et de tous ceux qui souffrent. Il leur annonce que le mal n’aura pas le dernier mot. L’important, c’est de tenir bon et de rester fermes dans la foi. Le nom de Jean signifie « Dieu fait grâce ». C’est ce qui s’est réalisé : Dieu fait grâce à Elisabeth et Zacharie. Il leur a donné la joie d’avoir un fils alors qu’ils étaient tous deux âgés et Elisabeth dite stérile. Dieu fait grâce à son peuple et à toute l’humanité. Il voit les souffrances de son peuple. Et comme il l’a fait au temps de Moïse, Dieu intervient pour lui ouvrir un chemin de libération. Au temps de Moïse, Dieu a libéré le peuple hébreu de l’esclavage d’Egypte. Désormais, il va le faire pour tous les hommes de tous les temps. La mission de Jean sera précisément d’annoncer et de préparer la venue du Sauveur, celui par qui Dieu fait grâce. Mais sa grâce invite à la conversion, au retournement. On ne peut accueillir le Christ Sauveur qu’en accueillant le message de Jean-Baptiste : « convertissez-vous », disait-il. Et en signe de cette conversion, il proposait le baptême de pénitence. Ce n’était pas le baptême de l’Esprit Saint que nous avons reçu. C’était tout simplement une réponse à tous ces gens qui demandaient à Dieu de les purifier de leurs péchés. Mais le plus important était à venir : « Moi, je vous baptise d’eau, mais il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ». C’est ainsi que Jean a préparé la venue du Christ Sauveur. Il l’a montré aux foules de son temps et il les a renvoyés vers lui. A la suite de Jean-Baptiste, nous sommes tous appelés à préparer la venue du Sauveur dans nos vies, nos familles, nos associations et nos divers lieux de travail et de loisirs. Préparer les chemins du Seigneur, c’est enlever toutes les pierres qui font mal, c’est aplanir toutes les montagnes d’égoïsmes, c’est combler tous les fossés creusés par l’indifférence, l’orgueil. Tout au long de son ministère, Jean insistait sur le partage, la justice et le respect de l’autre. C’est une première étape car il fallait faire une route aplanie à celui qui vient. Ainsi, la liturgie et les lectures bibliques de ce jour, nous invitent à nous émerveiller de la grâce que le Seigneur donne en Jean-Baptiste. Il est important pour nous de retrouver l’écoute du cœur qui permet à la Parole de Dieu de révéler la bénédiction de Dieu dans toute sa vigueur. Car saint Jean-Baptiste n’est pas seulement un sujet d’admiration, il est aussi un modèle dans la vie chrétienne ! L’ascèse qui l’a poussé au désert n’est sans doute pas l’appel de tout chrétien, mais l’exigence de fidélité à la grâce de Dieu l’est. Et, dans un monde qui oublie les chemins de la vie, il est important que, à la suite de Jean-Baptiste, nous sachions désigner prophétiquement la présence de l’Agneau de Dieu parmi nous.

Solennité de Saint Pierre et Saint Paul

La liturgie de ce jour nous fait célébrer les apôtres Pierre et Paul dans une même solennité. Ce rapprochement est une invitation à réfléchir sur la vocation particulière de chacun de ces deux apôtres et sur la conception que nous avons de l’Eglise. Cette Eglise dont la structure hiérarchique ne favorise toujours pas l’expression de la fraternité qui la fonde. Dans une église de Rome se trouve une émouvante mosaïque qui représente Pierre embrassant Paul, en lui disant : " Paul, mon frère ! ". Cette image nous rappelle l’émouvante rencontre entre Benoît XVI et François à Castelgandolfo où le Pape François prenant le Pape émérite Benoit XVI par la main et refusant le prie-Dieu d’honneur, lui dit : « nous sommes frères, nous prions ensemble » Pierre et Paul nous rappellent que l’Eglise est l’assemblée, la communauté de ceux qui se reconnaissent frères... et ils se reconnaissent frères non pas malgré leur différences, mais au cœur même de leurs différences personnelles et culturelles. Et nous le savons, entre Pierre et Paul ce ne fut pas toujours l’entente cordiale. Les Actes des Apôtres nous montrent l’Eglise primitive qui se constitue autour de Pierre et des 12, tous unis dans la prière, l’écoute de la Parole et la fraction du pain. Et voilà que Paul, appelé par Dieu, vient ouvrir ce cercle un peu fermé en faisant entrer dans l’Eglise les nations païennes. Son zèle bouscule et perturbe les premières communautés qui sont toutes d’origine juive. Sa conception pastorale d’ouverture et de liberté désoriente l’Eglise naissante et provoque ce qu’on a appelé le concile de Jérusalem. On y voit l’autorité de Pierre déjà reconnue et acceptée. Après bien des discussions, il est décidé de ne pas imposer aux païens les prescriptions de la loi juive. Un jour, Paul s’opposera publiquement à Pierre qui paraît encore hésitant par crainte de froisser la sensibilité des chrétiens de tradition juive : c’est le conflit d’Antioche rapporté au chapitre 2 de la lettre aux Galates. Quand Pierre vint à Antioche, je me suis apposé à lui ouvertement, car il s’était mis dans son tort. Si tant de choses séparaient Pierre et Paul, une chose les unissait profondément et intimement : leur amour absolu, passionné de Jésus. Un amour que Pierre a confessé le premier : « Tu sais tout, Seigneur, tu sais bien que je t’aime » (Jean 21, 7). L’amour qui faisait vivre Paul : « Pour moi, vivre, c’est le Christ. Pour Lui j’ai tout perdu. » (Philippines 1, 27). Pierre et Paul nous rappellent que Jésus est le fondement de toute fraternité, que la fraternité n’est pas donnée d’emblée mais c’est un don à demander, à recevoir chaque jour. Oui, il est possible d’être frères et de vivre en frères ! L’évangile de ce jour nous relate un moment significatif du cheminement spirituel de Pierre. La scène se passe aux alentours de Césarée de Philippe, lorsque Jésus pose une question aux disciples : « Pour vous qui suis-je ? » La réponse de Pierre : « Tu es le Messie » porte en germe la future confession de foi de l’Eglise. Et nous connaissons la réponse de Jésus : « heureux es-tu, Simon fils de Jonas ! » Cette béatitude est la même que celle de Marie : « Bienheureuse celle qui a cru... » Cette béatitude est pour nous aussi. A nous aussi Jésus dit : « Bienheureux êtes-vous, vous qui essayez de garder l’Évangile dans toute sa pureté, sa fraîcheur et qui continuez à le proposer avec un enthousiasme renouvelé aux hommes et aux femmes de votre temps ! » « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Sans doute, Pierre n’avait pas encore compris le contenu profond de la mission messianique de Jésus. En effet Pierre attend un Messie, un homme divin qui accomplira les attentes du peuple en imposant à tous sa toute-puissance. Paul, venu étudier la Loi de Moïse auprès du grand Rabbi Gamaliel, considérait tout d’abord inacceptables le message des premiers chrétiens et il se mit à les persécuter. Puis saisi par le Christ sur le chemin de Damas, il consacre toute son énergie au service du Christ et de l’Évangile, jusqu’au don suprême de sa vie. Pierre et Paul, ces deux hommes que tout opposait, ont été saisis par l’amour du Seigneur et cet amour du Christ les a unis jusque dans le témoignage suprême du martyre. Des icônes représentent le baiser de Pierre et de Paul. Quelle leçon pour nos communautés ! La charité chrétienne n’unit pas seulement ceux qui se ressemblent, elle fait se ressembler ceux qu’elle unit. Les différences demeurent et même les conflits d’idées, mais grâce à un Amour qui vient d’ailleurs, l’amour même qui unit en Dieu le Père et le Fils, ces différences deviennent richesses complémentaires. Cela suppose pour chacun de faire l’expérience de sa propre faiblesse pour se laisser revêtir de la force même de Dieu. On ne devient pas disciple de Jésus sans une conversion. La prière sur les offrandes de ce jour dit justement ceci : conscients de ne rien mériter, nous sommes d’autant plus heureux que notre salut vient de ta seule grâce... Soyons des témoins crédibles de cette grâce qui seule doit déterminer nos choix.

14ème Dimanche Ordinaire Année C

Quatorzième dimanche du temps ordinaire année C

Annoncer Jésus mais surtout s’annoncer Jésus pour mieux l’annoncer aux hommes.

La parole qu’elle soit donnée ou reçue a une force extraordinaire. Elle met en marche, fait bouger et agir l’être humain. Bonne ou mauvaise, elle a le pouvoir de changer les choses, les gens, les événements, le monde et son histoire. Cette parole est toujours la parole de quelqu’un et très souvent, elle est adressée à quelqu’un d’autre qui doit à son tour la donner et aussi la recevoir.

Les textes de ce quatorzième dimanche du temps ordinaire de l’année C insistent sur l’annonce de la parole de Dieu. Une parole divine qui s’est faite parole d’homme, une parole à annoncer aux hommes et une parole à s’annoncer à soi même pour s’en nourrir afin de mieux l’annoncer.

Pourquoi l’annoncer ? Afin que les hommes en l’écoutant puissent découvrir le chemin de la vie parfaite, puissent découvrir le chemin du vrai bonheur, la vraie réponse à toutes les questions existentielles qu’ils se posent. Il faut l’annoncer parce que le Seigneur en a donné expressément l’ordre à ses disciples et par eux à tous ceux qui seront disciples à leur suite. Cf finale de Mathieu.

A qui l’annoncer : à tous les hommes et comme le disent certains papes dans l’adresse de certaines encycliques, ‘’ à tous les hommes de bonne volonté’’. Oui comme Saint Paul, tout chrétien est appelé à annoncer la bonne nouvelle à tous les hommes sans aucune distinction et sans aucune exception.

Qu’est ce qu’il faut annoncer ? La parole de Dieu. Et rien que cette parole. Cette parole, qui est une parole divine est devenue en Jésus parole humaine donc accessible et compréhensible à tous. C’est une parole de consolation, de paix et de joie comme nous le voyons dans la première lecture. Mais cette parole engage autant ceux qui la disent que ceux qui l’écoutent. La mission de l’annonce de la Bonne nouvelle est donc chose très délicate et sensible. C’est une mission urgente. L’évangile le dit bien : la moisson est abondante mais les ouvriers sont peu nombreux. C’est une mission difficile (brebis au milieu des loups) aussi car ce n’est pas facile de parler aux hommes surtout d’une chose que soit même on n’arrive à respecter comme il se doit. Mais la mission n’est pas de convaincre mais juste d’annoncer. Le Seigneur a précisé à ses disciples certains critères indispensables sinon obligatoires pour mener à bien la mission de l’annonce de la bonne nouvelle :

1- Une confiance inébranlable en la providence divine qui met tout en œuvre pour le bien de celui qui annonce la parole de Dieu.

2- Cette confiance doit devenir une foi totale en la providence et se manifester dans la vie de celui qui annonce la parole par un détachement par rapport au bien et confort matériels.

3- Ce détachement par rapport aux biens et conforts matériels imprime forcement un comportement à celui qui annonce la parole et le Seigneur ajoute qu’il doit se montrer comme un homme de paix.

4- Tous ces points impliquent une réelle souffrance, une certaine croix qui est indispensable pour la mission. Saint Paul le souligne dans la deuxième lecture.

Chers amis, lecteurs et lectrices, nous le voyons bien, annoncer Jésus n’est pas une sinécure mais c’est une chose si simple et facile quand on le fait avec, pour et par lui, quand on sait rester à sa place de serviteur inutile et non de thaumaturge, de chasseur de diable, ou de faiseur de miracle. Le Seigneur le dit bien dans la finale de l’évangile. Nous n’avons pas à nous réjouir et nous glorifier des merveilles ou miracles qu’il fait par nous dans notre annonce de la bonne nouvelle. Nous devons plutôt nous réjouir ‘’ que nos noms soient inscrits dans les cieux ’’. Comprenons bien que ce que l’on demande à tout chrétien c’est d’abord d’annoncer la parole de Dieu, pas d’abord de faire des miracles ou des choses extraordinaires. Le premier et le meilleur des exorcismes est, me semble t-il, l’annonce et l’écoute quotidienne de la parole de Dieu.

Beaucoup de choses dans la réalité quotidienne montrent clairement que l’annonce de la parole de Dieu doit être repensée en notre temps et entre autres choses, il est urgent non plus d’annoncer seulement la bonne nouvelle, mais de se l’annoncer pour mieux en vivre et l’annoncer aux hommes. A chacun de se demander s’il ne fait pas plus annoncer la bonne nouvelle aux hommes que de se l’annoncer lui-même. O Seigneur mets sur nos lèvres la parole qui sauve. Amen.

Abbé Elzéar ADOUNKPE

15ème Dimanche Ordinaire Année C

15e dimanche du temps ordinaire année C

QUINZIEME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE C

Ne demande pas aux autres d’être proche, toi, sois proche et vis la loi de l’amour et non l’amour de la loi.

Les textes de ce jour nous demandent de savoir trouver dans le bonheur de l’homme la gloire de Dieu ou inversement de savoir en glorifiant Dieu viser le bonheur de l’homme. Le Christ a clairement affirmé que le résumé de la loi était l’amour de Dieu et celui du prochain et il a dit que ce dernier c’est-à-dire l’amour du prochain est semblable au premier c’est-à-dire à l’amour de Dieu.

‘’Jésus lui dit : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes." Mat 22, 40

Si le premier commandement est semblable au second, cela veut dire clairement que les deux sont à prendre et à vivre ensemble. Il faut donc réaliser un équilibre entre le premier et le deuxième. Et l’exemple choisi par le Christ est très parlant pour son interlocuteur : ce dernier est de ceux qui défendent la loi et la religion de son temps. Pourquoi le prêtre et le lévite sont ils passés sans secourir le blessé qui est lui aussi fils de leur race ? l’explication la plus connue de tous est qu’ils allaient rendre service au temple et qu’ils ne devaient pas selon la loi toucher du sang sinon ils seraient impurs et ne pourraient donc pas rendre le service. Ma recherche dans la bible a été infructueuse. Certes, il y est clairement affirmé que le sang est une chose très sacrée et les conditions pour le toucher et en user sont définies surtout dans le livre du Lévitique. Mais nulle part, je n’ai vu écrit dans la Bible qu’il était interdit de toucher un homme blessé par crainte de son sang. La recherche peut avoir été mal faite mais même si la loi de Moïse interdisait aux prêtres et lévites de toucher ou de se laisser toucher par le sang, une réalité demeure : aucune loi ne saurait interdire à l’homme de faire du bien à son prochain et de le sauver. Je suis très intéressé par ce que le prêtre et le lévite de la parabole auraient fait si le blessé était un prêtre ou un lévite. Une chose est sure : Une telle loi serait injuste au plus haut point et elle serait aussi foncièrement contraire à la volonté de Dieu : ‘’ Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante.’’ Jean 10,10b.

Le lévite et le prêtre de l’évangile sont donc des gens qui en suivant la loi de Dieu ont laissé mourir un être humain créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Ils ont agi par amour de la loi au lieu d’agir en suivant la loi de l’amour, en suivant leur cœur. Dieu n’a-t-il pas dit : c’est l’amour que je veux et non les sacrifices ?

Ainsi Jésus par cette parabole répond clairement au scribe : pour avoir la vie éternelle, il faut aimer Dieu autant que son prochain. Ne jamais sacrifier l’un pour l’autre. Mais la vraie réponse de Jésus à mon avis n’est pas là. Il est dans les deux dernières réponses de Jésus et du Scribe : Il ( le scribe) dit : "Celui-là qui a exercé la miséricorde envers lui." Et Jésus lui dit : "Va, et toi aussi, fais de même."

Après avoir présenté sa parabole, Jésus laisse le scribe donner lui-même la réponse à la question qu’il lui a posée à savoir qui est son prochain. Et nous voyons une chose inouïe se passer : un juif pétri de sa connaissance des écritures, affirme qu’un samaritain est le prochain donc le frère d’un juif. Extraordinaire . Aucun juif ne pourrait accepter et affirmer la chose. A plus forte raison un docteur de la loi. Ainsi la réponse à la question du scribe ( qui est mon prochain) est : (ton prochain est un samaritain) si on peut parler ainsi. Car deux juifs et pas des moindres sont passés et n’ont pas considéré le blessé comme leur prochain. C’est le samaritain qui l’a fait. On pourrait donc répondre au scribe que le prochain, c’est celui de qui on se fait proche. C’est une insistance pour briser les barrières qui séparent et éloignent les hommes les uns des autres. C’est l’ouverture à une fraternité universelle en Jésus Christ. Nous sommes appelés dans nos rapports interpersonnels à vivre la loi de l’amour et non l’amour de la loi, à éviter et lutter contre les préjugés et les idées reçues afin de savoir accueillir l’autre dans sa différence. La question ne serait plus donc, qui est mon prochain mais plutôt de qui je me fais le prochain

.

Chers frères et amis du Christ, nous servons un homme admirable et extraordinaire. Il nous appelle aujourd’hui à savoir dépasser certaines choses pour aller, mus par la charité vers tous nos frères qui ont besoin de nous. La question n’est plus d’attendre de l’autre qu’il soit mon prochain mais plutôt d’être le sien, d’être en permanence dans une attitude de bonne intention envers chacun et tous.

Mon frère, de qui es tu le prochain ? de qui te fais tu proche et dans quelle intention ?

Père S. Elzéar Spire ADOUNKPE

16ème Dimanche Ordinaire Année C

Accueillir la Parole de Dieu et entrer dans une relation plus intime avec le Seigneur

Chers frères et sœurs, la première lecture et l’évangile de ce 16e dimanche du temps ordinaire de l’année liturgique C nous présente une vertu que l’on dit ’être à tort ou à raison typiquement africaine : il s’agit de l’hospitalité. En effet, c’est un devoir sacré pour tout africain de bien accueillir le visiteur ou l’étranger. Ce sens de l’hospitalité est poussé à l’extrême dans certaines aires culturelles où celui qui accueille donne l’une de ses femmes à son hôte pour la nuit. Qualité humaine, l’hospitalité est l’art de bien accueillir des visiteurs, de les mettre à l’aise au tant que possible. Les textes d’aujourd’hui, la première lecture et l’évangile nous présentent l’hospitalité d’Abraham, celle de Marthe et celle de Marie.

Chez nous en Afrique, la première chose qu’on offre à l’étranger quand il arrive, c’est l’eau. Pour étancher sa soif mais on ne s’arrête pas là. Quelque soit l’heure du jour, l’on se met en quatre sinon plus pour trouver un repas acceptable ou un festin pour l’hôte. Enfin, on veille à ses petits besoins : toilette, lieu où dormir etc. Je ne crois pas que cela serait différent chez les juifs. Il faut noter que l’eau sert aussi à laver les pieds au visiteur, geste de Marie sœur de Lazare a fait à Jésus non plus avec de l’eau et une serviette mais avec du parfum et ses cheveux. Nous voyons clairement que l’hospitalité telle que définie en ces gestes d’accueil et de soin à donner à l’hôte, est l’hospitalité d’Abraham et de Marthe. C’est une hospitalité qui s’exprime par des gestes extérieurs d’accueil et de soins à donner. Cette hospitalité est très importante car elle soulage et apaise l’hôte du poids de la fatigue du voyage. Elle est importante mais elle n’est que le début de l’hospitalité. Car ces gestes d’accueil de soins à donner à l’hôte peuvent être faits sans aucun amour pour le visiteur. Il doit vous être déjà arrivé lors d’une visite de voir que celui chez qui vous êtes allé vous sourit mécaniquement, que sa gentillesse, son rire, son sourire, tout le contenu de son accueil est juste de la singerie. Ces gestes d’accueil sont bons en eux-mêmes mais peuvent ne pas être portés par une bonne intention. Abraham comme Marthe accueillait avec un bon cœur et leur intention est bonne mais Le Seigneur tourne nos regards et le leur vers l’hospitalité de Marie.

J’avoue avoir toujours été un peu choqué par la réponse de Jésus à Marthe. Ah ! Seigneur, les mots que tu nous dis, nous étonnent et parfois nous renversent. La question qui surgit chaque fois en moi est de savoir si le Seigneur après sa réponse à Marthe a mangé le repas et il me semble que la réponse est oui. Et avec appétit. Bien sûr Marie aussi. Jésus ne refuse pas ce que Marthe fait mais il lui dit que ce que Marie fait est mieux car elle accueille le Seigneur non seulement dans sa maison mais dans son cœur. L’hospitalité de Marie est accueil de Jésus dans la profondeur de son âme. Elle se fait ouverture, disponibilité, accueil. Marie est dans la posture du disciple, de celui qui écoute, de celui qui apprend. Elle accueille Jésus dans sa vie. Et en ce sens elle est modèle pour tous les chrétiens.

Chers frères et sœurs, chers amis, nous avons déjà cent cinquante ans d’évangélisation et nous pouvons nous demander si l’Afrique, le Bénin et vous qui me lisez avez vraiment accueilli le Christ. Ne serions nous pas tous comme Marthe empressés de poser des gestes extérieurs d’accueil alors que le Seigneur demeure à la périphérie de notre vie ? Ce n’est pas dans une maison de pierre ou une église de pierre que le Seigneur veut être accueilli. Il veut être accueilli dans la maison de notre cœur. Accueillons le chaque jour comme Marthe mais allons plus loin dans notre accueil en ouvrant l’oreille de nos cœurs et la maison de notre vie au Seigneur. Ce serait triste pour nous qui nous disons chrétiens de réaliser qu’en fait des non chrétiens ont mieux accueilli le Christ que nous. Comment nous accueillons nous les uns les autres ? Comment accueillons-nous Jésus dans notre vie. Ce sont nos gestes qui donnent la réponse. Que notre comportement, notre agir de chaque jour montrent que nous avons accueilli le Christ dans notre vie.

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Père Sèyèmè Elzéar Spire ADOUNKPE
17ème dimanche ordinaire C

XVII Dimanche du temps ordinaire – Année C – 28 juillet 2013 Gn 18,20-21. 23-32 ; Ps 137 ; Col 2,12-14 ; Lc 11,1-13

Persévère dans la prière. Prie à temps et à contretemps. Prie quand tu en as envie. Et quand tu n’en n’as pas envie, prie encore. Des gens que tu ne soupçonne pas ont besoin de ta prière.

  • Je voudrais commencer cette petite méditation des textes du 17e dimanche du temps ordinaire par un témoignage. Un jeune homme qui venait d’entrer fraichement au séminaire, avait reçu beaucoup d’intentions de prières. Il promit de prier pour tous ceux là au cours du chapelet quotidien qui se déroulait après le repas du soir et la récréation. Mais il ne put tenir sa promesse car il dormait en marchant pendant le chapelet. Le programme du séminaire pour le nouveau venu qu’il était le fatiguait beaucoup et déjà à 20heures, il n’avait plus qu’un seul besoin pressant : dormir. Il vécut donc très difficilement le chapelet quotidien et ne put donc pas durant ce premier trimestre prier pour ceux qui lui avaient confiés des intentions. Au retour des congés, il se demandait ce qu’il allait dire aux gens à qui il avait promis de prier. Bien sûr ! se disait-il, aucun d’eux ne pouvait vérifier s’il l’avait fait ou pas. Mais il fut surpris car ceux pour qui il avait promis de prier vinrent le remercier car ils avaient -disent ils- été exaucés. Je n’encourage personne ici à ne pas prier mais je voudrais juste insister sur l’importance de la prière et dire que Dieu vient même au secours de notre faiblesse et prie en nous.
  • Les textes de ce 17e dimanche du temps ordinaire nous demandent de prier sans cesse, sans nous lasser, de persévérer dans la prière. La première lecture et l’évangile insistent fortement sur la persévérance dans la prière, une prière humble, simple, insistante, toujours recommencée, jamais découragée. Oui ! Dieu sait plus que nous-mêmes nos besoins et demandes. Mais il veut que nous demandions. Pourquoi ? Pourquoi prier si Dieu qui est notre Père connait nos demandes ? Oui il le faut parce que le but de la prière n’est pas d’adresser des demandes à Dieu pour qu’il les honore. Non. C’est une compréhension erronée de la prière. La prière est juste une rencontre personnelle intime, prolongée sinon durable avec le Seigneur. C’est une rencontre entre Dieu et sa créature, entre un Père et son fils. Et nous savons bien que ce n’est pas toutes les rencontres entre père et fils qui ont juste pour objet les demandes du fils. Nous pouvons même pousser la réflexion plus loin et nous demander si Dieu aussi au même moment que nous venons lui demander des choses, n’a pas aussi des choses à nous demander ? Je crois que si. A nous de savoir l’écouter pour connaitre ses demandes. Mais les textes de ce jour insistent sur la persévérance à avoir dans la prière. Ils attirent notre attention sur le fait que prier n’est pas une chose aussi simple et spontanée qu’on peut le penser. C’est un apprentissage, un effort de chaque jour toujours recommencé. Et pour cela, il faut s’accueillir comme dépendant en tout de Dieu et faire chaque fois son acte d’abandon total à la volonté divine. Revenir chaque fois et toutes les fois au Seigneur et repartir de lui en toute chose. Autrement dit, la prière comme une expression le dit souvent est la respiration du Chrétien. Saint Augustin dit que ‘’ la prière est l’un des signes de la grâce de Dieu en nous.’’ Mais attention à l’hypocrisie. On peut prier, être assidu, persévérant dans la prière juste pour être vu et apprécié des gens. C’est l’une des choses que Jésus reprochait aux pharisiens. A chacun de nous de se demander pourquoi et comment il prie. Cette petite citation de MAHATMA GANDHI peut bien nous aider :’ Il vaut mieux mettre son cœur dans la prière sans trouver de parole que trouver des mots sans y mettre son cœur ’’. Et nous voyons clairement dans cette citation que la prière portée à un plus haut niveau se fait silence dans lequel tout n’est que paix, union, communion, entente parfaite avec l’hôte intérieur qui est en nous. La prière est donc à ce niveau un peu comme ce que l’eau est au poisson, ou comme ce que l’air est aux êtres vivants et la persévérance en ce sens n’est plus un exercice difficile mais juste une heureuse habitude qui est devenue naturelle. C’est une telle grâce que nous tous devons demander à Dieu car cette grâce est celle de ceux qui sont dans le bonheur de Dieu. Il faut donc prier, toujours prier, à temps et à contretemps, qu’on en ait ait envie ou pas en demander au Seigneur de nous aider à savoir le prier.

Le Seigneur lui nous donne une réponse simple dans l’évangile : la prière du Notre Père. Enseignée par Jésus lui-même à ces disciples, cette prière prend en compte déjà tout ce qu’il faut pour le chrétien.

Notre père  : Cette expression dit déjà que celui qui prie a des frères et qu’eux tous ont un Père c’est pourquoi il a dit notre Père. Que ton Nom soit sanctifié : que le Nom de Dieu notre Père soit tenu pour sacré donc respecté. Ce respect, cette sanctification du Nom de Dieu signifie une sanctification de fils de Dieu. Si le Nom de Dieu était respecté, bien de choses auraient changé et bien de personnes réfléchiraient par trois fois avant de faire le mal.

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel  : la volonté de Dieu c’est le bien de L’homme et ce bien doit être fait sur terre comme au ciel. Viennent ensuite les demandes liées aux besoins de l’homme. La nourriture de chaque jour. Nourriture pour le corps, le pain et nourriture pour l’âme le pardon qu’il faut donner pour recevoir. La demande d’être sauvé de la tentation et du mal.

Cette prière que nous devons apprendre à redécouvrir et à prier lentement est une prière éminemment efficace surtout qu’elle fut enseignée par le Seigneur lui-même. Chers frères et sœurs amis de Jésus, demandons la grâce de savoir prier, de savoir rester avec le Seigneur. Amen

Père S.Elzéar Spire ADOUNKPE

Un Jour, de moi, on dira DECEDE

COMMÉMORATION DES DÉFUNTS SPÉCIALE DÉDICACE A CEUX QUI ONT ÉTÉ CE QUE NOUS SOMMES

Un jour, on me dira R.I.P

 [1]

Un jour de moi, on dira décédé.

Mon cœur ou autre chose aura cédé.

Ce corps ridé par les affres de l’existence.

Aura lâché cette âme à bout de souffrance.

Un jour de moi on dira décédé.

De l’outre tombe où j’aurai accédé.

Je verrai les gens pleurer autour de moi.

Chacun pour un motif différent avec émoi.

Thanatos, les bras grands ouverts m’accueillera.

La mort est l’hoirie de tous les êtres d’ici bas.

Je verrai enfin peut être mon père bien aimé.

Je verrai enfin tous ces êtres chers et regrettés.

Un jour, c’est sûr, de moi on dira décédé.

La vie continuera, et le souvenir se perdra.

En mémoire de notre cher et regretté……

Les jours passent mais la douleur persiste on dira.

Un jour de moi on dira décédé.

Les faire-parts, les carnets, les veillées…

Hé oui, c’est à peine imaginable mais vrai.

Je mourrai un jour, C’est une vérité vraie.

Que de questions bouleversantes !

Quelles préoccupations angoissantes !

Je me dis : Vivre ou ne pas vivre….

Une voix me dit : aimer ou ne pas aimer

Et je sus depuis ce jour que si c’est sûr,

Que de moi, on dira un jour DÉCÉDÉ,

C’est aussi sûr qu’on pourrait aussi dire, RESSUSCITE.

J’entrerai dans le monde où tout est pur.

Jésus les bras grands ouverts m’accueillera.

La résurrection est l’hoirie des êtres d’en haut.

J’aimerai davantage Notre Père qui est aux cieux,

Je connaitrai comme je suis connu par le Père des cieux.

Un jour de moi, on dira décédé

Mais pour toujours de moi, on dira RESSUSCITE.

-Père S. Elzéar Spire ADOUNKPE

Méditation des textes du 31e dimanche du temps ordinaire C :

Méditation des textes du 31e dimanche du temps ordinaire C : Regarder les choses avec les yeux de Dieu

Méditation des textes du 31e dimanche du temps ordinaire C : Regarder les choses avec les yeux de Dieu

Livre de la Sagesse (11, 23-12, 2)

Psaume 144 [145]

Seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens (1, 11-2, 2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (19, 1-10)

  • Chers frères et sœurs, les textes des deux dimanches derniers nous ont enseignés la persévérance dans la prière et la manière de prier. Les textes de ce dimanche, le trente unième de l’année liturgique C, nous demande d’avoir le regard de Dieu. Nous sommes conviés à regarder toutes choses comme Dieu les voit.
  • La première lecture montre bien ce regard de Dieu qui est toute pitié, toute miséricorde, toute bonté et amour envers ses créatures. Le coeur de Dieu qui recele toutes ces graces se prolonge dans sa manière de voir toute la création. Comme un artiste, un potier, Dieu nous faconne. Il a une idée de ce qu’il veut que nous soyons mais il regarde ce que nous sommes avec respect et amour ; il espère que nous accepterons d’être ce qu’il veut que nous soyons. Le Seigneur ne voit pas d’abord en Zaché, le publicain, le collecteur d’impots autrement dit, le traitre et le voleur. Il voit plutot en lui un fils d’Abraham. Et c’est à ce niveau, il me semble que nous devons voir la différence entre la maniere divine de voir les choses et celle humaine. Dieu voit chacun dans toute la beauté de la création qui à ses débuts était si belle que chaque fois, le créateur lui même s’extasiait que cela était beau. Il voit chacun dans toute la beauté de la re- création, la nouvelle création en Jésus, qui fait toutes choses nouvelles. Zaché, sauvé par le pardon de Dieu reçu par Jésus qui a posé sur lui le regard de Dieu, est devenu un nouvel homme. En témoigne sa promesse solennelle devant Jésus : " Voilà, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. " Dieu pose un regard plein d’amour, de bonté, de compréhension, de patience, de présuposées favorables et de pardon sur toutes ses créatures. Ce regard, il nous enseigne aujourd’hui de l’avoir sur nos freres et soeurs. Comme l’a dit un philosophe, ‘’ le regard de l’autre m’objective’’, ce regard doit me faire vivre.
  • Malheureusement, le regard humain n’est pas celui de Dieu. Perdus dans nos fragilités et limites, nous ne voyons souvent les autres qu’avec notre petite vue personnelle. Nous appelons les gens par leurs fautes ou erreurs. Ainsi, on est voleur quand on vole, menteur quand on ment, tueur quand on tue... c’est vrai que la même chose se fait quand on fait du bien mais confessons ensemble ici que nous sommes tous trop vite polarisés par ce qui est mauvais, et qu’un effort permanent de positiver doit etre fait. Nous tous chrétiens, devons nous efforcer à toujours avoir des préssuposées favorables et apprendre à ne pas desespérer de la nature humaine qui lui aussi est perfectible. Ne pas voir que le mal du moment mais avec foi espérance et charité, voir déja le bien qui peine à surgir d’une vie apparemment perdue comme celle de Zaché qui en un clin d’oeil à cause du regard de Jésus est devenu un homme résolument bon. Que Dieu nous donne d’avoir sa manière de voir les choses, son regard d’amour, de bonté Amen.

Le regard de Dieu

Il y a des regards qui liquéfient, statufient,

Il y a des regards d’acier blessant par leur silence,

Il y a des regards apeurés débordant de méfiance,

Il y a des regards qui espèrent et attendent votre chute,

Il y a des regards qui vous dénudent et vous crucifient,

Il y a des regards froids de mépris et d’indifférence,

Il y a des regards armés qui n’inspirent que la fuite …

Mais il y a aussi

Ces regards miroirs qui vous ramènent à vous-même,

Qui doucement vous dénudent et vous rajustent

Ces regards qui d’instinct vous disent ce qui est juste

Immenses océans de pureté qui vous aiment

Ces regards purs et désintéressés, plein de pudeur

Ces regards qui rendent supportables le malheur…

Ces regards d’hommes sont chemins vers le regard de Dieu.

Ce regard de Dieu, objet de mes désirs,

Ce regard de Dieu, buisson ardent

Devant qui personne ne peut se mentir,

Ce regard qui vous révèle totalement :

Ce regard de Dieu !

Père S. Elzéar Spire ADOUNKPE

« Jésus est Seigneur, Il règne dans la gloire ! »

Voilà ce que célèbre la solennité du Christ-Roi. Le Christ est roi, véritablement souverain.

Nous connaissons bien la figure du roi dans notre monde et dans nos différentes cultures d’hier et d’aujourd’hui. L’histoire d’ici et d’ailleurs nous conserve les souvenirs de la gloire, du prestige, de la puissance, de la bravoure, de la grandeur, mais aussi des bassesses des souverains de nos anciens royaumes. Aujourd’hui, l’administration publique a pris la place ; il n’y a plus de royaume, plus de monarques ; du moins, plus comme avant.

On assiste cependant à une résurgence anachronique et à une prolifération effrénée des rois et des chefferies traditionnelles aux intérêts inavoués. Avec la complicité et la complaisance ouvertes des pouvoirs politiques en place, ils cherchent même à se donner tant bien que mal une légitimité républicaine (subventions, usage de véhicules administratifs, participations aux grands débats nationaux…). On y retrouve malheureusement des chrétiens qui, lorsqu’ils n’ont pas réussi à se faire couronner, se retrouvent scandaleusement aux rangs des courtisans les plus zélés. Sous le prétexte fallacieux du développement de la culture ou d’un retour aux valeurs endogènes, des monarques, rois et roitelets ‘’tradi-modernes’’ se constituent un peu partout, à grand renfort d’occultisme, de titres ronflants, d’apparats et d’accoutrements plutôt ridicules que régaliens. Des palais royaux, véritables couvents de la superstition et laboratoires obscurs d’expérimentation des forces occultes, s’installent même en pleine ville, avec de grands enseignes, dans un décor et un standing quasi terrifiants. Ce constat est bien triste et symptomatique de la volonté de puissance et de pouvoir qui ne cesse de grandir dans le cœur des hommes de notre temps ; lorsqu’on ne s’improvise pas politicien, on se fait roi.

Dans ce contexte déjà brumeux où régent en maîtresses absolues les forces du mal, où l’ignorance favorise les amalgames entre culte et culture, politique et religion, où la cupidité se mêle aux autres vices, à la méchanceté, à l’intimidation et à la sorcellerie, le christianisme en général et la religion catholique en particulier, proclament dans la personne de Jésus-Christ, un roi, un roi grand, si puissant que son royaume à tout l’univers. Quel triple paradoxe ! Paradoxe d’abord, quand on sait que l’Eglise est de nature fondamentalement apolitique et s’est toujours démarquée des pouvoirs temporelles. Paradoxe, ensuite car celui qui toute sa vie terrestre durant a refusé d’être proclamé roi est à présent vénéré comme le roi de l’univers. Paradoxe enfin, puisque le jour où nous célébrons la solennité du Christ Roi, l’Eglise nous fait lire le récit où le Christ roi de l’univers s’identifie aux plus démunis (Mt 25,31-46) [Année A], le récit de la comparution du roi de l’univers devant Pilate (Jn 18,33b-37) [Année B], le récit de la crucifixion du Roi de l’univers entre deux malfaiteurs (Lc 23,35-43) [Année C]. Pourquoi donc avoir choisi précisément les épisodes le plus humiliants de sa vie pour parler de la royauté du Christ ? Un roi affamé, assoiffé ? Un roi étranger, nu, malade ? Un roi emprisonné ? Un roi jugé, condamné et exécuté ? Un roi crucifié ? Quelle étrange royauté ?

Et pourtant, c’est en mourant sur la croix qu’il proclame sa royauté ; lui qui a été arrêté, jugé, condamné injustement, flagellé, couronné d’épines, insulté, chargé de la croix, cloué sur la croix entre deux bourreaux… Pilate a poussé la dérision jusqu’à placer sur le bois de la croix l’écriteau blasphématoire de sa condamnation : « Celui-ci est le roi des juifs ». Un roi en croix, quelle contradiction !

Qui est donc ce roi mystérieux qui n’a jamais habité dans un palais et n’y est entré qu’une fois pour y être jugé et condamné ? (cf. Jn 18,28-38) Quel est ce roi dont le premier trône fut une mangeoire d’animaux (cf. Lc 2,7) et le dernier, une croix (cf. Jn 19, 17-22) dont il n’a pas voulu descendre pour exhiber sa puissance ? (cf. Mt 27, 39-44) Qui est ce roi serviteur (cf. Mc 10,45) , n’ayant d’autre loi que l’amour (cf. Jn15,12) et pour unique tribunal la voix de la conscience ? Qui est ce roi qui lave les pieds de ses disciples ? (Cf. Jn 13,1-15). Un roi sans aucune ambition politique (cf. Jn 6,15), ni armée (cf. Jn 18,36), sans parure, sans insignes royaux. Ce roi, c’est bien, Jésus-Christ. Il n’est pas venu se sauver mais pour sauver. Il révèle plutôt son amour qui le rend solidaire de la faiblesse humaine. Sa royauté consiste à donner le salut à ceux qui se laissent toucher par sa grâce. Elle n’a pas dans les apparats des royaumes de ce monde mais s’exerce à l’intérieur de l’homme pour le transformer. Le Christ règne en faisant participer l’humanité à sa vie divine ; il est roi par amour et pour le salut de tous, et son règne n’aura pas de fin.

Cette caractéristique pérenne de la royauté du Christ est soulignée dans la vision de Daniel : « Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite ». (cf. Dn 7,14) Car le pouvoir du Christ ne vient pas des hommes mais de Dieu ; de même, il ne s’exerce pas à la manière des royaumes de ce monde, mais selon le modèle de Dieu qui demeure le « Roi par excellence ».

La royauté du Christ ne vient pas de ce monde, c’est du Père qu’elle reçoit « honneur, gloire et puissance » (Cf. Ap 4,11) ; elle ne se conquiert pas par les armes, mais par l’amour ; elle ne reçoit pas son investiture des hommes mais de Dieu le Père ; il s’agit d’une royauté éternelle et salvifique dont le but est de libérer l’homme du pouvoir des ténèbres et de le transférer dans le Royaume de Dieu. Un tel règne se réalise par la rémission des péchés et la réconciliation avec Dieu. La vraie noblesse du Christ se cache dans le don dépouillé et sans retenue de sa personne offerte pour nos péchés.

Bien que n’étant pas de ce monde, la royauté du Christ est appelée à le transformer, à la manière d’un ferment enfoui dans la farine de blé. Telle est la noble mission confiée à l’Eglise et dont elle s’acquitte au long des siècles : construire dans le monde un règne de sainteté et de grâce, règne de justice, d’amour et de paix.

Ce règne est en germe partout où la vérité est accueillie et les cœurs ouverts à la grâce. Il se construit dans l’espérance sous le souffle de l’Esprit, à travers des gestes d’amour posés au nom de la foi.

En cette fête du Christ-Roi de l’univers, nous devons faire un examen de conscience et nous poser certaines questions fondamentales. Comment nous gérons-nous les petites parcelles d’autorités que nous avons, nos pouvoirs, nos responsabilités, (au service, à la maison, en famille, dans nos mouvements et associations, nos chorales, dans notre communauté paroissiale) ? Est-ce vraiment avec humilité, dans le sens du service désintéressé, ou plutôt avec la soif de dominer, de faire sentir son pouvoir, de donner des ordres, d’humilier et d’écraser les autres… ? Comment concilier autorité et service dans l’Eglise et dans la société d’aujourd’hui ? Quelle est notre rapport vis-à-vis de l’autorité et des pouvoirs en place à tous les niveaux ? Soumission servile, aliénatrice et avilissante ? Contestation forcenée, opposition rebelle, insubordination notoire ? Ou bien obéissance vraie, réfléchie et raisonnée, en référence à la Parole de Dieu ?

En cette fête du Christ-Roi de l’univers, demandons au Seigneur de régner en nous ; d’être le maître de nos pensées et de nos actions ; le guide de nos choix et le modèle de notre vie. Demandons-lui d’étendre son règne sur l’univers entier pour que les hommes s’aiment davantage et se reconnaissent fils d’un même Père. Demandons-lui enfin de donner à ceux qui nous gouvernent assez de sagesse et de courage pour être réellement au service de tous. Demandons-lui de nous remplir de sagesse, d’humilité et de bonté dans l’exercice des responsabilités qui nous sont confiées.

La plus grande tentation à éviter à tout prix est de vouloir se servir du nom du Christ ou de sa Parole pour assouvir notre volonté de puissance et asseoir un pouvoir corrompu et oppressif, sournoisement teinté d’une fausse religiosité et maladroitement étayé de références bibliques. Ce serait d’ailleurs une aberration et un sacrilège auxquels peuvent facilement nous conduire nos ambitions. Ne faisons pas du Christ ce qu’il n’est pas : Il est roi, mais sa royauté n’est pas de ce monde !

Seigneur, Viens régner en nous en nous libérant des entraves du mal Viens régner en nous en nous réconciliant avec le Père Viens régner en nous en nous comblant de ton Esprit Pour que nous puissions comme toi, nous donner à nos frères dans l’humilité, le service, la justice, la paix et l’amour. Amen !

BONNE FÊTE DU CHRIST-ROI

Ghislain Yvon MAFORIKAN, Aumônier diocésain des Chorales Grégoriennes du Diocèse de Porto-Novo