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02 OCTOBRE 2011 : 27ème DIMANCHE ORDINAIRE ANNEE A

-* Is 5,1-7

-* Ps 79

-* Ph4,6-9

-* Mt21,33-43

Jamais le Seigneur n’a été aussi grave ni aussi clair qu’à travers cette parabole. Il nous brosse une fresque de l’histoire du Salut. Histoire dramatique. Histoire d’amour.

Il est ce propriétaire qui a planté sa vigne non seulement pour en tirer profit mais, on le sent, avec amour. C’est vrai qu’en contemplant un vignoble, l’alignement des plants et la taille parfaite de chacun ne peuvent que forcer l’admiration. Un travail aussi méticuleux, patient persévérant laisse présager l’attention soutenue et le dévouement des ouvriers. Or, cette vigne si chère au cœur du Seigneur, c’est son Royaume. A travers des siècles, il la confie à des vignerons pour en prendre soin et lui faire produire les bons fruits dont il espère la récolte abondante. Les vignerons ne sont ni une nation, ni un groupe, ni un individu en particulier. Personne ne peut se vanter d’être « vigneron attitré ». Il faut s’en montrer digne. Et pour cela, ne pas se croire autre chose qu’un serviteur inutile. C’est pourquoi il choisit ses « vignerons » non parmi ceux qui se croient sages et savants mais parmi les « petits » et les humbles. Ses apôtres, ses saints, ses amis témoins de l’évangile : tous sont marqués par l’humaine faiblesse et le péché.

Un propriétaire donc confie la vigne qu’il a plantée, aménagée, protégée par une clôture, à des métayers ; puis il part en voyage. A l’époque des vendanges, il envoie ses serviteurs chercher le produit de la récolte. Mais ceux-ci ne reviennent pas et la rumeur lui apprend qu’ils ont été mis à mal par ses vignerons. Au lieu d’exploser de colère comme nous l’aurions fait, le maître leur cherche des excuses. Peut-être n’ont-ils pas compris que ces envoyés venaient de sa part ? Alors il en envoie de nouveau et en plus grand nombre.

C’est certainement ainsi que le Seigneur agit avec nous. Il nous a choisis, appelés. Il nous entoure de sa sollicitude. Il veille sur nous sans relâche. Il nous dit de ne pas avoir peur. Il ne se laisse jamais décourager par notre refus. Avec persévérance, il nous envoie de nouveaux signes ou de nouveaux messagers de sa Parole. Même au moment de mourir, il trouvera le moyen d’excuser ses bourreaux : « ils ne savent pas ce qu’ils font ». Aimés comme nous le sommes par lui, ne devrions-nous pas reproduire en nous et autour de nous les effets de cet amour ?

Comme lui le maître de la vigne est patient et ne désespère pas de toucher le cœur de ses intendants. Il lui reste son « fils bien-aimé », c’est-à-dire son fils unique. Il pense : « Ils respecteront mon fils ». Malheureusement, le cœur des vignerons est aveuglé par l’envie. Dès qu’ils aperçoivent le fils, ils imaginent qu’en le supprimant ils se rendront maîtres de la vigne. N’est-ce pas eux qui font le travail au long du jour ? De ce fait, la vigne n’est-elle pas la leur ? Tentation bien humaine de s’approprier les mérites de notre travail ou de nos actions au service du Royaume. C’est justement contre cela que le Seigneur veut nous mettre en garde.

Cette parabole peut être interprétée de bien des manières. On peut certes y voir une allégorie du rejet de certains membres du « peuple choisi » à l’origine par le Père. Rejet qui aboutira à la mise à mort du fils hors des murs de la Cité Sainte.

Cette mort ne marquera pourtant ni la fin ni l’échec du règne de Dieu. Au contraire, « La pierre rejetée par les bâtisseurs » va devenir « la pierre angulaire ». Dans une région exposée aux tremblements de terre, les bâtisseurs savent bien qu’il leur faut choisir des pierres imposantes et solides pour asseoir leur construction. Le Seigneur est cette pierre solide sur laquelle, après sa résurrection avec l’assistance de l’Esprit Saint, sera érigée l’Eglise : nouveau peuple de Dieu. « C’est là l’œuvre de Dieu, une merveille sous nos yeux ».

Gérants de la vigne du Seigneur, nous sommes appelés à en prendre soin pour la faire fructifier. Pour nous y aider, il nous a laissé et ses sacrements, réservoirs de ses grâces. A nous de savoir profiter pleinement de ses bienfaits en mettant simplement nos talents à sa disposition. Mais ne succombons pas à cette tentation de nous croire l’auteur ou le propriétaire de notre travail dans l’Eglise. Dès que nous faisons d’un projet aussi généreux soit-il, une affaire personnelle au lieu de le confier à la Providence, nous nous mettons dans la situation des vignerons homicides. En effet, si nous refusons d’être des serviteurs inutiles, l’Esprit du Seigneur ne peut plus réaliser par nous son plan de salut. Et ainsi, nous faisons obstacle à l’avènement de son Royaume.