jeudi 19 avril 2018



A c t u a l i t é s
vendredi 6 avril 2018
« Gaudete et exsultate », « Réjouissez-vous et (...)

mercredi 28 mars 2018
Si la fête de Pâques a un sens religieux pour (...)

mercredi 28 mars 2018
Nos seigneurs Aristide GONSALLO et Roger (...)

vendredi 23 mars 2018
« Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé (...)


En vrac !
mercredi 22 novembre 2017
Dans l’eucharistie, le Christ « communique » (...)

vendredi 17 novembre 2017
C’est la seconde catéchèse sur la messe

mardi 17 octobre 2017
Monsieur le Directeur Général, Mesdames et (...)

mercredi 9 août 2017
L’euthanasie est le « meurtre délibéré moralement

vendredi 4 août 2017
Le pape François invite les religions à « prier (...)

mercredi 2 août 2017
Radio Vatican en français salue le 100e (...)

lundi 31 juillet 2017
A l’occasion de la « Journée mondiale de la (...)

lundi 31 juillet 2017
L’engagement de l’Eglise pour la promotion des (...)

mercredi 14 juin 2017
N’aimons pas en paroles, mais par des actes (...)

mardi 21 février 2017
Ils étaient tous au rendez-vous, les mouvements et


V a c a n c e s
vendredi 11 juillet 2014
La communauté des sœurs Salésiennes Missionnaires de

jeudi 27 juin 2013
Pour marquer l’Année de la foi, l’aumônerie (...)

Aller à : Accueil du site > Notre Eglise > 110 Mgr Aristide > « Ce que tu es est

« Ce que tu es est un cadeau de Dieu. Ce que tu deviens est un cadeau à Dieu »

Texte intégral de l’homélie de Mgr Aristide Gonsallo à la fête de l’Epiphanie, le 07 janvier 2018.

Messieurs les membres du gouvernement, Monsieur le Préfet, Monsieur le Maire, et président du comité d’organisation du festival international de Porto-Novo, Frères et sœurs en Christ, Nous les attendions. Ils sont arrivés à la crèche avec quelques jours de retard sur les bergers.

Ce sont les rois mages : le Noir, le Blanc, le Jaune venus de loin en une fabuleuse caravane selon la tradition. La solennité d’aujourd’hui est la plus vieille fête de Noël et constitue pour l’Église d’Orient aujourd’hui encore, la seule fête de Noël. L’Église latine fête donc deux fois Noël : le 25 décembre et à l’Épiphanie. Je voudrais du haut de cette chaire souhaiter une heureuse et sainte fête de l’Épiphanie à vous tous, chers fils et filles du diocèse de Porto-Novo et plus particulièrement chers fils et filles de la ville de Porto-Novo et ses environs et vous, vous qui êtes venus vivre cette célébration unique pour ne pas vous la faire conter.

La liturgie d’aujourd’hui ne nous décrit pas le processus qui a conduit jusqu’à la naissance de Jésus dans l’étable de Bethléem. Saint Matthieu est le seul évangéliste à nous rapporter cet épisode des Mages venus d’Orient pour se prosterner devant le roi des Juifs. Dans cette rencontre entre les mages et l’Enfant Jésus, il n’y a pas de parole. Saint Matthieu n’évoque pas non plus des bergers à qui des anges viennent annoncer la bonne nouvelle de la naissance du Sauveur. Il y est plutôt question de mages venus d’Orient, à la recherche du Roi des juifs qui vient de naître. D’où venaient-ils ? Personne n’a jamais pu le dire. Combien étaient-ils ? On ne le sait pas trop. La tradition leur a même donné des noms : Gaspard, Balthazar et Melchior. Certains écrivains comme Michel Tournier prétendent par ailleurs qu’il y a un quatrième roi mage qui serait venu des Indes. Quelle fut la longueur de leur voyage ? Nul n’a jamais su le dire également. Qu’ils viennent d’Arabie, de Perse ou de Babylonie, peu importe. Matthieu nous précise seulement qu’ils viennent d’Orient. Ce n’était donc pas la porte à côté ni le trottoir d’en face. Ce n’était même pas une délégation venant de Jérusalem, la capitale. Non, ils venaient d’ailleurs, de l’étranger. L’Orient est vaste et le chemin des étoiles ne connaît guère les limites du temps. Ce qui est sûr pour l’évangile de Matthieu qui nous laisse ce témoignage, c’est qu’ils venaient d’un au-delà : l’au-delà de ce que tracent les frontières, l’au-delà de ce que l’on voit généralement, l’au-delà de l’histoire ordinaire. Il est vrai que le récit de Matthieu enchante notre imagination et nos crèches soulignent souvent l’aspect exotique et pittoresque de l’événement. Mais l’évangéliste a une autre visée. Matthieu veut nous faire comprendre que le Christ n’est pas venu à Noël pour quelques-uns seulement.

Il est venu pour tous les hommes, de toutes races, de toutes langues, de toutes cultures. A travers ces trois mages, à travers ces trois étrangers, c’est l’humanité entière qui est là, réconciliée, heureuse, à contempler l’enfant Jésus. A travers leurs présents mirifiques (or, encens et myrrhe), la splendeur de la terre entière et le génie de tous les hommes affluent vers l’enfant Jésus, qui est toute beauté. Avec le bœuf, l’âne et les chameaux, l’humble peuple des bêtes s’en vient vers son petit berger.

Avec l’étoile, le scintillement de tous les univers chante celui qui est toute Lumière. Les mages venus d’Orient devraient d’abord vivre une déception cuisante : A Jérusalem, on ne savait rien du nouveau roi des Juifs qui venait de naître. Et la nouvelle de sa naissance a provoqué crainte et inquiétude auprès d’Hérode et des habitants de Jérusalem. Les mages sur indication des chefs des prêtres et des scribes d’Israël se rendirent à Bethléem. Ils y trouvèrent l’enfant, tombèrent à genoux et se prosternèrent devant lui. Des mages quittent leurs pays, avancent à tâtons vers le Roi des Juifs. Hérode est à Jérusalem, paralysé et miné par la peur et le mensonge. Nous pouvons alors nous demander pourquoi Hérode, les chefs des prêtres et les scribes d’Israël ne se sont pas rendus eux-mêmes à Bethléem, au moins par curiosité. En fait, pour voir Dieu, il faut une simplicité du cœur, une certaine candeur qui rend le cœur de l’homme capable d’émerveillement et d’accueil.

De Jérusalem à Bethléem, il y a moins de 10 km. La majesté du pouvoir d’Hérode, la suffisance de la science des scribes, la fierté du sacerdoce des Chefs des prêtres ne peuvent pas laisser de place dans leur cœur pour le Dieu qui se fait fragile dans un tout petit enfant couché dans une mangeoire de l’étable de Bethléem. L’attitude des mages d’une part et l’attitude d’Hérode d’autre part peuvent cohabiter en nous. L’essentiel est de le savoir pour sortir de la crainte et marcher vers celui qui est la Vérité et la Vie. Ainsi, ceux qui ont cherché Dieu, ceux qui se sont mis en route ont trouvé le petit enfant. Ils ont ouvert leurs coffrets et lui ont offert leurs présents. Ils regagnent leur pays par un autre chemin, parce qu’ils ont été avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode. Ils regagnent leur pays par un autre chemin, car ils sont « autres ». Ils repartent chez eux, non plus comme des chercheurs, mais transformés, transfigurés, exaucés.

Ils étaient venus offrir des présents au nouveau-né. Mais voilà que c’est le nouveau-né qui s’offre à eux, les transforme et les transfigure. Ils sont venus en chercheurs, ils repartent, pleins de grâce. De même pour nous aujourd’hui, nous formulons le vœu qu’un nouveau chemin de vie, un chemin « autre », s’ouvre pour chacun de nous en ce début d’année. Ainsi, le chemin qui conduit à Dieu signifie le fait de se dépouiller de soi-même, de son orgueil, de ses convictions.

Ce chemin consiste à chercher, à se mettre en route, à questionner, à laisser Dieu s’offrir à nous dans le mode qu’il veut, là où il veut, comme il veut. La solennité de l’Épiphanie nous montre ce chemin. L’Épiphanie, c’est donc la manifestation au monde de l’amour miséricordieux de Dieu qui a envoyé le Sauveur aux hommes. Nous qui avons reçu l’Évangile, nous devenons ainsi témoins de cette universalité de l’Église. Mais nous avons conscience que tant d’hommes et de femmes, sans faute de leur part, sont tellement loin de l’enfant Jésus et qu’il faut aller les chercher pour les y conduire. Ils sont encore en marge de l’annonce de la Bonne Nouvelle. L’Épiphanie du Seigneur, c’est un appel à la mission, une main tendue à la générosité, pour que ceux à qui a été révélé le mystère du Christ le fassent connaître à leurs frères et sœurs (Ac 16,9), en somme à toutes les Nations.

C’est dans cet esprit qu’il faut situer l’accueil que nous faisons en ce jour à nos frères et sœurs des religions traditionnelles que nous invitons ou qui viennent spontanément à la messe en un jour comme celui-ci, dans plusieurs localités de notre pays et spécialement dans le grand Porto-Novo. Ils viennent à nous pour accueillir le Salut qui aujourd’hui est offert à toutes les nations comme jadis aux mages. C’est en réalité la célébration du jour où, sortis de nos divers paganismes, éclairés par la Parole, nous avons marché vers l’Église et vers l’Étoile pour accueillir ou commémorer le Salut apporté par Jésus-Christ. C’est justement à ce niveau que se trouve la merveille de l’intuition pastorale du Vénéré père Francis Aupiais alors Prêtre de la Société des Missions Africaine (Sma) en service à la Cathédrale de Porto-Novo en 1922.

En ce temps-là, à Porto-Novo, le christianisme à peine sexagénaire, devait se frayer un chemin d’épanouissement au milieu de plusieurs croyances endogènes à manifestations diverses et variées. En effet, les féticheurs sortaient dans la ville avec leurs fétiches et se rassemblaient ensuite devant leurs temples pour danser ; les nagots et yoruba sortaient dans la ville avec les « Revenants » et se rassemblaient ensuite sur les places publiques pour danser. Les Agouda sortaient eux aussi dans la ville avec les Bourignants et se retrouvaient ensuite pour danser. Pour dissuader et empêcher les chrétiens de participer à ces manifestations qui portaient une certaine croyance, et dans le même temps, pour attirer ceux des autres croyances au catholicisme, le Vénérable Père Francis Aupiais, de concert avec les notables de l’Église de ce temps et certaines têtes couronnées a fait de l’Épiphanie, un véritable instrument d’évangélisation à double dimension.

Il s’agissait d’une part de rassembler les chrétiens eux aussi autour de la scène de l’Épiphanie et de s’en aller ensuite par toute la ville pour se retrouver au marché, lieu des grands rassemblements publics. Il s’agissait d’autre part, de saisir cette occasion pour inviter aux manifestations les fidèles des religions endogènes, afin qu’eux aussi, à la suite des Mages, reconnaissent progressivement Jésus comme le Messie de Dieu afin de lui offrir des présents. Au regard de ce rappel historique, vous comprenez que la fête de l’Épiphanie telle que célébrée dans le diocèse de Porto-Novo et dans les diocèses qui en font de même, demeure un patrimoine de l’Église Catholique qui est à Porto-Novo et c’est l’ordinaire des lieux qui en assume la responsabilité aujourd’hui.

C’est à moi votre Évêque que revient le sacré devoir de développer et de protéger ce patrimoine. C’est pour cela que j’ai réinventé et installé ces jours-ci l’organe directeur de l’Épiphanie. C’est cette commission qui présidera désormais à l’organisation de cette fête dans notre diocèse et dans les autres diocèses qui partagent ce patrimoine avec nous. Je voudrais ici saluer le nouveau bureau national de l’Épiphanie dont quelques membres ont été installés le 19 décembre dernier à l’occasion de mon deuxième anniversaire d’épiscopat.

Permettez-moi de les saluer nommément en faisant résonner leurs noms aux oreilles de toutes cette assemblée festive : Abbé Paul Akplogan, abbé Jules Dossah, abbé Firmin Loko, abbé Charlemagne Koudhorot, monsieur Jean Menou, monsieur Victor Lagoye, monsieur Noël Zadji, monsieur Emmanuel Attondé, monsieur Michel Dedjinou. A tous ces membres et à tous les autres à venir, je voudrais renouveler ma confiance totale en souhaitant qu’ils s’enrichissent les uns des autres de leurs expériences mutuelles en vue du centenaire de l’Épiphanie dans le diocèse de Porto-Novo et au Bénin. Je remercie déjà tous ceux et celles qui collaboreront à la réalisation de cette œuvre d’Église.

Il convient aussi que je protège ce patrimoine. Étant entendu que l’Épiphanie telle que célébrée chez nous est une invention de l’Église de Porto-Novo, toute initiative devant se servir de ses attributs doit se référer à l’ordinaire du lieu qui d’ailleurs reste ouvert à toutes activités pouvant contribuer à élargir l’audience de cette fête. L’Épiphanie est de soi, par toute sa liturgie, une fête missionnaire. Nous sommes invités à imiter la foi et la générosité de ces mystérieux hommes venus autrefois de l’Orient pour adorer le Christ nouveau-né. Nous aussi, nous nous sommes mis en route pour former ce matin la communauté de foi qui veut laisser Dieu s’offrir à elle. Que l’étoile de Bethléem nous guide.

Qu’elle nous précède dans nos vies et que les difficultés, les aléas et les déceptions du chemin qui mène à Bethléem ne nous découragent pas. Les mages se prosternent dans un geste d’adoration, de révérence, dans une attitude de prière. Nous sommes ainsi invités, nous aussi, à un silence d’adoration. Lorsque nous sommes prosternés devant Dieu, au lieu de coffrets, ouvrons-lui notre cœur. Déposons au pied de l’Enfant Jésus nos présents, c’est-à-dire nos joies, nos peines, nos actions de grâce, notre amour ou notre manque d’amour. C’est à ce titre que je vous laisse ces belles paroles de Robert Schuller : « Ce que tu es est un cadeau de Dieu. Ce que tu deviens est un cadeau à Dieu ». Levons nous, allons à Bethléem, prosternons-nous devant le nouveau-né et offrons-lui nos présents. Bonne fête de l’Epiphanie et bonne célébration à tous.