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HOMELIE DE MGR PAUL VIEIRA

A la messe de requiem du Père Dagnon Gilbert le jeudi 21 juin 2012, Mgr Paul K. Vieira a prononcé l’homélie suivante.

« Demeurez dans mon amour »

En la Cathédrale Notre-Dame de Cotonou le 3 juillet 2005, il m’avait été demandé d’assurer la prédication au cours de la célébration du lancement officiel des festivités du jubilé d’or sacerdotal du Père Gilbert Dagnon. D’entrée de jeu, je confessais au Père Gilbert Dagnon que je retenais ce service comme un honneur et une grâce particulière… En prenant la parole ce matin, je confirme ces mêmes sentiments et surtout je veux demeurer dans la fidélité au Père Gilbert.

Il avait voulu en effet que toutes les festivités autour de son jubilé d’or soient un Deo gratias, un merci à Dieu, source de toute grâce et une célébration du Christ Prêtre et du don du sacerdoce à l’humanité en sa personne. Je terminais ma prédication en m’adressant en ces termes au Père Gilbert : Père Gilbert, continuez d’être prêtre au milieu de nous, c’est-à-dire de nous actualiser efficacement et de façon manifeste l’unique sacerdoce de Jésus-Christ.

Aujourd’hui, j’ose confesser devant sa dépouille : Père Gilbert, tout est accompli et bien accompli. Frères et sœurs, ces festivités du jubilé d’or sacerdotal du Père Gilbert Dagnon et d’autres circonstances nous ont déjà offert l’occasion de relever sa personnalité hors pair, les vertus qui auréolaient sa vie, ses qualités et talents, cette force d’aimer qui lui faisait conjuguer à l’unisson le poète, le musicien, le littéraire et le mathématicien, le spirituel et le mystique, l’intellectuel et le pasteur, homme d’action.

Il m’a semblé avoir compris le secret du Père Dagnon le vendredi 13 avril dernier au cours de l’entretien que j’eus avec lui dans sa chambre ici même à Saint Jean. J’ai retrouvé au soir de sa vie le Père Dagnon que j’ai eu la grâce de croiser sur plusieurs fronts, comme mon professeur et mon recteur au petit Séminaire Sainte Jeanne d’Arc de Ouidah, comme le curé de la Cathédrale de Cotonou qui fit confiance au jeune prêtre à peine ordonné que j’étais pour me demander de lui assurer la permanence pendant près de deux mois, juillet et août 1975. J’ai pu apprécier de nouveau cette confiance quand, nommé recteur au petit Séminaire d’Adjatokpa, le Père Gilbert me demanda d’accompagner le CIP, c’est-à-dire le Comité d’intervention paroissial de Notre-Dame. Que de rencontres aussi depuis que je suis évêque, rencontres voulues par lui pour partager avec moi les soucis, les joies et les préoccupations au sujet de l’institut des Filles de Padre Pio.

Il a été justement écrit du Père Dagnon qu’il fut un prêtre à la vie entièrement donnée à Dieu et aux hommes, nourri d’une spiritualité mariale et d’un attachement aux saints en particulier, à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et à Saint Padre Pio de Pietrelcina. Oui, sa vie était entièrement donnée à Dieu et par conséquent aux hommes puisque notre Dieu est le Dieu de l’homme., fait Lui-même homme, sa vie tait donnée à Dieu et aux hommes pour une raison fondamentale qu’il me rappela lui-même à plusieurs reprises comme pour scander notre entretien : « Jésus est bon ! Jésus est bon ! Jésus est bon ! » Cela s’alternait avec « La croix est bonne ! La croix est bonne ! La croix est bonne ! »

Au soir de sa vie, le Père Gilbert redisait en ces termes ce qui fut le cœur de sa foi et l’âme de sa vie : la bonté de Dieu pour nous jusqu’à la folie de la croix, et notre accueil de cette bonté en imitation jusqu’à la preuve du sacrifice de notre propre vie. « Puisque Jésus a donné sa vie pour nous, nous devons aussi donner notre vie pour nos frères » (1 Jn 3, 16). La vraie mystique est une vie de communion profonde c’est-à-dire une vie non seulement avec le Christ mais dans le Christ qui petit à petit se transforme encore plus efficacement en une vie du Christ en nous. Si le Père Gilbert nous laisse une leçon à nous tous et toutes, c’est celle d’abord de l’ouverture à la grâce de Dieu, de l’accueil de cette grâce et de la collaboration avec elle. Dieu ne travaille bien qu’avec ceux qui se livrent à Lui, Il est le Dieu d’amour et de la grâce et non le Seigneur d’un règne autoritaire. Cette grâce de Dieu en l’homme devient une puissance de vie et de toutes les audaces à la suite du Christ et dans le Christ.

Le premier mouvement du cœur du Père Gilbert a été toujours l’action de grâces, le merci à Dieu : « Jésus est bon ! Il faut sans cesse le remercier », et surtout le remercier de cet amour qui s’immole quotidiennement entre ses mains et son ministère sur l’autel, reconnaissance qui s’exprimait parfois par les larmes au moment de la consécration. La vraie contemplation de l’amour de Dieu déclenche en nous l’action de grâce mais aussi le désir du repentir ! (Rm 2, 4). Cette vie d’action de grâce s’enracinait profondément dans la conviction chez le Père Gilbert que rien ne lui était dû, que tout était grâce. Il savait dire merci à Dieu mais aussi aux hommes, même aux plus petits. On dit de plus en plus de notre clergé qu’il est ingrat, qu’il ne sait plus dire merci. Le Père Gilbert est certainement une exception qui doit faire école.

En son nom à cette heure, je me permets de dire merci à tous ceux qui l’ont assisté et accompagné dans son long cheminement vers ce jour. Merci à la paroisse Saint Jean, à ses prêtres, au fils spirituel, le Père Pamphile, actuel curé de Saint Jean. Merci aux filles et aux fils spirituels de l’institut des Filles de Padre Pio et des Frères de Jésus. Merci à Germain son chauffeur devenu son majordome et le garde malade. Merci à vous tous présents ou absents et dont il vaut mieux taire les noms !

Monsieur le Premier Ministre, votre présence en tête de cette forte délégation de ministres, et la présence des présidents d’institutions et des autorités locales honorent ce pays qui reconnaît en ce défunt un noble fils de cette terre qui l’a doté de son Hymne national qui ne peut vieillir, tant les valeurs qu’il prône sont éternelles... Le vendredi 13 avril, en accueillant ma visite, le Père Gilbert Dagnon s’est confondu en émerveillement et en remerciement. Je fus surpris de sa surprise, et encore plus quand il ajouta au moment de prendre congé de lui : « Monseigneur, vraiment quel bonheur ! C’est comme quand le président de la République est venu me voir ! Je ne mérite pas cela ! » Merci à vous tous frères et sœurs de tout rang convenus ici offrir le Père Gilbert en cette dernière Eucharistie de sa vie !

Je ne mérite pas cela ! « Qu’as-tu que tu n’aies reçu et si tu l’as reçu, pourquoi t’enorgueillir ? Et pourtant, il y avait dans la vie du Père Gilbert de quoi lui faire lever les yeux ou tourner la tête. Il a reçu beaucoup plus que plusieurs parmi nous ici. Ce qui l’a caractérisé et qu’il nous laisse aussi comme héritage, c’est l’esprit du serviteur humble et effacé dans l’amour et le sens de l’Église. Servir Dieu en servant les hommes, servir les hommes en leur donnant Dieu, en les aimant comme Dieu les aime, en travaillant à leur salut dans un combat parfois rude et périlleux contre l’anti-Christ, l’ennemi du salut et de la fidélité des hommes. Je n’ai jamais entendu dire que le Père Gilbert ait été prétentieux, encore moins envieux. Il n’a jamais rien réclamé, sollicité pour lui-même ! Dieu a doté le Père Gilbert de beaucoup de charismes. Il a compris que c’était pour servir et il a servi là où on le mettait, plein cœur, plein temps avec le même zèle et la même joie ! Pour le Père Gilbert, il n’y avait qu’un principe directeur, c’est ce que Paul exprime dans 1 Co 4, 1 : « Ce qu’on demande à des intendants, c’est que chacun soir trouvé fidèle », là où il est.

Tous, nous avons à recueillir cet héritage du Père Gilbert. C’est le service qui grandit l’homme, le service bien rempli qui le distingue et l’honore. Sans cet esprit de service, les titres et les compétences n’ont ni poids, ni consistance, ni avenir, ni impact réel sur les hommes. Ils sont vides quand ils ne s’expriment pas dans l’amour et le service.

Le curriculum vitae du Père Gilbert est dense et éloquent, allant de l’humble directeur d’école à Abomey au curé de la cathédrale de Cotonou et de Saint Jean, son dernier champ de combat ; assurant le service de vicaire général d’abord de Mgr Adimou puis de Mgr de Souza dans une discrétion totale et avec un calme constant. Comment ne pas évoquer le grand et précieux service qu’il a rendu à notre Église comme l’intermédiaire efficace entre les évêques et le gouvernement révolutionnaire dirigé par le président Mathieu Kérékou. Seuls nos évêques d’alors pourraient mieux que quiconque dire le bénéfice qu’ils ont tiré de cette médiation. Et c’est par le service délicat de l’administrateur diocésain de l’archidiocèse de Cotonou à la mort de Mgr Isidore de Souza que le Père Dagnon a conclu son ministère actif officiel pour prendre retraite. Je le revois heureux et soulagé en la Cathédrale Notre-Dame accueillant Mgr Nestor Assogba et lui remettant le témoin ! Servir était pour le Père Gilbert la voie la plus sûr de se configurer au Christ venu pour servir et non pour être servi. Il suffit d’aimer, il suffit de servir. Car ce qui comptait à ses yeux n’était aucune promotion humaine. C’était grandir aux yeux de Dieu et dans le cœur de Jésus. C’est dans le service que Jésus a manifesté aux hommes son amour pour eux. Jésus est bon !

La croix est bonne. Celui qui parlait ainsi en ce 13 avril était un homme physiquement rendu. Il n’avait plus que sa peau sur les os, le regard enfoncé, le visage crucifié et resplendissant par la douleur. L’homme se savait en fin de parcours et n’attendait que l’heure de Dieu ! Mais dans une totale lucidité mentale et spirituelle, le Père Gilbert, après avoir professé « Jésus est bon », ajouta : « la croix est bonne ». Jésus et la croix.

L’amour et la souffrance, l’épreuve, le sacrifice. Tout est dit. Tout est accompli. Tout ne s’accomplit vraiment que dans le creuset du sacrifice, de la croix quand on aime ; on ne peut véritablement aimer sans souffrir. Ce fut toute la vie du Père Gilbert qui a été une prédication de cette vérité. Il en a connu des heures, des jours, des années de souffrance, des chemins de croix.

La maladie a été son compagnon fidèle depuis toujours, le contraignant au moins deux fois à arrêter ses études au séminaire après la philosophie et pendant les années de théologie. Mais qui dira les croix intérieures auxquelles il a été confronté ? Une chose était sûre, c’était les croix accueillies, embrassées et portées. La conviction était solide, inébranlable : « La croix est bonne ». Car elle est le moyen d’une purification personnelle, l’occasion d’une confiance plus grande dans le Seigneur et la remise de soi entre ses mains, elle est communion aux souffrances et à la croix du Christ car c’est de la bonté de cette dernière que toutes nos croix humaines se vivifient et deviennent fécondes.

Mais la croix est aussi l’épreuve de l’amour, du vrai : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». L’amour jusqu’au don de soi, jusqu’à la croix, jusqu’au sacrifice de sa vie, c’est l’accomplissement de la loi. On ne s’étonne donc plus à entendre le Christ, Lui qui a tant aimé le monde, a accompli tant de miracles, a étonné, émerveillé les foules, s’écrier seulement du haut de la croix : « tout est accompli » !

Dans la chapelle de dévotion du Père Dagnon figurent donc à juste titre et en privilégiés trois saints : la Vierge, Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face, et Padre Pio de Pietrelcina. Tous les trois ont ceci de commun que leur amour pour Dieu a mûri dans leur amour pour l’homme, au service de l’homme et que cet amour s’est exprimé dans une communion profonde à la passion du Christ. Oui, ce sont là les maîtres spirituels chéris du Père Gilbert. Ne courons plus aux saints parce qu’ils sont d’éventuels faiseurs de miracles, allons à eux parce qu’ils sont des maîtres spirituels. S’ils acceptent comme Paul d’être crucifiés par amour avec le Christ, c’est bien parce qu’ils savent qu’ils ressusciteront avec le Christ. Est-ce possible que ce « Fils de Dieu qui nous a aimés et s’est livré pour nous », nous laisse tomber dans le néant, si vraiment notre vie présente dans la chair, nous la vivons dans la foi en Lui qui est mort et ressuscité pour nous ? Jésus est bon, la croix est bonne pour cela.

Cette foi n’est pas d’abord intellectuelle, ni seulement rituelle, elle est conviction vitale et actualisation existentielle. Elle est configuration au Christ et imitation du Christ, elle est un demeurer permanent en Christ et un demeurer du Christ en nous ! « Demeurez en moi » !

La vie d’oraison est aussi un lieu que le Père Gilbert a privilégié pour demeurer en Christ. La communion avec Dieu ne se vit pas uniquement dans l’action caritative, fût-elle dans le ministère sacerdotal. Elle se nourrit et se renforce dans l’oraison. Les grands mystiques ont toujours été de grands orants. De cela, le Père Gilbert nous aura donné l’exemple. Il avait une double conviction d’abord que « l’homme n’est grand qu’à genou devant Dieu », et que « les mains jointes et les cœurs fervents ont plus d’efficacité que les assemblées tumultueuses et les manifestations de puissance ». Ses heures de prière étaient sacrées et respectées. Quand Dieu trouve son compte avec nous, nous trouvons la force et l’efficacité de notre ministère.

Quand nous sommes immergés en Dieu, le malin a très peu de prise sur nous, quand Dieu est en nous, l’anti-Christ ne trouve plus de place. Il n’y a pas deux capitaines dans un même bateau ! C’est dans la prière que le Christ demeurait connecté à son Père en permanence. C’est dans la prière qu’Il puisait la force de son ministère, c’est dans la prière qu’il puisait les inspirations majeures de sa prédication pour résister au Malin et le repousser. C’est dans la prière qu’il se préparait à affronter les épreuves et surtout la dernière, à Gethsmani en vue de la croix et ainsi, Il nous aima jusqu’à la fin pour s’écrier seulement en ce moment : « Tout est accompli », Consumatum est ! Ad Majorem Dei Gloriam. Amen.