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HOMME LIBRE DE PENSEE ET D’ESPRIT

Aussi loin qu’on peut remonter dans le temps, mes tout premiers souvenirs du Père SAH datent du mois d’octobre 1984. Nous sommes au séminaire Notre Dame de Fatima à Parakou. La rentrée a eu lieu la dernière semaine de septembre. Après le nettoyage, l’installation et la retraite de début d’année comme dans presque tous les séminaires, les cours on commencé. C’est notre premier cours d’anglais de l’année. A la fin des 2 heures c’est le désarroi, le sauve qui peut… Personne ne savait à quel saint se vouer. Le professeur d’anglais a fait tout le cours en anglais. Il dictait même les règles de grammaire en anglais. Nous avions un roman au programme. Il est d’un auteur ghanéen : Asare Konadu. Ce professeur d’anglais s’appelle Père Laurent SAH. Et pendant trois bonnes années il nous aura eut comme élèves.

Nos ainés lui avaient affecté un surnom : « N’Goto ». Nous en avions hérité. D’où venait donc ce surnom ? C’est peut-être le nom d’un éminent professeur de la littérature française ou anglaise. Mais la langue de Shakespeare avait dégouté plus d’un et devenu du coup rébarbatif pour ceux des nôtres qui, en classe de 3ème au petit séminaire de Djimè, passaient pour des érudits de cette langue. Nos ainés des classes de 1ère et de Terminale à l’époque nous ont encouragés nous disant que ce fut ainsi pour eux et qu’en nous adonnant au travail, nous reviendrons à de meilleurs sentiments vis-à-vis et de la matière et du professeur. Le temps leur a donné pleinement raison à tel point que nous regrettions les rares fois que, pour des raisons graves, le Père Sah ne venait pas donner son cours.

Mes relations avec lui se sont resserrées. Il est du même diocèse que moi. Il est de la même paroisse que moi. Pendant les vacances je lui rendais visite dans sa maison familiale au quartier Gbèzounkpa. Il était disponible pour donner un coup de main aux prêtres de la paroisse ; aussi bien à Sainte Anne que dans les différentes communautés qui constituaient la paroisse. A la sortie d’une messe dominicale vespérale, un jeune m’aborda avec un calepin en main et se vantait d’avoir noté presque toute l’homélie de la messe. Et il confessait : « je fais ainsi pour améliorer mon niveau en français. Ce ne sont pas seulement les mots et expressions que je note. Le père fait un véritable commentaire composé comme nous le faisons à l’école. »

Une fois dans le ministère, je le revoyais très peu. Mais il ne manquait jamais de venir passer une bonne partie de ses congés à Gbèzounkpa, dans la maison familiale.

Il s’est retiré de Parakou et revenu définitivement au diocèse en 2007. J’étais curé à Avrankou. Nos relations ont pris une autre allure. Il venait me voir pour se tremper dans le sacrement de pénitence et de réconciliation. Au début il conduisait lui-même ; mais avec le temps, il se faisait conduire par un de ses neveux. La première fois qu’il était arrivé et m’avait signifié l’objet de sa visite, je me suis écrié intérieurement : « Le lion aussi est à ce régime ! » Non pas qu’il eût l’air d’un lion, mais pour manifester et mon étonnement, et mon admiration. Et quand je passais de temps à autres à la cathédrale le voir ; il faisait le même exercice spirituel.

La paroisse saint Joseph d’Alaga à Parakou dont il a été le curé fondateur et où il a exercé pendant près de 20 ans l’a invité à l’occasion des 30 ans de la création de la paroisse. C’était aussi l’occasion de consacrer l’église paroissiale. La cérémonie était pour le 09 novembre 2013. Il m’a confié son ardent désir d’honorer l’invitation ; « surtout qu’ils se sont déplacés jusqu’ici à Porto-Novo pour me le dire. » Après en avoir parlé avec l’administrateur qui me donna le visa, je me proposai à lui pour l’y conduire avec ma voiture. Homme méticuleux et prévoyant, surtout pour avoir fait à maintes reprises le trajet avec sa 2 chevaux, il me donner maints conseils et voulut que son neveu mécanicien et chauffeur soit aussi de la partie. Nous sommes partis de Porto-Novo le 08 novembre. Quand nous avons démarré je n’avais qu’une prière au fond de moi : « Pourvu que je le ramène vivant dans le diocèse. »

Grand, très grand fut mon étonnement. Il ne s’est pas plein du voyage. Il n’a pas somnolé un seul instant jusqu’à notre destination. Mieux nous avons passé tout le temps à bavarder et là j’ai encore découvert un autre genre d’homme, de chrétien et de prêtre. Il a parlé de son enfance, de ses parents et de sa famille, des années passées au séminaire et de ses débuts dans le ministère. Il n’a pas omis de me confier ce qui a motivé son départ du diocèse pour le séminaire de Parakou. Il m’a parlé aussi de ses rancœurs ; il le faisait sans fiel. Il m’a instruit. Véritable bibliothèque il me donna un cours d’histoire de l’Eglise du Bénin et surtout du diocèse. Habilement je lui posais des questions de relance ; il contait des faits, des événements avec des dates précises. Une mémoire phénoménale.

Le séjour à Parakou a été merveilleux. Quelles chaleur et effervescence humaines ! Dès notre arrivée à la paroisse peu avant la messe, et à peine descendu de voiture, le père s’est vu envahi par les gens. Ils se sont agglutinés autour de lui et le pressaient de toutes parts. Je me suis mis un peu en retrait pour mieux contempler la scène. A la fin de la messe la même scène s’est reproduite J’étais personnellement très ému. J’ai conclu pour ma part que les fidèles d’Alaga et de Parakou affectionnaient et aimaient beaucoup ce pasteur, leur ancien curé.

Nous étions hébergés au Centre Guy Riobé. J’ai décidé de le laisser se reposer dimanche et lundi s’il le faut avant qu’on ne reprenne la route de Porto-Novo. Les sœurs Contemplatives de Jésus Eucharistique ont été à ses petits soins. Mais le dimanche, du retour de la messe concélébrée à Marie Auxiliatrice, le Père Sah ne s’est pas donné le moindre repos jusqu’au soir. Sachant en effet, où il était hébergé, les fidèles ont défilé tout le temps. A un moment donné j’ai failli interrompre les visites. Mais visiblement le patriarche lui-même ne s’en plaignait guère. Au contraire !

Sur sa demande, nous avons repris le chemin lundi 11 novembre en début de matinée. Nous avons observé une pause à Dassa. Quand 17H sonnaient, le véhicule s’immobilisait devant le presbytère de la cathédrale à Porto-Novo et c’est un fort « Deo gracias » qui a fusé de ma bouche.

Le Père était un homme libre. Libre de pensée et d’esprit. Il n’avait pas sa langue dans sa poche pour dire et exprimer ce qu’il pensait et jugeait bon et utile. Intrépide sans être téméraire, il est d’un franc parler parfois audacieux pour certains. Il disait ou écrivait ce qu’il pensait, et pensait sincèrement ce qu’il disait ou écrivait. Une véritable adéquation réciproque existait entre sa pensée et l’expression de celle-ci. Cela a sans doute contribué à le suspecter de « indocile ». Sans en avoir l’air et sous un voile de timidité, il était plein d’humour ; un véritable pince-sans-rire qui relativisait un certain nombre d’événements en face desquels plus d’un se serait arraché les cheveux de la tête.

Cet humour qu’il savait avoir en face des hommes et des événements a possiblement été pour quelque chose dans sa longévité.

Père Frumence VODOUNNOU, Curé d’Azowlissè / Diocèse de Porto-Novo