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Homélie de Mgr BARRIGAH pour les 60 ans Couple TEVOEDJRE

A l’occasion de la messe des 60 ans de mariage du couple Albert et Isabelle TÉVOÉDJRE, Mgr BARRIGAH a prononcé l’homélie suivante

Nous venons, ce matin, entourer de notre chaleureuse affection et de nos ferventes prières le couple Isabelle et Albert qui rendent grâce au Seigneur à l’occasion de leurs noces de diamant. Ils m’ont fait l’honneur de me confier la méditation de la Parole de Dieu en cette mémorable occasion ; j’accepte volontiers ce service fraternel en les remerciant de tout cœur pour l’amitié qu’ils me témoignent à travers ce geste.

Cana. Une petite bourgade de la Galilée, à quelques kilomètres de Nazareth sur la route du lac de Génésareth, un village qui existe encore aujourd’hui, même si l’on n’y voit presque plus rien de l’époque de Jésus. C’est ce lieu que le Christ a choisi pour accomplir son premier « signe », au début de son ministère itinérant. Il ne s’agit donc pas d’un conte, mais d’un récit réel, en un lieu bien réel. Aussi le contexte dans lequel cet épisode a lieu est-il important et bien révélateur. Après le baptême de Jésus et sa désignation par Jean Baptiste comme l’Agneau de Dieu, quelques disciples se mettent à sa suite. Jésus se retourne et leur pose une question : « Que cherchez-vous » ? Ce à quoi ils répondent : « Maître, où demeures-tu » ? Et le Christ conclut ce premier dialogue par cette invitation : « Venez et voyez ».

Cette brève conversation qui précède le passage que nous venons de lire est une véritable clef de lecture de tout l’Evangile et surtout de ce récit. « Où demeures-tu ? ». C’est au cœur des réalités humaines, de nos attentes, de nos besoins, de nos crises que demeure le Seigneur. Là où l’homme attend une intervention de Dieu, peut-être sans même le savoir. Là où il souffre, là où il espère. A Cana, Jésus va donc commencer à révéler à ses premiers disciples son identité et sa mission en opérant un signe.

Mais ce récit est rempli de paradoxes, de surprises, d’étonnements, d’émerveillements. Je m’arrêterai à quelques uns de ces signaux que vous avez sans doute remarqués et qui donnent à l’épisode tout son sens. D’abord une absence : le texte ne parle pas du tout de la mariée ; même l’époux n’est mentionné qu’une seule fois lorsque le maître des noces l’interpelle pour lui reprocher gentiment d’avoir gardé le bon vin pour la fin, contrairement aux usages observés en pareille circonstance. Comment expliquer un tel silence ? En réalité, le véritable marié de ces noces de Cana c’est Dieu lui-même qui s’exprime par la bouche du Christ et la mariée c’est l’humanité ici représentée par son fruit le plus beau : Marie. Dans tout l’Ancien Testament, on le sait, Dieu se présente comme l’Epoux de son peuple, un époux à l’amour fidèle et jaloux, qu’aucune déception pourtant n’arrive à détourner de son projet de noces. S’il en est ainsi, nous pouvons alors mieux comprendre le sens de l’intervention de Marie : « Ils n’ont plus de vin ». Au-delà de l’attention portée à ce jeune couple menacé d’humiliation, il y a la supplique de toute l’humanité assoiffée de Dieu. On peut entendre dans ces mots l’écho du Cantique des Cantiques et de tous les prophètes. On peut également mieux comprendre la réponse de Jésus à Marie : « Femme, qu’y a-t-il entre toi et moi ? Mon heure n’est pas encore venue ». Comme on le sait, Jésus ne donnera ce nom de « Femme » à sa Mère qu’à une autre occasion, lorsqu’il sera élevé sur la Croix et qu’aura sonné l’heure de sa glorification. Pour l’instant, il ne fait qu’annoncer et mettre en route ce qui, un jour, va pleinement se réaliser. Un auteur a bien raison de souligner qu’à Cana, Marie a accouché Jésus à sa mission, tout comme à Bethlehem, il l’a accouché à sa vie biologique.

Il y avait là, nous dit saint Jean, six jarres pour la purification rituelle des Juifs ; et Jésus demande de les remplir d’eau jusqu’au bord. Une réalité et un symbole. Que viennent chercher ces jarres à côté d’une habitation privée ? On s’attendrait à les voir plutôt à côté de la synagogue. Saint Jean mentionne d’autre part qu’elles sont vides et donc ont besoin d’être remplies. Elles symbolisent l’ancienne alliance, les six jours de la création, la Thora de Moïse, notre vie quotidienne, tout ce qui a besoin d’être rempli et transformé au septième jour, le jour du grand Shabbat par la grâce de la résurrection. Oui, à Cana, Jésus annonce que la Loi devient grâce divine et que notre quotidien sera transfiguré par Lui, le Verbe incarné.

Dans ce premier miracle à Cana, tout est déjà dit et annoncé, mystérieusement annoncé pour celui qui sait lire les signes. En trois mots se trouve résumé tout le parcours spirituel proposé aux disciples de tous les temps.

D’abord « Ils n’ont plus de vin » : c’est la compassion et la prière. Parlant au nom du jeune couple et de notre humanité tout entière, Marie fait un simple constat : le manque de vin, symbole de la joie et de la fête. Dans cette prière confiante adressée à son Fils, comme le soulignait le Pape Benoît XVI, « elle ne demande pas une chose précise. Elle se contente de confier la situation à Jésus et Lui laisse la décision sur la façon de réagir ». L’objectif de la prière de demande c’est de renouveler notre confiance au Seigneur en lui présentant nos besoins ; ce n’est pas d’imposer notre volonté à Dieu mais d’accueillir son intervention, quelle qu’elle soit, avec humilité. Et même lorsque, dans la foi, nous osons insister sur nos besoins dans une prière expectante, nous devons constamment nous rappeler que c’est la volonté de Dieu qui fait notre bonheur et qu’il faut toujours le laisser choisir la manière de nous exaucer. C’est dans cet esprit qu’il convient de situer l’invitation du Pape François à prier et à jeûner en ce jour pour la paix au Liban, une paix menacée, une paix en danger.

Ensuite : « Faites tout ce qu’il vous dira ». L’obéissance. Ces mots sont adressés aux disciples quelque peu désorientés par la réponse de Jésus à sa Mère. Pourtant, malgré l’apparent refus de son Fils, Marie leur demande de faire en tout sa volonté, de se mettre à l’écoute de ce qu’il a à leur dire. Telle est l’attitude du véritable disciple : obéir en tout à son Maître.

Troisièmement : « Remplir d’eau les six jarres jusqu’au bord ». Le service dans la foi. Sans oser demander d’explications, les disciples se mettent à l’œuvre. Humblement, ils se contentent d’exécuter les ordres reçus. Et la suite leur donnera raison car l’obéissance dans la foi est le vrai secret de la fécondité spirituelle. Voilà la tâche de l’Eglise, être les instruments dociles de la grâce surabondante de Dieu.

Chers Isabelle et Albert, si vous avez choisi ce texte merveilleux pour la célébration de vos noces de diamant, c’est assurément parce que vous y voyez le reflet de votre expérience personnelle commencée il y a 60 ans. Car ce qui advint ce jour-là à Cana est exactement ce qui se produit dans chaque mariage entre un homme et une femme. Il commence toujours par une sorte d’euphorie et de joie que symbolise le vin. Mais cet amour –comme le vin de Cana- finit par s’épuiser. Avec le temps, le sentiment se refroidit laissant tomber sur le couple l’épais nuage de l’ennui et de la tristesse. Puisqu’il est fugace et éphémère, l’enthousiasme des débuts tend à se consumer inexorablement, cédant la place à la désillusion. Et il arrive, au fil des jours, que les époux n’ont plus rien d’autre à offrir aux invités des noces (que sont leurs enfants) que leur lassitude et peut-être aussi la déception de chercher hors du foyer un peu d’affection pour réchauffer leur cœur.

La solution à cette crise consiste à inviter Jésus aux noces. S’il est là, on peut recourir à lui lorsque se refroidit l’attraction initiale et que s’installe la routine. Il est capable de changer l’eau de la routine en vin nouveau en offrant aux époux un amour plus mûr, plus profond, bâti sur le pardon offert sans réserves et accueilli avec gratitude.

  • Inviter Jésus et Marie c’est d’abord reconnaître que le mariage est un acte sacré, un engagement entre un homme et une femme pour la vie, un sacrement qui répond à la vocation fondamentale confiée par Dieu à l’humanité depuis le jardin d’Eden, un lien indissoluble rappelé par le Christ aux docteurs de la loi qui l’interrogeaient sur le mariage : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (Mc 10,9). Par votre persévérance dans le choix initial que vous avez fait, vous nous rappelez que le bonheur du mariage est encore possible, même aujourd’hui dans un monde où le goût de l’éphémère, la culture du provisoire et la recherche insatiable d’émotions nouvelles érodent lentement les valeurs familiales. Sous l’assaut des nouvelles idéologies de la consommation, la pression des grands lobbies internationaux qui imposent ce que le Pape Benoît XVI appelle la « dictature du relativisme », même nos Etats n’osent plus défendre nos valeurs les plus essentielles, de peur de perdre le soutien des grands décideurs, des partenaires en développement. Et l’Eglise, assaillie, elle aussi, de toutes parts peine à trouver les mots justes pour redonner confiance à ceux qui, comme vous, osent encore s’inscrire à contre-courant, en essayant de préserver nos sociétés des dérives inconscientes dans lesquelles elles s’engagent.
  • Inviter Jésus et Marie à ses noces signifie reconnaître le mariage comme un sacrement, c’est-à-dire un signe efficace de l’amour de Dieu. Il est un charisme, c’est-à-dire une manifestation particulière de l’Esprit pour l’édification de l’Eglise (cf. 1 Cor 7,7). Il ne s’agit donc pas seulement d’un acte d’état civil mais d’un don reçu de Dieu pour le bien de son Peuple.
  • Inviter Jésus et Marie à ses noces c’est reconnaître que le mariage est une école d’amour où l’on apprend à s’aimer en vérité, en passant d’une attitude souvent égoïste à un amour de plus en plus désintéressé. C’est apprendre à consacrer du temps à Dieu, en famille, pour implorer sa lumière et sa force dans nos choix quotidiens.
  • Inviter Jésus à ses noces, c’est s’ouvrir enfin à la nouveauté de Dieu lorsqu’il nous lance un appel à nous consacrer à lui de manière particulière. Comment ne pas évoquer ici la nouvelle orientation que vous avez décidé de donner à votre vie de couple ? Après de longues années d’éminents et loyaux services à votre Pays, à notre Sous-Région, à l’Afrique et au monde, vous avez décidé de donner un nouveau sens à votre vie « en prenant ‘un autre chemin’ que ceux du monde », sous les noms symboliques de Frère Melchior et de Sœur Théophane. Votre longue expérience au service de notre Continent souffrant mais plein d’espérance vous amène à ressentir avec une intensité particulière les drames auxquels il est confronté : une gouvernance sans véritable repères, l’écroulement des valeurs qui constituaient le socle de nos sociétés, l’ambition démesurée des uns et la résignation fataliste des autres, la méfiance et le rejet de l’autre, la violence et fanatisme qui cherchent à instrumentaliser la religion etc.

Non, devant des défis aussi écrasants, nul n’a le droit de rester indifférent. L’Eglise en Afrique a besoin de témoins crédibles qui osent poser des questions, proposer des alternatives, secouer les consciences, parler à temps et à contretemps, éclairer les choix, construire l’avenir. Et vous avez décidé de faire partie de ceux-là qui font l’histoire au lieu de la subir, qui rallument l’espoir au lieu de sombrer dans le pessimisme, qui acceptent le risque d’être des instruments de Dieu au cœur de leur société, qui se laissent conduire par l’Esprit au risque d’être en perpétuel exode, qui prennent au sérieux leur foi comme un levain destiné à transformer leur vie et celle de leur peuple. C’est au nom de cet idéal que vous avez invité Mgr Nestor Désiré NONGO AZIAGBIA, Evêque de Bossangoa, qui a osé dénoncer la situation délétère qui prévaut en Centrafrique, son pays meurtri, dont le calvaire, hélas, ne suscite que peu de compassion.

Chers Isabelle et Albert, votre aspiration et votre courage, à un âge déjà avancé, ont de quoi étonner plus d’un. Mais votre véritable objectif est d’allumer un feu, d’initier un parcours en invitant chacun à devenir une « conscience en action », une voix qui interpelle, une main tendue pour relever, un cœur prêt à se donner, comme Jésus. J’admire votre audace ; une audace peu commune, il faut l’avouer.

Mais revenons à Cana. Dans quelques instants les noces éternelles annoncées par la transformation de l’eau en vin vont se réaliser sous nos yeux, lorsque par les mains des célébrants le Seigneur réalisera sa présence sacramentelle sur l’autel.

Qu’il soit lui-même votre joie, votre courage et votre bonheur, aujourd’hui et toujours. Amen

Mgr BARRIGAH Nicodème, Evêque du diocèse d’Atakpamè / TOGO