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Père SAH, « MI KO MO ENE LEKPO KPON… ! »

Je voudrais commencer par dire ma gratitude au Père Frumence et à toute la rédaction de “Eglise de Porto-Novo“ pour l’opportunité qui m’est offerte de partager avec tous le témoignage de mes deux années aux côtés du Père Laurent Sègla SAH.

En fait, mon premier contact avec le Père Laurent Sègla SAH remonte à mes années de second cycle au Séminaire Notre Dame de Fatima de Parakou, c’est-à-dire entre 1998 et 2001. Je l’avais aperçu à la sortie d’une célébration eucharistique diocésaine à la Cathédrale de Parakou et certains de mes camarades me l’avaient présenté comme “un vieux prêtre de Porto-Novo qui tient de main de fer une paroisse dans la ville de Parakou“. Voyez comme sa renommée de prêtre dur, sévère et intransigeant se diffusait si aisément à travers les générations ! … Et il me faudra attendre Septembre 2012, à la faveur de ma nomination comme vicaire à la Cathédrale de Porto-Novo, pour trouver enfin l’opportunité d’une rencontre et d’une vraie proximité avec ce prêtre tant redouté et craint. Deux ans durant, avec les autres confrères prêtres, nous serons les amis, les frères, les fils, les compagnons et, dans une certaine mesure, les derniers confidents du Père Laurent Sègla SAH.

En septembre 2012, quand j’arrivais à la Cathédrale, nous étions sans doute la plus grande équipe sacerdotale du diocèse avec six prêtres ensemble dans un même presbytère (deux vicaires et deux résidents autour de nos ainés : le Père André DESSOU, notre Curé, et le Père SAH). Et ce qui nous émerveillait, nous, les jeunes prêtres chez le Père SAH, en ce moment-là, c’était l’étonnante vitalité et l’incroyable énergie dont il faisait preuve du haut de ses 86 ans à l’époque. En effet, le Père SAH avait encore une planification claire de ses activités quotidiennes avec une grande insistance sur la ponctualité : Petit-déjeuner à 8H00 ; ouverture de son bureau à 9H00 ; déjeuner à 12H30 ; retour au bureau à 16H00 ; diner à 20H00. Et il respectait scrupuleusement ses horaires au point parfois de nous ramener à l’ordre si nous tardions un peu trop à nous présenter pour les activités communautaires.

De la même façon, il tenait beaucoup à son jour de repos par semaine (le mercredi) et c’est avec beaucoup d’admiration mêlée de crainte que nous le voyions prendre le volant de sa petite voiture blanche pour rejoindre sa résidence à "Gbèzounkpa". Mais peu à peu, cette énergie va décliner et, dès les premières semaines de l’année 2014, le Père SAH devra renoncer malgré lui à toutes ces habitudes ; il va devenir de plus en plus dépendant… : « sous tes fureurs tous nos jours s’enfuient, nos années s’évanouissent dans un souffle. Le nombre de nos années ? Soixante-dix, quatre-vingts pour les plus vigoureux ! Leur plus grand nombre n’est que peine et misère ; elles s’enfuient, nous nous envolons…. Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : Que nos cœurs pénètrent la sagesse. » Ps 89, 9-10.12

Mais à vrai dire, la rigueur du Père SAH et ce caractère strict, parfois trop pointilleux qui émanaient de sa personnalité, étaient assurément le fruit d’une éducation bien assimilée et bien assumée. Combien de fois ne nous a-t-il pas réclamé le silence, allant jusqu’à confectionner et coller des affiches dans les escaliers et sur les portes pour nous rappeler que nous devons respecter les temps de silence et particulièrement le grand silence ’’comme on nous l’a enseigné au séminaire’’. Ces choses-là et beaucoup d’autres encore étaient incrustées dans la personnalité du Père SAH.

Parfois, c’est son histoire personnelle et les épreuves qu’il a traversées en tant que prêtre qui donnent la lumière pour comprendre sa personnalité : A l’ occasion de ses 55 ans de sacerdoce, le 1er Juin 2013, j’ai eu l’opportunité d’un échange à cœur ouvert avec lui. J’ai compris de ce riche échange que certaines épreuves de sa vie de prêtre ont contribué aussi à forger en lui son côté intransigeant que beaucoup redoutent à son égard. Car il faut le dire tout simplement : le Père SAH est un homme qui a son point de vue, qui ne manque pas l’occasion de dire ce qu’il pense et qu’il n’est pas facile de détourner de son point de vue. Mais tout cela, dans un souci d’objectivité et de vérité. Il nous a souvent donné ce conseil qu’il a lui-même d’ailleurs maintes fois appliqué : « quand un confrère ou une autorité déconne et se ferme aux remarques, alors il faut écrire… ». Et le Père SAH insiste : « tu prends un stylo, une feuille et surtout le Droit Canon, et tu écris à l’autorité compétente… pour narrer les faits et interroger le Droit Canon sur le comportement de ce confrère ou de cette autorité… ». Le Père SAH conclut son conseil par une autre précision qui en dit long sur sa personnalité : « quand tu auras expédié ta lettre vers l’autorité compétente, il faut envoyer une copie au confrère concerné… ».

Voilà aussi le personnage : le Père SAH est un homme qui ne se cache pas, un homme courageux et responsable qui ne joue pas à la cachoterie ou à l’hypocrisie. Il assume ce qu’il dit et ce qu’il fait. C’est vrai que pour être totalement honnête et vrai sur ce point, il faut dire que la démarcation entre le justicier et le revanchard n’est pas toujours claire et que, bien souvent, on a reproché au Père SAH un certain esprit de revanche ou de vengeance. Il ne nous revient pas de juger ou de condamner, mais simplement d’implorer Celui qui connait les cœurs et les reins en faveur de son serviteur.

Mais voici le plus beau souvenir que nous gardons du Père SAH, nous les jeunes prêtres qui avons partagé ses dernières années à la Cathédrale de Porto-Novo. Le Père SAH était un homme qui avait beaucoup d’humour et qui savait dédramatiser les situations les plus angoissantes. Il avait une phrase célèbre qu’il nous répétait sans cesse quand une personne en faisait trop ou que l’ambiance était tendue au presbytère. Il disait alors, avec un calme et une sérénité de plomb : « Mi ko mo éné lèkpo kpon, mi ko se se enè lèkpo kpon … ». En français, on pourrait traduire : « C’est du déjà vu et du déjà entendu ». C’était sa façon à lui de reprendre les mots du sage écrivain sacré : « Tout discours est fatigant, on ne peut jamais tout dire. L’œil n’a jamais fini de voir, ni l’oreille d’entendre. Ce qui a existé, c’est cela qui existera ; ce qui s’est fait, c’est cela qui se fera ; il n’y a rien de nouveau sous le soleil. » Qo 1, 8-9. Oui, à chaque fois, cette phrase du Père SAH avait un effet quasi-magique pour faire sourire les plus durs, pour détendre l’ambiance, pour faire renaitre la joie. Et parfois quand c’est lui-même qui s’emportait contre l’un d’entre nous, cette phrase suffisait largement pour lui arracher un précieux sourire. A la seconde où j’ai appris le décès du Père SAH, c’est cette phrase qui m’a tout de suite traversé l’esprit. Et s’il était possible encore de faire sourire quelqu’un par-delà la mort, je redirais avec plaisir au Père SAH : « Mon Père, Mi ko mo éné lèkpo kpon, mi ko se se enè lèkpo kpon … »

Maintenant, cher Père, va… Va, cher Père, vers Celui en qui et pour qui rien n’est nouveau, car tout est de Lui, et par Lui et pour Lui.

Va, cher Père, vers Celui qui est sans changement et pourtant qui fait toutes choses nouvelles dans la résurrection de son Fils.

Va, cher Père, et que la ferveur de ce temps pascal qui t’a vu partir, t’embaume du parfum de la Miséricorde de Dieu pour t’élever jusqu’à Celui qui est la Source de tout ce que nous avons déjà vu et entendu par la foi mais que nous attendons de voir tel qu’il est dans le face à face éternel.

Va, cher Père, vers le Seul que « mi ma ko mo kpon » ! Et que ta rencontre avec Lui soit Miséricorde, Pardon, Béatitude éternelle !!! Amen Alléluia !

Abbé Edmond Sègla AVOCEFOHOUN

Censeur, Collège catholique de Dangbeklounon / Porto-Novo