A l’écoute de Mgr

Juillet 2019
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Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : c’est le sixième jour (Gn 1, 31). La Création est un don de Dieu pour l’homme et doit être reconnue comme telle. Nous n’en sommes que les intendants. La Providence divine a voulu que ce soit la Création elle-même qui nous donne ce message biblique pour rythmer notre action de grâces envers le Créateur et éclairer nos rapports personnels avec la réalité constitutive qu’est la Terre. Saint François d’Assise a ouvert son cœur à la Création comme à un être humain. Sa proximité avec la nature avait eu sur lui l’impact d’une sainteté qui lui faisait goûter et diffuser autour de lui la bonté de Celui qui vit que tout ce qu’il avait créé était bon ! Dans son hymne à la Création composé à la fin de sa vie alors qu’il est devenu presqu’aveugle, il chante : Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit, qui produit la diversité des fruits, avec les fleurs des prés et les herbes. Saint François d’Assise n’hésitait pas à l’appeler « Notre sœur la Terre ! » car celle-ci fait partie de notre fraternité.

Vivre la fraternité en Eglise famille de Dieu à Porto-Novo, en communion avec notre sœur la Terre : voilà l’enseignement que nous inspirent les champs de nos campagnes, gracieusement ensemencés, les chants mélodieux des oiseaux, le bourdonnement mielleux des abeilles et les cris vibrants de nos animaux.

Le cri généreux de Saint François d’Assise, ce maître de sainteté qui savait prêcher même aux oiseaux du ciel, les rassemblant devant soi par un charisme inouï et exceptionnel pour leur parler, aura traversé les siècles jusqu’à l’Encyclique Laudato si du Pape François. Ce document magistériel, traduit dans le monde entier et au-delà de la sphère catholique, répand cette idée que « tout est lié ». Il affirme que la biodiversité existe sous toutes ses formes : naturelle, humaine, sociale, économique. Le pape François évoque cette « maison commune » dont il faut prendre soin. Nous sommes ainsi appelés à une fraternité et une solidarité universelles. La fraternité que notre famille diocésaine a choisi de vivre durant cette année pastorale nous permet de savoir embrasser la Création d’un amour qui nous tourne vers notre Créateur. L’amour de la Création qui ne conduit pas au panthéisme aide à découvrir davantage le vrai Créateur. En effet, si nous ne respectons pas la Terre, nous ne respectons pas l’homme et si nous ne respectons pas l’homme, nous ne respectons pas Dieu, Créateur du ciel et de la terre. « Qu’as-tu fait de ton frère ? » (Gn 4, 9-10) ou mieux encore, qu’as-tu fait de ta sœur la Terre ? Cette question de fond nous interpelle dans cette méditation. Notre devoir est de nous préoccuper de l’autre, du frère, de la sœur, de la Terre. L’écologie est intimement liée à l’Evangile avec les paraboles de Jésus et leur explication. En effet, le Christ aimait traverser les champs et se laisser séduire par les fleurs, les oiseaux, les plantes, les épis, le raisin, le figuier, les brebis. Le cheminement écologique oblige à la cohérence dans notre façon de faire et de penser, avec une conscience de l’interdépendance. Celle qui vaut entre nous au sein de notre Eglise famille est la même que celle qui existe entre les plantes de la Terre.

Depuis la Conférence de Stockholm en 1972, une certaine attention à la Création a élevé la question de l’environnement au rang de problème international d’importance majeure. Mais dans la présente méditation, il ne s’agit pas de défense de l’environnement contre le réchauffement climatique, bien que cela fasse partie intégrante du devoir chrétien. Cette méditation est plutôt une ode à tous ceux et celles qui sont semeurs de fraternité. Elle se veut attentive à tout ce qui germe sur la Terre de nos vies, de nos sociétés, de notre Eglise famille, de notre vie de foi en somme. Nul doute qu’en vivant dans la cité, nous devons apporter notre pierre à son édification. C’est un devoir chrétien de préserver notre sœur la Terre contre toute dégradation. Dans son discours du 27 mai 2019 lors de la rencontre sur le climat à la Casina Pio IV, le pape François disait aux participants : « Partout dans le monde, nous voyons des vagues de chaleur, une sécheresse, des incendies de forêt, des inondations et d’autres événements météorologiques extrêmes, l’élévation du niveau de la mer, l’émergence de maladies et d’autres problèmes qui ne sont qu’un avertissement sévère de quelque chose de bien pire qui pourrait arriver si nous n’agissons pas, et si nous n’agissons pas avec urgence ». En effet, ce qui abîme la Terre finira par dégrader ses habitants. Ce qui défait l’écosystème autour de nos villes et campagnes finira par nous détruire nous-mêmes, si nous n’y prenons garde. A cet effet, les leçons de l’Encyclique Laudato si ont le grand mérite de nous prévenir contre l’écologisme fantaisiste et stérile qui préserverait la Terre contre ses habitants. Laudato si tourne plutôt nos cœurs et nos regards vers un écologisme intégral qui défend l’environnement pour le bien-être de l’homme.

Alors, veillons à entretenir nos milieux de vie : création de jardins botaniques et d’espaces horticoles, restauration de l’habitat, assainissement des eaux, réparation des voies d’accès avec grande attention à tous, notamment aux pauvres, aux personnes âgées, aux malades, aux enfants à préserver contre le paludisme en cette saison des pluies où les moustiques n’attendent pas nos cartes d’invitation pour se présenter au festin. C’est l’occasion de saluer les promoteurs de l’Artémisia dans notre diocèse dans la lutte contre le paludisme.

En parlant de fraternité avec notre sœur la Terre et toute la Création, je voudrais que nous nous éveillions davantage à l’amour et à la beauté de tout ce que Dieu nous a donné : Eglise, famille, relations, univers environnant. Savoir tout considérer dans une fraternité effective et affective ne manquera pas d’enrichir notre action de grâce. Nos cœurs seront davantage ouverts à la joie et à l’amour de la Terre avec nos frères et sœurs qui, en quête du salut de Dieu, partagent le même « espace d’incarnation » que nous. Il s’agit alors d’un mouvement d’élévation du cœur, capable de nous faire goûter la joie des saints, la quiétude des prophètes, la supplication du psalmiste et l’inspiration des poètes qui ont chanté la beauté de la Création.

Dans cet élan de contemplation où il s’agit moins de ce que nous faisons de la Terre que de ce que nous faisons pour elle et avec elle, nos cœurs de croyants et de chrétiens pourront se désaltérer aux vraies sources de la prière d’où jaillissaient les paraboles du Rédempteur et son dialogue permanent avec le Père éternel. Que ferons-nous pour notre sœur la Terre en cette période de vacances ? Nombre d’entre nous continueront de la « creuser et de la bêcher » pour y chercher les trésors qui s’y cachent. Plusieurs autres l’ensemenceront à la manière du semeur de l’évangile (Mt 13 … Luc 8, 4-15). J’espère que vous avez pris autant de plaisir à lire cette méditation que j’en ai eu à la préparer. Courage et, pour reprendre la fable de Jean de la Fontaine : « ne laissez nulle place où la main ne passe et repasse ». Et surtout ne craignons pas l’ivraie, pourvu qu’on ne choisisse soi-même de s’y identifier.

Tous les agents pastoraux de notre Eglise famille se joignent à moi pour vous souhaiter de bonnes vacances sur la « Terre des vivants » : prenez soin de vous, des autres et de la nature qui vous entoure.

† Aristide GONSALLO

Evêque de Porto-Novo

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