DEUXIEME CATECHESE DIOCESAINE AUX JEUNES : La vertu de la tempérance pour rayonner à Pâques

 

Nous poursuivons le cycle des quatre catéchèses à l’endroit des jeunes de notre Eglise famille de Dieu à Porto-Novo en vue du prochain Synode des évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel. Nos rassemblements de jeunes sont des signes d’espérance parce que tous les adultes, parents, enseignants, professeurs, prêtres, religieux, religieuses et tous ceux qui veillent sur la croissance et la maturation physique et spirituelle des jeunes, voient dans les jeunes ceux et celles qui accompliront ce qu’ils n’ont pas pu eux-mêmes réaliser.

 

Chers jeunes,

Après m’être entretenu avec vous dans la première catéchèse du mois dernier sur le thème « Un esprit sain dans un corps sain », je voudrais saisir l’opportunité de ce temps de Carême pour m’adresser de nouveau à vous, sur la vertu de la tempérance dans le prolongement du thème précédent. Je voudrais m’inspirer du grand apôtre de la jeunesse qu’est saint Jean-Paul II qui s’est adressé aux jeunes dès les premières années de son pontificat en les invitant à la tempérance, source de joie et d’espérance. Certes, il peut paraître étrange de parler de la tempérance ou de la sobriété à des jeunes en croissance mais j’estime que cette vertu est nécessaire aux jeunes. Je voudrais ainsi répondre à l’invitation de saint Paul quand il écrivait à son disciple Tite qu’il avait laissé comme évêque dans l’Ile de Crète : « Exerce les jeunes à être sobres » (Tt 2, 6), en d’autres termes « forme les jeunes à être tempérants ».

La tempérance est l’une des quatre vertus morales principales avec la Prudence, le Courage et la Justice. Celles-ci sont encore appelées les vertus cardinales, ce dernier adjectif dérivant du mot latin « cardo » qui signifie le gond d’une porte ou d’une fenêtre, le pivot, la charnière. De par son origine étymologique, une vertu cardinale est donc une vertu charnière dont découlent toutes les autres. C’est autour de ces vertus cardinales que pivotent toutes les autres comme autour d’un gond. Mais « La tempérance, écrivait saint Jean Climaque est le  dénominateur commun de toutes les autres vertus ». Je rappelle au besoin qu’il y a aussi les vertus théologales que sont la Foi, l’Espérance et la Charité. Ainsi les quatre vertus cardinales et les trois vertus théologales forment les sept vertus chrétiennes, sept étant le chiffre de la perfection.

Le mot « tempérance » est issu du verbe latin « temperare » qui signifie « garder la mesure et l’équilibre ». La tempérance, c’est la sobriété. Comprise comme l’inverse de l’excès, cette vertu nous permet de discipliner nos désirs et nos passions et, de ce fait, la tempérance est alors bienvenue pendant le Carême pour un esprit sain dans un corps sain.

Le temps de Carême est celui du jeûne entre autres recommandations du Seigneur. La pratique de la tempérance pendant le Carême et dans toute la vie chrétienne interpelle donc sur l’usage des biens matériels notamment de la nourriture selon qu’on en abuse ou pas. Le fait de manger montre que nous nous reconnaissons créés et que nous recevons notre vie d’un Autre. C’est affirmer notre dépendance. La nourriture est à la racine de la vie et, de ce fait, elle est également le lieu de toutes les tentations et de toutes les extravagances et excentricités. Or, dans l’abus ou l’excès, l’aliment que nous prenons perd la raison pour laquelle il est créé. Cet excès n’a d’autre nom que la gourmandise comprise comme une passion centrée sur le plaisir de manger ou encore le manque de contrôle devant tout ce qui se réfère aux aliments. Les Pères de l’Eglise qualifient même de maladie spirituelle «ce désir désordonné de nourriture » comme le dit si bien Saint Thomas d’Aquin. Ce n’est pas le plaisir en lui-même qui est un péché mais le plaisir immodéré, sans mesure. Dieu a créé la nourriture pour le maintien de la vie et pour la louange de son Nom. Or, la gourmandise consiste à faire usage des aliments en dehors de ce cadre prévu par Dieu au lieu de rechercher les besoins naturels et normaux du corps. La gourmandise fait perdre la raison pour laquelle l’aliment est créé. L’abstinence est alors recommandée pendant le Carême parce qu’elle modère les appétits et limite les aliments dans l’obligation vitale de manger.

Par conséquent, la vertu de la tempérance caractérisée par la modération et la mesure est un remède à la gourmandise pendant ce temps de Carême car il s’agit de se donner des règles pour déterminer la juste mesure. Dans ses Exercices spirituels, saint Ignace de Loyola montre que, pour supprimer la démesure dans la nourriture et la boisson, il est vivement recommandé de déterminer à l’avance la quantité exacte de la nourriture et de boisson à prendre et s’en tenir à cela (cf. E. S. nº 217). Il précise par ailleurs que, pour la boisson, il est utile de veiller à une plus grande abstinence, en examinant avec soin quelle quantité de boisson nous est utile et à l’inverse, quelle quantité nous est nuisible pour la supprimer (cf. E. S. nº 211).

 

Chers jeunes, celui qui pratique la vertu de la tempérance n’abuse pas des aliments, des boissons, des plaisirs charnels de toutes sortes (cf. Gal 5, 19). Il ne boit pas immodérément de l’alcool et ne se prive pas de sa conscience en usant et en abusant de stupéfiants. Il ne se livre pas à l’ivresse de l’alcool et aux drogues au point de devenir un spectacle avilissant aux yeux des passants car la sobriété a pour contraire l’ébriété. Il n’abuse pas de son téléphone portable et de toutes les technologies nouvelles. La civilisation scientifique, technique et technologique provoque à la surconsommation. Vous, jeunes, vous êtes attirés par les objets surtout si ceux-ci donnent des facilités et des avantages comme y inclinent les nouvelles technologies. Or, celui qui vit la tempérance a la maîtrise de lui-même. Les passions ne l’emportent pas sur sa raison, ni sur sa volonté ni sur son cœur. Selon l’Ecriture, il est réservé (cf. Tite 2, 4), pondéré (cf. Tite 2, 6) et sobre (cf. 1 P 4, 7).

 

Chers jeunes, devenir homme, être homme, c’est avant tout se respecter et faire respecter sa propre dignité en se laissant guider par la vertu cardinale de la tempérance. Vivre cette vertu chrétienne, c’est se dominer soi-même, maitriser ses propres pulsions, ses passions et sa sensualité. L’attention est plus que recommandée pendant ce Carême car le démon de l’impureté et de la gourmandise s’en prend à ceux qui s’adonnent à la tempérance. C’est pourquoi saint Pierre écrivait  déjà : « Soyez sobres, soyez vigilants. Votre adversaire, le démon, comme un lion qui rugit rode et cherche qui dévorer. Résistez-lui, fermes dans la force de la foi » (1 P 5,8-9).

 

Chers jeunes, si vous pratiquez la tempérance, votre corps et votre cœur s’en ressentiraient profondément. La tempérance vous rend plus beaux physiquement et spirituellement car les efforts faits pour être sobres font un bien énorme au corps et au cœur. Pendant ce temps de Carême et en préparation à Pâques, formez-vous à la beauté intérieure par la pratique de la sobriété et de la modération. Alors vous rayonnerez de toute la splendeur de la beauté du Ressuscité sur notre famille diocésaine et sur l’Eglise universelle.

Bon temps de Carême et bonne montée vers Pâques dans la tempérance !

 

† Aristide GONSALLO

Evêque de Porto-Novo

 

Laissez un commentaire