Église de Dieu, corps du Christ et communion vivante des croyants

Excellence Mgr François Gnonhossou, évêque du diocèse de Dassa,

Cher père Apollinaire Dah Hlohounon, curé fondateur de la paroisse Notre Dame de la Route de Sèmè Gare,

Chers pères concélébrants,

Chers religieux et religieuses,

Monsieur le Préfet de l’Ouémé,

Monsieur le Maire de Sèmè-Podji,

Autorités politico-administratives en vos rangs, grades et qualités,

Chers fidèles chrétiens,

Chers frères et sœurs en Christ,

Chers frères et sœurs venus d’autres confessions religieuses,

Et vous tous membres du peuple de Dieu,

L’Eglise célèbre aujourd’hui 9 novembre la dédicace de la Basilique saint Jean du Latran qui est la cathédrale du Pape en tant qu’évêque de Rome. Célébrer la fête de la dédicace de la Basilique du Latran, ce n’est pas s’extasier devant une prouesse architecturale des temps anciens. C’est plutôt rendre grâce pour l’Eglise vivante que nous formons et dont l’Evêque de Rome est principe et fondement de l’unité. Nous sommes donc invités à prier aujourd’hui pour le pape François mais aussi pour toute l’Eglise, Corps du Christ dont il est lui-même la tête. Il est heureux que ce jour ait été choisi et identifié comme le plus symbolique et le plus significatif pour l’événement ecclésial qui nous rassemble aujourd’hui, je veux nommer la dédicace de cette église qui nous abrite et qui est sous le patronage de Notre Dame de la Route. En effet, nos églises -bâtiments- sont le signe visible et matériel de cette Eglise – Corps du Christ- dont nous sommes les pierres vivantes.

Je vous souhaite donc la bienvenue dans cette demeure que nous consacrons au Seigneur, Maître de l’Univers. Oui, cette église de Sèmè-Gare est un lieu de mémoire et de paix, un édifice construit de la main des hommes depuis les origines de cette paroisse. Une immense joie nait en nos cœurs au détour du regard que nous posons sur ce lieu, sur cette œuvre d’art dont la beauté nous surprend, nous émeut et nous émerveille. Parmi les puissants motifs d’action de grâce, il y a toutes ces personnes que le Seigneur a mis sur notre chemin pour la réalisation de cette prouesse imposante. En votre nom à tous et en mon nom personnel, je voudrais remercier tous ceux et celles qui ont œuvré de jour comme de nuit à la construction de cette maison de Dieu, les vivants comme ceux qui ont déjà rejoint la maison du Père des cieux après avoir contribué à construire la maison de la terre. Du haut des cieux, ceux-ci jubilent avec nous en ce moment, car l’Eglise, c’est la communion des saints.

Je voudrais saluer la mémoire de mes prédécesseurs sur le siège épiscopal de Porto-Novo, Mgr Noël Boucheix, Mgr Vincent Mensah et Mgr René-Marie Ehouzou qui ont œuvré pour que l’Evangile soit enraciné dans cette terre de Sèmè-Gare. Je salue le révérendissime père Jean-Benoît Gnambodè qui a nommé et installé le premier curé de cette paroisse en la personne du père Apollinaire Dah Hlohounon. A juste titre je félicite le zèle pastoral et le dynamisme du père Apollinaire et de tous ses collaborateurs, tous les ouvriers, tous les bienfaiteurs et donateurs qui se sont succédés pour que nous ayons un si bel édifice aujourd’hui. Permettez-moi à ce sujet de vous rapporter ce fait divers qui ne l’est plus aujourd’hui. Lors de ma dernière visite pastorale ici-même en octobre dernier, devant l’œuvre pastorale accomplie par le père Apollinaire, qu’il considère comme un architecte et prend pour un maçon, un fidèle s’est exclamé, laissant éclater sa joie et son admiration : « Monseigneur, cette église est un paradis. Quand on y entre, on n’a pas envie d’en sortir ». Qu’il en soit ainsi aujourd’hui et pour toujours.

Comment alors ne pas rendre grâce pour ces vaillants ouvriers de la vigne du Seigneur sur la station Notre Dame de la Route de Sèmè-Gare devenue paroisse, ces intrépides ouvriers dont nous retraçons ici la vie à travers l’historique de la paroisse.

Venant de la paroisse Ste Anne d’Attakè à Porto-Novo, papa Alexandre AGBOTON, le premier catéchiste, est arrivé sur les lieux pour transmettre la parole de Dieu en 1944, voici donc 75 ans. Il fut accueilli par papa Jules DJOSSE qui lui donna une partie de sa cocoteraie. A la création de la mission de Djèrègbé en 1955, Sèmè-Gare est passée sous la tutelle de Djèrègbé comme station secondaire. La première chapelle fut construite par le Père HUET entre 1955 et 1958. La nouvelle église fut implantée il y a 22 ans le 2 juin 1997. Avec la création de la paroisse St Joseph de PODJI-DAHO, Sèmè-Gare est devenue station secondaire de Podji-Daho avant d’être créée paroisse, il y a cinq ans, le 29 juin 2014. Aujourd’hui, 9 novembre 2019, nous célébrons la dédicace de son église paroissiale.

Oui, « ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, jour d’allégresse, jour d’exultation ». Rendons grâce à Dieu qui nous donne aujourd’hui de lui consacrer entièrement ce qui lui appartient. Quand on a construit une église c’est-à-dire la demeure de Dieu et qu’on s’y rassemble pour prier et honorer Dieu, il y a un jour où l’on consacre cette église. Et ce jour-là, on parle de sa dédicace. Cette démarche que nous entreprenons aujourd’hui, est pleine de sens pour Dieu et pour nous. C’est la maison de Dieu parmi son peuple, avec des pierres, scellées au ciment du Saint Esprit. Bénis et aspergés de cette eau lustrale, symboliquement expliquée par le prophète Ezéchiel dans la première lecture, oints par le saint chrême et l’huile sainte, les murs de cet édifice feront de cette demeure divine une construction originale pour mieux accueillir le peuple de Dieu que nous formons.

Nous pourrions comparer la consécration de cette église avec notre propre consécration baptismale. Nous aussi nous sommes le Temple de Dieu, membres de la Cité Sainte, la Jérusalem Nouvelle. Nous avons été plongés dans les eaux du baptême, pour mener cette vie nouvelle d’enfants de Dieu. L’eau qui a touché notre front a été bénite et le chrême consacré durant la messe chrismale, a oint notre front, faisant de nous tous, des prêtres, des prophètes et des rois. Cet enseignement nous est rendu manifeste dans les lectures de cette fête de la dédicace de la Basilique du Latran, car la parole de Dieu ne cesse d’agir et ne cessera jamais de renouveler ceux et celles qui s’ouvrent à elle.

Avec cet extrait de l’Evangile des marchands chassés du Temple, nous sommes au début du ministère public de Jésus accomplissant un geste prophétique. A l’approche de la fête de Pâques, une des trois fêtes de pèlerinage, Jésus monte à Jérusalem. Il entre dans le Temple pour y prier car c’est la maison de son Père. Mais les parvis sont encombrés de changeurs et de marchands qui vendent des animaux pour les sacrifices. Jésus les chasse tous. Et l’on peut se demander de quel droit il pose un tel acte. Il répond simplement : « Détruisez ce Temple, ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai ». Cette parole servira d’accusation lors de son procès. Sur le moment, les disciples eux-mêmes n’ont rien compris aux paroles de Jésus. D’ailleurs, il ne pouvait en être autrement car détruire un bâtiment colossal et le rebâtir en trois jours, même avec toute la bonne volonté du monde, aucun ouvrier, quelles que soient ses compétences, n’y arriverait pas. Mais le Temple dont parlait Jésus, c’était son Corps, ce Corps que les disciples ont approché de près, ce Corps qu’ils ont contemplé sur la montagne de la Transfiguration, ce Corps qu’ils ont vu sur le bois de la Croix, ce Corps qu’ils ont touché après la résurrection.

Le Corps de Jésus est désormais le seul lieu de la rencontre entre Dieu et les hommes. Le Corps de Jésus est le lieu où Dieu se fait proche et où l’homme peut approcher Dieu, parce que justement, c’est le Corps de l’Homme-Dieu. Ce Corps-là, ce lieu où Dieu rencontre l’homme, personne ne pourra jamais le détruire. Dieu le Père lui-même l’a signifié solennellement au monde en ressuscitant son Fils le troisième jour après sa mort. Par le mystère pascal, ce Corps du Christ ressuscité est en nous à chaque eucharistie. Mais il est aussi présent dans toute l’église de pierres quand l’Eglise rassemble autour de l’autel les chrétiens, membres de ce Corps comme nous le vivons de façon particulière en ce jour de dédicace.

La dédicace d’une église est l’expression du mystère de la construction de l’Église. C’est le Christ qui construit l’Église et lui donne vie. Quand nous parcourons les Ecritures, nous sommes frappés par la multitude d’images qui se recoupent. Dans la deuxième lecture de ce jour, Saint Paul évoque justement l’image du Corps. L’Église, c’est le Corps du Christ, constituée par des croyants qui en sont les membres. Certes, tous sont différents les uns des autres mais tous sont complémentaires les uns des autres.

Avec la dédicace de ce jour, nous avons une nouvelle image, celle de l’Église comme construction. Elle se fonde sur le mot même d’église, « ecclesia » qui signifie « rassemblement ». Par conséquent, ce mot désigne la communauté que nous formons au cours de cette eucharistie comme nous le faisons d’ailleurs tous les dimanches et en semaine. Mais en même temps, ce mot désigne le bâtiment dans lequel nous nous trouvons en ce moment même, qui vibre et résonne de nos chants, de nos cantiques, de nos louanges et de nos prières. C’est l’occasion pour nous de méditer sur le sens de ce mot « église » dans la mesure où l’église en tant que bâtiment est faite de pierres vivantes comme le dit saint Pierre. Ces pierres vivantes sont à comprendre comme des éléments qui se complètent les uns les autres, et qui constituent un édifice, en l’occurrence, l’Eglise qui préfigure l’union de tous les chrétiens, l’Église qui réunit tous les hommes dans un unique mystère.

En célébrant le mystère de l’Eglise, nous célébrons notre propre mystère car l’Eglise, c’est chacun de nous quand nous formons un seul Corps en Christ. Saint Augustin l’exprime à sa manière quand il précise que « nous sommes un Corps vivant ». En d’autres termes, nous ne sommes pas simplement les numéros d’une liste, nous sommes des pierres vivantes. La construction qu’est l’Église ne pourra être vivante que si chacun de ses membres que nous sommes est vivant. C’est donc notre vie ajoutée à celle des autres qui constitue l’Église couronnée par le Christ

Aussi chantons-nous cette hymne lors des consécrations ou dédicaces d’église : « Dieu avec nous, Dieu en nous, nous sommes le Corps du Christ ». C’est aussi la fin d’une attente car désormais avec la consécration, Dieu prendra entièrement possession de ces lieux. Si Dieu en prend entièrement possession, nous ne pourrons plus en faire un lieu de réunion ou de spectacle, un lieu de répétition ou une salle de catéchisme. En effet, certains jours, Jésus pourrait surgir dans notre vie pour nous dire avec l’insistance d’un véritable ami : « enlève cela d’ici ; ne fais pas de la maison de mon Père une maison de trafic ». Acceptons que l’Eglise ne soit pas d’abord ce que nous en faisons, les rassemblements qui sont les nôtres, mais plutôt la demeure de Dieu parmi les hommes. Il faut que l’église soit respectée et que la présence de Dieu soit assumée par tous. C’est aussi le commencement d’une présence car avec la consécration de cette église, « l’invisible se fait voir » et se fait l’un de nous comme le laisse entendre saint Théodore-le studite.

La dédicace de l’Eglise Notre Dame de la Route ne saurait donc se réduire à une simple dévotion ou à une vague idée théologique. Il s’agit du mystère même de notre propre vie. Nous sommes le Corps du Christ. Nous sommes l’Épouse du Christ. Nous sommes la vigne de Dieu. Nous sommes la cité du grand roi. La vérité de ces affirmations fondamentales de notre identité de chrétiens se résume dans cette dédicace que nous célébrons en communion avec tous les chrétiens de notre diocèse, car, sachons-le, notre communion n’est pas simplement celle de l’assemblée que nous constituons ce matin, mais elle est celle de tout notre diocèse appelé à révéler la présence du Christ. Nous sommes donc membres du Corps du Christ et chacun de nous est membre de ce Corps, représenté non seulement par notre communauté ici rassemblée, mais aussi par toute la communion de ce diocèse conformément à notre thème d’année, communion de tous ces chrétiens rassemblés sous la houlette du pasteur de ce diocèse, l’évêque celui à qui le pape, successeur de Pierre, a confié au nom du Christ, une portion de la vigne du Seigneur. En cette fête de la dédicace de la Basilique du Latran et de la dédicace de cette église qui nous accueille aujourd’hui, je vous invite à prier pour mon ministère épiscopal et pour ma personne dans ma mission délicate et exigeante de gardien de la communion ecclésiale et fraternelle.

Nous prenons conscience que nous sommes appelés à compléter le Corps du Christ par notre totale adhésion à ce Corps pour que vivent à la fois notre communauté locale, notre communauté paroissiale, notre communauté diocésaine. Le diocèse n’est pas simplement une entité administrative, c’est le lieu où le Christ épouse l’Église, c’est le lieu où l’Église se rassemble autour de son pasteur l’évêque.

Nous sommes donc des messagers de la vie du Christ, des messagers de l’unité de l’Église, des membres du Christ, des membres les uns des autres, manifestant ainsi cette présence du Christ au milieu de nous, car « là où deux ou trois sont rassemblés, à plus forte raison, là où deux cents ou cinq cents voire mille personnes sont rassemblées en mon nom dit le Christ, je suis au milieu d’eux ».

Chers frères et sœurs baptisés en Jésus, pierres vivantes, pierres édifiées dans sa maison, pierres précieuses aux yeux de Dieu, et vous tous.

Le Seigneur soit avec vous.

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