La Mort, prémices de la vie

A l'occasion du décès du Père Paulin CAKPO TOUGOU, Curé de la Paroisse Saint Matthieu de Gbozounmè, emporté par un violent cancer de gorge, le Père Joseph AZONHOUMON offre une réflexion sur le mystère de la vie et de la mort dont nous présentons ici un extrait...
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          La mort demeure un mystère étroitement lié à celui de la vie. Le philosophe Jankélévitch évoquait l’énigmatique solidarité de la mort et de la vie : « il y a quelque chose d’inexplicable où la vie s’enracine, qui fait de la vie elle-même un mystère et unit la vie à la mort comme à sa condition, qui rend les deux contradictoires tragiquement solidaires l’un de l’autre. En sorte que la vie et la mort sont un seul miracle, et dans la même nuit »[1].

          Pour mieux comprendre la réalité de la mort, certains philosophes l’ont liée au temps. Ce rapport a conduit Heidegger à parler de “Mort et Temps”. Il déclare que “plus originelle que l’homme est en lui la finitude de son existence[2]. On peut comprendre la finitude comme la conscience de la durée limitée de la vie; plus originel que lui-même veut dire le plus essentiel (être), cet essentiel est à lier à ce qui est traditionnellement considéré par la philosophie comme ce qui est imparfait et qu’elle doit mettre entre parenthèses : la finitude, la mortalité et sa marque au présent, la vulnérabilité.

          C’est la mort qui a enfanté le temps, et non le contraire. A ce propos, Henri Maldiney insinue : ” L’homme découvre le temps. Il le découvre en général à travers l’expérience de la mort. Ce qu’il découvre, c’est la précarité du présent dans l’infinité du temps”.

          La mort est conçue comme un passage et non comme une fin. Autrement dit, la vie est immortelle, éternelle. D’ailleurs, on désigne la mort par le “trépas” qui vient du verbe “trépasser”, c’est-à-dire passer au-delà. De la même manière, dans le mot “décès” qui signifie la mort, il y a l’idée de départ, de séparation. La mort est par là considérée comme un départ, une séparation, qui peut être le prélude à des retrouvailles. La mort  peut être ainsi considérée comme une rupture temporaire, un passage à l’intérieur d’une vie qui continue son cours. C’est ainsi que j’accueille avec espérance le décès de l’Abbé Paulin.

         La vie est au-delà de la mort, elle transcende la mort. La foi chrétienne parle d’un au-delà de la mort et de la vie. Cet au-delà a plusieurs appellations : la résurrection, la vie éternelle, le royaume éternel… C’est le lieu de ceux qui seront recréés. Ces personnes y retrouveront leur corps “transfigurés”, glorieux ou glorifiés. Les chrétiens tiennent cette foi de l’expérience de leur Maître Jésus qui est mort et ressuscité. Il rassure ses disciples et nourrit leur espérance : “Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra” (Jn 11,25). Puisque Paulin a courageusement et concrètement manifesté cette foi en Jésus-Christ, je crois qu’il jouit maintenant de cette belle vie auprès du Seigneur.

        Le christianisme présente deux morts, la mort physique à laquelle personne n’échappe, mais qui peut servir de chemin pour échapper à la seconde mort dans laquelle nous plonge le péché, le rejet de Dieu. Le Christ comme le Sauveur invite le chrétien à travailler à sa propre rédemption pour échapper à la mort définitive. L’homme peut se sauver de cette mort, se rendre immortel. Il est invité à mettre en échec la mort, conséquence du péché, pour garder sans cesse la vie. Et cela dépend de son témoignage de vie. Autrement dit, la conservation de la vie, mieux la réception de la vie éternelle passe par la foi en Jésus-Christ au moyen de bonnes œuvres. C’est l’amour qui rend l’homme impérissable. Mon cher Paulin a conservé jalousement cette vie en lui, car il a aimé Dieu et son prochain sur terre. L’au-delà ne peut pas faire fi de notre vie terrestre. En effet, c’est grâce à notre choix de vie, avec tout ce que nous aurons fait et aimé, que nous nous retrouverons dans cette vie éternelle. Dieu éternel et tout puissant a créé l’homme pour une existence impérissable, incorruptible: “Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir l’être humain dont il a fait une image de sa propre identité”[3].

        Nous sommes invités à l’éternité. Celle-ci dit une situation toute nouvelle, celle du partage de la vie de l’Eternel. Si notre vie est un partage de la vie de Dieu, et puisque Dieu est éternel, alors notre vie n’est pas mortelle, elle est créée pour l’éternité. […]

Père Joseph AZONHOUMON

[1] V. Jankélévitch, La mort, Champ/Flammarion, 1977, p. 463.

[2] P. David, Tempus mortis, dans Heidegger, Paris, Cerf, 2007, p. 264

[3] Sagesse 1, 13-15; 2, 23-24

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