Première catéchèse diocésaine aux jeunes

« Un esprit sain dans un corps sain »

Dans le cadre de la préparation du Synode des Evêques en octobre prochain sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel et en lien avec notre thème d’année pastorale, nous inaugurons une série de quatre catéchèses annuelles à l’endroit des jeunes en commençant par les doyennés d’Ekpè et de Djèrègbé. A la première catéchèse étaient présents 2.116 jeunes. C’est un vrai motif d’action de grâce. L’objectif pastoral visé est d’aller à la rencontre des jeunes pour mieux les connaître, être au parfum de leurs préoccupations et nous apprivoiser mutuellement en créant des liens comme le dit si bien le Petit Prince dans le livre éponyme d’Antoine de Saint-Exupéry. Des occasions se sont déjà présentées au cours de l’année pastorale pour rencontrer les jeunes. Mentionnons entre autres les célébrations des Journées Diocésaines de la Jeunesse, l’administration des sacrements notamment l’eucharistie et la confirmation, les visites dans les écoles catholiques et les internats du diocèse.
Cette première catéchèse se veut l’écho et la réponse à l’une des multiples préoccupations de notre jeunesse. C’est dans ce sens que je désire m’adresser aux jeunes à partir de cette citation de Juvénal, poète romain du 1er siècle après Jésus-Christ : « Un esprit sain dans un corps sain ». Le sens donné par l’auteur est en rapport avec la spiritualité antique : « Alors faut-il que les hommes ne fassent jamais de vœux ? […] Ce qu’il faut alors implorer, c’est un esprit sain dans un corps sain. » (Juvénal, Satires, 10, 346-366). A l’écoute des jeunes, je voudrais ainsi les éclairer et actualiser toute la portée morale et spirituelle de cette pensée à la lumière des Ecritures et du Magistère de l’Eglise.

Chers jeunes,
Je vous salue tous et j’apprécie votre allégresse juvénile. Avec toute l’effusion du cœur, j’adresse un salut particulier à vous les jeunes des doyennés d’Ekpe et de Djeregbé, en vous invitant à être d’intrépides témoins de la foi. Je voudrais mieux vous connaître, dialoguer avec vous, mes jeunes amis, et je sais que vous désirez, vous aussi, que Monseigneur soit à l’écoute de vos joies et de vos épreuves. Ce que vous avez à demander, chers jeunes, c’est la santé physique, mentale et spirituelle. Et la présente catéchèse en est une piste tout indiquée. Cette citation de Juvénal vous incite, vous jeunes en particulier, à cultiver aussi bien ce qui relève du moral que du physique, des études, du travail, de la culture que de l’exercice et de la bonne hygiène corporelle et bien évidemment spirituelle pour ce qui vous concerne en tant que chrétiens. En d’autres termes, vous ne pouvez vivre avec l’un et sans l’autre.
Créé par Dieu à son image et à sa ressemblance, l’homme est corps et âme. Avec votre corps, vous participez donc à la dignité de l’image de Dieu. Dédaigner la vie corporelle ne saurait vous être permis. Bien au contraire, il vous faut estimer, respecter et aimer votre corps créé par Dieu. La relation entre l’esprit et le corps requiert de vous une attention particulière. L’un ne saurait exister sans l’autre. La purification de l’esprit entraîne la purification du corps et le corps anobli et assaini vous met d’emblée sur le chemin de la progression vers la sainteté. Devenir saint en respectant son corps et le corps du prochain pour accéder à la sainteté, une telle démarche passe par la purification des sens et de l’esprit. Dans son débat avec les Pharisiens, Jésus attire l’attention sur le mental, la pensée, l’esprit. Il montre que ce qui souille l’homme, ce n’est pas ce qui entre en lui mais ce qui en sort : « Ce qui sort de la bouche vient du cœur, et c’est cela qui rend l’homme impur. Car c’est du cœur que proviennent les pensées mauvaises : meurtres, adultères, inconduite, vol, faux témoignage, diffamations » (Mt 15, 18-19).
Le corps de l’autre, c’est son visage qui traduit toutes ses expressions, toutes ses mimiques, son sourire. C’est ce regard qui traduit ses émotions, ses interrogations, ses attentes, ses intérêts. Par conséquent, ce visage m’inquiète quand il se ferme car le regard de l’autre est tout un langage. Le corps de l’autre, ce sont ses mains à respecter, les mains du service et de la tendresse qui sont des dons de Dieu. C’est aussi la beauté de ses mains jointes pour prier. Le corps de l’autre, c’est son allure, sa démarche, sa posture, son style unique et inimitable puisqu’il est créé unique à l’image et à la ressemblance de Dieu. Par conséquent, moi, jeune, je pose un regard sain sur ce corps de l’autre que je reconnais de loin jusque dans sa manière de marcher. Le corps de l’autre, ce sont ses cheveux, sa peau, sa voix, son rire, ses murmures, ses éclats de voix, son chant, ses mots, sa diction, son élocution. Le corps de l’autre, c’est aussi sa personnalité, sa souffrance, ses limites, sa maladie, son handicap, ses rides, ses cicatrices qui sont des révélateurs d’une dignité qui lui donne une telle profondeur.
Savoir que chacun de vous dans son corps de jeune homme et de jeune fille est vraiment magnifié, cela doit remplir de respect le jeune homme pour le corps de la jeune fille et la jeune fille pour son propre corps. En cette époque de trop grande permissivité, synonyme de laisser-aller avec le manque de maîtrise des technologies de l’information et de la communication, cette catéchèse voudrait vous conduire à un grand émerveillement, celui que Dieu accorde à celui qui accueille ses dons.
Le Discours de Jésus sur la montagne nous avait déjà alertés : l’interdit de l’adultère concerne aussi le regard de convoitise : « Celui qui regarde une femme et la désire a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur » (Mt 5, 22). Saint Augustin commente en soulignant qu’« il y a des hommes qui s’abstiennent d’actions mauvaises et non des mauvaises pensées. Ceux-là purifient la chair et non l’esprit ». Saint Augustin et Saint Jérôme s’accordent sur cet exemple très direct : l’homme pris par la passion ne se vautre sans doute pas dans le lit de la femme désirée, pourtant il s’y vautre bel et bien en esprit car ce n’est pas la volonté de pécher qui manque à cet homme mais c’est l’occasion qui lui fait défaut.
Alors la vigilance s’impose à vous, jeunes, appelés à veiller à votre intégrité physique et intellectuelle, à la nécessité d’une vie spirituelle épanouie. Puissiez-vous cultiver votre corps et votre âme afin de garder grâce, élégance et dynamisme, sur le chemin de la vie souvent pavé d’imperfections et dépourvu d’ambition et de foi en l’homme. Au terme, vous parviendrez à la sainteté à laquelle vous aspirez avec votre corps et votre esprit.
Chers jeunes, je compte sur vous pour avoir un esprit sain dans un corps sain et saint parce que sanctifié par vos bonnes œuvres et vos vertus. Entrez dans vos maisons, allez dans vos écoles, investissez vos lieux de travail et de commerce pour dire que Monseigneur compte sur vous. Je vous bénis de tout cœur et avec vous je bénis tous ceux et celles qui vous ont accompagnés ici : vos aumôniers, vos curés, vos accompagnateurs, vos différents responsables. Et je me recommande à vos prières avec les mots même du Pape François : « S’il vous plaît, s’il vous plaît, priez pour moi ». Je vous remercie.

† Aristide GONSALLO
Evêque de Porto-Novo

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