TROISIEME CATECHESE DIOCESAINE AUX JEUNES : « Jeune, engage-toi »

Cher jeune, tu le sais mieux que moi, à notre époque, beaucoup dans ta tranche d’âge ont peur d’assumer un engagement car ils préfèrent plutôt une vie à l’essai. J’estime alors qu’il est opportun de remettre la notion de l’engagement au cœur de la réflexion en cette année consacrée à la jeunesse. Rien ne peut ni ne doit décourager les jeunes. Celui qui a peur de s’engager craint pour sa liberté car faire un choix engageant oblige à renoncer à mille et une choses. L’un des obstacles majeurs à notre programme d’action est la peur de s’engager. En s’engageant, on exprime une préférence à toute autre possibilité en tenant compte de la hiérarchie des valeurs.S’engager ne consiste pas d’abord à renoncer à quelqu’un ou à quelque chose. S’engager, c’est avant tout faire parler sa personnalité qui ne se laisse pas balloter au gré des vents. C’est être fidèle au choix que l’on a librement posé dans les petits pas de la vie quotidienne. C’est montrer que l’on aime en exprimant son sens des priorités.

Quand, toi jeune, tu achèves un service demandé par tes parents alors que tu as envie d’aller voir un ami pour prendre un verre ; quand tu rends un service sur ton lieu de vie quotidienne alors que le désir te prend de vaquer à autre chose ; quand sur ta paroisse, tu réponds aux attentes de ton curé et aux besoins pastoraux de la paroisse alors que tu as bien envie de faire de grasses matinées, tu montres combien tu aimes en marquant tes préférences et en les exprimant par des actes concrets : « N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). Ce faisant toi, jeune, tu construis ta personnalité car les petits choix quotidiens et discrets préparent les grands engagements. Dans la vie des communautés chrétiennes, comme dans bien d’autres domaines où nous vivons une solidarité et par conséquent une responsabilité, les jeunes ne seront jamais dispensés du discernement.

Il faut que tu tiennes compte de tes envies qui sont très aléatoires et très contingentes car il n’est pas facile de les maîtriser. Elles dépendent du temps qu’il fait, de tes humeurs et de celles de ton entourage, de l’état de ta digestion. Si tu suis tes envies, tu ne pourras pas faire valoir tes choix et marquer tes préférences. Mais à l’inverse, si tu t’engages, c’est-à-dire si tu restes fidèle à tes choix, tu seras libre : « la vérité vous rendra libres », nous dit Jésus (Jn 8, 32). Quand, toi jeune, tu fais une promesse et que tu es conséquent en la respectant, tu manifestes ainsi ta préférence et tu lui donnes consistance par des actes concrets. Quand tu tiens ta promesse, tu es délivré de tes envies du moment et ta volonté s’en trouve raffermie. Ton choix verra vraiment le jour et il ne va pas sombrer dans l’oubli au répertoire des chimères et des vœux pieux, pire encore à la nécropole des intentions mortes.
Il ne s’agit pas de dire oui à tout car il y a des générosités maladives qui s’expriment par le besoin d’avoir un rôle ou un pouvoir, le besoin d’être reconnu, le besoin de fuir dans l’activisme ecclésial ou associatif. C’est alors que les anciens, les aînés sont invités à permettre aux jeunes d’émerger car il y en a encore qui n’oseraient laisser leur place à des personnes plus jeunes et plus compétentes dans l’entourage immédiat car certains anciens deviennent rois et reines de leurs territoires ainsi déclinés : la catéchèse, la sacristie, la chorales, les mouvements et associations ou encore « les affaires de Monsieur le curé » que personne d’autre n’a le droit de toucher.
Mais il faut aussi que les jeunes ne brillent pas par leur absence coupable en étant simplement des consommateurs passifs. Pour ces consommateurs, il est normal que les locaux de la paroisse soient entretenus mais par les autres. Pour eux les fêtes paroissiales ou diocésaines doivent être bien préparées mais par les autres sans impliquer bien évidemment leur engagement. Ce sont justement ceux-là qui pèchent par leur absence qui sont les premiers à critiquer : « la critique est aisée mais l’art difficile » dit-on.
Toi, jeune, si tu prends un engagement et que tu y tiens fermement dans la lumière de l’Esprit Saint, tu auras la joie de voir de tes yeux ce dont tu es vraiment capable. Tu sais alors sur quels aspects de ta personnalité, tu peux vraiment compter. De ce fait, tu accrois ta capacité d’agir et concomitamment ta liberté. L’engagement que tu prends n’asphyxie pas ta liberté mais il lui donne vie et la fait croître.
Toi jeune, il faudra alors veiller à ce que les engagements que tu prends soient solidement ancrés en Jésus Christ : « Moi, Je suis la vigne et vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruits, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5). Un engagement qui ne laisse pas le temps à la prière ou à l’accomplissement de son devoir d’état porte préjudice à l’avancée du Royaume des cieux. Pour Dieu, l’accomplissement de notre devoir d’état correspond à sa volonté. C’est ici le lieu d’interpeller les parents sur leur devoir d’état car si celui-ci n’est pas accompli parce que les parents sont partout sauf là où on les attend, leurs enfants notamment les jeunes peuvent perdre la boussole de la foi.

C’est justement au cœur de ce monde hésitant qu’il t’appartient, toi jeune, de témoigner que l’on peut oser se consacrer à Dieu. Souviens-toi que le thème du prochain Synode des évêques pour les jeunes est ainsi formulé : « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Certes, il y a la vocation commune à la sainteté mais la volonté de Dieu peut prendre la forme d’un appel particulier. Il t’appartient, à toi jeune, de nous convaincre qu’on peut prendre une décision pour Dieu, une décision qui embrasse toute la vie, une décision qui te rend libre et heureux si elle se renouvelle jour après jour. Il est nécessaire qu’avec ton accompagnateur spirituel, tu apprennes à répondre au Seigneur et à prendre tes engagements après avoir vérifié si l’appel que le Seigneur t’adresse est jouable compte tenu des circonstances et des compétences. Tu dois aussi t’interroger pour savoir s’il y a des personnes sages et proches de toi pour t’encourager dans tes engagements. Enfin, si tu es enraciné dans l’Esprit Saint, la source de tout discernement en vue d’un engagement définitif, tu seras convaincu que c’est lui seul qui confirme au fond de toi ce « oui » que personne d’autre ne peut dire à ta place. Notre monde et notre pays ont un besoin urgent de ce genre de jeunes engagés qui seront toujours des figures toujours nouvelles et étonnantes. Alors, jeune, engage-toi !

† Aristide GONSALLO
Evêque de Porto-Novo

Laissez un commentaire