Elementor #2489

Vivre la communion en Eglise famille au sein de la vie consacrée

Dans sa vision stratégique à l’horizon 2023, notre diocèse a intégré à sa marche sanctifiante l’approfondissement de la communion fraternelle. L’appel à la communion présuppose une intériorisation et un vécu de la fraternité horizontale et verticale. Il serait même important que pour son examen de conscience quotidien chaque fidèle écrive en mémoire et en actes cette question fondamentale : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » (Gn 4,8-10). Et justement, l’une des caractéristiques de la vie consacrée est la communion dans la fraternité. La méditation de ce mois porte alors sur la vie consacrée à la lumière de la fête de la présentation de Jésus au Temple le 2 février. A travers le témoignage d’Anne, femme remplie de l’Esprit Saint, n’y a-t-il pas une certaine affinité entre la vocation féminine et la vocation prophétique ? Le verbe « prophétiser » a la même étymologie que le mot « préface » et signifie « proclamer à pleine voix ». Anne, qui servait Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière, illuminée par l’Esprit Saint, perçoit la présence de Dieu dans l’Enfant Jésus : elle proclame les louanges de Dieu et parle de l’Enfant Jésus à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem (Luc 2, 37b).

La vie consacrée est pour nous d’une telle importance que l’Eglise du Bénin a eu l’insigne honneur d’accueillir le cardinal João Braz de Aviz, préfet de la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique. C’était du 27 novembre au 1er décembre 2019 à Dassa pour le premier symposium national sur la vie consacrée. Nous saluons ici la délégation diocésaine s’y est rendue grâce au dynamisme du bureau diocésain de l’Union des consacrés. Notre méditation voudrait alors répondre à quelques interrogations : Comment vivre la communion au sein de la vie consacrée en écho à la visite du Cardinal João Braz de Aviz et à ce Symposium ? Quels sont les fruits de ce Symposium pour notre diocèse ?

Retenons en premier lieu que la communion renforce l’unité et assume joyeusement la diversité. Le Symposium nous a fait découvrir que la communion n’est possible que lorsqu’on se réunit autour du Christ avec un objectif commun bien assumé. Pour que cette communion soit joyeuse, il faut reconnaitre et intégrer les diversités. Le Symposium a impliqué toutes les formes de consécration à savoir les Instituts de Vie Consacrée, les Sociétés de Vie Apostolique, le clergé diocésain, les jeunes en formation, les collaborateurs dans la mission, les personnes de la société civile, catholiques ou non. Tous ont célébré la joie d’être ensemble. Dans cette assemblée, il était impossible de distinguer les supérieur(e)s majeur(e)s présent(e)s des autres consacrées. On ne pouvait pas faire la distinction entre les profès temporaires et les profès perpétuels. Les hommes et les femmes consacrés ou non étaient en communion. Tous s’écoutaient attentivement et respectueusement. Nous avons remarqué que la différence interpersonnelle, charismatique et spirituelle a accru la joie de la communion fraternelle et renforcé la beauté de la vie consacrée.

La force de la communion a conduit les participants à « faire le chemin ensemble » en acceptant au besoin les éventuelles incommodités de la logistique d’accueil. Ce fut un appel fort du Cardinal João Braz de Aviz qui découle de la vision de la synodalité en cours pour l’Eglise entière. Nous déduisons de ce beau témoignage que la communion n’est effective que lorsque chacun est capable de faire taire son ego en faveur d’un projet commun dans la patience, la tolérance et l’acceptation mutuelle. C’est une occasion idéale de communion à travers le sens de sacrifice. 

Retenons en second lieu que la communion interpelle les habitudes et s’ouvre à la nouveauté. En effet, dans ses prises de parole au cours du Symposium, le Cardinal João Braz de Aviz a maintes fois fait référence au document de CIVCSVA, intitulé : « À vin nouveau, outres neuves » du 6 janvier 2017. De ce fait, il a donné quelques orientations qui pourraient renforcer le vécu de la communion chez les âmes consacrées. Il a rappelé comment la communion soutient les motivations dans la consécration. Il a exhorté à la reconsidération de la vie fraternelle en communauté, de la formation, de la relation entre autorité et obéissance. Il a aussi attiré l’attention sur la manière de gérer les ressources matérielles et financières disponibles. Dans son mot d’ouverture, il déclarait justement : « Les motivations pour une vie fraternelle en communauté, comprise et expérimentée comme essentielle pour la « sequela Christi », se renouvellent également. On a commencé à prendre mieux soin de la formation, entendue comme formation continue et initiale, qui vise à former le disciple de façon cohérente, à la lumière de la spiritualité de communion, ainsi qu’à la lumière des deux dimensions coessentielles de l’Eglise, à savoir la dimension hiérarchique et la dimension charismatique. Dans cette lumière, l’on revoit également les façons de vivre l’autorité et l’obéissance : la première devient davantage service et la seconde s’exprime toujours plus comme communion. Et ainsi, autorité et obéissance deviennent davantage expression de l’Evangile. De la même manière, l’on revoit la relation homme-femme consacrée, la gestion des biens, tant personnels qu’institutionnels. » La communion qui renforce les motivations à la vie et à la fidélité à la suite du Christ pauvre, chaste et obéissant est celle recherchée pour une consécration intégrale.

Forts de ces points évoqués, tout en saluant le dynamisme des religieux et religieuses en mission dans notre diocèse, nous pouvons tirer en troisième lieu quelques fruits du Symposium pour notre diocèse qui a choisi pour cette année le thème de la communion.

Le premier fruit important est l’ouverture des Instituts de Vie Consacrée et des Sociétés de Vie Apostolique à une analyse diagnostique de leur dynamisme intérieur et extérieur. C’est dans le but d’une réelle communion au cœur des communautés religieuses, dans les relations interpersonnelles, interinstitutionnelles hiérarchiques, charismatiques et sociales.

Le second fruit de ce Symposium est le désir manifeste de chaque âme consacrée à être prophète de l’aujourd’hui de Dieu pour les temps nouveaux dans l’espérance, l’approfondissement de la spiritualité de la communion, l’intégration de la synodalité dans la gouvernance à tous les niveaux. Dans son discours du 17 octobre 2015, le Pape François a justement affirmé que « le chemin de la synodalité est le chemin que Dieu attend de l’Eglise du troisième millénaire ». Des exigences concrètes en découlent : passer de l’écoute à la consultation qui conduit à la décision au sens strict, comme collaboration active qui s’explicite dans le processus d’élaboration des décisions.

Le Symposium nous invite à nous approprier la vision actuelle du Magistère de l’Eglise sur la Vie consacrée. Le renouveau de la consécration nous conduit à « cheminer ensemble » comme un seul peuple sur les sentiers de l’histoire à la rencontre de notre Rédempteur. Puisse le Seigneur nous accompagner dans notre vie de communion en prenant modèle sur la communion trinitaire.

Bonne fête à toutes les âmes consacrées.

A tous, bon temps de Carême.

† Aristide GONSALLO

Evêque du diocèse de Porto-Novo

 

 

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