Vivre la communion en Église famille selon le Concile Vatican II

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"Vivre la communion en Eglise famille selon le Concile Vatican II "

Les yeux fixés sur la fin de notre année pastorale, nous poursuivons à l’horizon, notre marche dans la communion en Eglise famille de Dieu à Porto-Novo. Selon notre programme initial, il s’agit en cette période de l’année de revisiter l’ecclésiologie de la communion selon les Pères du Concile Vatican II pour en tirer des éléments pour notre vie chrétienne et pour sa structuration, en somme pour enrichir notre Eglise Famille.

Dans son ouvrage l’Ecclésiologie de Vatican II, le pape Benoît XVI déclare : « Pour comprendre correctement Vatican II, il faut toujours repartir de sa phrase initiale : Lumen gentium cum sit Christus » en d’autres termes puisque le Christ est la lumière des nations (cf. Lc 2,32). Cette expression constitue non seulement le centre de gravité, la lumière qui éclaire tout le Concile dans sa préparation, son déroulement et ses résultats, mais aussi la référence de l’ecclésiologie de la communion. L’affirmation Lumen Gentium cum sit Christus rappelle qu’en réalité tout part du Christ. L’Eglise elle-même n’est « acceptable » que parce qu’elle constitue le corps dont le Christ est la tête. Dans son livre L’Héritage spirituel de Vatican II, le père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison Pontificale, l’exprime ainsi : « on n’accepte pas le Christ à cause de l’Eglise, mais on accepte l’Eglise à cause du Christ. Même une Eglise défigurée par le péché de beaucoup de ses représentants ». Nous ne pouvons alors concevoir un enrichissement de la communion dans notre Eglise Famille sans que chacun de ses membres améliore la communion eucharistique voire spirituelle en ce temps de pandémie du Coronavirus où tant de chrétiens n’ont pas accès à la table eucharistique. La communion sacramentelle constitue le fondement même de la communion fraternelle et de la communion ecclésiale.

En instituant l’Eucharistie, le Christ veut s’unir à nous et demeurer en nous. Avant d’être complète, cette unité se réalise sacramentellement par notre participation à la messe selon la constitution Lumen Gentium : « dans la fraction du pain eucharistique nous avons réellement part au Corps du Seigneur et nous sommes élevés à la communion avec Lui et entre nous » (LG. N°7). La Constitution Sacrosanctum Concilium sur la liturgie conforte cette affirmation de foi : « on recommande fortement la parfaite participation à la messe qui consiste en ce que les fidèles, après la communion du prêtre, reçoivent le corps du Seigneur dans le même sacrifice » (S.C. 54). Laissons-nous interpeller par chaque terme consacré de cette affirmation qui doit influencer nos vies, améliorer notre engouement à fréquenter la Table sainte pour faire de nos eucharisties un échange sublime de dons. En effet ll n’est pas recommandé de communier au corps du Christ au cours d’une messe dont on a manqué la liturgie de la Parole. La parfaite communion commence par une présence physique réelle en réponse à la présence réelle du Christ à l’Eucharistie, une écoute attentive de sa Parole et une disponibilité parfaite à suivre ses commandements. Elle conduit au témoignage de la communion fraternelle.

C’est à juste titre que le pape Léon le Grand affirme que « la participation au corps et au sang du Christ ne fait rien d’autre que de nous transformer en ce que nous prenons ». Chaque chrétien qui communie s’unit donc spirituellement à tous les chrétiens du monde entier. La communion personnelle avec le Christ favorise ainsi la communion fraternelle qu’avant sa mort le Christ a voulue pour ses apôtres dans sa prière sacerdotale : « qu’ils soient uns, comme toi, Père, tu es en moi et moi je suis en toi » (Jn 17,21). En conséquence, les divisions observées au cours des siècles antérieurs dans le christianisme constituent de graves blessures à l’unité de l’Eglise. Sommes-nous aujourd’hui des artisans de paix ?

Il serait juste que chacun s’interroge sur ce qu’il/elle peut faire pour construire avec le Christ la communion fraternelle dans notre diocèse. Avec les Pères conciliaires, nous faisons le constat que « les divisions entre chrétiens empêchent l’Eglise de réaliser la plénitude de catholicité qui lui est propre en ceux de ses fils qui, certes, lui appartiennent par le baptême, mais se trouvent séparés de sa pleine communion » (Décret Unitatis Redintegratio, 4). En partant des bases solides de la famille chrétienne notre communion fraternelle pourra aussi s’étendre à nos « frères séparés ». Par conséquent, les jalons posés par les initiatives œcuméniques peuvent être davantage exploités.

La communion fraternelle dans l’Eglise va au-delà de la construction de l’unité entre les vivants. La Constitution Lumen Gentium nous rappelle que la communion fraternelle s’étend aussi au lien entre l’Eglise de la terre et l’Eglise du ciel. Il y a ceux qui cheminent sur la terre, ceux qui subissent la purification, et ceux qui jouissent de la gloire : « Tous cependant, bien qu’à des degrés divers et de façon différente, nous communions dans le même amour de Dieu et du prochain et nous chantons à notre Dieu la même hymne de gloire » (L.G. 49). La communion fraternelle appelle la communion ecclésiale.

Si le Christ est la fondation et les frères et sœurs chrétiens les murs porteurs, le clergé en communion avec l’Evêque pourrait être identifié à la toiture qui protège l’Eglise-Famille. Les Pères conciliaires l’affirment en ces termes : « la communion avec la tête et les membres doit être une communion hiérarchique avec la tête et les membres de l’Eglise » (L.G. 2). Au cœur du presbyterium l’évêque tient la place du Christ-tête. De fait, les fidèles sont appelés à adhérer à l’Evêque et à son presbyterium comme l’Eglise adhère à Jésus-Christ et Jésus-Christ au Père. Dans le Décret Apostolicam actuositatem, les traits d’une telle adhésion sont explicites : « Eu égard aux exigences du bien commun de l’Eglise, l’autorité ecclésiastique peut choisir et promouvoir d’une façon spéciale certaines associations et institutions apostoliques, visant directement un but spirituel, et assumer à leur égard une responsabilité particulière » (A.A. 24). Cette affirmation rappelle particulièrement aux fidèles du Christ la nécessité du mandat ecclésial. Cette mission reçue fortifie la communion ecclésiale à travers l’obéissance des fidèles à la tête. C’est le respect de cette hiérarchie qui maintient l’Eglise famille de Dieu.

Notre plume de pasteur ne saurait achever cette méditation sans mentionner cette situation d’urgence sanitaire internationale avec le coronavirus. Si cette pandémie crée des victimes directes ou collatérales, nous avons l’assurance que la prière d’intercession et de communion peut faire plus. En témoigne cette affirmation de Saint Ambroise : «   Si tu pries pour toi, tu seras seul à prier pour toi ; et si chacun prie seulement pour soi, la grâce obtenue par celui qui prie est moindre que pour celui qui intercède pour les autres. Mais si chacun prie pour tous, tous alors prient pour chacun. En conclusion, si tu demandes pour toi seulement, tu seras seul. Mais si tu demandes pour tous, tous demanderont pour toi, puisque tu es compris parmi ces tous ». Telle est la communion. Telle est l’Eglise. Et c’est une vérité de foi.

 

 

† Aristide GONSALLO

Évêque du diocèse de Porto-Novo

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