La communion spirituelle à l’heure du COVID-19

A l'écoute de Monseigneur

"La communion spirituelle à l’heure du COVID-19"

Avec la pandémie du nouveau Coronavirus, des dispositions ont conduit à la fermeture des églises et des lieux de culte et à la suspension des célébrations liturgiques avec des assemblées en signe de fraternité et de proximité avec des peuples entiers contraints aux limitations, aux privations et aux tourments. En ce moment prolongé de jeûne eucharistique obligatoire, nombre de fidèles habitués à la fréquente communion sacramentelle éprouvent de plus en plus le manque du pain quotidien de l’Eucharistie. Ils sont amenés à vivre les célébrations eucharistiques chez eux, en communion avec leurs paroisses, leurs diocèses et toute l’Église. Le jeûne sacramentel auquel sont soumis tous les fidèles privés de l’Eucharistie justifie l’urgence de la redécouverte de la communion sacramentelle. En confinement, en quarantaine ou dans des cordons sanitaires, présents mystérieusement avec leurs voisins proches ou lointains, les catholiques écoutent la Parole de Dieu, prient et méditent, créant ainsi une situation inédite pour tous. Dans cette méditation du mois de mai, notre fervent désir est de transmettre au peuple de Dieu une parole forte sur le jeûne eucharistique et la communion spirituelle.

Privés de l’Eucharistie dans la situation actuelle de notre monde frappé par la pandémie du COVID-19, l’heure de la redécouverte de la communion spirituelle a sonné. Les prêtres souhaitent tant ne pas célébrer l’Eucharistie tout seuls en privé ou à huis-clos. Mais ils exhortent les fidèles qui prient avec eux sans être physiquement présents à faire une communion spirituelle, en se donnant un temps de prière, à la même heure ou à une heure différée. Ceux-ci peuvent ainsi communier spirituellement au corps et au sang de Jésus Christ. La pratique de la communion spirituelle maintiendra en eux le goût de l’Eucharistie.

La communion spirituelle est une force de grâce. En effet, quand le fidèle chrétien ne peut pas recevoir Jésus dans le sacrement de l’Eucharistie, il communie de cœur et d’esprit. Beaucoup de saints procédaient à cette communion spirituelle, source de fécondité pour leur vie spirituelle comme en témoigne ce conseil de Saint François de Sales à Philothée : « […] quand vous ne pouvez pas avoir ce bien de communier réellement à la sainte messe, communiez au moins de cœur et d’esprit ».

Alitée et souvent retenue dans sa cellule, Sainte Gertrude était fréquemment privée de la communion sacramentelle. Dans ces circonstances, elle s’unissait davantage au Seigneur d’une manière toute spirituelle et obtenait de lui de nombreuses grâces et consolations particulières.

Lorsqu’elle ne pouvait pas communier, Sainte Bernadette envoyait son ange gardien chercher le Christ-Hostie auquel elle demandait de la visiter par sa grâce : « Allez, mon bon ange, je vous en conjure, allez où mon Jésus repose. Dites à cet aimable prisonnier d’amour de venir dans mon cœur y faire son séjour ».

Saint Alphonse de Liguori rapporte qu’à la bienheureuse Jeanne de la Croix, le Seigneur a déclaré : « A chacune de tes communions spirituelles, tu reçois une grâce analogue à celle que tu recevras en communiant réellement ».

Malade, Elisabeth de la Trinité ne pouvait se déplacer pour recevoir la communion. Elle ne communia que cinq fois durant les cinquante premiers jours de sa maladie. Pour la consoler de cette absence, sa mère prieure venait directement auprès d’elle après la messe pour faire son action de grâce. Elisabeth se préparait à cette visite avec un cœur embrasé. Elle adorait le Christ-Eucharistie caché dans l’âme de son hôte. Elle appelait ce moment-là « le soleil de sa journée ».

Pour le saint pape Jean-Paul II, « [l’adoration eucharistique] qui est aussi une communion de désir, nous associe intimement au Christ et elle associe de manière toute spéciale ceux qui sont empêchés de la recevoir ». En effet, la communion spirituelle est également appelée à juste titre communion de désir.

La communion spirituelle consiste à manifester le désir de recevoir le Saint Sacrement et de s’unir par la foi à Jésus présent dans la sainte Eucharistie. Cette pratique chère à la tradition patristique est reprise par Saint Thomas d’Aquin qui met en lumière la distinction et la complémentarité entre la communion sacramentelle et la communion spirituelle. En effet, toutes deux constituent la perfection de la communion eucharistique. En instituant l’Eucharistie, le Christ a voulu que, non seulement nous prenions et mangions réellement son corps, que nous buvions concrètement son sang, mais aussi que nous le fassions avec un cœur de désir. La communion spirituelle se situe au niveau de ce cœur de désir. Ainsi, lorsque nous ne communions pas directement au corps et au sang du Christ pour des raisons de force majeure comme en ce temps de pandémie du COVID-19, nous ne sommes pas coupés de la grâce de Dieu. Certes, l’acte physique de recevoir la sainte Hostie est très important mais ce n’est pas l’unique et indispensable manière de s’unir à Jésus et à son corps qu’est l’Église. En effet, hormis le canal de dons merveilleux que constituent le corps eucharistique et l’Eglise, la grâce qui nous vient du Christ peut être communiquée à distance. Ainsi en témoignent les épisodes évangéliques de la guérison des dix lépreux (cf. Lc 17, 12) ou celle du fils du fonctionnaire royal (cf. Jn 4, 43-54).

La communion spirituelle s’inscrit dans la solide conviction que Dieu, qui sonde les cœurs, peut communiquer sa vie directement à l’âme sans passer par les sacrements. Selon Saint Thomas D’Aquin, le Christ peut produire l’effet du sacrement sans aucun rite sacramentel. C’est un moyen extraordinaire dont il se sert pour combler la soif des cœurs qui, pour de justes raisons, n’ont pas accès aux sacrements. Appliquée au sacrement de l’Eucharistie, cette doctrine permet de reconnaître à la seule communion spirituelle une force de grâce. La communion spirituelle peut s’exprimer également dans l’adoration eucharistique par le fait de regarder et de contempler Jésus-Hostie avec émerveillement en implorant des grâces avec un cœur croyant fermement en sa Présence réelle.

La communion spirituelle suppose d’abord un acte de foi en la Présence réelle du Christ sous les apparences du pain et du vin. Ensuite, celui qui veut communier spirituellement est invité à manifester ardemment son désir de recevoir Jésus en s’imaginant devant le prêtre qui lui remet l’Hostie dans les mains ou sur la langue. Ces actes de désir et d’imagination sont accompagnés de prières comme celle de Saint Alphonse de Liguori que nous proposons en guise de conclusion à cette médiation. Après cette prière, l’exercice de la communion spirituelle se poursuit par l’action de grâce comme si le fidèle avait communié.

« Mon Jésus, je crois à votre présence dans le Très Saint Sacrement. Je vous aime plus que toute chose et je désire que vous veniez dans mon âme. Je ne puis maintenant vous recevoir sacramentellement dans mon Cœur : venez-y au moins spirituellement. Je vous embrasse comme si vous étiez déjà venu, et je m’unis à vous tout entier. Ne permettez pas que j’aie jamais le malheur de me séparer de vous. Amen. ».

 

† Aristide GONSALLO

Évêque du diocèse de Porto-Novo

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